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La mort de Jacques DORIOT

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de juin1944  Nouveau message 18 Aoû 2010, 07:08

voici ce que dit Wiki sur la mort de DORIOT, survenue le 22 février 1945 (source http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Doriot )
Le 22 février 1945, Doriot, un chauffeur allemand et une secrétaire du Comité prirent place dans la voiture du conseiller d'ambassade Struve, le véhicule personnel de Doriot étant en panne. A une quinzaine de kilomètres de Mengen, sur la commune de Menningen, la voiture fut mitraillée par un avion3. Doriot, blessé, tenta de quitter le véhicule, mais une rafale le frappât mortellement lors d'un second passage du chasseur. Prévenus par la secrétaire miraculeusement indemne, Déat et le fidèle lieutenant de Doriot, Marcel Marshall, arrivèrent sur les lieux et ne purent que constater le décès.


Une autre hypothèse émise laisse supposer que DORIOT a tout simplement été "liquidé", étant devenu gênant. Aujourd'hui, que sait on de ce qui entoure vraiment la mort de DORIOT, l'un des collaborateurs les plus extrémistes du régime de Vichy. Faut il y voir un lien avec le "suicide" de son ami le Gauleiter Josef Bürckel, le 28 septembre 1944 ? Pour qui DORIOT aurait il pu devenir gênant au point de le supprimer ?

J'ai fouillé les archives du forum, mais il ne me semble pas que ce point fût déjà abordé et fouillé.
Sur ce lien, une biographie courte mais intéressante : http://www.assemblee-nationale.fr/sycom ... _dept=2556


 

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 18 Aoû 2010, 08:56

Bonjour,
Je constate que, depuis qu'il a lu Jean Mabire, Stephane traine volontiers dans les poubelles de l'Histoire. Je suis inquiet.
:grand-sourire:
Voici ce qu'en dit Dominique Venner dans son Histoire de la Collaboration (Pygmalion, 2000), page 498 :
Pres de Mengen, deux avions vraisemblablement britanniques prennent la route en enfilade. Doriot est tue sur le coup

Mais, bon, c'est du Venner. Cependant, dans un note 46 en pied de page, il precise :
Dans sa biographie, Jean-Paul Brunet a fait justice des romans edifies ulterieurement au sujet d'un "mystere" de la mort de Doriot

J'avais ce livre (Brunet Jean-Paul, Jacques Doriot. Du communisme au fascisme, Paris, Balland, 1986) mais "quelqu'un" me l'a emprunte et a oublie de me le rendre...

Les "romans" dont parle Venner consistent a emettre l'hypothese que Doriot a ete elimine par des concurrents. Mais ces concurrents ne disposaient pas d'avions de chasse, donc il aurait fallut une complicite de la Luftwaffe, "arme nazie", pour cette execution. A mon sens, ca ne tient pas la route. La moitie des effectifs de la Division Charlemagne etaient doriotistes et Doriot etait le garant de leur fidelite. Sa mort a affecte le moral de nombreux W-SS francais. Constatons a ce sujet que Doriot est mort le 22 fevrier 1945 et que le 2 mars la Division Charlemagne est reorganisee entre un bataillon de marche (ceux qui veulent se battre, essentiellement des Miliciens et des anciens de la Strumbrigade W-SS francaise) et un regiment de "reserve" (les demoralises, dont les doriotistes de la LVF). J'y vois un lien de cause a effet.


 

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de MLQ  Nouveau message 18 Aoû 2010, 10:54

Bonjour
Le revue Batailles a publié plusieurs articles sur le PPF, auteur Olivier Pigoreau dont un sur la mort du grand Jacques avec toutes les hypothèses.

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de MLQ  Nouveau message 18 Aoû 2010, 11:10

j'ai loupé un épisode ?
je ne suis pas initié désolé :oops:

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de MLQ  Nouveau message 18 Aoû 2010, 16:10

Daniel Laurent a écrit:]Dans sa biographie, Jean-Paul Brunet a fait justice des romans édifies ultérieurement au sujet d'un "mystère" de la mort de Doriot
J'avais ce livre (Brunet Jean-Paul, Jacques Doriot. Du communisme au fascisme, Paris, Balland, 1986) mais "quelqu'un" me l'a emprunte et a oublie de me le rendre...

Bonjour

J'ai ce livre voulez vous que je regarde ?

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 19 Aoû 2010, 05:15

Bonjour,
MLQ a écrit:J'ai ce livre voulez vous que je regarde ?

En voila, une bonne idee, merci ! Ca doit etre vers la fin du livre.

Ceci dit, si c'est a moi que tu t'adresses, epargnes-moi le vouvoiement, ca me file des rides
lol


 

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de MLQ  Nouveau message 19 Aoû 2010, 09:45

Bonjour

Voici les pages 487 à 495 du livre :

Ce 22 février comme les jours précédents, le soleil resplendissait sur Mainau et sur le lac, annonçant un printemps précoce. Doriot devait être optimiste. Après les dures privations des débuts de l'exil, qui lui avaient fait perdre des kilos 10, la vie à Mainau s'était radoucie. Alcools, vins fins, denrées rares, rien ne manquait plus; des camions arrivaient régulièrement d'Italie, chargés d'un ravitaillement de choix; l'argent même était réapparu. Les activités politiques laissaient le temps de converser et l'on s'occupait à des jeux divers; dans les grandes salles du château, les dîners aux chandelles servis par « de rondes Ukrainiennes» s'achevaient parfois en bal costumé. « Quelle griserie de danser sur un volcan 11 ! » Seule l'essence faisait défaut. Aussi Doriot ne put utiliser sa Citroën personnelle et dut emprunter la Mercedes à gazogène du conseiller d'ambassade Struve. Il s'installa à l'avant, aux côtés du chauffeur allemand; à l'arrière avait pris place une femme, que certains récits présentent comme une secrétaire de Doriot (Hérold-Paquis), d'autres comme une secrétaire du Comite de Libération qui pour des raisons personnelles voulait gagner Mengen (Saint-Paulien).
Vers 9 h 30 les sirènes de Constance avaient sonné une alerte aérienne. Il y en avait tous les jours. « Depuis une semaine, écrit Jean Hérold-Paquis, l'aviation alliée rôdait, mitraillant, bombardant. Son insistance au-dessus de cette région laissait croire qu'une traversée du ¬Rhin allait peut-être avoir lieu au nord de Bâle. La veille même plusieurs gares avaient été attaquées 12. » Tandis que des milliers de forteresses volantes survolaient la région pour aller bombarder les centres industriels et urbains d'Allemagne, la chasse alliée faisait le vide sur les routes. « Ils arrêtaient pas, absolument permanents; dessus de nous ... », écrit Céline des « Mosquitos » et des « Marauders » de l'aviation anglo-américaine. «Looping!... looping ... ils arrêtaient pas ... ils se relayaient ... rafales! rafales ... ricochets ! Ptaf !... personne ne devait circuler!... [ ] Rien sur les routes: ni chats, ni chiens, ni bonhommes ! ni brouettes! ... tout ce qui bouge : rigodon! ptaf! 13. »
Il en fallait plus pour retenir Doriot qui, aux dires de Saint-¬Paulien, partit vers 11 h 15, soit un quart d'heure avant que les sirènes de Constance ne sonnassent la fin de l'alerte. Il était déjà en retard, puisque Déat devait l'attendre à 11 heures, et la voiture devait couvrir une distance de plus de 70 kilomètres.
Quelques kilomètres avant Mengen, ainsi qu'il se dégage des divers récits des contemporains, des paysans firent signe que des avions tournoyaient au-dessus du pays. Comme un aérodrome de la Luftwaffe se trouvait à proximité, le chauffeur crut qu'il s'agissait d'avions allemands et poursuivit sa route. C'est à quelques centaines de mètres de Mengen que la voiture fut brusquement attaquée. Une première rafale atteignit Doriot aux cuisses. Il agrippa la portière pour tenter de sortir, tandis que la voiture ralentissait. La rafale ¬tirée par le deuxième avion lui creva l'œil gauche, lui fracassa la joue et la mâchoire, déchira un poumon, perfora le cœur et le foie. La voiture s'arrêta d'elle-même sur le bas-côté de la route, tandis que les avions s'éloignaient. Le chauffeur avait été grièvement blessé, mais miraculeusement la secrétaire était indemne. Ce fut elle que Déat, Sabiani et Marschall déjà prévenus par téléphone, virent arriver, échevelée, hurlant, le visage en larmes: « Le chef!... le chef», leur lança-t-elle avant de s'évanouir. Quand ses amis arrivèrent auprès de la voiture, à l'entrée du village, le spectacle était épouvantable. « Jacques Doriot méconnaissable, écrit Jean Hérold-Paquis, les jambes presque détachées du corps, la poitrine ouverte, la tête comme un bloc de sang, avait fermé sa main sur la portière enfin ouverte, mais trop tard. Il fallut, dans la nuit même, le mettre au cercueil 14. »
Les obsèques se déroulèrent le dimanche 25 février à Mengen. La cérémonie commença à l'hôtel de ville. Au nom du Directoire et du Bureau politique, Marcel Marschall, très ému, lut un discours exaltant la vie politique de Doriot, soulignant au passage: « Parce qu'il avait fait la guerre en soldat et en héros, toute sa vie fut dominée par cette pensée: ne plus revoir ça. » Puis Brinon fit l'apologie de la collaboration avant de lancer à ses « camarades du Comité de Libération» un dérisoire appel à l'action. Au nom d’Hitler, Reinebeck prononça quelques paroles de condoléances qui rendaient hommage au rôle joué par le défunt dans la réconciliation franco-allemande et dans l'action de l'Europe contre le danger bolchevique. Enfin Sabiani prononça un serment - ce Corse était décidément l'homme des serments - que reprirent tour à tour tous les membres du Bureau politique: « Au nom du Peuple et de la Patrie, je jure fidélité à Jacques Doriot, chef du Parti Populaire Français, tombé dans la lutte qu'il menait pour la Révolution nationale, populaire, socialiste, et pour la véritable libération française.
Je jure de consacrer toutes mes forces jusqu'au sacrifice suprême, à notre combat dont il reste pour moi le Chef présent et agissant. Je jure de tout faire pour qu'à notre tête il rentre en France, notre patrie, le jour de sa délivrance 15. »
Au cimetière, après l'absoute, Marcel Marschall jeta sur le cercueil une poignée de terre de France tandis que la famille de Doriot éplorée recevait les condoléances de l'assistance. Tous ces gens, rassemblés autour du cercueil de leur chef, pleuraient tout autant sur eux-mêmes, et rares sans doute étaient ceux qui n'avaient pas pris conscience qu'ils étaient parvenus au bout du chemin. Peut-être même quelques-uns se prenaient-ils à penser que le « Grand Jacques » avait eu finalement beaucoup de chance d'en sortir ainsi, sans avoir à affronter les accusations d'un procès en trahison qui l'eût mené un petit matin devant les balles d'un peloton d'exécution.

Il nous resterait peu de chose à ajouter si les nostalgiques de Doriot n'avaient tenté de le réhabiliter et d'atténuer leurs propres responsabilités en présentant sa fin sous un jour fallacieux. Au cours des procès de collaboration où beaucoup d'entre eux durent rendre des comptes, l'idée leur vint en effet de soutenir qu'à la veille de sa mort Doriot avait délaissé la cause allemande et engagé des négociations avec les chefs des armées françaises, en l'occurrence le général de Lattre de Tassigny, en vue de se rallier au drapeau d'un patriotisme anticommuniste. Les services allemands avertis de la « trahison » de Doriot auraient de la sorte résolu sa mort, et les avions qui mitraillèrent sa voiture le 22 février auraient été des avions allemands. C'est peut-être Albert Beugras qui fut à l'origine de la légende : Beugras, on le sait, rendit effectivement des services aux Alliés leur communiquant des renseignements sur les mouvements des troupes allemandes, mais cela seulement après la mort de Doriot- fin avril, écrit même Marie Chaix 16; de là à faire remonter son revirement politique à une date antérieure, en la confortant par une conversion patriotique de Doriot, il y avait dans sa défense une tentative de glissement tout à fait classique 17. Mais c'est le livre de Saint-Paulien Histoire de la collaboration, paru en 1964, qui par l'efflorescence de ses inventions romanesques, convainquit un certain nombre d'auteurs que les circonstances de la mort de Doriot étaient à ¬tout le moins mystérieuses.

L'affaire est pourtant cousue de fil blanc. Elle tourne autour de trois points:
les avions ayant mitraillé la voiture de Doriot;
le service ¬allemand qui aurait commandité l'opération;
le pseudo-revirement de Doriot.

1. La nationalité des avions. « Plus tard, écrit Marie Chaix, Albert eut l'occasion de demander au CIC [Counter Intelligence Corps] de la VIIe armée américaine de faire des recherches sur les mitraillages alliés sur la zone de Mengen, le 22 février. Aucun avion de chasse allié n'avait opéré sur le secteur Constance-Mengen-Sigmaringen dans la journée du 22 février 18. » Observons sur ce point que la romancière; est en désaccord avec Saint-Paulien qui, présent à Mainau ce jour signale l'alerte sur Constance que nous avons mentionnée: elle dura même, selon ses dires, de 9 h 39 à Il h 32 ! Il serait d'autre part peu banal que Beugras, quelque service qu'il ait pu rendre aux armées alliées - et il ne semble pas leur avoir communiqué des renseignements stratégiques de la première importance, ait obtenu (de prison ?) qu'on fit pour lui des recherches dans les archives militaires. Comment d'ailleurs ces archives se présentaient-elles? Avaient-elles même été conservées?
Saint-Paulien, lui, brode longuement sur ce thème, en accumulant habilement les mystérieuses anomalies susceptibles de conduire à sa thèse. Ainsi la secrétaire passagère de la voiture mitraillée aurait indiqué - aux amis de Doriot - qu'après avoir repéré les avions, le chauffeur et Doriot lui-même avaient reconnu des avions allemands. Or, assure Saint-Paulien, Doriot s'y connaissait en matière d'aviation... « Ce qui est aussi troublant, ajoute-t-il, c'est que ni les autorités françaises, ni les autorités anglaises, ni les autorités américaines n'aient voulu, ou n'aient pu dire quel équipage, ou quel aviateur, avait tué Jacques Doriot. D'actives recherches auraient été faites pour retrouver le ou les auteurs de ce que l'on considérait comme une action méritoire, et les décorer. Mais cet équipage demeura [ ... ] introuvable 19. » Pas plus que le témoignage unique de la secrétaire, recueilli dans des conditions douteuses par les seuls amis de Doriot, cet argument ne nous semble recevable. Dans un ciel d'où l'on tire sur tout ce qui bouge, on s'occupe peu de qui reçoit les rafales. Quel pilote d'ailleurs a-t-il jamais été décoré pour avoir mitraillé à son insu une notabilité ennemie?
Il faut en réalité se référer aux jours et aux semaines qui ont suivi la mort de Doriot. Les bruits les plus extravagants ont couru alors: Doriot aurait été assassiné par des membres du PPF soudoyés par Le Can, ou encore par les nervis de Sabiani 20 … Mais jamais ne circula celui d'un assassinat par les services allemands. Le Petit Parisien du samedi 24 février annonçant la mort de Doriot indique en titre : « mitraillé et tué par un avion anglo-américain »; la « proclamation du Bureau politique du PPF », que reproduit le journal, dit aussi que Doriot a été « mitraillé à deux reprises à la fin de la matinée par un avion anglo-américain ». Le 26, évoquant les obsèques, Le Petit Parisien écrit que Doriot a été « frappé à mort par les balles de deux avions anglo-américains, attaquant sa voiture en piqué» ; tandis que pour La France, il a été « assassiné par les aviateurs terroristes de l'impérialisme anglo-américain et du bolchevisme »( !) Jusqu'à quelle date faut-il poursuivre les citations?
Victor Barthélemy, qui à la différence de Saint-Paulien, ne poursuit pas une tentative de réhabilitation politique - en tout cas pas intégrale ... -, écrit: « Au cours des deux semaines que j'ai passées à Mainau, après la mort de Doriot, je n'ai entendu soutenir cette thèse [l'assassinat de Doriot par les Allemands] par personne. Elle a pris naissance par la suite, et elle put servir à étayer le système de défense de plusieurs de nos camarades. En présentant cette version des faits (… ) ils tentaient d'atténuer les responsabilités du PPF, et par conséquent la leur, dans la politique de collaboration 21. » La cause est entendue.
2. Mais quel service allemand aurait-il eu intérêt à faire abattre Doriot? Himmler et les SS répondent nos auteurs. Ils en voulaient à mort au chef du PPF depuis qu'il s'était opposé « résolument» à l'utilisation sur le front ouest des troupes SS françaises (Saint-Paulien), ou parce qu'il refusait de « leur fournir des militants pour des missions militaires et de [s'] opposer à leur contrôle» (Marie Chaix). Doriot aurait dit à Beugras, le 17 février: « J'ai même, il y a quatre jours, fait parvenir à Himmler un avertissement lui laissant clairement entendre que j'en appellerais au Führer s'il continuait à saboter ma politique française» (Marie Chaix). Hitler, avec lequel Doriot aurait eu fin décembre un entretien personnel - pourtant Saint-Paulien nous le décrit comme s'il y avait assisté - aurait été victime de son médecin le docteur MoreIl qui, sur l'ordre de Himmler, l'aurait systématiquement intoxiqué par ses drogues 22.
Tout ici relève du mauvais roman et les faits s'inscrivent en faux contre cette argumentation; en particulier :
- Loin de s'opposer à l'utilisation de troupes « françaises» sur le front de l'Ouest, Doriot l'a au contraire réclamée des Allemands, sans l'obtenir: une première fois le 13 juin 1944 lors d'une réunion de tous les chefs collaborationnistes à l'ambassade d'Allemagne à Paris; une seconde fois lors de son entretien avec Ribbentrop à Steinort.
- Doriot n'a rencontré Hitler qu'une fois, le 1er septembre 1944 lors de l'entrevue que ce dernier accorda aux chefs des mouvements collaborationnistes. Même si le contraire a été affirmé - sans référence documentaire - par Robert Aron et d'autres auteurs, les archives allemandes pas plus que les souvenirs de Schmidt n'en disent rien; et l'historien allemand Dieter Wolf a rencontré plusieurs anciens diplomates en poste à l'époque qui confirment qu'il n'y a pas eu d'autre rencontre entre les deux « Führers »23.
3. La thèse du revirement patriotique de Doriot, suggérée par Saint-Paulien, a été soutenue avec une outrance comique par son ancien interprète Maurice Lime, dont le petit livre de souvenirs es tellement inconsistant - il ne nous passe rien de ses innombrables aventures amoureuses - qu'on peut se demander s'il n'a pas été écrit dans le seul dessein d'accréditer cette affabulation 24. Selon lui, Doriot avait été contacté par des émissaires du «romantique» général de Lattre de Tassigny - une militante lyonnaise du PPF, Mme Louise Delbreil, dite Louise-la-Tondue en raison de ses mésaventures à la Libération, aurait accepté du général la mission de rejoindre Doriot à travers la Suisse; et Doriot « avait accepté de se rallier à la Résistance»! Mis au courant de « l'accord avec Tassigny », l'état-major allemand aurait réuni un conseil de guerre qui aurait accordé à Doriot, comme à Rommel, «une mort dans l'honneur» : car Doriot s'y serait justifié en mettant en avant « son rôle d'homme d'Etat français et son devoir de patriote français qui lui dictait un renversement des alliances, maintenant que la défaite allemande lui paraissait inévitable ». Doriot, bien entendu, n'aurait rien pu dire à ses amis, sous peine de les perdre avec lui; il se serait donc sacrifié à son parti. De là l'insolite dernier adieu que nous décrit M. Lime au matin du 22 février, lorsque Doriot ayant convoqué « une vingtaine de ses militants les plus en vue », leur serre la main successivement avec une inexplicable émotion... Poursuivant son délire, l'auteur attribue alors la mort de Doriot à l'Abwehr - sans se rendre compte que le service de renseignement de la Wehrmacht n'existait plus alors, car depuis l'attentat du 20 juillet contre Hitler, il avait été rattaché au SD de Himmler.
Cette débauche d'imagination est au total aussi bouffonne que scandaleuse, car de la part de ces compagnons de Doriot, elle ne tend à rien de moins qu'à fuir leurs responsabilités. Non, la mort de Doriot n'est pas le moins du monde mystérieuse. Selon toutes probabilités, ce sont bien des avions alliés qui l'ont abattu en cette fin de matinée du 22 février 1945.
Jamais aussi mal que dans le cas de Doriot se sera vérifié le mot de Malraux: « La mort, c'est ce qui transforme la vie en destin. » Car le destin de Doriot était scellé depuis longtemps; depuis le printemps 1941, nous semble-t-il, c'est-à-dire depuis le moment où, rejetant le méritoire effort d'analyse empirique dont il avait fait preuve dans le passé, il s'était mis à reconstruire un monde - un monde allemand en fonction de ses passions, de ses fantasmes, et de son idéologie. Jusqu'au bout, et comme s'il entendait préserver ces derniers, Doriot demeura imperméable au doute. A la veille de sa mort, écrit Victor Barthélemy ", «Doriot ne regrettait pas le choix de 1940. Il ne pensait pas s'être trompé alors. Et si ceux dont il avait cru qu'ils étaient les chefs et les guides de cette révolution s'étaient trompés, lui espérait encore. En tout cas il agissait ainsi. » Effectivement, devant l'étendue du désastre et la profondeur de l'abjection, comment aurait-il eu le courage d'ouvrir enfin les yeux? La Rochefoucauld écrit que « le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face ». Doriot pour sa part n'a pu regarder en face ni son destin ni l'ampleur de ses responsabilités.
Dans cette prodigieuse fuite en avant, sans cesse accélérée jusqu'au vertige, n'entrait-il pas, de la part de cet homme qui semblait tant aimer la vie, une forme inconsciente de cet instinct de mort qui est la revanche du destin? Si l'on veut bien prendre la formule au second degré, au bout de la route de Mengen, ce 22 février 1945, n'y avait-il pas au rendez-vous et le pouvoir et la mort?
Quelle chance inespérée pour le personnage, mais aussi quelle injustice pour la France et pour l'humanité, que Doriot n'ait pas dû, non pas - ou pas seulement -, rendre des comptes et finir comme Darnand et Bucard sous les balles d'un peloton d'exécution, mais surtout affronter au cours d'un procès public serein et soigneusement instruit - peut-être était-ce impossible en 1945 ou 1946? - les conséquences terribles de son action et l'étendue de ses fautes. Quelle chance et quelle injustice qu'il n'ait pas connu la suite: le Bureau politique du PPF tentant de se faire croire qu'il existait encore, et confiant le mirage du pouvoir, non pas à un des trois hommes forts, Marschall, Sabiani ou Barthélemy, mais à un quatrième, médiocre et moins connu, Christian Lesueur; puis très vite les derniers militants en fuite devant l'avance des troupes alliées, se réfugiant en Italie et essayant de gagner l'Espagne ou d'autres pays neutres; mais la plupart d'entre eux rattrapés et plaidant les circonstances atténuantes lors de leurs procès en Cour de justice, en arguant qu'ils n'avaient jamais exercé de responsabilité au sein du PPF et qu'ils s'étaient contentés de suivre le Chef.
Marschall, Dutilleul et Cousteau furent condamnés à mort, mais graciés; de même Sabiani et Sicard, dont le procès avait été jugé par contumace; seul Jean Hérold-Paquis fut exécuté (le 11 octobre 1945). Par son revirement ultime, Beugras échappa à la mort; il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité; de même Lesueur, Jeantet et Henri Lèbre. Fossati écopa de sept ans de travaux forcés, Teulade de cinq ans. D'autres eurent plus de chance, comme Emile Masson, le trésorier du PPF, qui ne fut frappé que de trois années de prison; ou Victor Barthélemy qui après avoir échappé quelque temps aux recherches obtint d'être traduit devant un tribunal militaire et s'en tira avec quelques années de prison.
L'historien qui consulte aujourd'hui ces dossiers de Cour de justice ne peut se départir d'un sentiment de malaise. D'abord parce que la justice rendue a été étonnamment distributive, les peines variant considérablement - à dossier d'accusation égal - en fonction de la période du jugement (les collaborateurs jugés en 1945 ou 1946 ont été beaucoup plus lourdement frappés), de la section des Cours de justice et de l'habileté de la défense. En décembre 1945 l'amie de Doriot, Ginette Garcia, fut ainsi condamnée à un an de prison et à l'indignité nationale, alors que tout ce qu'on pouvait lui reprocher était d'avoir de façon très occasionnelle distribué des tracts et porté l'uniforme du PPF. Le procès de Doriot et du PPF surtout ne semble pas avoir été instruit ni plaidé à fond, trop d'arguments faciles ou fallacieux furent utilisés ou admis, et une lumière insuffisante projetée sur ce qu'avait été la réalité du comportement du PPF au cours de la guerre.
Beaucoup des responsables PPF condamnés bénéficièrent de la loi d'amnistie du 5 janvier 1951, les autres recouvrèrent la liberté en 1953. Aucun ne voulut jamais reconnaître qu'il s'était fourvoyé; la vérité, comme le soleil ou la mort de La Rochefoucauld, leur aurait sans doute brûlé les yeux. Jusqu'à une date toute récente, une messe à la mémoire de Doriot, diligentée par le fidèle Marschall, réunissait une fois l'an les fidèles du PPF. Etonnante fidélité, par-delà la mort, à celui qui, pour le pire, avait été leur « Chef » ...
Doriot repose toujours au cimetière de Mengen. Sa tombe, découverte en 1945 par les soldats des troupes françaises d'occupation en Allemagne, fut piétinée et souillée. Quelques années plus tard, l'ordonnance de l'administration militaire française qui interdisait de l'entretenir tomba dans l'oubli 26. Au moment de la quitter par la pensée, on reste comme hébété devant l'immensité du gâchis, et malgré le temps qui s'éloigne, montent mêlés, incoercibles et angoissants, des sentiments d'affliction et de honte.

Renvois :


10 Voir la photographie que publie Le Petit Parisien du 22 février 1945.
11 Marie Chaix, Les lauriers du lac de Constance, op. cit., p. 112; l'auteur écrit: « l'île de Mainau est devenue la caverne d'Ali-Baba. Les richesses transportées dans les voitures filant sur les routes de l'Est en feu se sont déversées comme par enchantement dans les recoins secrets du château. Et l'on puise dans les malles remplies de billets de banque pour se procurer les alcools, les vins précieux, les denrées rares. » En revanche, Saint-Paulien, op. cit., p. 507, évoque « le maigre rata du château ».
12 Op. cit., p. 108.
13 Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre, Gallimard-Livre de Poche, 1957, pp. 231-232.
14 Op. cit., p. 109 et Déat, Journal, 22 février 1945.
15 D'après Le Petit Parisien, lundi 26 février 1945.
16 Marie Chaix, op. cit., pp. 121-122.
17 Ceci n'est qu'hypothèse de ma part. Le dossier Beugras de la Cour de Justice de la Seine se présente, comme je l'ai indiqué supra, de façon peu ordinaire: trois gros cartons où se mêlent toute une série d'affaires, notamment les poursuites contre Celor ; les pièces sont en vrac, interférant les unes avec les autres et il semble y avoir des lacunes importantes (aucune pièce sur la condamnation de Beugras par exemple).
18 Op. cit., p. 118.
19 Saint-Paulien, op. cit., pp. 508-510.
20 AN, F7 15288, dossier Sigmaringen, audition de Le Guennec de Kerigant (prétend avoir entendu ce bruit séparément de la bouche de Quesnoy et de Claude Jeantet) ; et pièce de la Sûreté nationale du 29 mai 1945, intitulée « Quelques précisions sur les collaborateurs français en Allemagne ».
21 Victor Barthélemy, op. cit., p. 469.
22 Marie Chaix, op. cit., p. 115; Saint-Paulien, op. cit., p. 499-501.
23 Dieter Wolf, op. cit., pp. 412-413, note. V. Barthélemy pour sa part n'évoque pas une éventuelle deuxième rencontre Doriot/Hitler.
24. Maurice Lime, Les risques de la sincérité, La Pensée universelle, 1975, pp. 190- 193 et 232 (cf. aussi pp. 176-177); Saint-Paulien, op. cit., p. 505.
Victor Barthélemy, op. cit., p. 475.
Cf. Dieter Wolf, op. cit., pp. 417-418; l'historien allemand s'appuie sur ce point sur des sources dignes de foi: archives de l'administration municipale de Mengen, témoignage écrit et oral du conservateur du cimetière de la ville, lettre du guide du tourisme local (note 1120 de l'édition allemande).

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Re: La mort de Jacques DORIOT

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 19 Aoû 2010, 11:19

Bonjour,
Et bien tu n'as pas fait dans le detail, MLQ, grand merci !
Je pense que cette citation extensive clarifie toute l'histoire.


 

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