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Réseaux d'évasion

Répondant à l'appel du Général de Gaulle, des milliers de combattants français se lèvent en Europe et en Afrique. Retrouvez ici la 1ère DFL, la 2ème DB, les FAFL, FNFL... Mais aussi celles et ceux qui ont résisté à l'occupant en entrant dans la clandestinité pour rejoindre le maquis ou les groupes de résistants.
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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 11  Nouveau message de hilarion  Nouveau message 03 Juin 2010, 07:00

J'ai un début de réponse sur le site du fort de la Revère
Pendant la seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy avait fait transférer à la Revère des prisonniers alliés, essentiellement des pilotes britanniques. En mars et en août 1942, il fut le théâtre de deux évasions spectaculaires.
La première fut soigneusement préparé par le réseau Pat O' Leary et l'aumônier du fort qui photographia
les détenus pour leur fabriquer de faux papiers. Le plan était simple : accéder à l'infirmerie par la grosse canalisation des toilettes, scier les barreaux de la fenêtre dominant le fossé et se laisser descendre le long d'une corde.
Grâce à des complicités extérieures, la moitié des 10 pilotes évadés purent regagner l'Angleterre.
Les autres furent repris à Nice et à Monaco.
La seconde fut encore plus audacieuse. Pendant six semaines, les détenus creusèrent un tunnel de 30m.
Au cours de la nuit du 23 au 24 août, soixante six aviateurs l'empruntèrent. L'alerte fut donné lors du passage du soixante-septième. Trente-un d'entre-eux, pris en charge par les réseaux F2 et Libé-Sud regagnèrent leur pays.
Le Fort de la Drette fut utilisé comme dépôt de munitions par l'Armée jusqu'en 1987
et des soldats stationnèrent à la Revère après guerre. Déclassés, fermés au public, les voisinages immédiats de ces forts en pleine nature offrent aujourd'hui un but de promenade. Depuis le Fort de la Revère la vue est exceptionnelle. Toute la côte s'étend de l'Italie à Saint-Tropez avec en contrebas le petit village d'Eze accroché à son rocher.

Je n'ai pas pu croiser l'info mais je pense que les gardiens sont français


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 12  Nouveau message de Pierre.S  Nouveau message 03 Juin 2010, 09:51

Bonjour,

Et merci pour ces précisions...Vichy ne recule devant rien.... et dire qu'il y en a pour prétendre que ce gouvernement "résistait" à l'occupant (Mort de rire!!)...Quoiqu'ils seraient encore bien capables d'affirmer que les évasions ont été facilitées par la chiourme...
Ce sera plus difficile d'expliquer les arrestations d'une partie des évadés après leur cavale.

La carte de situation:

Image

Et une vue partielle du fort:

Image

Kénavo,

Pierre


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 13  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 03 Juin 2010, 22:07

Bonsoir. C'est parti! Le texte que je recopie est un article de Christian Mouly parut dans la revue Résistance R4 N° 7 de mars 1979.
Un buste de pierre blanche des Charentes, érigé un dimanche d'automne dans la cours d'honneur d'un établissement scolaire, un groupe d'amis fleurissant régulièrement une tombe grise au cimetière de Terre-Clabade, à Toulouse, ou une plaque scellée sur sa maison natale à Cahors, autant de symboles qui, en perpétuant encore le souvenir d'une héroïnede la Résistance, laisseraient penser que tout a été dit, et définitivement, sur la vie de Marie-Louise Dissard.
Pour cette héroïne, aujourd'hui consacrée, il semble que, comme pour bien d'autres plus obscures ou plus glorienses, le temps se soit chargé d'en pétrifier le souvenir.
Et si peu de personnes peuvent encore, à ceux qui veulent modestement rassembler des instants de sa vie, fournir des documents ou des témoignages, est-ce le signeque la mémoire disparaitra des hommes sous l'effet de je ne sais quelle érosion inulectable?
Aujourd'hui, où les anciens bourreauxet leurs complices sont curieusement amnésiques, il est réconfortant de constater que ceux qui ont combattus le nazisme n'ont pas de trou de mémoire. Nous avons pu ainsi recueillir l'essentiel de sa vie, en puisant dans les archives des "Amis de Françoise" et en écoutant le témoignage de quelques amis qui l'ont approchée.
Son enfance et sa vie à Toulouse
Après la naissance de Marie-Louise, le 6 novembre 1881, à Cahors, la famille Dissart s'installe quelque années plus tard à Toulouse. Nous ne savons rien de l'enfance de la petite fille, si ce n'est qu'elle poursuit une scolarité normale. Adolescente, elle manifeste des dons pour la couture, la broderie et la dentelle et, sur les conseils d'un oncle, professeur aux Beau-Arts, décide de s'initier au dessin et à la peinture.
Les moeurs de ce début de siècle n'accordent pas encore à la femme l'indépendance et la liberté qui marqueront la période d'entre deux guerres. Ce n'est donc qu'en 1913 qu'elle décide d'occuper un poste de secrétaire à la mairie de Toulouse et, en 1917, choisit l'enseignement où elle exerce dans une école de la rue des Chalets. Il nous reste de son passage à la mairie de Toulouse ou à l'école de la rue des Chaletsdiverse anecdotes qui illustrent déjà sa fascinante personnalité. Par sa gaieté, son exubérance et sa grande bonté, elle gagne l'estimede ses collègues et de toutes ses élèves.
Mais l'enseignement et bientôt la charge d'inpectrice de couture dans les écoles de la ville deviennent des occupations astreignante. Désirant un peu plus d'indépendance, elle ouvre un commerce que l'on dénommait à l'époque" "magasin de frivolités femminines", rue de la Pomme, à l'enseigne de "A la poupée moderne". En quelques mois, cela devint le lieu de rendez-vous des élégantes bourgeoises ou artistes dont elle réalisait les costumes de scène, dessinant, coupant et confectionnant elle-même des modèles exclusifs. Ses anciennes élèves lui restent fidèles. Le Théatre du Capitole lui passe des commandes. Cest la période où elle rencontre Gerber alors qu'il triomphait sur scène dans les rôles de ténor.
Peu de témoignages nous sont parvenus de son existance durant ces années-là. Il ne fait aucun doute qu'elle a dû rester diponible et dévouée à ses amis, mettant plus d'acharnement à rendre service qu'à réaliser des bénéfices.
Nous la retrouvons quelques années plustard, alors qu'elle partage son logement avec son neveu, le commandant Bouttin, officier d'état-major. A la déclaration de guerre, il doit rejoindre son unité engagée sur le front. Il est fait prisonnier en 1940.
Marie-Louise se retrouve seule. Comme tous les Français, elle apprend la défaite, l'avance des troupes allemandes, l'armistice. De Gaulle lance, de Londres, l'appel historique...
En fêtant, le 5 novembre 1940, ses 59 ans, Marie-Louise Dissart sait déjà qu'elle a choisi de refuser l'humiliation et de prendre une part active à la Résistance(1).


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 14  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 03 Juin 2010, 23:08

Françoise (suite)
La clandestinité
Londres entreprend des missions aériennes au-dessus du territoire français, les opérations Lysanders sont d'une efficacité réelle pour établir des liaisons avec les premiers maquis ou transporter des hommes ou du matériel. Parallèlement des écoles comme la French Section du S.O.E. préparent à leur futures mission ceux qui seront parachutés ou déposés en territoire occupé ou en zone libre. Même s'il est apparement facile pour les pilotes d'accomplir une mission de parachutage ou un atterrissage, cela ne va pas sans risques, et il arrive que leur appareil soit touché par les tirs des D.C.A. allemandes. Qu'ils soient donc pilotes ou occupants des avions, les hommes, ainsi largués sur un terrain inconnu et en pleine nuit, ont besoin de compter sur l'appui immédiat de la résistance intérieure. Leur mission ainsi accomplie c'est le trajet inverse, via l'Espagne, qui devient pour eux et pour leurs aides, le plus périlleux.
La plupart de ces hommes ont pourtant été soumis à une formation accélérée. Ils ont toutes les peines du monde à passer inaperçus dans un pays déjà quadrillé par la police et l'armée de l'occupant, même si on leur apprend dans les écoles spécialisées, comme l'écrit le colonel Southgate "à ne jamais demander dans un restaurant une assiette pour le pain". L'on mesure ainsi leur degré de vulnérabilité et l'importance de la création urgente des réseaux d'évasion. Cela ne devait pas tarder.
Dès 1941, Albert Guerisse, médecin auxiliaire de l'armée belge met en place les stuctures clandestines d'un réseau de "Helper" dont les ramifications s'étendent à partir de plusieurs grandes villes. Toulouse en est la plaque tournante avec des relais à Saint-Girons et à Perpignan.
Marie-Louise Dissart a déjà une activité clandestine quand elle rencontre, en 1942, Albert Guérisse, dit Pat o'Leary. Sa maison, 12 rue Docteur Paul Mériel, sert de boite à lettres pour la diffusion de mission et de documents. Elle se met au service du réseau en prenant une part active aux opérations d'hébergement, de transport des groupes ou des isolés qui transitent par Toulouse (2).
Il y a déjà en elle, au-delà de "l'intensité de vie qui bouillonne" la détermination profonde de réussir la plus simple comme la plus compliquée des missions. Elle qui "explosait, qui était incapable de garder pour elle ses pensées ou ses sentiments", on nous la décrit dans la clandestinité " ausi rusée qu'un renard". Elle qui magnétisait ses élèves ou enthousiasmait ses collègues, elle éxalte par son courage ses compagnons d'armes. Si elle les surprend quelquefois par son exubérance, elle conquiert leur estime par son inépuisable bonté et sa disponibilité à toute heure du jour ou de la nuit à rendre service .

Notes:
(1)Dès 1940, Marie-Louise dissart diffuse le discourt du général De Gaulle et participe à la propagande. Les journaux et les tracts clandestins qu'elle se charge de distribuer sont entreposés chez le libraire Jouaneau, rue des Arts. Ce dernier sera d'ailleurs arrêté et une partie des journaux saisis.
Elle travaille alors pour le compte du réseau Berteaux et de Vanhove, fait du renseignement et devient agent de liaison.
Après l'arrestation de presque tous les agents du réseau, elle continue à les ravitailler trois fois par semaine à la prison de Furgolle. Et cela, à partir de 1941. Elle reste en liaison avec leur familles jusqu'en septembre 1942, date à laquelle elle devient sous le n° 40.068, chef du secteur de Toulouse et de sa région, pour le compte du docteur Guérisse, dit Pat o'Leary. (D. Latapie, correspondant du Comité d'histoire, 9/2/79).

(2) Françoise devait préciser après la libération:" Je suis confirmée dans mes fonctions de chef de réseau par le War Office, section évasions, le 15 mai 1943 et je fais passer en Espagne et Andorre environ 700 aviateurs anglais ou américains ainsi que quelques anglais évadés d'Allemagne ou d'Italie et qui s'étaient réfugiés en Suisse.
Pour assurer la liaison avec le consulat britannique de Genève, je me rendais fréquemment en Suisse. J'ai fait passer également en Espagne des patriotes français désireux de continuer la lutte dans les Forces Françaises Libres".
(Cf. D. Latapie, 9/2/79)
A suivre...


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 15  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 04 Juin 2010, 21:34

Bonsoir. Je reprends la suite de l'article de Christian Mouly sur le réseau Françoise:

La trahison

En zone libre, le nombre de réfugiés est considérable. A Trie-sur-Baïse, la population est passée de 1300 à 15 000 personnes. A ce chiffre de la débâcle viennent s'ajouter, de 1940 à 1944, tous les évadés qui se réfugient d'abord dans le sud-ouest et, ensuite, en Espagne, pour rejoindre Londres ou Alger. Notre région, zone de transit ou d'accueil, devient le terrain de chasse des espions à la solde de la gestapo.
Roger Le Neveu, ancien militaire au 1° régiment étranger, ce qui lui valut le surnom de Roger le Légionnaire, commence, dès l'occupation, à organiser le passage des israélites en zone libre. Contrairement à d'autres, ce n'est pas le patriotisme qui le guidait puisqu'il ne daignait s'occuper que de ceux qui pouvaient payer. La gestapo, qui le démasque et l'arrête, voit tout le profit qu'elle peut tirer d'un personnage si intéressé par le gain.
Elle en fait un de ses agents. Le voilà muni d'une carte de la police allemande, procédant à de nombreuses arrestations. Il s'infiltre dans certains réseaux, abattant personnellement plusieurs patriotes, conduit les interrogatoires, pratique la torture...
1943 est une année tragique pour le réseau de Pat O'Leary qui est démantelé. Son chef est arrêté et emprisonné à Marseille. A l'origine de ce coup de filet, qui s'abat simultanément à Lyon, Marseille et Toulouse, l'agent de la gestapo, Roger le Légionnaire. De nombreux résistants sont neutralisés et immédiatement déportés.
Marie-Louise, après avoir miraculeusement échappé à la souricière, est obligée de s'enfuir de Toulouse et de s'installer provisoirement à Bergerac. Sa contitution physique de sexagénaire ne l'empêche nullement de continuer à rayonner d'une ville à l'autre en empruntant tous les moyens de locomotion qui s'offraient à l'époque.
Elle prend un jour le train pour se rendre à Marseille où est emprisonné aux Beaumettes Pat O' Leary. Un témoin nous raconte qu'elle aurait chanté sous les murs de la prison pour se faire reconnaitre de l'ancien chef de réseau. Anecdote qui illustre bien un des traits de son carctère où dominaient toujours une forte dose d'optimisme et un sens certain de l'humour, même dans les pires ciconstances.
Elle n'en gardait pas moinsle souci de remettre sur pied l'indispensable réseau des évadés. C'est dans cette perspective qu'elle rencontre le consul d'Angleterre, sir de Beaumont, à Barcelone, et des représentants du War-Office, à Genève.
Accréditée officiellement, en 1943, pour recevoir les fonds nécessaires au fonctionnement du réseau (achats de l'habillement, vêtements, chaussures, etc), elle entre en France, le premier jour du mois de mars 1943 et, le 2, elle le baptise "Réseau Françoise". Elle est à la tête d'une organisation dont il a été officiellement recensé 211 membres (3)

Notes:
(3): M. Latapie, correspondant du Comité d'histoire de la deuxième guerre mondiale, nous a donné nombre de précisions complémentaires que nous ne pouvons toutes rapporter.
Il n'est pas possible de rappeler ici tous les membres du réseau Françoise et tous ceux qui, à divers moments, ont collaboré avec cette femme intrépide et d'une incroyable activité.
A suivre


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 16  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 05 Juin 2010, 19:56

Bonjour. Et voilà la suite de l'article sur le réseau Françoise, bonne lecture.
Prénommée Françoise
Lorsqu'elle loue, le 15 juillet 1943, une villa au nom de Marie-Louise Dissart, personne ne se doute que cette locataire, d'apparence fragile, les épaules carrées certes, mais déjà déformées par les rhumatismes, vêtue d'extravagantes robes chasubles, accompagne des évadés à destination de l'Espagne via Perpignan (4).
Elle ne passe pas inaperçue dans les rues de la ville lorsqu'elle déambule sur les boulevards un filet à provision ou ce qu'elle appelle son "réticule" fait de satinette ou de velours accroché à son bras. Les passants se retournent souvent sur son passage. Elle porte d'inimitables chapeaux de paille, piqués de fleurs ou de plumes multicolores, quelques-uns portent des fruits sous une voilette. Elle marche sans hâte, en s'appuyant sur sa canne. Quand elle rencontre une connaissance elle n'en finit pas de parler du bon vieux temps, car elle a de l'accent et du bagoût cette brave toulousaine.
Et le bon vieux temps pour elle n'est pas si loin que ça! Ceux qui la comprennent à demi-mot sont quelque fois surpris de la vivacité de son regard et de son sourire malicieux. pour l'instant, autour d'elle, le décor est planté par une atroce tragédie où règne la torture et la peur. Toulouse est quadrillé par l'occupant et ses complices.
Le bon vieux temps le reverra-t-on jamais?
Il lui suffit de maîtriser sa peur. Ses dons incontestables pour le déguisement lui permettent chaque jour de se composer une sorte de carapace avec laquelle elle évolue de la façon la plus naturelle.
En reprennant le chemin de son domicile, cet après-midi-là, elle se souvient du jour, quelques mois avant la grande rafle sur les autorités de la ville, où elle allait au rendez-vous du "Chouan". Le factionnaire du commissariat central n'est pas surpris outre-mesure quand elle lui demande où se trouve le bureau du commissaire Sauret. Il lui répond: "C'est en haut, madame, montez par lescalier en face... C'est pour un vol?", "Non cette fois c'est pas un vol, monsieur l'agent."
C'est invariablement la même question et il a des ordres pour laisser passer cette personne à la silhouette surprenante. Elle passe devant lui en balaçant ostensiblement son étui à violon. C'est un accessoire qu'elle emprunte souvent, mais c'est bien la première fois qu'elle s'en sert pour venir au commissariat. Elle espère que le "Chouan" aura le sens de l'humour. Elle traverse la cour, monte à l'étage et se dirige vers le bureau du commissaire. Elle frappe avant d'entrer et reste debout dans le bureau pendant que la secrétaire lui tend une feuille dactylographiée.
C'est la liste des patrouilles de police qui sillonneront la ville dans la journée. En quelques minutes, devant l'immense carte de la ville plaquée contre le mur, elle apprend par coeur l'itinéraire. Marie-Louise effectua là une mission bien dangereuse. La complicité de ce fonctionnaire lui permettra une fois de plus de se déplacer cet après-midi dans les rues de la ville avec plusieurs évadés. Avant de partir, elle montre l'intérieur de son étui à violon où se trouve enveloppé un gigot de mouton. "Je le donnerai ce soir à mes enfants, M. Sauret, si tout se passe bien...".
Les enfants sont quelques heures plus tard sur les quais de la gare Matabiau à attendre le train en direction de Perpignan. Silencieux. Entourant une vieille dame qui leur cause ou fait semblant, avec la cigarette aux lèvres. Le plus jeune tient un cartable à la main. Rien ne les distingue des autres voyageurs qui déambulent sur le quai.
Dans le train qui les emporte quelques minutes plus tard vers le sud, Marie-Louise pense au mal qu'elle s'est donné pour leur donner cette apparence d'adolescents. Il est vrai qu'elle a bien réussi la teinture des cheveux et que les vêtements sont impeccables. Ils ressemblent très peu à des "beefsteak". Elle sera cependant plus tranquille lorqu'elle aura confié les jeunes anglais au "helper" du réseau "Papillon" à Perpignan.
C'est au cours d'une mission semblable qu'elle est arrêtée en 1943 par la gestapo, mais parvient à échapper à se gardiens. Les contôles allemands se font de plus en plus nombreux en ville et dans les lieux publics le quadrillage des services de renseignement de l'occupant ne permet aucune imprudence.
Les allemands savent que le réseau d'aide aux évadés s'est reconstitué et veulent rapidement le neutraliser.

A suivre


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 17  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 05 Juin 2010, 21:45

Et l'on continue!! Je n'ose pas abuser de la place de texte, ce qui m'oblige à saucissonner, je vous demande de m'en excuser.

Françoise toujours active et soucieuse de coordonner le déroulement des missions du réseau ( récupération des "colis", hébergement, nourriture, faux papiers, transport etc. ) est bien contrainte de circuler et de se fafiler, quand il y a urgence, au travers des barrages.
Elle a accompli dans ce domaines de véritables exploits, mettant à profit son sens de la répartie, et un véritable talent dans l'art de se grimer ou de se déguiser.
C'est ainsi qu'un jour, pour franchir un contôle installé rue Paul Mériel, et qui verrouillait l'ensemble du quartier, elle n'hésite pas à s'affubler d'un vieux tablier de ménagère; se noircit les mains et le visage, boit une rasade de vin rouge et la bouteille dépassant du sac qu'elle maintient à son bras, s'en va au-devant des militaires et des policiers allemands armés jusqu'aux dents. Alors avec son fort parler toulousain qu'elle accentue pour se donner un peu plus d'assurance, elle les interpelle: "Eh bé, povrots, c'est ça les soldats allemands!". Elle se dirige vers le plus proche des militaires et commence à l'examiner en faisant l'idiote, touchant même son uniforme pour évaluer l'épaisseur et la qualité du tissu vert-de-gris. "C'est bien du beau tissu", qu'elle ajoute au moment où, lassé du manège de la pochard, il l'envoie d'une bourrade à l'arrière. Elle s'en va en grommelant et en réajustant son vieux blouson. Elle a franchi le cordon de surveillance.
Notes:
(4):Un commissaire de police établissait, le 22 septembre 1942 une fiche ainsi rédigée (!!!)
"Mlle Françoise Dissart, ex-employée des services municipaux, commerçante à la Poupée Moderne, domiciliée 12, rue Paul Mériel, est déclarée imbue des doctrines socialistes et nettement acquise à la cause anglaise, manifestant ouvertement des sentiments anglophiles et formant sans cesse des voeux pour la victoire de ce pays. On prétend qu'elle ne jouit pas de la plénitude de ses facultés mentales et il n'est pas douteux qu'elle ne peut exercer aucune influence dans son entourage car, on ne donne aucun crédit à ses affirmations" ( Cf. D. Latapie, 9/2/79 )

Dans des caves et des garages
Désormais, la présence de l'occupant soumet la population à un contrôle plus rigoureux; arrestations et tortures se multiplient. La répression s'abat implacable. Les traitres s'affichent ouvertement avec les allemands. Le combat des résistant doit se mesurer à une organisation militaire, administrative, fortement structurée, aux moyens imposants.
La vie clandestine est la seule chance d'échapper à cette toile d'araignée qui enserre la vie quotidienne des populations.
Marie-Louise, qui ne peut plus habiter dans son appartement qu'elle sait étroitement surveillé, est contrainte de vivre au jour le jour, en prenant le maximum de sécurité pour accomplir sa mission. Délaissant appartement ou chambres d'hôtel, elle s'installe dans des caves, des greniers ou des garages pour un ou plusieurs jours. Ces domiciles de fortune deviennent des asiles plus sûrs pour elle et ceux qu'elle continue à convoyer vers l'Espagne. Tels ces aviateurs d'une forteresse volante abattue près de Mauvezin: ils ont pu sauter à temps en parachute et se réfugier à Brax. Un convoyeur les a confiés à Françoise. Elle a pu les héberger en toute sécurité jusqu'au jour où il lui est possible de les accompagner à la frontière.
C'est durant les premiers mois de l'année 1944 qu'elle décide d'occuper à nouveau son appartement. Elle s'y installe et n'en continue pas moins d'y accueillir des évadés. C'est ainsi que le 22 mai 1944, en dépit de la surveillance allemande, dix huit personnes à destination de l'Espagne attendent un jour et une nuit le moment propice. Marie-louise s'active, leur donne de nouveaux vêtements, apporte les vivres nécessaires, organise enfin la "promenade" libératrice vers les montagnes ariégeoises.


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 18  Nouveau message de Barbu  Nouveau message 05 Juin 2010, 22:09

Suite et fin.

Jusqu'à la libération
Ainsi se déroulera la vie de Françoise jusqu'à la libération: une surprenante dose d'audace où transparaissaient une volonté farouche et une ardeur exhubérante.
Il est inutile de rappeler l'émotion et la surprise de ceux qui, au premières heures de la Libération, ont rencontré celle qu'ils ne connaissaient que sous le pseudonyme de "Françoise".
Cette surprenante héroïne avait, en effet, gardé toute sa simplicité et le franc-parler qui la caractérisait...
Avoir raconté en quelques lignes son activité dans la Résistance nous vaudra beaucoup de remarques. Marie-Louise Dissart a laissé tant de preuves de son courage qu'il parait impossible d'en rapporter l'intégralité.
Pourtant les témoignages qui nous ont permis de présenter ce court essai, nous font espérer qu'ils en susciteront d'autres.
Françoise est morte en 1957, infirme, malade et solitaire.
Rien ne pouvait justifier une fin si douloureuse. L'anonymat de sa disparition, cette année là, nous parait incroyable. Depuis, il est vrai, ses amis ont oeuvré pour que les générations futures la connaissent.
Il importe que son souvenir reste toujours vivace.

Les décorations
_Officier de la Légion d'honneur
_Croix de guerre française avec palmes
_Médaille de la Résistance, avec rosette (17 mai 1946)
_Officier de l'ordre de Léopold II avec palmes
_Croix de guerre belge 1940-45 avec palmes
_Officier de l'ordre de l'empire britannique
_Médal of Freedom (U.S.A.) avec palmes d'or

Les honneurs postumes
Le 17 mai 1962, le général De Gaulle, président de la République,lors de son voyage dans le Lot, inaugure une plaque apposée sur sa maison natale, au 4 de la rue Maréchal Foch, à Cahors
Christian Mouly

J'avais à coeur de vous faire connaitre le peu que je sais sur cette grande dame oubliée, j'espère que cette copie d'article n'aura pas été trop ennuyeuse . Amitiés. Bernard


 

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 19  Nouveau message de Shiro  Nouveau message 06 Juin 2010, 07:54

Barbu a écrit:J'avais à coeur de vous faire connaitre le peu que je sais sur cette grande dame oubliée, j'espère que cette copie d'article n'aura pas été trop ennuyeuse . Amitiés. Bernard


Bonjour Bernard,

Je ne connaissais nullement " cette grande dame oubliee ". J'ai lu l'article avec beaucoup d'interets.
Encore un grand merci d'avoir pris de ton temps.Je suppose qu'il y a beaucoup de cas dont malheureusement nous ne connaissons l'histoire.

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Re: Réseaux d'évasion

Nouveau message Post Numéro: 20  Nouveau message de Pierre.S  Nouveau message 09 Juin 2010, 15:21

Bonjour,

Merci pour ce topo sur "Françoise", J'ai lu quelques petites choses sur ce personnage très particulier surtout par son culot et le fait qu'elle assurait elle-même les convoyages vers les Pyrènnées. Etait-ce toujours le cas?

A+,

Pierre


 

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