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Martin Heidegger et le nazisme

Nouveau messagePosté: 29 Juin 2006, 18:20
de Igor
Le magazine Le Point de cette semaine consacre plusieurs articles au philosophe allemand Martin Heidegger. L'attitude de ce dernier à l'égard du régime nazi est en effet l'objet de vives controverses.

Nouveau messagePosté: 29 Juin 2006, 19:10
de St Ex
Pas le temps de lire mais Anna Harendt a été son élève, sa collaboratrice, (sa maîtresse???), le cas d'Heidegger est excessivement complexe et pose une nouvelle fois la problématique de la responsabilité de l'intellectuel en "politique".

St Ex

Nouveau messagePosté: 02 Juil 2006, 12:13
de JFK
Entrer dans ce débat, c'est s'engouffrer dans des problèmes sans fin.

J'avais entendu une émission sur le sujet avec un auteur (peut être Emmanuel Fye justement) qui avait déclaré dans un de ses ouvrages sur ce thème "étudier Heidegger c'est faire survivre le nazisme". Interrogé par l'animateur, il s'était empressé de relativiser ses propos.

Il est dur de discerner quelles ont été les véritables relations de Heidegger avec le nazisme. De ce que j'ai lu de lui, je ne trouve nulle part une idéologie nazie.

Je considère qu'on étudie un philosophe ou un auteur en général pour son contenu, pas pour la personne. Sinon Platon (celui qui aimait bien attoucher les petits garçons) ne devrait plus être abordé, Descartes (qui fait reposer ses théories sur Dieu) non plus car pas laïcs....ça deviendrait n'importe quoi.

En littérature, le problème est le même avec Céline: il faut condamner son attitude politique, mais force est de constater que Voyage au bout de la nuit est une pure merveille.

Je vous laisse donc vous faire votre propre opinion. Mais en passant, Sartre a été à Berlin en 38 pour étudier l'oeuvre de Husserl et (ce qu'il va avouer plus tard), n'as pas vu le vent venir.

Nouveau messagePosté: 02 Juil 2006, 22:05
de loulou
Je pense qu'on ne peut pas comparer Céline qui écrivit quelques phamplets antisémites (mais ce n'est pas la le gros de son oeuvre) avec ce Heidegger qui détourna la philosophie au profit du nazisme.

edit : la conclusion du Point parle d'elle même :

L'idéologie nazie tellement perverti chez ses admirateurs la conscience de la nature de la philosophie qu'elle est parvenue à leur faire croire qu'un nazi militant pouvait être un grand philosophe"


ps : pour une fois que le Point ne publie pas un numéro 'duel Royal-Sarkozy', on ne va pas se plaindre :lol:

Nouveau messagePosté: 04 Fév 2007, 22:47
de tietie007
Il y a quelques années, le livre de Victor Farias sur Heidegger et le nazisme avait fait l'effet d'une bombe.
Le philosophe de l'Etre a été durant un court labs de temps, en 1934, recteur de l'Université de Fribourg, avant de démissionner assez rapidement. Sa "collaboration" a donc été très éphémère.

Nouveau messagePosté: 04 Fév 2007, 22:54
de tietie007
C'est le 21 avril 1933 que Heidegger a été élu recteur de l'Université de Fribourg et il démissionnera un an après, en 1934.
D'ailleurs j'avais vu une émission sur le livre de Farias, à l'époque, peut-être Apostrophes de Pivot, où Jorge Semprun et Jean Michel Palmié s'étaient joyeusement étripés !
L'ancien minstre de la Culture espagnol, qui lisait le philosophe allemand dans le texte, défendait sa mémoire, alors que Palmié, qui avait écrit un livre sur Weimar en exil, stigmatisait l'attitude du philosophe !

Nouveau messagePosté: 05 Fév 2007, 22:04
de Igor
A signaler la parution/reparution de deux livres consacrés justement à cette affaire Heidegger:

- Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, d'Emmanuel Faye (l'ouvrage qui a déclenché la polémique)

- Heidegger, à plus forte raison, ouvrage collectif qui apporte la réplique à celui d'E. Faye

Nouveau messagePosté: 07 Fév 2007, 15:41
de JFK
"Il faut donc développer les recherches critiques, mais aussi renouveler notre manière de discerner ce qui est philosophique et ce qui ne l'est pas"

C'est une chose importante. Le 2e article du point se termine comme si Heidegger n'était qu'un sal nazi. Je ne suis pas un spécialiste et je ne saurais dire où se trouve la vérité.

Mais l'idée mélange de clair-obscur me semble la plus logique fondamentalement, et au regard de ce que j'ai lu del ui.

Nouveau messagePosté: 07 Fév 2007, 20:40
de Tom
:D En tout cas, le nazisme ne s'est pas réclamé de Heidegger ; les néonazis, s'ils lisent de la philosophie, ne me semblent pas l'invoquer et les philosophes français, par exemple, qui se sont inspirés de Heidegger, ne me paraissent pas du tout nazis ! ;)

Nouveau messagePosté: 08 Fév 2007, 18:07
de tietie007
Heidegger aborde des thématiques qui ont pu plaire aux nazis. La critique du monde moderne, de la Technique, ce côté terrien, et cette redécouverte des pré-socratiques, qui mettent en avant la poésie plutôt que la raison platonicienne. Mais très vite, le philosophe s'est éloigné des nazis.
Nietszche, aussi, a été exploité par les Nazis, notamment par l'intermédiaire de sa soeur. Le thème du surhomme, de la volonté de puissance, la dialectique du maître et de l'esclave ont pu faire croire aux nazis une proximité idéologique avec le philosophe. Il faut dire que la pensée nietszéchéenne, multiple, complexe, s'incarnant dans des aphorismes, était propice à des interprétations variées.
Mais le rejet par philosophe de la vengeance et sa critique du ressentiment, qui génère la haine, aurait suffi à comprendre que Nietszche n'aurait jamais soutenu les Nazis qui ont articulé leur action sur la haine du juif ! Par contre, le philosophe annonce, dès le 19eme, les malheurs qui vont frapper le 20eme !