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Résistance des gendarmes en Saône et Loire

Répondant à l'appel du Général de Gaulle, des milliers de combattants français se lèvent en Europe et en Afrique. Retrouvez ici la 1ère DFL, la 2ème DB, les FAFL, FNFL... Mais aussi celles et ceux qui ont résisté à l'occupant en entrant dans la clandestinité pour rejoindre le maquis ou les groupes de résistants.
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Résistance des gendarmes en Saône et Loire

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Alex71  Nouveau message 28 Juil 2007, 13:09

Bonjour à tous,
Je recherche des informations concernant la résistance des gendarmes en Saône et Loire dans le cadre d'un mémoire que j'ai à rédiger dans les prochains mois. Si certains d'entre vous peuvent m'aider dans mes recherches, leur aide me sera précieuse. Je prends aussi les infos relatives à leur éventuelle collaboration.
Merci à tous.


 

Voir le Blog de Alex71 : cliquez ici


Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Pacificelectric  Nouveau message 28 Juil 2007, 19:38

J'ai trouvé ceci en recherchant sur le Net, il semble qu'il y ait des éléments relatifs à la Bourgogne et même le département de Saône et Loire:

lien Internet: www.univ-brest.fr/amnis/documents/Chevet2006.doc

La mortalité gendarmique sous l’Occupation (1940-1944).
Les corps d’un Corps


Emmanuel Chevet
Université de Bourgogne
France


En 1940, l’Etat Français qui succède à la IIIe République signe l’armistice avec l’Allemagne : une partie du pays est occupée et l’armée française dissoute. Ce n’est pas le cas de la gendarmerie malgré son statut militaire. Institution centenaire spécifiquement française, issue de la Maréchaussée, la Gendarmerie Nationale est une force républicaine de maintien de l’ordre. Aux yeux de Vichy, défendre l’unité de ce Corps, c’est garder intact le symbole du maintien de l’ordre français, et partant, un véritable moteur de la légitimité du régime en zone occupée. Après de sinueuses négociations menées activement par sa hiérarchie, la gendarmerie française survit. Cela a pour prix l’engagement de ses membres, à tous les échelons, dans la collaboration professionnelle avec l’occupant. Jusqu’au terme de l’année 1942, les gendarmes sont les incontournables – parfois indéfectibles – collègues de travail des Allemands. Ils collaborent physiquement avec l’occupant par le biais d’une « accommodation » morale dictée par leur esprit de corps. Il arrive que des gendarmes tentent de se soustraire subtilement à certains ordres par patriotisme. La figure charismatique du Maréchal Pétain et la continuité du quotidien professionnel (cibles communistes, étrangères ou maçonniques préexistantes à l’Occupation et missions de maintien de l’ordre intérieur issues de l’état de guerre depuis 1939) provoquent, sinon le rattachement des gendarmes au régime, du moins endort la méfiance de beaucoup : sous l’Occupation, le travail du gendarme continue… Le réveil des consciences – si tant est qu’inconscience il y ait jusqu’alors – s’opère au tournant de l’année 1943. Progressivement, des gendarmes s’exposent à une désobéissance, encore ponctuelle, individuelle et masquée. Ce n’est qu’à l’été 1944, suite au débarquement de Normandie et à l’éclosion exponentielle des maquis, que la gendarmerie rejoint massivement les rangs de la Résistance.
A la Libération, un processus d’épuration en interne s’amorce avec la distribution des bons et mauvais points : les récompenses, les gratifications et autres promotions s’accompagnent de sanctions et punitions, résultats d’enquêtes confidentielles afin de détecter collaborateurs et serviteurs désormais considérés indignes. Dans le cadre de cette démarche corporative manichéenne, des hommes sont brutalement confrontés à leur passé, autopsié par leurs propres supérieurs et collègues. Cette opération d’assainissement doit présenter une garantie de légitimité avec le rétablissement de la légalité républicaine. Mais gommer les aspérités est insuffisant, et quelques pièces polies sont soigneusement exhibées :

Exposée à la furia purificatoire de la Libération, la gendarmerie, s’était alors très rapidement calfeutrée derrière l’étoffe de ses héros (Vérines, Martin, Guillaudot…) pour tenter de restaurer une image de marque un tant soit peu malmenée durant les heures sombres.

Au sein de ce panel des représentants intouchables de l’institution, nombreux sont ceux qui sont morts, victimes de l’appareil répressif nazi. Mais si les funestes destins de ces individualités vont offrir un bouclier improvisé à la mémoire immédiate d’après-guerre, puis d’icônes emblématiques de l’héroïsme corporatif des décennies plus tard, la mortalité globale du corps peut aussi servir de talon historique à long terme. Il y a peu, Claude Cazals, le pionnier de la recherche sur la gendarmerie sous l’Occupation, établit très furtivement, dans un article consacré à la dialectique « gendarmerie et résistance », un corollaire entre résistance et mortalité. S’il est reconnu que des gendarmes ont collaboré, « la gendarmerie eut aussi pendant cette période un autre visage. L’importance de ses pertes en atteste ». Loin d’être discutable, ce théorème proposé offre un nouveau type de parade éthique – et arithmétique – à la gendarmerie de cette période : le nombre de ses morts. Se pencher sur la mortalité nécessite pourtant de dépasser l’élémentaire jalon de la statistique numérique. Le nombre n’est un facteur explicatif que s’il est disséqué par des paramètres complémentaires. C’est d’abord la condition du trépas qui détermine son impact. Une exécution sommaire ne peut se comparer à une disparition survenue lors d’un affrontement. Il faut alors observer l’origine de cette fin, son auteur. Des Allemands ou des Français ? La sentence d’un tribunal militaire ou le geste d’une faction illégale ? La nuance est majeure. La facette chronologique permet ensuite de circonscrire un découpage selon différentes temporalités. Mais à ces trois données, il faut ajouter un facteur original à ce sujet, précisant si le décès d’un gendarme survient dans la légalité ou l’illégalité (c’est-à-dire dans le maquis), passerelle d’intelligibilité incontournable pour une analyse sur la gendarmerie de ces années. Cette succession de combinaisons est un repère introductif afin d’appréhender la mortalité au travers du prisme mémoriel, insertion d’une réflexion sur les traces de la mort en temps de guerre, sur la construction du souvenir corporatif et les moteurs de l’oubli institutionnel.
Quelles places les gendarmes morts sous l’Occupation récoltent-ils dans la mémoire collective ? Sont-ils visibles et à quelle échelle ? Comment sont-ils instrumentalisés ?

Notre analyse porte sur la gendarmerie bourguignonne, composée de cinq compagnies de gendarmerie départementale sous l’Occupation : Côte-d’Or, Nièvre, Saône-et-Loire (Nord), Saône-et-Loire Bis (Sud) et Yonne. A l’exception des disparitions pour causes naturelles, fautes de statistiques complètes, tous les décès sont comptabilisés (il n’y a pas de « portés disparus »).

Les sentiers de l’effigie résistante : les gendarmes morts avec les maquis

La mort des combats
Dans leur très grande majorité, les gendarmes bourguignons sont passés aux maquis en août 1944, troquant leur uniforme contre le brassard FFI et passant dans l’illégalité. Sur les cinq compagnies, trente gendarmes meurent durant les combats de la Libération. Le chiffre est important. C’est vraisemblablement près de 10 % du total national. Trois types de mortalité se dégagent.
Ce sont d’abord les gendarmes morts dans l’affrontement avec les troupes d’occupation. Parmi eux, douze tombent les armes à la main dans l’illégalité des rangs des maquisards. Neuf autres gendarmes sont tués dans des combats face aux Allemands mais sous l’uniforme de la gendarmerie, n’ayant pas rejoint le maquis. Toutes ces disparitions laissent après-guerre une marque visuelle : à l’entrée de leur brigade respective, une plaque commémorative est érigée à leur nom (R.Bouzereau à Genlis ou P.Ménétrier à Pontailler-sur-Saône par exemple).
L’institution dénombre également les exécutions de six de ses gendarmes en Bourgogne. Dans les cinq compagnies, aucun n’est fusillé dans le cadre de la légalité, tous le sont dans l’illégalité. En rejoignant le maquis, les gendarmes deviennent des francs-tireurs que les troupes allemandes considèrent comme des « terroristes » : ils ne sont pas traités en prisonniers de guerre et arrestation rime avec exécution sommaire. A l’image d’une plaque commémorative dédiée au gendarme Decamme à l’entrée de la brigade de Dijon, rue de Metz, ou de la stèle funéraire érigée au gendarme Delangre dans le village de Venarey-lès-Laumes, ces morts hissés au rang de martyrs laissent une trace architecturale. Les dénominateurs communs à toutes ces mortalités - la temporalité (été 1944) et les conditions (tués par des Allemands) - achèvent de les associer dans les mémoires : ils sont alors vingt-sept gendarmes à mourir « avec » les maquis.
Il y a enfin des victimes d’accidents en périphérie des combats. Des gendarmes meurent dans des conditions moins héroïques ou tragiques que leurs camarades. Si l’un d’entre eux disparaît de manière purement accidentelle, deux autres décès résultent d’une méprise. Le premier est abattu au volant d’une voiture par des maquisards croyant avoir affaire à un soldat allemand. Le second, devenu agent de liaison et sergent-chef au maquis, est victime lors d’une reconnaissance en voiture d’une rafale de mitrailleuse tirée d’un avion décrit comme « inconnu » (mais vraisemblablement des forces Anglo-américaines). Ces deux derniers gendarmes victimes de tirs amis (ou « tirs fratricides ») sont cependant reconnus comme « tués à l’ennemi ». Cela signifie mourir face à l’Allemand, généralement dans les combats, ce qui établit une distinction avec les déportés ou les gendarmes fusillés. Une mort accidentelle n’est pas aussi glorieuse que celles d’hommes tombant sous le crépitement des balles, armes à la main, aux maquis :

Les soldats tués aux combats n’étaient pas envisagés en tant qu’individus mais comme une communauté de camarades.

C’est pourquoi deux gendarmes tués accidentellement sont assimilés à leurs collègues. « Le nom grandit quand l’homme tombe ». Au-delà de l’hommage posthume, l’institution érige par des monuments commémoratifs l’effigie du gendarme maquisard, et partant, celle du Résistant.

Les déportés du maquis
En Bourgogne, deux autres hommes sont morts en raison de leurs liens avec les maquis, mais dans des conditions radicalement différentes. L’adjudant Lucien Bocher et le gendarme Henri Chayot sont morts en déportation. Appartenant à la même brigade de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), ils soutiennent activement l’un des maquis les plus influents de la région (le maquis Henri Bourgogne) dès le printemps 1943. L’un est arrêté en octobre de la même année, l’autre au mois de juillet 1944, tous deux après avoir été dénoncés à la Gestapo. Henri Chayot est officiellement mort dans les camps le 26 avril 1945 tandis que le décès de l’adjudant Lucien Bocher est daté du mois de mars 1945. Leurs noms circulent fréquemment dans les correspondances de la hiérarchie au sortir de la guerre : leur déportation est connue de toute la gendarmerie de la région et ils sont proposés pour une médaille de la Résistance Française.
Parallèlement, plusieurs années après la Libération, leurs noms surgissent de Mémoires d’anciens résistants et d’articles d’amicales de la Résistance. C’est moins leur acte de désobéissance que leur lien anticipé à un maquis puissant, dès l’année 1943, qui met en lumière leur déportation. Arrêtés dans la légalité, ils sont paradoxalement considérés comme tués avec le maquis.

L’institution a donné naissance à des cellules immunitaires destinées à exprimer et à faire vivre collectivement l’ampleur des lésions reçues individuellement.

Ces trente-deux victimes, désignés frères d’armes morts pour la Libération, à l’opposé du portrait d’un gendarme collaborateur, servent d’expiation à une institution fréquemment compromise pendant près de quatre années d’Occupation. Leur disparition, replacée emblématiquement dans le combat du maquis, est présentée comme un label de résistance jusqu’à en devenir la seule mortalité visible de cette époque. Il y a une surimpression dans l’espace local. Une équation visuelle s’instaure : chaque mort a une stèle. Par réfraction, la gendarmerie semble être un foyer de résistants sous l’Occupation. Pourtant n’aurait-elle pas d’autres victimes sous l’Occupation ?

Les silhouettes floues : les morts représentatives

Les disparitions imprécises
L’auteur et la condition du décès ne sont pas les seuls vecteurs du souvenir. Trois autres gendarmes tués par les Allemands ne laissent qu’une empreinte vague dans la mémoire collective. Deux situations se présentent.
A l’approche de la Libération, les bombardements se multiplient et ce sont six gendarmes qui meurent sous les obus en France. En Bourgogne, un décès survient dans ces conditions. Cette disparition ne laisse pas de véritable trace dans la mémoire de la gendarmerie. Ce n’est pas un héros mais une victime anonyme de la guerre.
D’autres victimes des Allemands laissent un souvenir tout aussi voilé. C’est le cas du maréchal des logis-chef Camille Colin de la brigade de Couches les Mines, arrêté le 25 mai 1944 pour « activité anti-allemande » et reconnu  « mort en déportation » le 6 mai 1945. Un autre gendarme est « présumé fusillé » pendant plusieurs jours après la Libération, mais soudainement aperçu dans un train en partance pour l’Allemagne le 3 octobre 1944. Il ne rentre jamais à sa brigade et meurt déporté en décembre 1944. Leur mémoire est voilée, disséminée dans la statistique nationale des déportés de la gendarmerie, contrairement au souvenir notoire laissé par les deux autres déportés du maquis. Pourquoi ? D’abord parce que leur souvenir individuel ne se pérennise pas dans la mémoire collective d’un maquis. De plus, le chemin de leur disparition est long et inconnu : les déportations se déroulent parfois en amont de la Libération tandis que la détermination de la mort s’établit en aval, souvent en 1945. Enfin ces victimes ne sont pas celles des combats mais celles de la barbarie nazie, d’une rupture physique et psychologique dont la mémoire a ses propres temporalités.

L’abcès de fixation
Au fil des derniers mois, le commandant de la compagnie de Côte-d’Or, Robert Barthuet, officier discipliné, obéissant aux ordres supérieurs, se compromet intégralement avec les autorités d’occupation suite à l’intensification des maquis. Il est à la fois le prototype et le vecteur de la collaboration dans la région, son zèle lui valant une promotion en mai 1944. Il est exécuté au mois d’août 1944 sur ordre d’un chef de maquis en liaison avec un mystérieux informateur de la gendarmerie. Cette affaire est problématique pour l’institution. Mais, ce nom et cette mort ne sont pas entièrement oubliés. Evénement difficile à dissimuler, il est alors présenté à contre-emploi par l’historiographie officielle, qui « reconnaît, depuis peu, le rôle de quelques brebis galeuses, dont l’activité criminelle sert surtout à cacher la participation collective de l’institution à la politique répressive de Vichy, au service de l’occupant ». Ce raisonnement de Jean-Marc Berlière – sur la police – peut se transposer à l’endroit de la gendarmerie : Robert Barthuet, sommairement éliminé, a le profil idéal d’un chef coupable, seul… Il est alors l’image d’un virus exhibé comme unique dans la région.

Quatre décès laissent un souvenir trouble : si trois silhouettes demeurent dans l’anonymat chiffré des victimes de la guerre et de la barbarie, la mort exemplaire d’un quatrième gomme les ambivalences et offre en reflet une vision déculpabilisée de la gendarmerie. Relativiser cette conception nécessite de retrouver d’autres victimes.

Les victimes oubliées : les gendarmes abattus par le maquis.

Les victimes qui dérangent
Durant toute l’Occupation, la position de la gendarmerie, au carrefour de la population, des Allemands et de la Milice, aimante les dilemmes, les suspicions et les risques : risque d’être pris pour cible qui augmente avec les maquis armés. Ils sont huit gendarmes à tomber sous les balles des maquisards dans la région.
Il faut distinguer les victimes d’exécutions sommaires, des hommes abattus durant leur service. D’un côté, hormis la mort du commandant Barthuet, trois gendarmes de la région sont victimes d’assassinats planifiés par des maquisards en février, juin et juillet 1944. Après-guerre, leur histoire demeure inconnue, leur exécution passée sous silence, leurs actes oubliés. De l’autre, quatre autres gendarmes sont tués lors de banals contrôles d’identité qui tournent mal. La chronologie offre une réelle perspective d’analyse : ces quatre décès ont lieu entre le mois de février et le début du mois de juin 1944. Ces bornes temporelles marquent le renforcement structurel maquisard dans la région avant le débarquement du 6 juin 1944 : les FFI sont mieux armés et plus imposants, climat propice à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Ces quatre décès s’inscrivent pourtant dans l’ancestral processus du maintien de l’ordre contre des groupes de désordre, tels que les traditionnels « voleurs » et autres « bandits ». Mais cette mortalité inhérente à cette institution peut être dérangeante puisqu’elle prend une tout autre signification avec le prisme de l’Occupation.
Sept gendarmes sur quarante-quatre sont abattus par le maquis en Bourgogne entre 1940 et 1944. La proportion est non négligeable. Un autre chiffre est beaucoup plus éloquent : les trois gendarmes exécutés par les maquis sont tous des gradés. Aucun gendarme du rang n’est assassiné. C’est une donnée révélatrice d’une perception du chef de gendarmerie par les maquis, comme seul collaborateur responsable à éliminer, et dont l’exécution est généralement postérieure au Débarquement. Inversement, les quatre gendarmes tués dans le cadre du maintien de l’ordre quotidien tombent avant le 6 juin 1944, date à partir de laquelle la gendarmerie va devenir impuissante face aux maquis. Des gendarmes meurent sous les balles des maquisards, ce qui ne fait qu’induire une statistique défavorable à un portrait partisan de l’institution. C’est pourquoi cette frange de la mortalité est reléguée dans l’antichambre mémorielle.

Le souvenir choisi
La facette troublante d’une victime peut être aussi diligemment omise de la mémoire collective. Raymond Engel est gendarme en Côte-d’Or depuis le début de l’Armistice, récupéré de la légion d’Alsace et de Lorraine, zone déclarée interdite lors de la défaite de 1940. Ce gendarme ne fait l’objet d’aucune sanction depuis le début de l’Occupation. Le 20 mars 1943, il est arrêté par les autorités allemandes pour avoir abrité un réfractaire au STO. Il est révoqué le 12 juin. A la fin du mois d’août 1943, un maquis qu’il vient tout juste d’intégrer est attaqué et démantelé. Il est le seul à recouvrer la liberté et se retrouve dans un nouveau maquis au mois de novembre 1943. Démasqué, il avoue avoir infiltré ce maquis au service des Allemands et est exécuté le 29 décembre.
Seul le témoignage d’un résistant fait resurgir le souvenir maquisard de ce gendarme. Les rapports de la gendarmerie sont, eux, fragmentaires. Plusieurs évoquent après la Libération la première partie de l’affaire, c’est-à-dire la désobéissance et la révocation de ce gendarme ; un unique rapport de l’un de ses collègues, établi en janvier 1945, restitue succinctement son passage aux maquis en décembre 1943. Mais il n’est nullement question de sa trahison. Ne reste que le souvenir d’un gendarme désobéissant, sinon résistant du maquis. Est-ce voulu ? D’un côté, il meurt alors qu’il n’appartient plus à la gendarmerie loin des combats de la Libération, tant mis sous le feu des projecteurs. De l’autre, des gendarmes déserteurs affirmés et résistants reconnus, abattus dans des maquis avant les combats de l’été 1944, laissent un souvenir plus vivace que lui. De même, un gendarme retraité créateur d’un maquis local est signalé dans divers rapports de l’institution. Mais, il n’est pas mort… Enfin, le cas Engel ne simplifie pas les rouages mémoriels manichéens : le dissident de 1943 est collaborateur en 1944.
Les morts de huit gendarmes sont plongées dans l’oubli. Les conditions et la chronologie de cette mortalité permettent de déceler la complexité à laquelle est confrontée cette force de l’ordre durant l’Occupation. « Etre mort, c’est être en proie aux vivants » : ce ne sont pas tant ces morts que l’institution veut oublier que leurs auteurs maquisards.

Conclusion

La mort de quarante-quatre gendarmes bourguignons sous l’Occupation représente approximativement 4 % du total national de l’institution sur cette période. Ce pourcentage, qui représente la moyenne schématique pour la vingtaine des régions françaises, ne permet pas d’assertion tranchée. En grande majorité, les gendarmes de Bourgogne meurent face aux troupes allemandes aux côtés des maquis, dans les combats de l’été 1944. Une minorité tombe sous les balles maquisardes (un homme sur quatre). Vu sous cet angle, la mortalité atteste d’une gendarmerie composée essentiellement d’hommes en faveur de la Résistance. Il faut pourtant nuancer.
D’un côté, la disparition de plus d’une trentaine de gendarmes aux côtés des maquis ne permet pas de déterminer qu’il s’agisse d’autant de résistants. Il ne faut pas négliger le fait que la plupart des gendarmes bourguignons qui rejoignent le maquis à l’été 1944 suivent scrupuleusement un ordre de désertion de leur hiérarchie : le 15 août 1944, tous les gendarmes de la région reçoivent l’ordre de déserter et de rejoindre les rangs du maquis. Si certains désertent par conviction résistante, beaucoup abandonnent ce jour-là leur poste parce qu’il s’agit d’un ordre. Ainsi, mourir aux maquis est pour certains la funeste conséquence d’un geste initialement légaliste, avant d’être résistant. De l’autre, le meurtre d’un gendarme par le maquis ne prouve pas qu’il fût un collaborateur. Si un officier et trois gradés sont exécutés de manière planifiée, quatre autres gendarmes sont victimes de rencontres qui tournent mal ; si un gendarme est fusillé pour trahison contre le maquis, un autre est tué accidentellement par des camarades maquisards.
Il y a encore plus complexe : si le maréchal des logis-chef P. Ménétrier est abattu dans les rangs d’un maquis les armes à la main contre l’occupant, quelques semaines auparavant d’autres maquisards tentent de venir l’exécuter à sa brigade de Pontailler-sur-Saône, sur l’ordre d’un chef FTP local. Cette tentative d’assassinat ne signifie pas indubitablement que ce gendarme ait été un collaborateur, mais plutôt qu’il a été perçu comme tel. Encore une fois, le gradé commandant la brigade est la cible du maquis... Il ne faut pas isoler cet exemple, encore moins le généraliser, mais simplement signaler que la mort et sa mémoire ne représentent pas l’ensemble des actes d’un gendarme sous l’Occupation. Par conséquent, le nombre de morts peut encore moins justifier d’une position résistante de la gendarmerie.
La statistique la plus éloquente reste finalement la suivante : quarante et un décès sont liés aux maquis dans la région, soit près de 95 % de cette mortalité. Si un officier et huit gendarmes sont abattus par des maquis, il faut leur ajouter trente gendarmes morts avec les maquis dans les combats de la Libération, ainsi que deux déportés liés aux maquis. Une critique peut être émise : la densité maquisarde de la région, notamment dans le Morvan, influe sur cette conclusion. Moins de maquis signifierait-il moins de gendarmes morts ? La mort des gendarmes bourguignons se lit moins dans une logique résistante qu’elle ne se tisse dans ce que nous pourrions décrire comme une trame maquisarde.

La mémoire impose néanmoins son dogme. L’oubli – ou non – des victimes est un formidable outil de lissage pour l’institution aux lendemains de la guerre, tant sur le court terme de l’épuration que sur un temps plus long d’une construction corporative panégyrique. A la surexposition d’une effigie de la victime du gendarme-maquisard, talon fédérateur à l’échelon local, se conjugue ensuite une mosaïque de morts floues, qui éclipsent subtilement d’autres plus complexes et ambivalentes. « La gendarmerie a capitalisé ‘le meilleur’ d’une mémoire de guerre ». Les gendarmes sont soit des victimes de leurs actes (laissant une empreinte nominative architecturale) soit des victimes de la guerre (statistique et informe). Ces derniers sont ceux tués sous les bombes, déportés sans liens aux maquis, agents zélés assassinés par des maquis ou enfin simples gendarmes abattus en service. L’officier Barthuet est présenté comme seul coupable.

La seule dignité en ce siècle est d’appartenir au camp des victimes. Celui qui a survécu sans être une victime échappe et à la mort et à la dignité.

La légitimité de la gendarmerie française après l’Occupation nécessite d’avoir des victimes. L’institution ne falsifie rien de son passé, elle le lisse en s’érigeant une mémoire de victime. Cette expiation institutionnelle génère un renversement de perspective. En un sens, ces corps sont paradoxalement victimes de la mémoire de leur corps.


 

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