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collaboration intellectuelle

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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Re: collaboration intellectuelle

Nouveau message Post Numéro: 61  Nouveau message de Tri martolod  Nouveau message 01 Fév 2013, 05:16

PRZYB a écrit:+1 Tant qu'à parler d'intellectuels, on pourrait parler aussi de Tino Rossi et Maurice Chevalier?


Bonjour,

Il y a ce fil:

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Re: collaboration intellectuelle

Nouveau message Post Numéro: 62  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 22 Fév 2013, 22:01

Aux fins de relace de ce sujet intéressant, voici un sucre à grignoter :

Le Dernier Bal des Maudits
Par Jérôme Dupuis (L'Express), publié le 15/02/2013 à 09:33

Plusieurs écrivains bannis à la Libération vont revenir sur les étals des libraires. Après la sulfureuse correspondance Chardonne-Morand, attendue depuis treize ans, ce sera au tour des Décombres, le best-seller de l'Occupation signé Lucien Rebatet. Pas simple d'éditer ou de rééditer ces réprouvés à la plume brillante mais trempée dans l'antisémitisme. Enquête.

ImageImage
Assurés que leur correspondance ne serait publiée que longtemps après leur mort, Paul Morand (à gauche) et Jacques Chardonne (à droite) n'ont pas bridé leur plume

A vrai dire, on avait fini par ne plus y croire. On ne verrait sans doute jamais ce monument littéraire. Voilà en effet treize ans que l'on aurait dû avoir en main la sulfureuse correspondance entre Chardonne et Morand. Les deux bannis de la Libération - le premier avait participé aux voyages des écrivains français dans le Reich, en 1941 et 1942, le second était ambassadeur de Vichy à Bucarest - avaient déposé leurs quelque 3 000 (!) lettres échangées entre 1949 et 1968 dans le secret d'une bibliothèque suisse, avec consigne de les publier en l'an 2000, soit bien après leur mort (Chardonne disparaît en 1968, Morand, en 1976). Mais, depuis, rien. Gallimard, éditeur désigné pour cette tâche, aurait-il été effrayé par les horreurs antisémites et homophobes lancées par les deux "tontons flingueurs" ? Les féroces indiscrétions au sujet de nombre de notables des lettres parisiennes, dont certains sont toujours vivants, seraient-elles trop embarrassantes ? Selon nos informations, initialement prévu pour avril, le premier volume de la mythique correspondance Chardonne-Morand - il y en aura trois en tout - sortira à l'automne 2013 sous la célèbre couverture blanche. Il couvrira la période 1949-1960, soit 1 022 lettres, parmi lesquelles 800 ont été retenues, pour éviter les redites. Enfin!

Antoine Gallimard honore là une promesse faite par son père, Claude, à Paul Morand, en 1964, en marge d'une renégociation générale de son contrat. Les obstacles n'ont pas manqué. Il y a une quinzaine d'années, un collaborateur de la maison, Philippe Delpuech, est envoyé à Lausanne pour recopier à la main (!) les quelque 5 000 pages contenues dans sept cartons - larges feuilles à petits carreaux pour Chardonne, bristols et lettres à en-tête de palaces pour Morand (on ne se refait pas...). Mais Delpuech meurt brutalement en 2005, sans avoir pu terminer son travail de titan ! Le dossier atterrit alors entre les mains de Roger Grenier, un historique de Gallimard. Lequel ne se montre guère enthousiaste, estimant que ces lettres ne font rien pour la gloire des deux réprouvés. Et c'est finalement Bertrand Lacarelle, un jeune éditeur de la maison, par ailleurs biographe du surréaliste Jacques Vaché, qui hérite de l'encombrant colis, voilà dix-huit mois.

Dilemme : faut-il publier l'intégralité ou "caviarder" les passages les plus sensibles, ceux, par exemple, où Morand dénonce "l'enjuivement de l'Académie Goncourt" et Chardonne les "métèques" croisés dans les rues de Nanterre ? Sans parler de tel critique littéraire traité de "PD" - comprendre homosexuel... Et que faire de cette phrase de Morand, en date du 7 mai 1960 : "Là où Juifs et PD s'installent, c'est un signe certain de décomposition avancée: asticots dans la viande qui pue" ? Antoine Gallimard a longtemps hésité. Consulté, Me Laurent Merlet, l'avocat de la maison, constelle le manuscrit de Post-it alarmistes - atteintes à l'intimité de la vie privée, antisémitisme, homophobie...

Antoine Gallimard tranche: on publiera le tout!
"J'ai plaidé pour que l'on publie la quasi-totalité des lettres, raconte Bertrand Lacarelle. Il s'agit d'un monument littéraire écrit par deux hommes nés à la fin du XIXe siècle et couvrant les trois quarts du XXe. Deux styles brillants s'affrontent: Morand revient sur Proust, l'esprit 1900, sa carrière diplomatique et ses voyages, Chardonne suit de près les Nimier, Frank, Déon. Ils lisent tout ce qui paraît, distribuent les bons et les mauvais points, évoquent leurs lectures de Chateaubriand ou des Goncourt, scrutent le Bloc-notes de leur meilleur ennemi Mauriac dans L'Express. Bien sûr, si l'on rit souvent, certains passages sont plus raides." Antoine Gallimard se laisse convaincre : on publiera le tout ! Avec une préface de Michel Déon, un bref avertissement et des notes.

Si l'on en croit la petite poignée d'initiés (1) qui a pu lire ces lettres, cette première salve automnale devrait faire du bruit. Assurés que leur correspondance ne sortirait qu'après leur mort, le dandy de Vevey (Suisse) et l'ermite de La Frette (en banlieue parisienne) ne se contentent pas de parler jardinage. Si Morand, introducteur du "style jazz" dans la littérature française, chante les louanges d'A bout de souffle, il se montre plus réservé à l'égard de Françoise Sagan, accusée de "tourner la sauce, plus mince à chaque fois, de ses romans". Malraux ? Du "charabia". Le Nouveau Roman ? "Du ciment". Et l'on sourira en découvrant que Chardonne n'a guère d'estime pour François Mitterrand, dont il était pourtant l'idole littéraire : "Un pauvre diable..."

François Mitterrand, "Un pauvre diable"
En "retardant" de treize ans la publication de ce brûlot, Antoine Gallimard s'est épargné quelques nuits difficiles. C'est qu'entre l'an 2000 et aujourd'hui nombre de dinosaures des lettres parisiennes, égratignés dans ces pages, sont morts. Voici, par exemple, ce qu'écrit Morand à Chardonne le 28 août 1962 : "Nourissier, très putain, déclare que nous, les vieux, faisons des avances aux jeunes ; il omet de dire qu'étant recruteur d'auteurs, soit pour des maisons d'extrême droite (Carbuccia), soit pour Grasset, il nous recherchait et nous caressait." En 2000, ce même Nourissier est le tout-puissant président du jury Goncourt ; en 2013, il n'est plus de ce monde depuis deux ans. Ce n'est pas tout à fait la même chose...

Plus gênant encore, certains pontes de Gallimard ont droit eux aussi à un coup de griffe. Or, la maison n'aime guère évoquer les fantômes des années noires en public... Témoin, la mésaventure vécue par Pierre Assouline, en 1997. Le biographe de Simenon devait publier chez Gallimard un récit consacré à Lucien Combelle, ancien secrétaire de Gide passé à la presse collaborationniste et condamné à quinze ans de travaux forcés à la Libération. Seul problème, une phrase de l'ouvrage rappelait que l'écrivain Claude Roy publiait dans L'Action française en avril 1943. Or, en 1997, Claude Roy faisait partie du comité de lecture de Gallimard... Pierre Assouline fut donc aimablement prié de donner son Fleuve Combelle à paraître ailleurs - en l'occurrence, ce fut Calmann-Lévy... "Je suis tout à fait favorable à la publication de la correspondance Chardonne-Morand, commente justement Assouline. Il me semble que le vrai tournant date de la sortie de Journal 1939-1945, de Pierre Drieu La Rochelle, en 1992. Nous sommes suffisamment mûrs aujourd'hui pour les lire ou les relire, quitte à se montrer extrêmement critiques."

Un formidable document pour comprendre ce qui se passait dans la tête d'un fasciste "chimiquement pur"
Les "voeux" de l'auteur du Fleuve Combelle devraient être exaucés : selon nos informations, la prestigieuse collection Bouquins (Robert Laffont) vient de mettre en chantier la réédition des Décombres, le terrible best-seller de l'Occupation signé Lucien Rebatet, complété pour l'occasion par une suite de 300 pages largement inédites, écrites à la Libération par l'auteur dans sa cellule de Clairvaux. Les Décombres? Un formidable document pour comprendre ce qui se passait dans la tête d'un fasciste "chimiquement pur", avec des pages enflammées sur le 6 février 1934, mais aussi une charge contre la "juiverie de Blum", une dénonciation obsessionnelle des "youtres" et des "maçons", une admiration sans bornes pour le "Führer"...

"Il faut prendre le taureau par les cornes et le republier dans son intégralité, quitte à montrer l'extrémisme et la médiocrité de Rebatet. Si l'on caviarde des passages, on se livre à une forme de révisionnisme", proclame Nicolas d'Estienne d'Orves, ayant droit du romancier. Le pamphlet n'a été réédité qu'une seule fois depuis la guerre, en 1976, par Pauvert, sous le titre Mémoires d'un fasciste, dans une version édulcorée, qui ne comprenait pas le glaçant chapitre intitulé "Le Ghetto". Depuis, les éditions de la Reconquête, domiciliées à Asuncion, au Paraguay (!), diffusent par correspondance une version pirate des Décombres dans les milieux d'extrême droite. C'est que Rebatet sent toujours le soufre. Jacques Chancel se souvient encore aujourd'hui des menaces qu'il avait reçues lorsqu'il avait invité l'auteur des Deux Etendards à son émission Radioscopie, en 1969...

Rééditer Rebatet ? Oui, mais avec des précautions
Il y a quelques mois, Nicolas d'Estienne d'Orves évoque le sujet avec Jean-Luc Barré, directeur de la collection Bouquins. A une exception près, le comité de lecture de la collection - Josyane Savigneau, Pascal Ory, Cécile Guilbert, Pierre-Guillaume de Roux... - ne voit pas d'objections à une réédition. Mais en l'entourant d'un certain nombre de précautions.

"Les Décombres constituent un document littéraire et historique passionnant, explique Jean-Luc Barré. Nous allons proposer une réédition soigneusement annotée par un historien, qui replacera les choses dans leur époque et pointera les mensonges ou les inexactitudes. Une préface précisera d'ailleurs clairement l'esprit de cette réédition." L'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, auteur d'une biographie du Dr Ménétrel (éminence grise du maréchal Pétain), a été choisie pour rédiger l'appareil critique. Le préfacier n'est pas encore connu. Sollicité, Pierre Assouline a préféré décliner la proposition : il aurait été trop sévère à l'égard de Rebatet, qui, il est vrai, n'a jamais renié ses convictions d'un iota. Drieu La Rochelle hier, bientôt Chardonne et Morand, Rebatet et ses Décombres sans doute en 2015 : l'atmosphère serait-elle en train de changer ? Peut-être. La page sera sans doute définitivement tournée le jour où l'on republiera les trois pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. On sait que l'écrivain, et aujourd'hui sa veuve, Lucette, âgée de 100 ans, se sont toujours opposés à toute réédition de Bagatelles pour un massacre, de L'Ecole des cadavres et des Beaux Draps, qui ne tomberont dans le domaine public qu'en 2031. Mais, par une étrange bizarrerie du droit, rien n'interdit de les rééditer au Canada. Les éditions 8, sises au Québec, ont sorti voilà quelques mois un volume énorme comprenant les trois pamphlets, minutieusement annotés par le grand spécialiste Régis Tettamanzi, qui éclaire et bat en brèche nombre d'élucubrations de l'auteur de Mort à crédit. Un modèle du genre.

Seul bémol : ce pavé, convoité par des hordes de céliniens et vendu l'équivalent de 45 euros au Québec, n'a été tiré qu'à 400 exemplaires. Et sa diffusion est strictement prohibée sur le territoire français. On en a récemment vu passer un à 225 dollars sur eBay. Un petit malin s'est engouffré dans la brèche : il a glissé une vingtaine d'exemplaires dans une valise et s'est offert un aller-retour pour Paris, y proposant le volume sous le manteau au prix de 95 euros. Il a été dévalisé. Une sorte de retour du marché noir...

(1) En particulier François Dufay, qui en a abondamment nourri son ouvrage Le Soufre et le moisi. La droite littéraire après 1945 (Perrin).

"Comment je suis devenu l'héritier de Rebatet"
Etrange clin d'oeil du destin, c'est l'écrivain et journaliste Nicolas d'Estienne d'Orves, neveu de l'un des plus célèbres martyrs de la Résistance, Honoré d'Estienne d'Orves, qui est aujourd'hui l'héritier de Lucien Rebatet. "A la mort de l'épouse de Rebatet, en 1988, c'est Pierre Darrigrand, issu d'une famille Action française et résistante, directeur de la chambre de commerce de Paris, qui est devenu son ayant droit, raconte-t-il. Je l'ai rencontré alors que je travaillais à un mémoire de maîtrise sur Rebatet, et nous avons sympathisé. En 2001, sur son lit de mort, il m'a dit que des vieux pétainistes et de jeunes nazillons tournaient autour de l'héritage et m'a demandé de devenir l'exécuteur testamentaire de l'auteur des Deux Etendards. Au Figaro littéraire, où je travaillais alors, tout le monde m'a dit que je serais fou de donner suite ! Bien que ne partageant en rien les convictions de Rebatet, j'ai finalement accepté. Et c'est ainsi que moi, né en 1974, soit deux ans après la mort de l'auteur des Décombres, je suis devenu son ayant droit. J'avais 27 ans."

Actuellement L'Edition d'auteurs au passé sulfureux lors de la Seconde Guerre Mondiale est à la mode, nous n'avons pas fini d'en voir ...
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Re: collaboration intellectuelle

Nouveau message Post Numéro: 63  Nouveau message de Tri martolod  Nouveau message 23 Fév 2013, 07:26

"François Mitterrand, "Un pauvre diable" .....?
Nouvelle mode journalistique qui consiste à citer un nom dans un titre de paragraphe sans en parler dans le paragraphe en question. C'est sans doute pour ceux qui lisent en diagonale, inutile de développer!....à moins que Mitterrand n'ait un pseudo, peut-être Drieu des Charentes??
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Re: collaboration intellectuelle

Nouveau message Post Numéro: 64  Nouveau message de fbonnus  Nouveau message 23 Fév 2013, 11:53

Oui, effectivement, Le paragraphe sur Mitterrand peux paraître déplacé, mais pour le reste on y trouve des réflexions intéressantes
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