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René Hardy

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
MODÉRATEURS : gherla, alfa1965

René Hardy

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de warbird  Nouveau message 01 Oct 2005, 16:28

Je viens de lire plusieurs ouvrages sur la resistance en général dont certain assez récent mais j'aimerais avoir votre opinion concernant ce personnage assez trouble de cette période as t'il trahis ou fut il accusé injustement. Lors de son procés Klaus Barbie l'a impliqué dans l'affaire jean moulin, je sais qu'aprés guerre il fut innocenté de ces accusations, je sais que c'est un sujet delicat mais votre opinion m'interesse


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Drade  Nouveau message 31 Déc 2005, 17:58

Pauvre Warbird !! Tu dois être déçu de ne pas avoir de réponses !!
En ce qui me concerne, et sans avoir en tête tous les éléments que j'ai pu lire dans divers livres sur J Moulin, il ne fait quasiment aucun doute qu'il a trahi. Si je me souviens bien, l'élément le plus troublant à son encontre était qu'il avait pu prendre la fuite - au moment de l'arrestation de J Moulin et de membres de son réseau - avec une facilité déconcertante et sans être poursuivi !
Tout ceci mériterait sans doute beaucoup plus d'explications, mais si je me souviens également bien, Lucie Aubrac et son mari étaient également convaincus de sa trahison .
En l'attente d'opinions diverses... Cordialement.


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 31 Déc 2005, 18:24

Lucie Aubrac et son mari étaient également convaincus de sa trahison .

Qui eux-mêmes sont considérés par d'autres comme traitres (cf l'évasion pour le moins roccambolesque d'Aubrac par sa femme). Quand on aura les archives de Moscou, peut-être saura-t-on la vérité?

Encore un mystère de la WWII.

St Ex


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Jean_D  Nouveau message 31 Déc 2005, 18:46

Supprimé
Dernière édition par Jean_D le 12 Jan 2006, 20:04, édité 1 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 31 Déc 2005, 20:01

Ouh, la la vaste sujet que celui-là,
Je ne puis que vous conseiller de suivre le débat sur Livres de Guerre
http://www.livresdeguerre.net/forum/suj ... 8&surl=René%20Hardy
De plus, ce sujet contreversé, je le pense du moins, a fait l'objet de moultes interventions sur d'autres forums avec parfois des réactions assez vives dans un sens comme dans l'autre.
Ce sujet est très sensible, prudence donc.
Que cela ne vous empêche de donner votre avis.
Bien cordialement
Prosper
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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 02 Jan 2006, 10:04

Prosper Vandenbroucke a écrit:Ce sujet est très sensible, prudence donc.
Que cela ne vous empêche de donner votre avis.

Tres sensible et dans le brouillard total.
Mais il faudrait quand meme essayer de se mettre un peu a leur place.
Je ne ferais que paraphraser la Bible, que les bons chretiens de ce forum me pardonnent:
"Que celui qui a deja eu ses organes genitaux passes a la gegene et est reste totalement silencieux leur jette la premiere pierre"
Cordialement
Daniel


 

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Re: René Hardy

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Fév 2006, 14:50

warbird a écrit:Je viens de lire plusieurs ouvrages sur la resistance en général dont certain assez récent mais j'aimerais avoir votre opinion concernant ce personnage assez trouble de cette période as t'il trahis ou fut il accusé injustement. Lors de son procés Klaus Barbie l'a impliqué dans l'affaire jean moulin, je sais qu'aprés guerre il fut innocenté de ces accusations, je sais que c'est un sujet delicat mais votre opinion m'interesse


Bonjour,

Question assurément redoutable, à laquelle, faute de temps, je ne puis qu'apporter une réponse très - trop - brève. Pour avoir au moins un peu bossé le dossier de Caluire, je suis parvenu à la conclusion que René Hardy avait bel et bien trahi, au sens où il a sciemment aidé Barbie à découvrir le lieu de la réunion où s'était rendu Jean Moulin. Les arguments de ses défenseurs ne constituent, à mon sens, qu'un ergotage inutile sur des points de détail qui ne remettent nullement en cause cette conclusion.

Pour faire bref :

1) les documents allemands accessibles, dont il serait vain de contester l'authenticité ni la sincérité, l'accablent ;
2) Hardy n'a cessé de mentir, dès 1943, et sur quantité de points importants ;
3) des témoins, aussi bien allemands que français, ont certifié que Hardy avait travaillé, en juin 1943, pour la Gestapo de Lyon ;
3) le 1er acquittement de Hardy (1947) reposait sur un bobard de René Hardy : il niait avoir été arrêté par les Allemands et l'accusation avait mal géré son dossier. Or, pas d'arrestation, pas de trahison ! La preuve du mensonge sera apportée ensuite, et entraînera un nouveau procès, qui mènera à un acquittement en 1950, à la minorité de faveur, et dans un souci de ne pas livrer un anticommuniste à la hargne du PCF, en pleine Guerre d'Indochine.
Dernière édition par Nicolas Bernard le 23 Fév 2006, 13:25, édité 1 fois.
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Hardy

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de branca  Nouveau message 23 Fév 2006, 06:04

Dans les annees 80 a lyon j avais entendu dire que c etait le docteur Dugoujon qui avait donne la reunion de caluire alors....qui croire
Ce qui me parait bizarre dans cette affaire c est le nombre eleve de gens accuses d avoir trahi Hardy Aubrac Dugoujon
A qui peut profiter ces rumeurs....


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 23 Fév 2006, 13:24

Dans l'ensemble, les rumeurs ont profité à Hardy. D'abord en égarant les soupçons vers d'autres Résistants. Ensuite en faisant d'une affaire beaucoup plus simple qu'il n'y paraît un marécage de théories de plus en plus farfelues.

Hardy ne s'est, au demeurant, pas privé de distiller certaines rumeurs, notamment vis-à-vis de son collègue Aubry. Tant il est vrai que la meilleure défense, c'est l'attaque.

Non, il est évident qu'il a trahi. Au contraire de toutes les autres théories/rumeurs/hypothèses, cette conclusion résout bien plus de questions qu'elle n'en pose.
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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 23 Fév 2006, 15:40

allez, un peu de lecture :D

St Ex

Deux héros parmi d'autres

Au fil des trois années qui se sont écoulées depuis que l'armistice de juin 1940 a légitimé la Résistance française, chaque mois a apporté à celle-ci plus d'épreuves, de souffrances et de deuils.

Arrestations, mesures de représailles, parodies de procès, tortures, exécutions, déportations... ce sont déjà par milliers que se comptent les héros, par dizaines de milliers que se dénombrent les victimes.

Juin 1943 ajoutera d'autres noms à ces listes. Mais nul ne sera surpris ni choqué si nous commençons par en retenir deux. Deux héros parmi d'autres, sans doute, mais aussi deux hommes qui, ayant accédé aux responsabilités les plus hautes, vont tomber l'un et l'autre, victimes de la trahison, entre les mains de l'ennemi.

Le 9 juin, le général Charles Delestraint, chef de l'Armée Secrète, sera arrêté à Paris.

Le 21 juin, Jean Moulin, membre du Comité National Français dont il est le délégué pour l'ensemble de la France, président du Comité Directeur des M.U.R. et président du Conseil National de la Résistance, sera arrêté dans la banlieue de Lyon.

Perdant ainsi, à douze jours d'intervalle le chef militaire dent la mission vient d'être définie et acceptée et le chef civil et politique dont l'autorité vient d'être reconnue et consacrée, la Résistance française aura subi le coup le plus rude qui lui ait encore été porté par la Gestapo.

Cette double arrestation, ou plus exactement, cette double série d'arrestations, puisque aussi bien avec Delestraint qu'avec Jean Moulin d'autres dirigeants de la Résistance seront capturés, donnera lieu, dans les jours et les mois qui vont suivre, et, pendant des années encore, après la Libération, à des enquêtes, menées d'abord par les résistants eux-mêmes, puis par le parquet et la police. Enquêtes qui aboutiront en 1947 et 1950 à deux retentissants procès.

Ce sera - car il faut appeler les choses par leur nom - l' a affaire Hardy.

L'affaire Hardy :

quelle chose jugée ?

Ces enquêtes, et surtout ces procès, nous n'avons nullement la prétention de les refaire. Notre seul souci est, ici encore, d'informer nos lecteurs, aussi complètement et aussi objectivement que possible.

Nous croyons avoir, comme anciens l'Histoire de la Résistance sous le contrôle des survivants, plus encore que comme historiens, des devoirs.

Le premier nous impose de dire ici très librement, sans souci formaliste de la chose jugée, notre sentiment sur les événements au sujet desquels, à deux reprises, la justice s'est prononcée. Non pour épiloguer sur l'innocence ou la culpabilité d'un homme qui a été par deux fois acquitté, mais plus simplement parce que les faits évoqués au cours des débats de ces deux procès appartiennent à l'Histoire, par-delà la justice - et à la Résistance, par-delà l'Histoire.

La première de ces deux décisions - celle rendue le 24 janvier 1947 par la Cour de justice de la Seine -, n'a plus, aujourd'hui, historiquement, sinon juridiquement la moindre signification ni la moindre portée. En effet, deux mois, jour pour jour, après son acquittement. René Hardy, confondu par de nouveaux témoignages, devait reconnaître qu'il avait menti à ses premiers juges sur un point essentiel.

Plaidant devant le Tribunal militaire, lors du second procès Hardy, Maurice Garçon évoquera le scandale causé par la découverte, du mensonge qui avait fait absoudre son client. Que pouvait-il rester, après cette constatation d'un lien de cause à effet entre le mensonge de René Hardy et son acquittement, d'une décision de justice réputée définitive ?

Maurice Garçon, qui avait commencé par souligner que l'on avait rouvert, devant les juges militaires un débat que le Droit ne permettait pas d'engager, ajoutait néanmoins qu'il acceptait de discuter même ce qui ne pouvait être jugé... ".

Cette attitude exemplaire - et trop rare -, d'un défenseur s'interdisant de recourir à la protection formelle que la loi assurait à son client devait donner au verdict, rendu, le 8 mai 1950, par le Tribunal militaire permanent de Paris une valeur objective qui dépassait les questions auxquelles les juges étaient appelés à répondre. Il n'en reste pas moins qu'après avoir entendu évoquer dans son ensemble une affaire dont ils n'avaient théoriquement à connaître que sous un angle limité et précis, les juges militaires n'ont finalement statué, en leur âme et conscience, que sur les chefs d'accusation qui leur étaient soumis.

Pour ce que l'on a appelé l' affaire Hardy, il ne peut y avoir, selon nous, d'autre chose jugée que le verdict rendu secrètement, en son âme et conscience, par chaque ancien résistant, sans omettre René Hardy lui-même dont nul n'a le droit de minimiser les titres de résistance.

Les inconvénients d'une publicité fracassante

Une autre question a été posée, plus récemment, lorsque les circonstances ont fait que, brusquement, les projecteurs de l'actualité se sont trouvés braqués à nouveau sur les principaux protagonistes de l'affaire Hardy. Elle peut se résumer ainsi : Doit-on attribuér un quelconque crédit aux sensationnelles révélations faites par Barbie-Altmann au journaliste brésilien Ewardo Dantas-Ferreira ?

Notre réponse, sur ce point également, sera nette. Et motivée.

Sans aller jusqu'à attacher aux dernières déclarations de Barbie une importance que rien, de la première à la dernière ligne, ne justifie, nous pensons qu'il est, malheureusement, impossible de s'en tenir à leur sujet, au mépris silencieux qu'elles méritent.

Et ceci en raison de la fracassante publicité qui a accompagné leur publication dans le quotidien issu du journal clandestin Défense de la France et devenu, tout au moins par le tirage, l'un des plus grands journaux français.

Si la Résistance, ou tout au moins ce qu'il en reste, en dépit de Barbie et de ses semblables, avait été à même de procéder à un examen préalable, critique et historique de ces textes, elle eût jugé suffisant de dresser constat de l'accumulation d'erreurs grossières et de mensonges ,flagrants qu'il était aisé d'y déceler.

Notre conviction est que la publication de ces pseudo-Mémoires de Barbie n'était ni historiquement utile, ni moralement souhaitable. Mais force est bien de constater que le retentissement de mauvais aloi qui a accompagné cette publication interdit désormais de l'ignorer.

D'autant que René Hardy lui-même, estimant que ces fabulations méritaient réponse - et renonçant, une fois de plus, à s'abriter derrière la chose jugée -, a préféré à un débat judiciaire la large hospitalité qui lui était offerte par le journal qui avait ouvert ses colonnes à Barbie.

À Lyon :

Multon, Moog, la boîte Dumoulin

Venons-en aux faits. Et, pour certains d'entre eux, à un point de départ qui se situe encore dans les derniers jours de mai.

C'est en effet, le 24 mai que Dunker-Delage, chef du S.D. de Marseille, a mis à la disposition de la section IV de la Gestapo de Lyon - et, plus particulièrement, du S.S. Klaus Barbie -, le contre-agent Multon, dit Lunel. Ce dernier vient de permettre aux Allemands de réaliser quelques coupes sombres dans les rangs de la Résistance du Sud-Est. Dunker pense, avec juste raison, que son contre-agent est devenu pratiquement inutilisable à Marseille où son signalement est connu de toute la Résistance, mais peut encore rendre d'appréciables services à Lyon.

Multon, lorsqu'il arrive à Lyon, n'est pas seul. Un autre contre-agent l'accompagne : Robert Moog. Les deux hommes opèrent ensemble, mais il est possible que cette étroite et constante collaboration corresponde, en fait, à une surveillance.

Moog est, depuis un an déjà, sous le matricule K 30 un agent de l'Abwehr de Dijon.

Moog et Multon, à Lyon, l'un surveillant peut-être l'autre, vont être utilisés non seulement, pour monter un certain nombre d'opérations à partir des adresses et des renseignements dont ils disposent eux-mêmes mais aussi pour aider Klaus Barbie à identifier des résistants sur lesquels la Gestapo lyonnaise a déjà recueilli des informations.

Au centre des préoccupations de Klaus Barbie figurent Combat et l'Armée Secrète (que le rapport Kaltenbrunner du 27 mai ne dissocie guère) ; le C.O.P.A., contre lequel une première opération a été déclenchée en avril, aboutissant à l'arrestation de Monjaret ; la Délégation ; le N.A.P.-FER, enfin, dont la boîte aux lettres lyonnaise, chez Mme Dumoulin, 14, rue Bouteille, est connue et contrôlée depuis le début du mois de mai.

Multon a été notamment chargé de la surveiller et d'y relever le courrier. Mais cette surveillance n'aurait dû, théoriquement, entraîner aucune conséquence fâcheuse pour la Résistance :

Il ignore, écrit Hardy, que j'ai avisé mes correspondants depuis le début de mai, et notamment le chef de l'état-major de l'Armée Secrète, Aubry, de ne plus utiliser cette boîte aux lettres pensant qu'elle pouvait être grillée après les arrestations du Sud-Est.

C'est là cependant que Multon va trouver, dans les premiers jours de juin, un message en clair signalant à Didot, c'est-à-dire à René Hardy, chef du N.A.P.-FER, détaché depuis le 6 mai, par le C.D. des M.U.R., auprès de l'état-major de l'Armée Secrète que le général Delestraint, dit Vidal, lui fixe rendez-vous pour le 9 juin à Paris au métro Muette.

Imprudence, négligence, cela va coûter cher

Delestraint a laissé le soin de convoquer Hardy à Aubry qui, lui-même, a chargé sa secrétaire, Mme Raisin de faire le nécessaire. C'est donc elle qui rédige le message en clair et va le déposer à la boîte aux lettres de la rue Bouteille.

Mme Raisin, affirme René Hardy avait cependant prévenu Aubry que cette boîte était grillée. II négligea l'avertissement. Mais cependant il lui dit quand elle revint : Alors vous avez eu de la chance, les Allemands étaient dans la maison.

Ainsi, selon Hardy, Mme Raisin, avant de se rendre rue Bouteille, aurait mis Aubry en garde contre le risque que représentait cette boîte aux lettres brûlée ; Aubry l'y aurait néanmoins envoyée avec un message en clair - et, à son retour se serait étonné qu'elle n'ait pas été arrêtée.

Il y a des limites à l'invraisemblance ! Qu'Aubry ait été, en l'occurrence, d'abord imprudent, puis négligent, cela ne fait aucun doute. Que cette imprudence et cette négligence soient l'une et l'autre sans excuse - et que leurs conséquences accablent et condamnent leur auteur cela ne peut davantage être sérieusement contesté.

L'imprudence consistait à faire déposer à une boite aux lettres quelle qu'elle soit - même si l'on pouvait la croire sûre, une convocation comportant des précisions de noms, de date, d'heure et de lieu sans s'être assuré que les mots clés étaient codés. Quant à la négligence - plus grave encore et revêtant le caractère d'une faute très lourde, Aubry s'en est rendu coupable en oubliant de prévenir non seulement le général Delestraint mais aussi René Hardy qu'ils devaient annuler leur rendez-vous du 9 juin dès l'instant où le message avait été déposé dans une boîte aux lettres brûlée.

Mais affirmer, comme le fait Hardy, qu'Aubry, préalablement mis en garde par sa secrétaire, aurait néanmoins enjoint à celle-ci de se rendre rue Bouteille et d'y déposer - au risque de tomber elle-même dans une souricière -, un message immédiatement intelligible qui, selon toute probabilité, serait lu par les Allemands, c'est, on en conviendra, aller bien au-delà des notions d'imprudence ou de négligence. C'est en fait, accuser Aubry - ce que l'on n'a pas fait de son vivant - , d'avoir délibérément livré aux Allemands le rendez-vous de la Muette, et l'accuser aussi d'avoir, en connaissance de cause, envoyé Mme Raisin dans une souricière.

Nous ne pensons donc pas que, sur ce point, les affirmations avancées par Hardy puissent être prises au sérieux.

Hardy prend le train... Moog et Multon sont dans le compartiment voisin

Ce qui n'a jamais été mis en doute, c'est le fait que René Hardy ait ignoré avoir été invité par Delestraint à le rencontrer à Paris le 9 juin. On admettra sans peine, en effet que dès l'instant où Hardy a signalé à tous ses correspondants éventuels que la boîte Dumoulin était brûlée, il a, pour sa part, cessé de la faire relever.

Hardy n'a donc pas eu connaissance de cette convocation, mais il se trouve qu'il a rendez-vous à Paris le 9 juin - par simple coïncidence de date et de lieu -, avec Jean-Guy Bernard, pour préparer l'extension du N.A.P. à la zone Nord.

Hardy part donc de Lyon pour Paris dans

la soirée du 7 au 8 juin par le train de nuit. Son billet de chemin de fer a été pris la veille ou l'avant-veille par son agent de liaison Bossé. Le jour même du départ, dans l'après-midi, sa fiancée, Lydie Bastien, a retenu pour lui une place de wagon-lit : le n° 8 dans la voiture 3 818.

Hardy voyage sous son identité véritable. Il partagera son compartiment avec un fonctionnaire d'une administration centrale de Vichy, M. Cressol, qui a réservé le lit n° 7.

Le compartiment voisin (lits nos 9 et 10) est celui de Multon et Moog qui se rendent à Paris pour s'occuper du rendez-vous de la Muette.

Enfin, toujours dans ce même train, va voyager Lazare Rachline que René Hardy connaît pour l'avoir rencontré avec leur ami commun Guillain de Bénouville.

Hardy et Multon se sont déjà vus. Leur unique rencontre, a dit René Hardy, se serait située quelques mois plus tôt, à Marseille, alors que René Hardy était Carbon et Multon Lunel. Hardy déjeunait dans un restaurant avec Herbinger (Brissac) chef du réseau Mithridate lorsque Lunel était entré et s'était installé au bar. Herbinger, qui voyait en Lunel l'homme de confiance de Chevance-Bertin, avait échangé avec lui un signe de reconnaissance. Multon avait eu le temps de dévisager Hardy. De son côté, celui-ci, à qui Herbinger avait nommé Lunel l'avait remarqué - et d'autant mieux que son visage était assez caractéristique.

... Ce sera la faute de Lunel !

Sur le quai de la gare, Hardy a aussitôt reconnu Multon - dont la trahison est maintenant signalée et contre qui les responsables des M.U.R. ont été mis en garde. Quant à Multon, il a eu, en voyant Hardy une réaction permettant de penser qu'il l'a, lui aussi reconnu, sinon, peut-être, identifié. Réaction qui n'a pas échappé à Hardy - ni surtout, à Moog.

Inquiet d'avoir attiré l'attention de Multon, Hardy s'approche de Rachline, lui demande du feu et en profite pour lui dire, à voix basse : Dites à Bénouville que s'il m'arrive quelque chose ce sera la faute de Lunel.

En fait, à une heure du matin, lorsque le train entre en gare de Chalon-sur-Saône, c'est Moog qui intervient : Hardy et le voyageur, nullement résistant, qui a la malchance de partager son compartiment sont remis à la police allemande. Rachline et son compagnon de voyage, pendant que l'arrêt du train se prolonge, sont interrogés de leur côté, simplement parce que Rachline a été vu en train d'échanger quelques mots avec Hardy. Mais les explications que donne Rachline paraissent plausibles et seuls, finalement, Hardy et Cressol seront retenus à Chalon où ils resteront incarcérés à la prison de la ville les 8 et 9 juin, sans que personne daigne s'intéresser à eux. Tout au plus subiront-ils, dans la journée du 9 juin, un interrogatoire d'identité dont on leur dira qu'il va donner lieu à diverses vérifications.

Quant à Multon et à Moog, ils sont remontés dans le train et ont poursuivi leur voyage vers Paris où ils n'auront pas trop de toute la journée du 8 juin pour mettre au point le dispositif devant permettre dès le lendemain matin, l'arrestation du général Delestraint.

Et Delestraint tombe dans le piège

Effectivement, à 9 heures du matin, le 9 juin, lorsque le général Delestraint arrive, à pied, au métro Muette, venant de la rue Singer où il a posté une carte-lettre à l'adresse de sa femme, restée à Bourg, un des hommes qui l'attendaient le reconnaît sans peine à son allure militaire - béret basque, rosette de la Légion d'honneur -, et s'avance vers lui. Il s'agit de René Saumandre. autre contre-agent français de l'Abwehr.

Saumandre s'approché de Delestraint et lui dit à mi-voix que Didot, trouvant le lieu de rendez-vous peu sûr, lui demande de venir le rejoindre. Delestraint, confiant, va suivre Saumandre, non sans lui avoir signalé qu'il a donné rendez-vous à 9 h 30, à deux autres de ses collaborateurs - Gastaldo et Théobald -, au métro Pompe.

Quelques instants plus tard, le chef de l'Armée Secrète sera brutalement poussé par Saumandre dans une voiture en stationnement où les attend Moog. Et à 9 h 30, au métro Pompe, Gastaldo et Théobald seront arrêtés à leur tour, et iront rejoindre Delestraint au quartier général de la Gestapo, avenue Foch.

Le récit de ces arrestations, tel qu'il a été fait par Barbie au journaliste brésilien Ewardo Dantas-Ferreira n'est qu'une accumulation de détails manifestement inexacts et de contre-vérités flagrantes : Hardy aurait tenu à aller en personne à Paris pour y organiser l'arrestation de Delestraint ; il se serait rendu auprès du second du général et se serait fait décrire minutieusement Delestraint qu'il ne connaissait pas... Hardy, le 9 juin, était à la prison de Chalon; de plus, il connaissait parfaitement Delestraint ; enfin - et nous en arrivons là à un des points essentiels de cette affaire, tout permet de penser que Hardy, le 9 juin 1943, n'a pas encore eu l'occasion de rencontrer Barbie bien que celui-ci prétende s'être trouvé à Chalon, dans la nuit du 7 au 8 juin pour l'attendre.

Pour Hardy, Barbie se déplace en personne.

C'est très probablement dans l'après-midi du 10 juin, que l'Obersturmführer Barbie, chef de la section IV du S.D. de Lyon est venu en personne chercher Hardy à Chalon-sur-Saône et procéder à la levée d'écrou pour le conduire à Lyon.

Barbie a emmené son prisonnier à l'École de Santé militaire, avenue Berthelot, où la Gestapo de Lyon a établi son quartier général. C'est là que René Hardy va être longuement interrogé. Et c'est à propos de cet interrogatoire, de sa durée, des conditions dans lesquelles - et auxquelles - Hardy a été libéré, que l'on est amené à se poser de multiples questions.

La première, et non la moindre, porte sur l'identification de Hardy comme étant Didot.

Que la véritable identité de René Hardy ait été immédiatement connue des policiers allemands de Chalon-sur-Saône et de Barbie, cela ne fait aucun doute puisque aussi bien Hardy, lorsqu'il a été arrêté voyageait sous son vrai nom et avec ses véritables papiers d'identité.

Reste à savoir s'il est exact que Barbie, comme il l'affirme, a su dès le début que Hardy et Didot ne faisaient qu'un.

Hardy l'a toujours contesté.

Mais si l'on admet - et nous pensons qu'on peut l'admettre -, que Barbie lorsqu'il se rend à Chalon le 10 juin, ignore que le voyageur arrêté dans la nuit du 7 au 8 juin n'est autre que Didot ; s'il est vrai que Barbie ne sait même pas qu'il va avoir affaire à un « agent important ; s'il est exact enfin, que René Hardy n'a été arrêté à Chalon que parce que Moog a noté la réaction de Multon devant un visage déjà vu, il est permis de se demander pourquoi un personnage de l'importance de Barbie a estimé devoir se rendre spécialement de Lyon à Chalon pour procéder personnellement au transfert d'un prisonnier dépourvu d'intérêt que la Feldgendarmerie lui eût tout aussi bien livré à domicile sur simple demande.

Il y a là un des mystères non encore élucidés d'une affaire qui en comporte bien d'autres...

Si l'on s'en tient à la version des faits, qui est celle de René Hardy, on peut résumer ainsi la première manche de la rencontre Hardy-Barbie :

- Hardy n'a pas été identifié comme étant Didot, ni même comme appartenant à la Résistance.

- Il a proposé à Barbie de devenir un de ses informateurs et, parvenant ainsi à le duper, a obtenu d'être remis en liberté le soir même.

- Barbie a relâché Hardy le 10 juin vers 11 heures du soir. Il pense avoir barre sur lui parce qu'il l'a menacé de se livrer à des représailles sur sa fiancée Lydie et la famille de celle-ci, au cas où Hardy ne respecterait pas ses engagements.

En ce qui concerne le déroulement de cette première manche, deux points doivent cependant être précisés.

Tout d'abord, s'il est exact que Hardy ait réussi à faire croire à Barbie qu'il n'avait aucun rapport, ni de près ni de loin, avec la Résistance - et moins encore avec Didot -, on peut s'interroger sur la raison pour laquelle Barbie a fait porter l'essentiel de son interrogatoire sur les sabotages-fer. Or René Hardy précisera, le 25 octobre 1948, devant le magistrat instructeur

Barbie n'avait qu'un objet : m'arracher les renseignements sur l'organisation de sabotage des chemins de fer.

Terrible et fatal mensonge

L'autre point important - et auquel Hardy attribue de lourdes conséquences -, est l'annonce faite par Barbie à son prisonnier, le 10 juin, de l'arrestation, la veille à Paris, du général Delestraint.

C'est en effet, dira Hardy, cette nouvelle qui va l'inciter, lorsque Barbie le remettra en liberté, à dissimuler à tous ses camarades et à tous ses chefs, sans exception, sa propre arrestation et son séjour dans les locaux de la Gestapo de Lyon.

Il faut bien noter toutefois que si Hardy a toujours soutenu que la nouvelle de l'arrestation de Delestraint avait été la raison de son silence et de son mensonge, deux versions successives ont été données du processus intellectuel l'ayant conduit, à partir de ce fait, à adopter l'attitude qui fut la sienne.

En effet, lorsque Maurice Garçon - et c'était le point culminant de sa plaidoirie devant le Tribunal militaire -, en est arrivé à l'explication du silence et du mensonge de René Hardy, il a montré son client pris dans un réseau de preuves accablantes conduisant à démontrer que l'arrestation du général Delestraint était son fait. Sa libération même risquant d'apparaître comme le prix de sa trahison, Hardy n'a eu d'autre ressource que de se taire et de mentir pour éviter de se voir tenu pour responsable d'une arrestation dans laquelle il n'est pour rien - mais à propos de laquelle rien ne peut lui permettre de se disculper.

Par contre, répondant, beaucoup plus tard, aux déclarations de Barbie, René Hardy donnera une explication assez différente : Je voudrais enfin, écrira-t-il, rappeler les raisons de mon silence sur l'arrestation de Chalon. Je voulais, alors, mener mon enquête. Je ne pouvais m'ouvrir à personne, étant donné que le coup porté au général Delestraint avait dû l'être de haut. Je choisis donc le silence. Cette guerre était de solitude. Nous choisissions seulement nos subordonnés, mais nous étions choisis par des gens que nous ne connaissions pas, pas plus que les chefs des autres services en liaison avec nous.




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Caluire : 21 juin 1943

Les règles de sécurité n'ont pas été observées

Le lieu a été choisi par André Lassagne : c'est, à Caluire, à l'angle de la place Castellane, la

villa du docteur Dugoujon, un ancien condisciple de Lassagne au lycée de Lyon. Les règles de sécurité imposant qu'en pareil cas les participants ignorent jusqu'à la dernière minute en quel lieu précis ils doivent se rencontrer, des rendez-vous leur ont été donnés en différents points, d'où ils seront pris en charge par les organisateurs, qui, seuls, savent où il faut aller. C'est ainsi que Lassagne doit prendre Aubry à la ficelle de la Croix-Paquet ; Jean Moulin doit amener Aubrac et le colonel Schwartzfeld ; Bruno Larat, nouveau chef du C.O.P.A., doit passer prendre le colonel Lacaze.

Ainsi - en théorie ! - seuls les participants connaissent l'existence de la réunion, sa date et son heure, et seuls trois d'entre eux connaissent le lieu.

Mais il y a loin, malheureusement, de la théorie à la pratique. Et René Hardy a eu raison de souligner le nombre anormal de personnes qui, finalement, en plus des participants, savaient qu'une réunion importante devait se tenir le 21 juin sous la présidence de Max : de Graaf, Bénouville, la fille du colonel Lacaze, un capitaine de gendarmerie, un intendant militaire, le colonel Garnier... Il y voit, pour sa part, la meilleure des excuses à ce qu'il appelle, en termes voilés la poursuite de son action après son arrestation de Chalon. Mais s'il est vrai qu'une faute n'en excuse pas une autre, il n'en reste pas moins que la réunion de Caluire était exceptionnellement vulnérable.

L'heure à laquelle cette réunion doit, en principe, se tenir, est maintenant très proche et les principaux participants vont se mettre en route pour rejoindre les points de rendez-vous intermédiaires qui ont été fixés.

À 13 h 45, lorsque Lassagne vient prendre Aubry au funiculaire, il a la surprise de se trouver en présence de René Hardy qui ne devait pas figurer parmi les participants.

Sur la réaction de Lassagne devant Hardy, les versions diffèrent : Lassagne est arrivé à notre rendez-vous à bicyclette, dira Aubry. Je lui ai annoncé que j'avais Hardy avec moi. II ne répond rien à ce sujet.

Mais faisant état d'une déclaration d'André Lassagne, Laure Moulin écrira : J'ai été surpris, déclare Lassagne, de voir arriver Hardy avec Aubry à ce rendez-vous, parce que je ne m'attendais pas à le voir... il pouvait d'ailleurs fort bien y participer comme responsable du Service-Fer. Et Laure Moulin ajoute cette précision, que nous n'avons trouvée nulle part ailleurs et dont elle n'indique pas la source : Cependant Lassagne fit remarquer à Hardy qu'il n'avait pas été convoqué. Celui-ci répondit qu'il ne comptait pas assister à la réunion, mais seulement voir Max quelques instants avant, pour une affaire concernant son service. Les trois hommes vont se mettre en route. Lassagne monte seul dans le funiculaire. Aubry et Hardy devant prendre le suivant et se rendre ensuite, par le tramway n° 33 jusqu'à la place de Castellane.

Là, Lassagne qui les a précédés à bicyclette dépose son vélo dans le couloir de la villa du docteur Dugoujon et vient chercher Aubry et Hardy qu'il fait entrer.

Quarante-cinq minutes de retard de côté et d'autre : le destin joue et gagne

S'il faut en croire la jeune femme au corsage rouge, c'est-à-dire Mme Deletraz, celle-ci, laissant les voitures de la Gestapo au point de départ du funiculaire, aurait suivi à distance Aubry et Hardy jusqu'à la place de Castellane et, les ayant vu entrer à 14 heures dans la villa du docteur Dugoujon, serait repartie pour aller retrouver les Allemands qu'elle devait amener au lies. du rendez-vous. Espérant qu'un de ses messages d'alerte aurait eu le temps de remplir son office, elle se serait efforcée de faire traîner les choses en longueur.

Se prétendant incapable de lire un plan de la ville, elle aurait obligé les Allemands à suivre le trajet du 33. Puis, feignant de se tromper dans Caluire, elle aurait, finalement, amené la Gestapo place de Castellane, avec trois bons quarts d'heure de retard.

Ce récit, toutefois s'accorde mal avec un témoignage d'où il ressort que les

Allemands savaient parfaitement qu'ils se rendaient chez le docteur Dugoujon, tout en ignorant son adresse exacte. Le témoin, l'officier de paix Curva a vu, en effet, le convoi des voitures allemandes s'arrêter dans une rue de Caluire, où l'un des occupants aurait demandé où se trouvait la maison du docteur Dugoujon. Après avoir été tout d'abord dirigés vers l'ancienne habitation du docteur Dugoujon, impasse de Verchère, les Allemands auraient été envoyés place de Castellane.

On ne peut manquer de s'étonner, en outre, si le récit de Mme Deletraz est exact, en constatant qu'une fois arrivée devant la porte de la villa du docteur Dugoujon, sachant qu'elle avait laissé la Gestapo loin derrière elle, elle n'a pas songé à franchir le seuil de la maison pour donner l'alerte à ses occupants avant de retourner au funiculaire.

Ce qui est indiscutable, en tout cas, c'est que la Gestapo n'est arrivée sur les lieux que quarante-cinq minutes après l'heure fixée pour la réunion. Mais par une amère ironie du sort, c'est ce retard qui aura rendu possible un coup de filet qui, sans cela, eût été incomplet.

En effet, au retard de la Gestapo va correspondre, à peu de chose près, le retard de Jean Moulin, d'Aubrac et du colonel Schwartzfeld...

Où était Jean Moulin entre 14 h et 14 h 45 ?

Car, pour le moment, ne sont encore réunis chez le docteur Dugoujon, dans la chambre du premier étage où il a été prévu que se tiendrait la réunion, que le colonel Lacaze et Bruno Larat, Lassagne, Aubry et Hardy.

Que s'est-il passé pour que Jean Moulin, habituellement d'une exactitude scrupuleuse, soit ainsi en retard ?

Aucune des explications qui ont été données de ce retard n'est pleinement satisfaisante... et nous ne sommes malheureusement pas en mesure d'en proposer une autre - si ce n'est sous la forme d'une hypothèse.

La seule explication que nous ayons trouvée - ce n'est répétons-le qu'une hypothèse - est que, tout simplement, Moulin peut fort bien avoir cru que la réunion devait avoir lieu à 14 h 30 et non à 14 heures - ce qui, avec un quart d'heure de retard du colonel Schwartzfeld, expliquerait leur arrivée quarante-cinq minutes après l'heure prévue.

C'est en tout cas en raison de ce retard, qu'ils n'ont pas rejoint, en arrivant chez le docteur Dugoujon, les cinq autres participants de la réunion qui se morfondaient en les attendant au premier étage : la domestique qui est venue leur ouvrir n'a pas pensé qu'ils puissent faire partie du même groupe et, les prenant pour des clients ordinaires, les a fait entrer au rez-de-chaussée dans le salon d'attente où se trouvaient déjà d'autres patients...

Quelques minutes à peine après l'arrivée des trois retardataires, la Gestapo - arrivant elle aussi avec trois quarts d'heure de retard - envahissait la villa du docteur Dugoujon... Si Barbie et ses hommes, quelle qu'en soit la cause, n'avaient pas perdu tant de temps, Moulin, Aubrac et Schwartzfeld auraient vu, en arrivant, les voitures de la police allemande et auraient rebroussé chemin.

C'est la Gestapo !

Mais !es si ne sont déjà plus de mise. Le piège est refermé...

Je suis assis près de la fenêtre, nous dira Aubry. Tout à coup le portail de la petite courette grince. Je regarde par la fenêtre et vois entrer des gens en vestes de cuir, en grand nombre. J'ai le temps de me retourner et de dire aux autres : Nous sommes cuits... drôles de gueules... c'est la Gestapo ! À ce moment, Hardy qui avait un pistolet dans sa poche le sort. Tout le monde est d'accord pour lui dire de le cacher. À peine dit, la porte de la chambre s'ouvre et un petit monsieur nous dit en excellent français : Haut les mains, police allemande ! Il fonce sur moi. En quelques secondes je suis giflé, la tête cognée contre le mur et je me retrouve les mains derrière le dos.

Après ces coups et ce menottage, le petit homme me dit : Mais alors, Thomas, cela n'a pas l'air d'aller. Tu avais l'air plus gai hier au Pont Morand. Je lisais mon journal, mais il faisait tellement beau que j'ai pensé qu'il fallait te laisser encore cette belle journée, puisque aujourd'hui on se retrouverait...

Cette dernière phrase appelle un commentaire immédiat.

Il ne nous semble pas qu'il y ait lieu de s'interroger bien longuement sur le fait de savoir si effectivement Barbie, lorsqu'il se trouvait au pont Morand, a pu penser qu'il retrouverait Aubry le lendemain... Barbie peut fort bien, en effet, avoir dit cela à Aubry simplement pour l'impressionner et lui montrer qu'il était bien renseigné - et se trouvait au pont Morand.

Il est, par contre, beaucoup plus surprenant que Barbie ait pu, d'entrée de jeu appeler Aubry Thomas, alors que ce pseudonyme est tout récent. Ce simple fait est de nature à confirmer la surveillance particulière dont Aubry faisait l'objet avant l'affaire de Caluire.

Avant de se ruer au premier étage, où leur arrivée a été décrite par Aubry, Barbie, et ses hommes avaient rapidement neutralisé, au rez-de-chaussée, les autres occupants de la villa : le docteur Dugoujon et les malades - vrais ou faux - — qui se trouvent dans le salon d'attente.

Le docteur Dugoujon, que le bruit a fait sortir de son cabinet, a été cueilli dans le couloir par un des hommes de Barbie, la mitraillette sous le bras, le doigt sur la détente : Il a sorti une paire de menottes, dira le docteur Dugoujon. Comme je lui tendais les mains, il m'a dit quelque chose en allemand que je n'ai pas compris, et pour mieux s'expliquer, il m'a donné un grand coup de pied dans le bas-ventre, de façon à me faire tourner le dos. Puis on m'a mis dans le salon, et Max m'a dit à voix basse : Je m'appelle Jean Martel. Aubrac m'a dit je m'appelle Ermelin. Je n'ai pas saisi les noms. À ce moment-là, les Allemands ont fait sortir les cinq ou six femmes qui se trouvaient là et qui étaient manifestement des malades sincères. Max, qui avait pris ses précautions, a exhibé une lettre d'un médecin, qui m'était destinée, et qui avait pour but de me demander un spécialiste pour les rhumatismes. Je me souviens que c'est l'explication qu'il a donnée pour expliquer sa présence.

Les menottes et la fouille : un fait troublant

Aubry, qui se trouve dans la chambre du premier étage, tout comme Aubrac, qui est au rez-de-chaussée dans le salon d'attente, ou encore le docteur Dugoujon - avec pour ce dernier, une insistance particulière - ont les mains derrière le dos et les poignets encerclés par des menottes. Et - le fait est important - tous déclarent que les menottes leur ont été ainsi passées immédiatement, dès l'arrivée de Barbie et de ses hommes.

Un autre point mérite en outre d'être souligné : Aubrac se souvient avoir été tâté ainsi que ses compagnons. André Lassagne précisera même avoir été fouillé avec une particulière minutie : on lui a enlevé son veston et on l'a tordu avant de le lui remettre.

Interviewé par Guy Sitbon, près de trente ans plus tard, au sujet de cette scène - dont on peut bien penser qu'il a gardé un souvenir précis car ce fut là sans aucun doute, en dépit de ses multiples aventures, un des moments les plus marquants de sa vie clandestine - Raymond Aubrac ajoutera : Les S.S. dirigés par Barbie nous ont alignés le long du mur, où nous ont rejoint nos compagnons qui nous attendaient dans la pièce du haut. Nous découvrîmes alors que René Hardy était là...

Et lorsque Guy Sitbon lui demandera quelles ont été ses réactions en voyant Hardy, Aubrac répondra : Nous avons tous eu la même réaction. Stupéfaction. Indignation. Pourquoi était-il là ? Que venait-il faire ? Nous ne nous méfiions alors absolument pas de lui, mais ce n'était pas sa place, et la coïncidence avec l'arrivée des S. S. nous inquiétait. Notre inquiétude s'est accrue lorsque les S.S. ont passé les menottes à tous les hommes, y compris aux clients du docteur Dugoujon, sauf à René Hardy...

Voici donc, clairement posées, les premières questions auxquelles Hardy doit répondre : est-il exact qu'il ait bénéficié, en échappant aux menottes, d'un traitement de faveur - et qu'il ait été, comme le souligne Aubrac, le seul dans ce cas ? Accessoirement, si la fouille a été aussi poussée que l'a dit Lassagne, comment le pistolet que René Hardy avait gardé sur lui n'a-t-il pas été découvert ?

Les explications de Hardy

Sur le premier point - les menottes - voici ce qu'écrira Hardy : Nous n'eûmes pas, non plus, les menottes immédiatement et tout le monde ne fut pas menotté. Parce que les Allemands, qui n'étaient que huit, d'après les témoignages, se sont trouvés devant un grand nombre de personnes à arrêter. Quand Barbie dit que Steingritt, un de ses hommes, cria qu'il n'y avait plus de menottes, c'est sans doute vrai pour une fois. J'eus droit à un cabriolet, une chaîne qu'on tord autour du poignet et dont le garde tient l'extrémité.

Dans la mesure où Hardy lui-même se réfère aux déclarations de Barbie, il nous faut bien vaincre notre répugnance et citer le passage ainsi visé : Je terminai l'interrogatoire général. Je donnai l'ordre qu'on passe les menottes à tout le monde et qu'on prépare le transport des prisonniers. La troisième phase du plan commençait : l'évasion de Didot. Des menottes à tout le monde, avais-je dit. Le silence était total. Steingritt cria : Il n'y a plus de menottes. Il restait Didot. Je répondis qu'on lui passe une chaîne au poignet et surtout qu'on ne le lâche pas.

Il n'apparaît pas que René Hardy ait été particulièrement bien inspiré en affectant de prendre au sérieux pour une fois les déclarations de Barbie : ce dernier, en effet, ne fait nullement état ici d'un manque réel de menottes, il cherche simplement à montrer comment ses hommes et lui ont aidé Hardy à s'évader. Mais ce passage du récit de Barbie, en dépit du crédit relatif que René Hardy semble lui accorder, n'a pas plus de valeur que tous ceux qui l'ont précédé ou vont le suivre : Barbie situe le menottage général au terme des interrogatoires, alors que tous les témoins - Aubry, Dugoujon, Aubrac - sont d'accord pour dire que les menottes leur ont été passées dès l'arrivée des Allemands.

Il n'en reste pas moins qu'alors que ses camarades ont les mains derrière le dos et les poignets encerclés par des menottes, Hardy est simplement tenu par Steingritt à l'aide d'un cabriolet.

Reste la fouille : Nous fûmes mis face au mur, précise Hardy, et fouillés superficiellement. On ne trouva pas mon pistolet que j'avais caché dans une poche spéciale de ma manche. Barbie expliquera, avec force détails, comment Hardy, après lui avoir indiqué par un signe de tête que Jean Moulin était bien au nombre des prisonniers, s'était laissé enfermer dans une armoire et avait identifié Jean Moulin en frappant quelques coups discrets sur un panneau de l'armoire...

Le docteur Dugoujon réduira ce mauvais roman à sa juste valeur en précisant qu'il n'y a jamais eu d'armoire dans cette pièce...

Quant à Hardy, il se défendra sans peine d'avoir identifié Moulin - ni aucun autre de ses camarades. Barbie et ses hommes ne sauront d'ailleurs pas avant le 23 juin lequel de leurs prisonniers est Max : À un moment donné, dira Aubry, on a entendu, après des bruits précipités sur le palier. des cris et des coups de feu. Didot n'est pas revenu dans la chambre.

Hardy n'eût plus qu'à s'évader

Les coups de revolver ont salué une évasion, la seule : celle de René Hardy.

Cette évasion est, sans aucun doute, si on voit les choses sous l'angle de l'affaire Hardy, le moment le plus important de l'opération conduite par Barbie à Caluire. Il est essentiel en effet d'essayer de déterminer si René Hardy a bénéficié, en l'occurrence, comme l'affirme Barbie - et comme l'ont aussitôt pensé, il faut bien le dire, les autres résistants arrêtés - de la complicité des Allemands pour simuler une évasion, ou si, comme Hardy lui-même l'a toujours soutenu, sans jamais varier, il s'est bel et bien évadé, avec tous les risques que cela pouvait comporter.

Voici, tout d'abord, selon René Hardy, comment les choses se sont passées : Quand mon gardien voulut me faire monter dans une traction (et non dans une camionnette) et non pas en dernier, comme dit Barbie, mais dans les premiers (il n'y avait qu'une femme dans la voiture), il ouvrit d'une main la portière. Je le déséquilibrai et, le frappant de ma main gauche

libre, lui fis un croc-en-jambe et lui claquai la portière dans le visage. Il s'affala sur l'aile en lâchant le cabriolet. Et je pris la fuite. Barbie prétend alors que ses hommes, affolés, ne réagirent pas aussitôt et puis tirèrent en l'air. Ma fuite a des témoins qui se tenaient sur la place Castellane. Je zigzaguai entre les arbres et j'entendis les balles siffler. Je fus blessé. Un témoin oculaire rapporta que j'avais fléchi sous le coup. Je faillis tomber. Je sortis mon arme pour tirer par-dessus mon épaule afin de protéger ma fuite. Les Allemands, qui avaient sur les bras plus d'une douzaine de prisonniers, abandonnèrent la poursuite alors que je dévalais la Montée Castellane. Je me jetai dans un fossé rempli de hautes herbes pour reprendre mon souffle. La fracture ouverte de mon bras commençait à me faire souffrir. Je rampai dans le fossé, puis me jetai dans une des rues latérales et décidai de gagner la Saône en prenant la ligne de plus forte pente, ne sachant pas exactement où j'étais.

On peut s'étonner de la relative facilité avec laquelle Hardy a pu prendre le large. Par contre, il paraît difficile d'affirmer, comme n'hésite pas à le faire Laure Moulin, qu'il a été établi que Hardy s'était blessé lui-même en se tirant un coup de pistolet dans le bras : Un fait, écrit-elle, révélé par l'expertise médicale en 1947, et corroboré par les témoins allemands de 1950, c'est que Hardy, en descendant vers la Saône, s'était blessé lui-même au bras d'une balle de revolver, sans doute pour détourner les soupçons de ses camarades. À ceci Hardy répond de façon précise : Le docteur Picard qui examina la plaie, et, plus tard, les experts militaires, confirmèrent qu'il n'y avait ni trace de brûlure ni de poudre. Finalement on prétendit que la balle avait été tirée à plus de 40 centimètres. Mais alors, étant donné sa trajectoire dans le bras, il était impossible que je puisse la tirer moi-même au-delà de cette distance.

Max est parmi eux

Enfin, les Allemands commencent à emmener leurs prisonniers. D'abord ceux du rez-de-chaussée sur lesquels il plane encore un doute et qui ne sont pas soumis au même régime que les autres. Puis les occupants de la chambre - qui ne sont plus que quatre. Direction : le quartier général de Barbie...

Nous montons dans une traction et nous arrivons à l'École de Santé Militaire de Lyon, avenue Marcellin-Berthelot dira Aubry. On nous met dans une cave où se trouvent une multitude de gens. Face au mur, toujours menottés. Il y a à côté de moi des gens que je ne connais pas. Il y a aussi, au milieu de la pièce, deux chaises sur lesquelles sont assis Aubrac et Moulin.

Là, commencent, également, de nouveaux interrogatoires qui se font un par un, sauf Lassagne et moi qui montons ensemble à je ne sais plus quel étage. Et là, dans un grand bureau, on nous confronte. Je ne réponds à aucune question. Nous descendons. On nous fait remonter. On nous demande qui nous sommes. On me dit tout de suite : Tu es Thomas... c'était le pseudo que Frenay m'avait donné tout récemment...

À un moment donné, alors que nous sommes en train de recevoir des coups, un grand bonhomme à mine patibulaire, du genre des sbires de la Gestapo tel que nous les connaissons, arrive et dit en français, en jetant une liasse de courrier : Max est parmi eux.

Immédiatement, jubilation intense de Barbie et de son acolyte. On fonce sur Lassagne et sur moi. Nous déclarons ne pas le connaître.

Il ne s'agit pas de faire des histoires, nous dit-on. Max, vous le connaissez, c'est le représentant du général de Gaulle en France. Et il n'y a pas tellement longtemps que la radio de Londres l'a annoncé. Je crois bien qu'ils ont ajouté : il est ministre dans le comité des Français de Londres, en mission en France pour commander toute la Résistance.

Ainsi, les Allemands savent, dès ce premier soir, qu'ils tiennent Max - sans toutefois être en mesure de déterminer lequel de leurs prisonniers est Max. Ils vont donc, par prudence, garder tout le monde. Les interrogatoires se poursuivent sans relâche :

On descend, poursuit Aubry, on nous fait remonter de la cave peu après. On nous redescend encore. Ce sont toujours des coups et des menaces. Et le temps passe. Il est certainement très tard. Peut-être 11 heures du soir, quand il y a un branle-bas général. On nous fait tous monter dans un camion. Direction - nous le saurons plus tard - la prison de Montluc. Il y a là ceux qui ont été arrêtés avec moi dans la chambre. Nous sommes tous menottés. Aubrac et Max sont là aussi...

L 'opération a été payante

C'est sur ce transfert nocturne au Fort Montluc, que s'achève cette dramatique journée du 21 juin 1943. Dès le lendemain, sans perdre un instant, Barbie va continuer sur sa lancée, et exploiter son avantage : perquisition au domicile d'Aubry où la Gestapo s'empare d'un véritable trésor de guerre : quatre millions et d'une masse de documents relatifs à l'Armée Secrète : pratiquement tous les papiers que l'A.S. a sortis en juin ; arrestation de la secrétaire d'Aubry, Mme Raisin ; arrestation, rue de la République, au bureau du C.O.P.A. de l'adjoint de Bruno Larat, Gilles et de deux secrétaires. Seule Geneviève Fassin (Jannick) a la chance, parce qu'elle est en voyage, d'échapper aux arrestations de la rue de la République et à une opération de la Gestapo à son domicile, rue de La-Tour-du-Pin.

Que devint Hardy après sa fuite ?

Il faut maintenant - et pour la dernière fois - en revenir à René Hardy. Qu'est-il devenu après sa fuite ?

Alors que je longeais les berges de la Saône, en contrebas de la route, à bout de forces, comprimant ma plaie, dira-t-il, je montai sur la route et j'aperçus deux cyclistes auxquels je demandai de m'aider et de me conduire plus loin. Ils me soutinrent et me déposèrent chez les Damas. Mais l'un d'eux s'empressa de téléphoner à la police.

Il devait être 6 heures du soir. La police française arriva et, après un bref interrogatoire par deux groupes de policiers successifs se méfiant les uns des autres, je fus transporté â l'hôpital de Grange-Blanche pour la nuit.

Dès le lendemain il fut transféré au quartier des détenus de l'Antiquaille où il allait rester jusqu'au 28 juin.

La confiture au cyanure

À l'hôpital de l'Antiquaille, dira-t-il, Mme Aubrac, me croyant coupable, tenta dès le 24 juin de me faire empoisonner...

Ce que Raymond Aubrac ne fera aucune difficulté pour confirmer en ces termes : Ma femme Lucie, sur instructions des organismes dirigeants, lui envoya un paquet de nourriture avec un pot de confitures bourré de cyanure. Le pot était petit pour qu'il ne lui vienne pas l'idée de le partager avec d'autres. Mais dès que Hardy reçut le colis, il demanda aux Allemands d'en analyser le contenu. S'il avait eu la conscience tranquille, il ne se serait pas méfié de nous. Le fait est que personne ne mangea jamais cette confiture... Hardy ne séjournera que dix jours à l'Antiquaille sous la surveillance de la police française : L'intendant de police Cussonac, dit-il, me fit livrer le 28 juin aux Allemands qui avaient été informés par le commissaire Pitiot.

Après les interrogatoires au siège de la Gestapo, je fus transféré au quartier cellulaire de l'hôpital allemand de la Croix-Rousse.

Et Hardy s'évade encore

C'est de là que René Hardy - décidément en passe de devenir le Latude de la Résistance - va une fois de plus, s'évader : Je m'évadai, dit-il, dans la nuit du 3 août. Barbie dit que je suis resté huit jours à l'hôpital et qu'une nouvelle fois mon évasion fut organisée. Je m'évadai en faisant sauter le cadenas qui fermait ma fenêtre. Il y avait un garde dans le couloir, plus souvent en train de flirter et boire avec les infirmières. On se méfie trop peu des malades blessés. Ma chambre était au-dessus des garages donnant sur une cour fermée par un portail et un portillon. Je sautai par cette fenêtre et me trouvai dans la cour d'où je me hissai sur le portillon pour me retrouver dans la rue.

Et Hardy ajoutera, non sans humour, après avoir souligné qu'il avait donné le signal des évasions et que trois autres prisonniers des Allemands devaient l'imiter au cours des seuls mois d'août et de septembre 1943 : Les évasions paraissent toujours rocambolesques à ceux qui ne les font pas...

Revenu une fois de plus chez les Damas, Hardy quittera Lyon dès le 4 août et, après une première étape à Collonges chez l'ingénieur des chemins de fer Delombre, ira chercher refuge, en compagnie de Lydie Bastien, dans le Centre.

Par la suite, il se rendra à Paris où il accomplira, à la demande de Bénouville, un certain nombre de missions, puis passera en Afrique du Nord où Frenay - qui lui a conservé toute sa confiance et sera, entre-temps, devenu ministre - le prendra à son cabinet.

Voici donc, pour la double série d'arrestations de Paris et de Lyon, et pour ce que l'on a, par la suite, appelé l'affaire Hardy, les faits, réduits à l'essentiel en dépit du développement qu'il a fallu leur consacrer. Nous les avons replacés dans leur continuité chronologique et éclairés, chaque fois que sont apparues et subsistent des divergences d'interprétation, par l'énoncé contradictoire des thèses en présence - à condition toutefois que celles-ci résistent à l'examen, ce qui excluait la majeure partie des révélations de Barbie.

CERTAINES QUESTIONS RESTENT POSÉES

En toute objectivité on peut ne pas penser que la lumière complète ait été faite sur le comportement de René Hardy au mois de juin 1943.

Pourquoi Barbie est-il venu en personne prendre livraison de Hardy à Chalon. Pourquoi a-t-il. relâché son prisonnier après avoir eu avec lui un entretien de plusieurs heures le 10 juin ? Il n'est pas vraisemblable que si Barbie s'est trouvé au pont Morand le 20 juin, Hardy ne l'ait pas reconnu, ni vu. Barbie, en tout cas, ne peut pas ne pas avoir vu Hardy sur le pont. L'évasion de Caluire a été trop facile. Il peut paraître invraisemblable que, retombé entre les mains de la police allemande, Hardy s'en soit tiré après un bref interrogatoire...

Le mardi 22 juin, Barbie ignorait toujours lequel de ses prisonniers était Max. Il ne l'apprendra que le 24 juin. Dans un livre paru au mois de mars dernier, écrit par l'interprète suisse de Barbie, celui-ci laisse entendre que l'un des prisonniers de la Gestapo craqua et raconta beaucoup de choses. Quoi qu'il en soit, Jean Moulin, identifié, fut soumis de la part de Barbie furieux, à un traitement si brutal qu'il sortit de cet interrogatoire à moitié mort. II fut transféré, dans un état lamentable, avenue Foch, puis à Neuilly, dans la villa occupée par Boemelbury. Il y fut confronté avec le général Delestraint et Lassagne. Ce dernier avait spécialement été extrait de Fresnes. Il vit Jean Moulin, allongé sur un divan, le crâne enveloppé de pansements, le visage jauni et meurtri, respirant faiblement : seuls les yeux paraissaient vivre en lui.

Il mourut dans des circonstances inconnues au cours de son transfert en Allemagne.


 

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