Page 1 sur 1

Cuguen le 7 juin 1944

Nouveau messagePosté: 28 Mar 2009, 13:49
de LENEVETTE Roger
A Cuguen le 7 Juin 1944
.
Le débarquement a lieu le 6 juin et la nouvelle se répand vite à Cuguen. La nuit du 6 au 7, est relativement calme.
Vers 11 H 30 un coup de feu suivi de deux autres. Un soldat allemand vient d'être tué.
Vers midi, un camion allemand venant de Combourg déverse une trentaine de soldats et officiers. Ils entrent dans toutes les maisons, bousculant tout le monde, enfonçant portes et fenêtres à coups de bottes et de crosses tout en hurlant "Cathédrales"
En une heure, plus de 200 personnes sont enfermées dans l'église, hommes femmes, enfants vieillards. Les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre avec interdiction de communiquer entre eux et de sortir.
Une mitrailleuse est braquée dans le bas de l'église, face à la porte d'entrée et tournée vers l'intérieur de celle ci, une sentinelle à chaque porte.
Des soldats révolvers au poing montent et descendent les travées de l'église, terrorisant tout le monde, chacun se demandant comment allait se terminer cette affaire.
Dans le bourg et les environs la fouille et le pillage continuait, on entendait le crépitement des armes à feu tirant sur ceux qui tentaient de s'enfuir. C'est miracle que personne ne fut sérieusement blessé, Mais le temps passait et l'inquiétude grandissait.
Vers 16 heures, dans le silence, un interprète annonce les sanctions : " Deux maisons, la mairie école et la maison d'en face vont être incendiée. La population doit aider à retrouver le coupable. S'il n'est pas retrouvé à 7 heures du matin, le reste du village sera brûlé "
Tout le monde sortit, heureux d'être enfin remis en liberté. La mairie et les deux maisons étaient déjà en feu. Des représailles style Oradour venaient d'être évitées, mais les boches venaient de se montrer sous leur vrai jour, Hypocrites, lâches, pillards, incendiaires !
Tout cela s'était passé sous la responsabilité du lieutenant Poppner.
Un mois plus tard le 7 juillet, quelques kilomètres plus loin, c'était Broualan suivi de Saint Rémi du Plain avec ses tortures, ses morts, ses pillages et ses incendies.
Le lendemain 8 juillet, c'était Vieux Vy Sur Couesnon, avec ses deux arrestations et la torture suivie de l'assassinat d'Yvonick Laurent, où torture, pillage et incendie étaient devenus une règle pour les sbires des boches qu'étaient la Milice et la Bezen Peerrot.
Comment ne pas oublier ces souvenirs ?
Roger

Re: Cuguen le 7 juin 1944

Nouveau messagePosté: 28 Mar 2009, 17:45
de MLQ
Bonjour
Sur un site aujourd'hui fermé
http://www.debarquement.com/
nous avions publié ce témoignage:
Cuguen, 7 juin 1944 : 200 otages enfermés dans l'église.
Sœur Maria Adeux raconte...
Au lendemain du débarquement, la bourgade de Cuguen eut, elle aussi, à souffrir de l’occupation ! Les écoles ne furent point épargnées… Celle des Sœurs (4 religieuses et une institutrice laïque) connut, comme une bonne partie de la population l’horreur de " l’emprisonnement " dans l’église pendant 4 à 5 heures !… Trois officiers allemands occupaient la grande chambre de l’école. Ce 7 juin, au cours du repas du midi, les montées et descentes (par l’escalier de la cuisine où nous déjeunions) étaient fréquentes. Pendant ce repas, nous voyions également les gens traverser le bourg, en grand nombre, et tous semblaient prendre la même direction ! Que se passait-il donc ? Je fus remplir une bouteille d’eau potable à la pompe communale et là j’appris ceci : " Un jeune Allemand vient d’être tué par les FFI en plein bourg, face à la mairie et à l’école publique. Sœur Archangèle nous dit : " Sitôt le repas, vous sortirez avec les enfants ". Nous avions 7 pensionnaires. A vol d’oiseau, Avranches est près de Cuguen (15 à 20 km). On entendait les bruits de canons et d’avions, et Sœur Archangèle craignait la suite (elle avait vécu une autre guerre…). Cependant, avant de quitter l’école, je fus personnellement chargée d’aller fermer toutes les fenêtres des chambres. Revenant par l’escalier des " occupants ", que vois-je ? En bas, sur le seuil de la porte, un beau et grand jeune Allemand, mitraillette pointée vers moi, prête à me " défigurer " si je reculais… La maison s’était vidée (par la force). Il me dit : " Raous prisonnier cathédra". Ouf ! Brr…... Toujours accompagnée par ce " Monsieur ", je dus filer vers l’église où s’étaient rendus mes compagnes et les enfants…, et où se trouvaient déjà un grand nombre de personnes (150 à 200). Certaines étaient là depuis 11h Une mitrailleuse sous le porche de l’église, braquée vers nous…, empêchait toute hésitation à y entrer… Commença alors, pour nous aussi, l’insoutenable attente, dans un silence troublé par le bruit des bottes et les sanglots étouffés des enfants… Ces " Messieurs " allaient et venaient dans tous les coins de l’église : les uns fouillaient confessionnaux et sacristie ; les autres bien armés nous surveillaient ; d’autres encore revenaient du bourg où ils avaient visité toutes les maisons, et devant nous, ils se gavaient de toutes les friandises volées : gâteaux, bonbons, chocolat…, alors que les gens enfermés (sauf nous) n’avaient rien absorbé depuis le matin. Vers 15h, un des chefs commanda : " Hommes d’un côté, femmes de l’autre". On se dit : " Ils vont prendre des otages… ". C’était sûrement prévu ! On resta ainsi séparés plus d’une demi-heure! Le prêtre de la paroisse avait été emmené par deux Allemands près du défunt, afin de prier pour lui. Sa " dévouée servante " était avec nous. Son manteau sur les épaules, son chapelet à la main, elle allait et venait devant l’autel de la Sainte Vierge et ne cessait de venir me dire : " Que vont-ils nous faire ? Où vont-ils nous mettre ? " etc… Dans l’église, avec nous et bien facile à repérer, était le groupe de FFI qui avait tué l’Allemand. Tous bien armés et prêts à tirer à la moindre occasion. Nous leur faisions comprendre, comme nous pouvions, de rester calmes… C’eût été effroyable ! Combien de morts s’ils avaient tiré ! 1er " Oradour " !… (Trois jours après, le 10 juin, 642 martyrs brûlaient à Oradour sur Glane…). Les minutes nous paraissaient des heures ! Vers 17h, le responsable de la Kommandantur de Combourg vint rendre le verdict. C’était un grand croyant que cet Allemand… Voici ce que l’interprète traduisit à peu près : puisque, assassins non retrouvés, nous avons mis le feu à la grande école (= école publique) et à la mairie (face à laquelle l’Allemand avait été tué…). Nous continuons de chercher assassins… Si, non retrouvés ce soir, tout Cuguen brûlera cette nuit". Heureusement, cette dernière menace ne fut pas mise à exécution, mais toute la soirée, les gens du bourg ont fui emportant le strict nécessaire. Seuls, le boulanger dont le four était rempli de charbon (vu qu’il avait enfourné du pain avant d’être emmené à l’église), Sœur Archangèle et moi-même sommes restés. Je fus la seule à dormir et à ne faire qu’un somme. Il est vrai, qu’à pied, j’avais emmené chez elles, 3 fillettes de Bonnemain pensionnaires chez nous (18 km aller-retour !)… Je suis persuadée que le Seigneur et Marie nous ont protégés… A Cuguen, tous pensaient que l’on était passé très près de l’horreur !
Sœur MARIA.
Un grand remerciement aux Sœurs du Christ Rédempteur pour ce témoigne. Nous vous invitons à découvrir leur site ainsi que des photos de l'église où eu lieu cet évènement ; http://soeurs-christredempteur35.cef.fr/

Re: Cuguen le 7 juin 1944

Nouveau messagePosté: 28 Mar 2009, 18:39
de LENEVETTE Roger
Pour ma part, mes remerciements s'adressent surtout à Mr E DESVAUX, secrétaire de mairie qui nous a laissé son témoignages sur un livret de 96 pages avec 25 photos.
Roger

Re: Cuguen le 7 juin 1944

Nouveau messagePosté: 29 Mar 2009, 09:39
de Daniel Laurent
Bonjour Roger,
Heureux de te voir de nouveau actif sur ce forum
LENEVETTE Roger a écrit:Pour ma part, mes remerciements s'adressent surtout à Mr E DESVAUX, secrétaire de mairie qui nous a laissé son témoignages sur un livret de 96 pages avec 25 photos

L'integrale du livre est en ligne ici :
CUGUEN Sous l'Occupation Nazie :
http://www.histoquiz-contemporain.com/H ... ssiers.htm
Je citerais l'introduction :
Le témoignage qui suit, d’une grande précision, est le fruit des notes prises au jour le jour pendant toute la durée de la guerre par Eugène Desvaux, instituteur a Cuguen (Ille et Vilaine). Ce livre fut publié en 1948 et a fait l’objet en 2005 d’une réédition. Un grand merci à Madame Renée Sevestre, fille de Eugène Desvaux, qui m’a autorisé à mettre ce document en ligne et a eu la gentillesse, dans la lettre où elle donne son accord, d’écrire «Votre demande correspond à l’état d’esprit qui a guidé mon père dans la rédaction de ce petit livre : Le devoir de mémoire. Je vous remercie en son nom ».
Ne nous remerciez pas, Madame. C’est toute l’équipe HistoQuiz et ses lecteurs qui vous remercient.