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Controverse : l'agent secret Edmée Delétraz !

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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Controverse : l'agent secret Edmée Delétraz !

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Tom  Nouveau message 20 Aoû 2007, 14:19

Par courrier privé, un individu porte contre moi les accusations suivantes au sujet de certains propos que j’aurais tenus sur ce forum à l’égard de l’agent « multiple » Edmée Delétraz lors d’un débat ancien sur « l’affaire de Caluire ».

Dans son premier message dans la boîte du forum, il commence par citer mes propos (que je ne suis pas allé vérifier) :

[…] et de celle de l'agent "multiple" Edmée Delétraz, maîtresse de Moog, qui a, entre autres, laissé arrêter Berty Albrecht et qui, au sujet de Caluire, ne dit certainement pas toute la vérité et ment sur plusieurs points.

Pour ensuite déclarer (c'est moi qui surligne) :

Je vous trouve plutôt gonflé de faire de telles affirmations.

Il se trouve que j'ai connu Madame DELETRAZ.
Maitresse de Moog : vous teniez la chandelle?
L'agent multiple l'était sur ordre de son chef traitant ET de LONDRES
(Les Anglais, pas seulement les Gaullistes),
à qui elle rendait compte via l'ambassade en Suisse.
Elle devait être fusillée par les allemands, sous le pont de la Caille.
Elle ne le fut pas et se demanda pourquoi jusqu'à son dernier souffle.
Berthy Albrecht fut un dégat "collatéral" malheureux, dont LONDRES était PARFAITEMENT CONSCIENT.


Dans un autre message dans ma boîte personnelle, il écrit (c'est moi qui surligne) :

J'ai bien lu votre post, sur le forum 2nde guerre mondiale,
où vous mettez gravement en cause madame Edmée Delétraz,
que j'ai connue, et qui fut la mère d'un de mes bons amis, colonel de réserve. Je ne lui en parlerai pas, pour éviter tout conflit.

Mais je vous trouve pour le moins téméraire,
et vos assertions monstrueuses et calomnieuses à son égard.


Ne croyez vous pas que cette dame aurait été fusillée,
si elle avait commis ce que vous lui reprochez?
Or, elle est mort de sa belle mort, des dizaines d'années plus tard.
Je vous envoie en joint l'obituary du général Devigny, qui vous en apprendra au sujet de cette dame.
A l'avenir, mieux vaut ne pas affirmer ce que vous n'avez pas vérifié.
L'origine de l'article parle d'elle même, et les fonctions de ce général célèbre suffisent à rétablir l'honneur de madame Delétraz , son nom d'épouse et de mère!
J'ai cru comprendre que vous maitrisiez suffisamment la langue anglaise
et n'ai donc pas traduit ce texte en Français.


Dans un troisième message dans la boîte du forum, il poursuit :

Agent double, ou triple, ben voyons!!!
MAIS QUE DIABLE SAVEZ-VOUS DES CIRCONSTANCES ?
Il en va de l'honneur d'une femme qui s'est battue bravement,
a fait la guerre, au péril de sa vie et a reçu des décorations pour ça.
Je vous trouve un peu facilement affirmatif, d'autant que vous n'avez RIEN vérifié, mais continuez à vous référer à des sources bien peu fiables.
D'autres que vous qui ont participé, Ô combien, à cette guerre,
ont affirmé le contraire, ainsi que je vous en ai apporté la preuve
avec l'obituary du général Devigny, que je vous ai envoyé par email séparé. Auriez-vous la prétention d'en savoir plus que lui?


Sans vouloir de nouveau entrer dans le détail de la sombre affaire de Caluire, je voudrais brièvement et publiquement clarifier certains points (j'ai d'ailleurs invité mon accusateur à ouvrir un débat sur le forum).

Je n'ai pas eu l'honneur de "participer à la guerre" comme mon père, je n'ai pas la prétention d'en savoir plus que les autres (et surtout plus que les historiens patentés, n'étant pas spécialiste de la question), je n'ai pas connu Mme Delétraz envers laquelle je n'ai aucune animosité particulière, je ne me souviens plus de ce que j'ai écrit exactement au sujet de cette dame lors d'un débat public ancien...

Tout ce que j'ai pu en dire provient de livres sur la Résistance et notamment de ceux de Jacques Baynac : Les secrets de l'affaire Jean Moulin, Seuil, 1998, en particulier le chapitre sur Edmée Delétraz, pages 378 - 394, et Présumé Jean Moulin, juin 1940 - juin 1943 - Esquisse d'une nouvelle histoire de la Résistance, Grasset, 2006.

Pourquoi ai-je fait - peut-être à tort, j'en conviens - confiance à ces ouvrages au sujet du rôle de Mme Delétraz ? Parce qu'ils sont circonstanciés et que leurs assertions sont étayées de nombreuses références en bas de page qui semblent très pertinentes, ce dont peut se contenter le lecteur qui n'entend pas entreprendre des recherches personnelles sur le sujet.

L'historien Antoine Prost écrit : La référence, indice visible de scientificité, signifie : "Ce que je dis, je ne l'ai pas inventé ; allez-voir vous-même, vous parviendrez aux mêmes conclusions." (Douze leçons sur l'histoire, p. 268).

Sans revenir sur la question de savoir si Edmée Delétraz était agent double, triple ou quadruple, largement démontrée avec sources à l'appui par Baynac et d'autres, quelques exemples sur les affirmations en cause :

1) Edmée Delétraz, maîtresse de Moog :

- Cf. Jacques Baynac, Les Secrets de l’affaire Jean Moulin (1998), page 217 : En 1950, lors du second procès Hardy, […] Maître Maurice Garçon assura qu’Edmée Delétraz était la maîtresse du beau Moog.

Note en bas de page : Archives nationales, 334 AP 50, audience du 29 avril 1950, témoignage Delétraz, p. 30-31.

- Cf. Jacques Baynac, Présumé Jean Moulin... (2006), page 637-38 : Delétraz, qui n’a guère tardé à succomber aux charmes de [Moog], prêtera la main à d’autres arrestations.

Note en bas de page : « Révélation faite publiquement au second procès Hardy et confirmée par des témoins figurant au dossier de l’instruction de cette affaire : voir AN, 68, MI 16… »

2) Edmée Delétraz et la capture de Berty Albrecht :

- Cf. Jacques Baynac, Les Secrets de l’affaire Jean Moulin (1998), page 22 : [Edmée Delétraz] travaillait aussi avec les Allemands, dont le plus redoutable agent, Robert Moog [...] était son amant. Elle l'avait aidé à arrêter des résistants, notamment Berty Albrecht. ; p. 217-18 : Délétraz a également servi à arrêter Berty Albrecht.

Note en bas de page : AN, 68 MI 5, janvier 1948 ; interrogatoire de Kramer par le commissaire Guyader le 26 janvier 1948.

- Cf. Jacques Baynac, Présumé Jean Moulin... (2006), page 726-28 : Sitôt Multon arrivé à Lyon, Barbie l'associe à l'inévitable Moog et à sa nouvelle conquête, Edmée Delétraz, avec mission de piéger au plus tôt Berty Albrecht. [...] Interrogé le 9 février 1945, Multon [...] a donné le récit le plus véridique que l'on ait du guet-apens tendu à Berty Albrecht [voir la déposition circonstanciée de Multon qui implique Edmée Delétraz].

La propriétaire de l'hôtel, Mme Perrin, a confirmé la double intervention de Delétraz dans l'affaire (dépôt de la lettre, puis rendez-vous fatal). [...]

Mireille Albrecht a pu retrouver un précieux témoin oculaire de l'arrestation de sa mère. Particulièrement digne de foi, Jean Tramoni lève tout doute sur le rôle de Delétraz [voir son témoignage]. [...]

[...] Delétraz ajoutera plus tard un répertoire étendu de mensonges. Ses dépositions, auditions et interviews sur cette affaire sont toutes destinées à lui éviter des ennuis. Minimisant sa participation, se présentant en victime contrainte, niant le caractère conscient et délibéré de sa double intervention à Mâcon, [Edmée Delétraz] ne reculera devant rien - elle, qui, en deux occasions au moins, aurait pu alerter Berty Albrecht - même pas à salir la mémoire de sa victime [voir sa déposition du 21 juillet 1948 près le tribunal militaire de Paris].

Etc., etc.

N.B. Je passe volontairement sous silence tout ce qui a trait au rôle trouble d'Edmée Delétraz dans l'affaire de Caluire.

Seule opinion vraiment personnelle : il est vrai que je ne suis pas enclin à faire confiance à des agents "multiples" qui se retrouvent forcément toujours du côté du vainqueur à l'issue de la guerre...

:cheers:
Dernière édition par Tom le 21 Aoû 2007, 09:50, édité 2 fois.

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 20 Aoû 2007, 15:40

Je sais bien que vous êtes de bonne foi, mais Jacques Baynac, lui, a effectivement raconté n'importe quoi et diffamé Edmée Delettraz (normal, son bouquin regorge de foutaises et manipulations). Et malgré la violence du ton de votre contradicteur, il se trouve que ce dernier a parfaitement raison. Les propos tenus par Jacques Baynac s'inscrivent dans le cadre d'une campagne de diffamation menée depuis 60 ans.

Et pour cause : le témoignage de cette Résistante est accablant pour René Hardy, que s'acharne à réhabiliter Jacques Baynac. Ne l'a-t-elle pas vu en compagnie de gestapistes au Q.G. du S.D. de Lyon, quelques heures avant la rafle de Caluire ? N'a-t-elle pas reçu confirmation par des sbires de Barbie qu'il travaillait pour ce dernier ? Ne l'a-t-elle pas suivi dans les rues de Caluire avec son consentement ? De surcroît, les attestations de Délettraz conduiront le traître... à se trahir de nouveau, après la guerre, lorsque viendra l'heure de ses procès.

Elle sera le paratonnerre de toutes les haines des défenseurs de René Hardy. "La femme Deletraz espionne aux gages de l'ennemi", dira Maître Maurice Garçon, l'avocat du traître (Plaidoyer de René Hardy, Fayard, 1950, p. 118). "Nouvelle conquête" de l'agent nazi Robert Moog, selon Jacques Baynac (Présumé Jean Moulin, Grasset, 2007, p. 726), doté d'un solide "talent de comédienne" auquel elle "ajoutera plus tard un répertoire étendu de mensonges", notamment afin de "salir la mémoire de sa victime" Bertie Albrecht (PJM, p. 728). Jacques Baynac ajoute : "Instruit de son aptitude au mensonge par les affaires auxquelles elle a été mêlée, et notamment par son rôle dans la capture de Berty Albrecht, on ne saurait évidemment prendre pour argent comptant ses déclarations à géométrie très variable" (PJM, p. 842). Elle aurait dénoncé Hardy sur ordre du S.D. (Garçon, op. cit., p. 118-119), ou par "haine", afin de se couvrir (PJM, p. 842)

Et pourtant ! La vérité est toute autre. Edmée Delettraz a été une grande Résistante. Arrêtée par le S.D., elle n'en restera pas moins fidèle à son réseau, et, au lieu de se cacher, obéira aux ordres de ses supérieurs lui imposant de rester au service des nazis pour mieux les piéger. C'est dans ce contexte que doivent s'apprécier les missions qu'elle effectuera pour l'occupant. A cet égard, son implication dans l'arrestation de Bertie Albrecht ne doit pas être surestimée. Et surtout - surtout - son témoignage dénonçant Hardy est incontestable, et amènera ce dernier à faire appel à un faux témoin pour la discréditer.

Qui donc est Edmée Delettraz ? Citons Jacques Baynac, dont il sera à nouveau beaucoup question ici (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, Seuil, 1998, p. 216) :
D'origine belge, domiciliée à Annemasse, elle travaillait depuis 1940 avec le vice-consul britannique à Genève, Victor Farrell, un homme de Claude Dansey. Egalement employée par le réseau de Groussard, elle appartenait aussi au réseau Pat O'Leary, pseudo du médecin belge Albert Guérisse, un autre homme de Dansey, au service de Serge, du 2e Bureau français, au réseau policier Ajax, et était aussi au mieux avec le service de renseignement helvétique, grâce à l'aide duquel elle avait fait passer en Suisse des fugitifs, agents, juifs, résistants.


Curieusement, Jacques Baynac ne fera plus mention du rôle de "passeuse" d'Edmée Delettraz dans son Présumé Jean Moulin (nouveau portrait d'Edmée Delettraz p. 637), alors qu'une telle activité était punie de mort. Peut-être parce que son sauvetage de réfugiés juifs et d'agents opposés aux forces de l'Axe colle mal avec l'ignoble portrait de collaboratrice perverse qu'il compte lui réserver dans les pages suivantes ?

Mais je m'aventure, et m'éloigne du sujet. Or donc, Edmée Delettraz est arrêtée à Lyon le 16 avril 1943 par l'agent de l'Abwehr Robert Moog (prêté à Klaus Barbie). Elle possède certes un alibi : son séjour lyonnais est motivé par son désir de se rendre au chevet de sa soeur cancéreuse. Une perquisition effectuée à son domicile d'Annemasse ne donne rien. Le 17 avril, elle repart libre.

Toutefois, il faut signaler que, selon Jacques Baynac, qui se fonde sur une déposition d'Edmée Delettraz en date du 14 décembre 1944, cette dernière ne pouvait convaincre Barbie de son innocence, étant donné qu'elle était en possession de plis secrets (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 216). Détail ? Certainement pas.

Et pour cause. Son retour à Annemasse le 17 avril correspond à l'arrestation en sa présence d'un de ses supérieurs, André Devigny, par Robert Moog, décidément partout. Devigny a-t-il été livré par Delettraz ? Par malheur pour les contempteurs de cette dernière, le principal intéressé, à savoir Devigny lui-même, le niera en bloc. Il est possible que Moog ait filé Delettraz à son insu : hypothèse bien plus vraisemblable, car le courage de cette femme ne pouvant être mis en cause, il est absolument incompréhensible qu'une seule et unique nuit au siège du S.D. de Lyon suffise à lui faire changer de camp. La filature de Delettraz et l'arrestation de Devigny résulteraient ainsi d'une intuition de Moog ou de Barbie, et l'on sait à quel point ces deux là pouvaient fonctionner à l'intuition : 7 semaines plus tard, le premier arrêtera Hardy vaguement reconnu par le traître Multon dans un train, et le second se déplacera en personne pour venir l'embarquer, sentant probablement que la prise a été grosse.

Reste que le S.D. a ordonné à Delettraz de se rendre à son Q.G. lyonnais une fois par semaine. A en croire cette dernière, elle se serait rendue à Genève pour faire son rapport au colonel Groussard (Paul Dreyfus, "Un oeil à l'intérieur de la Gestapo de Lyon", Le Dauphiné Libéré, 5 juillet 1984) - même si ce dernier ne mentionne pas cette visite dans un témoignage de 1948 (Jacques Baynac, Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 217), ce qui ne prouve rien. En tout état de cause, Delettraz, plus ou moins "grillée", pourrait rester en Suisse. Elle n'en fait rien. Pourquoi ? Parce que Groussard, s'inspirant des méthodes de Dansey en matière d'agent-triple, lui donne l'ordre formel de rester en contact avec le S.D. Non sans une évidente réticence, elle s'exécute et retourne en France.

Jusqu'où est allée cette infiltration ? Il a été prétendu qu'Edmée Delettraz était devenue la maîtresse de Robert Moog. A bien y réfléchir, sur quoi se base l'affirmation ? Le témoignage de Moog ? Non. Un aveu de Delettraz ? Non plus. Un document quelconque ? Pas davantage. En fait, l'allégation a été proférée au cours du second procès Hardy par Maître Garçon, lequel se basait sur le témoignage d'un sbire de Klaus Barbie, René Saumande, datant de 1949 (soit six ans après les faits) et qu'il a peut-être un peu trop sollicité. Que disait Saumande ? "Je ne l'ai vue [Delettraz] que dans la chambre de Moog." (cité in Jacques Baynac, Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 217)

Et c'est tout. De tous les sbires de Barbie, un seul, Saumande, et ce six ans plus tard, révèle un détail qui, en soi, peut revêtir plusieurs explications différentes.

Voilà d'où se diffuse l'affirmation de cette collaboration à l'horizontale. Laquelle, au demeurant, ne saurait tromper personne. Les cas d'espionnage sexuel ne manquent pas. A supposer que Delettraz ait effectivement été la maîtresse de Moog, c'est plutôt ce dernier qui, en l'occurrence, prenait des risques, puisque susceptible de confier sur l'oreiller des secrets sur ses services qui ne manqueraient pas d'être signalés au réseau Groussard. En tout état de cause, cet outil de discrédit n'est pas sérieux. Il s'intègre dans une rhétorique de l'époque visant systématiquement à faire des traîtresses des nymphomanes perverses.

Indéniable, en revanche, est l'implication d'Edmée Delettraz dans l'arrestation de Bertie Albrecht, proche collaboratrice d'Henri Frenay, patron du réseau COMBAT, le 28 mai 1943 (cf. PJM, p. 727). Mais il faut se garder de la surestimer. Il n'est pas prouvé qu'elle croyait avoir affaire à une ponte de la Résistance. Au cours de l'instruction du second procès Hardy, elle révèle que Barbie lui a fait croire qu'Albrecht était un agent allemand, ce qui devait l'amener à participer plus volontiers à la mise en oeuvre de ce qu'elle ne supposait pas être un piège (voir PJM, p. 728 - Jacques Baynac, à ce propos, écrit qu'Edmée Delettraz cherche à salir la mémoire d'Albrecht pour mieux se justifier, mais cite peut-être ses propos hors contexte, comme il l'a d'ailleurs fait pour d'autres témoins en maintes occasions).

Comme l'a révélé le traître Multon, Edmée Delettraz s'est contentée de porter une lettre de contact à l'hôtel de Bourgogne à Mâcon, où devait l'attendre Bertie Albrecht. Cette dernière étant absente, la lettre sera laissée sur place, amenant en réponse, quelques jours plus tard, un télégramme fixant rendez-vous au square en face de l'hôtel pour le 28 mai (ibid.). Edmée Delettraz, en la circonstance, s'est bornée à un rôle de factrice, et n'a pas lu ce courrier.

En toute innocence et sans se douter du piège, Edmée Delettraz rencontre donc Bertie Albrecht au lieu convenu, laquelle est en conséquence arrêtée très rapidement. Elle réalise alors que Barbie lui a menti, que ce contact était en fait une authentique Résistante. Le choc est tel qu'un gardien de la paix, Jean Tramoni, s'en souviendra encore des années plus tard :

La seconde femme avait quitté le square ; je l'ai rejointe, je lui ai demandé ce qui s'était passé. Elle avait l'air effondrée, balbutiant : "Mon Dieu, mon Dieu... ce sont les Allemands..." Je lui ai demandé si elle était d'ici, et elle m'a dit que non, elle est partie vers le centre-ville. (PJM, p. 728)


A propos du témoignage de Tramoni, Jacques Baynac use à nouveau de la citation hors-contexte. Il en déduit abusivement qu'Edmée Delettraz joue la comédie, alors qu'on se demande bien quel intérêt elle aurait à intoxiquer... un banal gardien de la paix de 20 ans ! Là encore, l'argumentation de Jacques Baynac manque de sérieux. Il est ici évident qu'Edmée Delettraz est dévorée par le remords.

L'intoxication dont elle aurait été victime expliquerait également, en l'espèce, le rôle de Groussard, lequel n'aurait point sacrifié Albrecht, mais aurait même cru pouvoir identifier un autre traître que Multon.

Ou alors convient-il de se ranger à la thèse du sacrifice délibéré : Groussard aurait laissé Barbie arrêter Bertie Albrecht pour asseoir la crédibilité de son agente double Edmée Delettraz. Ce qui n'est pas impossible. Groussard, en lui-même, n'avait rien à perdre dans l'histoire. En temps de guerre, il s'agit d'utiliser au mieux les agents à sa disposition, quitte à commettre quelques sacrifices.

En d'autres termes, l'affaire Bertie Albrecht ne saurait remettre en cause le statut d'agent triple d'Edmée Delettraz. Si d'ailleurs cette dernière avait juré fidélité à Barbie et Moog, on se demande bien pourquoi elle s'efforcera de saboter leurs plans un certain 21 juin 1943, fait absolument incontestable sur lequel je reviendrai plus tard.

Ce dernier détail n'a pas empêché certains de l'accuser d'être un agent allemand. Maître Maurice Garçon l'accablera de son mépris à la barre, au cours du second procès Hardy, et réussira si bien, à coups de mensonges, d'omissions et d'insultes, à circonvenir le Président de la Cour que ce dernier... se retrouvera à deux doigts de la faire arrêter à l'audience ! Une information judiciaire sera ouverte contre Edmée Delettraz. Son résultat ? Evidemment un non-lieu (Henri Noguères, La vérité aura le dernier mot, 1985, p. 133-134). Qu'un avocat aussi talentueux que Maître Garçon, aussi grand historien aussi (ses travaux sur l'affaire Louis XVII font autorité), se vautre ainsi dans la boue pour sauver un client douteux, voilà qui n'est guère déontologique... et en tout cas guère à l'honneur du Barreau.

Soyons juste, néanmoins. Peut-être Maître Garçon a-t-il, ici, été la dupe de René Hardy. Et ce n'est pas la première fois : en 1947, il avait basé tout son talentueux - et victorieux - plaidoyer sur un mensonge éhonté de son client, à savoir qu'il n'avait jamais été arrêté par l'ennemi. Mais la vérité avait été révélée par un document écrit et incontestable peu après l'acquittement. L'avocat, écoeuré, avait renoncé à défendre Hardy par la suite. Comme il l'avouera en 1950 : "J'ai cru Hardy coupable !" Mais il finira par changer d'avis.

En 1950, il a un motif de récusation du témoignage de Delettraz. Cette dernière prétend avoir vu Hardy (alias "Didot"), au Q.G. de la Gestapo lyonnaise quelques heures avant la rafle de Caluire ? Im-pos-sible ! Un témoin, Roger Bossé, l'ancien agent de liaison de René Hardy, et héros de la Résistance qui survivra miraculeusement au peloton d'exécution, certifie au contraire qu'il déjeunait avec Hardy à la même heure ! Entre le survivant héroïque et l'agent "multiple", le choix de l'avocat est évidemment déjà fait.

Oui, mais... La vérité a eu le dernier mot, pour citer Henri Noguères. Et la vérité a été révélée par René Hardy en personne. Au réalisateur d'un documentaire, Claude Bal, il aura cette phrase terrible, des décennies plus tard : "Bossé a fait un faux témoignage ? Eh bien, c'est un copain. Un copain qui ment pour te sortir d'un mauvais coup, c'est un gars bien !" (cité in Noguères, La vérité aura le dernier mot, Seuil, 1985, p. 135)

Cette déposition de Roger Bossé était donc un coup monté. Une manoeuvre de René Hardy pour discréditer un témoin qui, par sa faute, sera diffamée et injuriée en audience, menacée d'arrestation, et victime d'une ouverture d'information judiciaire qui, fort heureusement, s'achèvera par un non-lieu.

Ce coup monté prouve également un fait : René Hardy ne possédait pas le moindre alibi pour l'heure à laquelle Edmée Delettraz le situait au QG du SD. Ce mensonge destiné à couvrir une lacune aussi grave constitue une autre preuve, décisive là encore, de son évidente culpabilité.

Jacques Baynac reconnaît que Delettraz participe à la filature de René Hardy (p. 841-846), tout en s'efforçant de démontrer, non sans incohérences, que le S.D. connaissait le lieu de la réunion dès le matin du 21 juin, sinon avant, là encore en sélectionnant les témoignages (ou même les passages de témoignages) pour retenir ce qui l'arrange, sans vérifier si certaines de ces déclarations ne résultent pas d'erreurs mémorielles bien compréhensibles au demeurant, voire de mensonges purs et simples. Une "méthode" chère à cet "historien", au demeurant - quel mot adéquat...

Car il y a, pour ce qui concerne Edmée Delettraz, plus important : elle a tenté d'alerter la Résistance ! Jacques Baynac est bien obligé de le reconnaître... en 1998 (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 379) :

De ses déclarations paraît résulter qu'elle avait profité du trajet entre les deux bases de la Gestapo pour donner l'alerte. L'enquête, assz minutieusement menée pour qu'on vérifiât même la durée du parcours de ce qu'elle affirmait avoir fait, a établi la réalité de la démarche de Delétraz. Du reste, elle a littéralement inondé Lyon de ses avertissements, non seulement dans la matinée, mais aussi vers midi, et encore le soir.


De nombreux témoignages appuient cette version. Edmée Delettraz, très courageusement, déposera un message d'alerte pour son chef, Jean Cambus, avenue de Saxe, contacte le colonel de Labrosse (ou La Brosse), de l'Armée secrète, à la Croix-Rouge française, puis Mme Richard, qui assure la liaison entre le réseau Gallia et le service de renseignements de l'armée (Paul Dreyfus, "Trois fois, la Résistance fut alertée... mais les messages arrivèrent trop tard", Le Dauphiné Libéré, 7 juillet 1984).

Ces actions apportent deux preuves. La première, celle de l'appartenance d'Edmée Delettraz à la Résistance. La seconde, celle de son courage.

Mais les défenseurs de René Hardy ne vont pas l'entendre de cette oreille.

Maîte Maurice Garçon osera avancer cette explication, où la stupidité crasse le dispute à la calomnie : "Barbie espérait que, ce faisant, elle ferait abattre [Hardy] par ses propres amis." (Plaidoyer..., op. cit., p. 119). Eh oui ! Barbie est si obsédé par sa (prétendue) haine de René Hardy que le voici prêt... à saboter toute l'opération en en révélant les détails à la Résistance ! Cet avocat, académicien de surcroît, croyait-il vraiment à pareille ineptie ?

Jacques Baynac, soixante ans plus tard, nuance le propos. Selon lui, Edmée Delettraz aurait cherché à faire abattre Hardy pour deux motifs. Premièrement, garantir sa propre sécurité : Hardy l'a vue au Q.G du S.D., et pourra témoigner de sa trahison (PJM, p. 842). Mais il lui suffirait d'invoquer en cas de pépin ses supérieurs du réseau Groussard ! Qui plus est, on peut se demander quel est son intérêt de persister dans cette accusation... bien après la guerre ! Enfin, quelle raison avait-elle de redouter Hardy, puisqu'il lui était présenté comme un agent allemand, un "Français qui a compris" pour reprendre le propos de Robert Moog ? Non, ce "mobile" ne tient pas debout. Il n'est d'ailleurs même pas démontré, sinon en deux ou trois phrases. Edmée Delettraz serait au contraire totalement débile de ne pas dénoncer Hardy si elle en avait l'occasion : là, en l'occurrence et pour le coup, aurait-elle à risquer la mauvaise humeur de la Résistance, pour avoir tu une trahison et l'imminence d'une Aktion contre ses chefs !

La deuxième hypothèse, car tel est le nom que lui accorde Jacques Baynac, est encore plus délirante. Delettraz aurait suivi les instructions de son amant (?) Robert Moog, lequel aurait cherché, au nom de la vieille rivalité Abwehr/SS, à saboter l'opération prévue par Barbie contre les leaders de la Résistance ! Un tel geste relève de la haute trahison - et Moog n'a jamais agi contre les intérêts du Reich. Certes, Jacques Baynac démontre que l'Abwehr a contribué à ce que Bertie Albrecht quitte le QG du S.D. de Lyon, après son premier interrogatoire par Barbie, pour Paris, au mépris des ordres du gestapiste, mais le rôle de Moog n'est pas clairement établi (PJM, p. 729-730). Qui plus est, ce tour de passe-passe s'est produit après l'arrestation de Bertie Albrecht, que Moog n'a pas un instant songé à empêcher. Moog n'a d'ailleurs jamais cherché à nuire à la moindre arrestation ou filature, investigation ou interrogatoire, et on le retrouve quelques fois en compagnie du S.D. pour décimer les rangs de la Résistance. S'agissant de Caluire, l'enjeu était bien trop important pour les Allemands, et dépassait là les rivalités inter-services. Enfin, à supposer que Robert Moog, agent de seconde zone, ait suivi une telle logique, il est invraisemblable qu'il n'ait pas mentionné la chose à son supérieur et recruteur de l'Abwehr, Ludwig Kramer. Or, à l'inverse de Moog mort en septembre 1944 dans un accident d'avion, Kramer a survécu à la guerre et a eu à se justifier devant les autorités françaises : pas un instant il n'évoque une telle trahison. Il pourrait se protéger, se couvrir, en appeler à son hitlérophobie, et s'expliquer sur Caluire ! Mais non. Rien de tout cela.

L'hypothèse d'Edmée Delettraz complice objective d'un Moog agissant au nom de la rivalité opposant les militaires de l'Abwehr aux soudards S.S. ne repose sur rien, et constitue même une insulte à la logique et à la réalité des faits.

Voilà ce qu'il y avait à dire sur Edmée Delettraz, innocentée par la Justice d'abord, innocentée par son propre réseau ensuite, innocentée par ses propres actes enfin. Depuis soixante années, elle fait l'objet, de la part de René Hardy et de ses défenseurs, des pires outrages. Alors achevons cet article par une lettre, adressée au chef de son réseau :

Je tenais à lui dire combien j'avais apprécié la grande sincérité de sa déposition et la dignité avec lesquels elle soutint les attaques inqualifiables de la défense. Moi qui sais, mieux que personne, combien son témoignage était désintéressé et uniquement inspiré par le souci de la vérité et de la justice, je suis indignée qu'elle ait été publiquement bafouée par des gens pour qui tous les moyens étaient bons pour arriver à leurs fins. LE résultat de ce procès est révoltant. Il faut espérer qu'un jour la lumière se fera assez éclatante pour confondre le traître Hardy et ses défenseurs.
(citée in Noguères, op. cit., p. 244)

Son auteur n'est autre que Laure Moulin, à propos de laquelle Jacques Baynac, qui n'est jamais à une contradiction près, écrira : "Quelle raison aurions-nous de ne pas croire Laure Moulin, jamais prise en défaut, elle ?" Au moins lui accordait-il le droit de s'exprimer. Maître Garçon, lui, aura à son encontre cette remarque méprisante, au cours du second procès Hardy : "Ne vous mêlez pas de ça : la Justice se prononcera en dehors de vous. Vous n'êtes pas un témoin, vous êtes une femme qui pleure, et restez-le." (cité in Cordier, La République des Catacombes, op. cit., p. 775)

Eh oui : les défenseurs d'Edmée Delettraz n'avaient, aux yeux des thuriféraires de René Hardy, que le droit de se la fermer.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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Edmée Deletraz

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de lebel  Nouveau message 20 Aoû 2007, 22:17

Bonsoir

Dans son excellent et trés documenté " Dictionnaire des agents doubles dans la Resistance ", P. Miannay , revient d'une maniére objective sur le cas d'Edmée Deletraz ( 1905-1989 )... il conclut :
" Malgré une violente mise en cause , par Me M. Garçon , au cours des deux procés Hardy ,, et une enquête preliminaire , aucune charge n'a été retenue contre elle .
Sur R. Moog : fin aout 44 , il suit ses maitres dans leur repli en Allemagne et participe à la preparation des Maquis West Post (parachutages secrets en France libérée ) Sa mort est annoncée dans un accident d'avion , à Fulda , fin 44 . Pas convaincue , la justice française le condamne à mort par contumace, en juillet 51, au procés dans lequel ses complices , R. Saumande et A. Morin sont presents et condamnés à mort . Si R. Moog est mort en 1944 , qui est donc le R. Moog qui divorce après guerre à Nice .......de la femme qu'il a épousée dans les années 30 ."


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 20 Aoû 2007, 23:34

Quel scoop ! Mais Miannay cite-t-il une source à l'appui de ses dires ? J'ai tellement lu de prétendues révélations, en ce qui concerne les protagonistes de la rafle de Caluire, et notamment Robert Moog... Ce dernier a été un efficace limier de l'occupant nazi, Abwehr puis S.D., c'est tout. Et il n'est pas prouvé qu'il ait effectivement eu une liaison avec Edmée Delettraz.

J'ai une très bonne raison de douter de la survie de Moog : il a été tué dans un accident d'avion survenu à Francfort sur le Main en septembre 1944, alors qu'il avait été chargé d'organiser des missions de sabotage et d'espionnage en France libérée. La Justice française a certes douté, mais elle ne l'a jamais retrouvé. Au demeurant, pourquoi simuler un accident en septembre 1944 ? Pourquoi si tôt ? Car le fait est qu'après cette date, plus personne ne le reverra vivant.

D'où mes interrogations sur l'affirmation de Miannay.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Tom  Nouveau message 21 Aoû 2007, 10:36

Merci, Nicolas, de cette longue explication qui paraît convaincante, même s'il me semble que Mme Delétraz s'est souvent contredite dans ses dépositions parfois forcément erronées ou invraisemblables (comme, par exemple, de mémoire, lorsqu'elle prétend n'avoir vu Lassagne qu'à la station supérieure du funiculaire ou que le "traître" Hardy lui aurait donné discrètement, devant les deux autres résistants ! le numéro du tram à prendre !!! Cf. audition Delétraz du 16 avril 1948 citée in PJM, p. 844).

Plus grave (je continue à me faire l'avocat du diable pour alimenter le débat !), Baynac écrit, dans PJM, p. 735-36 : "Edmée Delétraz est choisie pour monter la garde chez Mme Dumoulin [qui vient d'être arrêtée par Moog et le SD]. [...] c'est elle qui ouvre la porte de l'appartement lorsque quelqu'un s'y présente, deux hommes et une femme du SD, cachés dans une pièce, se tenant prêts à réagir. Le 26 ou le lendemain, une prise de choix est opérée, celle de Marie Reynoard, alias Claire Grasset [...]. [...] Elle ne cédera pas sous les coups [...] et elle mourra en janvier 1945 à Ravensbrück, mordue par des chiens et achevée par les SS à coup de bâtons [selon le récit d'une autre déportée]. Naturellement, Delétraz prétendra plus tard avoir sauvé les visiteurs en les avertissant du danger sur le pas de la porte et à voix basse. Aucun témoignage ne le confirmera et le sort de Marie Reynoard constitue à lui seul un démenti implacable."

N.B. Voici ce que j'ai répondu à un dernier message d'insultes de mon accusateur :

Je vois que vous êtes fâché et que vous préférez les insultes au débat ("avocaillon" pour Me Garçon, "histrion", "paresseux naïf" pour moi).

Sachez toutefois que cela m'attriste plutôt et que je n'éprouve aucune animosité particulière ni à votre égard ni à celui de Mme Delétraz.

Que me reprochez-vous ? D'avoir repris, lors d'un débat public sur un sujet dont je ne suis pas spécialiste, des informations fournies par un ouvrage historique où elles se trouvaient étayées de références à des sources officielles paraissant pertinentes alors que, vous-même, vous croyez sur parole un ancien agent secret, peut-être sincère, mais qui, comme tout participant à une action compliquée, ne peut qu'en avoir une vue partielle (Que savait vraiment le commandant Devigny du travail de Delétraz avec les Allemands ?)...

Vous m'accusez de ne pas être un véritable historien. Mais, d'une part, je n'ai jamais prétendu faire oeuvre d'historien sur cette affaire, puisqu'il s'agissait de propos échangés au cours d'un débat ; d'autre part, comme l'explique aux néophytes l'historien Antoine Prost, les historiens ne peuvent, pour chaque question, reprendre le travail à zéro, "vérifier toutes les sources", et ils sont bien obligés de faire confiance à leurs collègues, "l'histoire savante se [signalant] notamment par la présence d'un apparat critique, de notes en bas de page". L'historien Krzysztof Pomian confirme : "Une narration se donne donc pour historique lorsqu'elle affiche son intention de se soumettre à un contrôle de son adéquation à la réalité extratextuelle passée dont elle traite."

Sur ce, je vous souhaite sincèrement de trouver la force morale d'abandonner l'invective et de vous ouvrir au débat.

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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 21 Aoû 2007, 11:31

Tom a écrit:(je continue à me faire l'avocat du diable pour alimenter le débat !)


J'avions compris. ;)


Merci, Nicolas, de cette longue explication qui paraît convaincante, même s'il me semble que Mme Delétraz s'est souvent contredite dans ses dépositions parfois forcément erronées ou invraisemblables


A dire vrai, les contradictions ne sont pas si nombreuses. Si d'ailleurs elle n'avait jamais varié dans certains détails, je suis persuadé que Jacques Baynac en aurait déduit qu'elle avait appris sa déposition par coeur dès 1945... :mrgreen: Je connais l'homme et sa manière de raisonner : il monte en épingle le plus petit détail - pas toujours établi d'ailleurs - pour en tirer des conclusions faisant appel à une théorie du complot. Il manipule les pièces à conviction pour déduire n'importe quoi.

Baynac a sa place à Roswell, pas à Caluire.



(comme, par exemple, de mémoire, lorsqu'elle prétend n'avoir vu Lassagne qu'à la station supérieure du funiculaire


Mais les témoignages de René Hardy, d'Henri Aubry et d'André Lassagne sont tout aussi contradictoires ! Selon les versions, Lassagne et les deux autres sont montés ensemble dans le funiculaire, ou bien Lassagne est monté le premier, demandant aux deux autres de le suivre, mais dans le funiculaire suivant (dernière version acceptée par Gérard Chauvy, Aubrac. Lyon 1943, Albin-Michel, 1997, p. 140).

Cette dernière version m'apparaît crédible, en l'attente d'autres résultats de mes recherches. Elle explique au demeurant pourquoi ce n'est qu'à destination qu'Edmée Delettraz apercevra Lassagne. Jacques Baynac (PJM, p. 841-842) se garde bien de conclure, lui, pour semer le doute - rien à voir avec ce que devrait faire un véritable historien.

Bref, qu'Edmée Delettraz n'aperçoive Lassagne qu'à la station d'arrivée n'est pas surprenant. Dans ses témoignages, il lui arrive de mentionner que le S.D. lui désigne trois hommes, mais lorsqu'elle embarque dans le tram, elle suit deux hommes. C'est donc que le premier a pris le tram précédent, par souci de prudence. Encore une fois, il ne faut pas prendre pour argent comptant tous les témoignages de ce petit épisode : non que les témoins mentent, mais la mémoire n'est jamais totalement fiable. Et tout cela ne reste que du détail...



ou que le "traître" Hardy


Guillemets superflues : il est historiquement prouvé que René Hardy a livré la réunion de Caluire.



lui aurait donné discrètement, devant les deux autres résistants ! le numéro du tram à prendre !!! Cf. audition Delétraz du 16 avril 1948 citée in PJM, p. 844).


Ce n'est pas "devant les deux autres résistants" que René Hardy, d'après ce témoignage d'Edmée Delettraz, donne à cette dernière le numéro du tram, mais d'un seul - Aubry. ;)

Il convient de préciser qu'elle ne mentionne ce petit détail qu'en 1948, ni avant, ni après. Trouble de la mémoire, sans doute. Ca arrive. Et ne reste que du détail...



Plus grave, [...] Baynac écrit, dans PJM, p. 735-36 : "Edmée Delétraz est choisie pour monter la garde chez Mme Dumoulin [qui vient d'être arrêtée par Moog et le SD]. [...] c'est elle qui ouvre la porte de l'appartement lorsque quelqu'un s'y présente, deux hommes et une femme du SD, cachés dans une pièce, se tenant prêts à réagir. Le 26 ou le lendemain, une prise de choix est opérée, celle de Marie Reynoard, alias Claire Grasset [...]. [...] Elle ne cédera pas sous les coups [...] et elle mourra en janvier 1945 à Ravensbrück, mordue par des chiens et achevée par les SS à coup de bâtons [selon le récit d'une autre déportée]. Naturellement, Delétraz prétendra plus tard avoir sauvé les visiteurs en les avertissant du danger sur le pas de la porte et à voix basse. Aucun témoignage ne le confirmera et le sort de Marie Reynoard constitue à lui seul un démenti implacable."


Certes, mais il faut rappeler deux éléments qui semblent avoir échappé à Jacques Baynac :

1) Edmée Delettraz travaille au S.D. sur les ordres de son réseau de Résistance, et il est bien évident qu'une telle position la mettra dans une position moralement difficile. Son supérieur, le colonel Groussard, n'avait rien à perdre dans l'histoire.

2) Ne trouvez-vous pas surprenant, à supposer qu'Edmée Delettraz soit une épouvantable bitch, que seule Marie Reynoard ait été arrêtée grâce à Delettraz ? Cette dernière a témoigné qu'elle avait sauvé d'autres Résistants - effectivement, elle ne mentionne pas la seule qui est tombée, ce qui peut se comprendre - et pourquoi ne pas la croire sur ce point ?

Bref, là encore un fait - tragique - qui n'acquiert pas la signification que Jacques Baynac entend lui donner.

Contre Edmée Delettraz, il ne peut lui reprocher que la place des accents et des virgules.
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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Tom  Nouveau message 21 Aoû 2007, 13:51

D'accord avec vous, Nicolas.

"Les bras m'en tombent !" La Vénus de Milo. ;)

Sur ce, au risque de paraître un incroyable béotien, je pose la question : si malgré tout son apparat critique (à propos d'agent double, la référence peut aussi jouer un double jeu : à la fois permettre d'échapper à l'argument d'autorité et fonctionner comme... argument d'autorité !), Jacques Baynac n'est pas un véritable historien, qui est-il et que veut-il exactement (à votre avis) ?

Cela dit, au fond, ce qui me gêne, me met mal à l’aise, dans ces histoires d’agents doubles (le terme « double » signifie aussi « hypocrite ») - dont je comprends pourtant la nécessité dans la guerre secrète - c’est qu’ils ont beau se montrer parfois très forts et très courageux (et Mme Delétraz était probablement dans ce cas, j’en conviens), ils se retrouvent forcément, s’ils sont vraiment malins et qu’ils survivent, du côté du vainqueur à l’issue du conflit.

Supposons que les Allemands l’aient emporté, combien d’agents doubles auraient été également décorés, non par la France républicaine, mais par l’Etat français ou le Reich ?

Pour ne pas que l’on m’accuse encore une fois de diffamer injustement une héroïne de la Résistance (même en reprenant les propos d’un auteur qui n’a pas été condamné pour diffamation), je précise que je ne vise pas particulièrement Mme Delétraz envers laquelle je n’ai aucun parti pris.

Finalement, comme j’adore faire des citations, en voici deux (une de chacun des deux grands romanciers français de la première moitié du XIXe siècle) qui, ce me semble, résument assez bien mon opinion à ce sujet :

Stendhal (Lamiel) : [...] la bravoure personnelle, la fermeté de caractère n'offrent point prise à l'hypocrisie. Comment un homme peut-il être hypocrite en se lançant contre le mur d'un cimetière de campagne bien crénelé et défendu par deux cents hommes ?

Balzac (La maison Nucingen) : Une fois marqués, une fois immatriculés, les espions et les condamnés ont pris, comme les diacres, un caractère indélébile.

:cheers:

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Tom  Nouveau message 21 Aoû 2007, 17:08

Nicolas, je sais qu'au sujet de Jacques Baynac, vous avez déjà écrit :

D'aucuns diront que je suis très méchant, et d'aucuns auraient bien raison, à ceci près que je n'ai strictement rien contre la personne de Jacques Baynac, dont j'ai par le passé beaucoup apprécié les travaux sur le communisme soviétique, de Lénine (La Terreur sous Lénine, paru en 1975 et réédité au Livre de Poche) à Gorbatchev (La Révolution gorbatchévienne, paru en 1989).

Cela dit, je ne puis défendre d'autre point de vue quant à son dernier ouvrage (le second, en fait) consacré à Jean Moulin, en espérant que ce sera, effectivement, le dernier. Il va sans dire que la critique assez peu sympathique que j'adresse à Présumé Jean Moulin ne doit pas dissuader les lecteurs de le procurer, mais constitue simplement un avis perso, fondé sur une certaine connaissance du dossier.


Comment et pourquoi, d'après vous et selon vos termes, les propos tenus par Jacques Baynac s'inscrivent[-ils] dans le cadre d'une campagne de diffamation menée depuis 60 ans ?

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Aoû 2007, 12:04

Un mot sur Edmée Delettraz. Vous exprimez votre malaise s'agissant du statut des agents-doubles - ou, dans son cas, triple. Qui a trahi une fois ne serait pas digne de confiance... Mais en l'occurrence, examinons les faits : elle se met au service du S.D. sur ordre de son réseau, et de toute évidence à son corps défendant. Si vraiment elle agissait au vu de ses intérêts propres, elle avait largement la possibilité de sauver sa peau en s'exilant en Suisse, très facile d'accès pour elle. Comme le reconnaîtra son officier traitant, le Résistant Jean Cambus:

Quand je voyais cette admirable femme se diriger vers le repaire nazi, je pesais mieux ma propre responsabilité, chaque fois, je me demandais si j'avais eu raison de lui imposer une si dure mission. Mon devoir, cependant, me commandait d'insister.


Bref, nous avons là une authentique Résistante. Qui plus est, j'ai réexaminé le cas de Mme Reynoard. Cette dernière avait déjà été arrêtée en octobre 1942, relâchée en décembre pour raisons de santé, mais je ne crois pas à la thèse de la filature (une filature sur plusieurs mois ?). A dire vrai, en relisant les travaux accomplis sur cette affaire, je n'y vois rien qui confirme, d'une quelconque manière, qu'Edmée Delettraz ait participé à la souricière.

D'après Paul Dreyfus en effet, Delettraz est envoyée au 14, rue Bouteille, à Lyon, dans la deuxième semaine de mai 1943, et y demeurera deux jours (Le guet-apens de Caluire, op. cit., p. 132). En quoi il se trompe de date, car le logement est occupé par le S.D. dès le 24-25 mai 1943, Marie Renoard tombant dans le piège dans les 48 heures. Mais la brièveté de sa participation à l'opération plaide en faveur d'Edmée Delettraz.

Surtout, Jacques Baynac ne produit pas la moindre preuve qu'Edmée Delettraz ait contribué à cette arrestation, le seul élément à l'appui de ses dires se trouvant être le fait que cette Résistante ait participé à une souricière à cette adresse - qui n'a en fait rien donné, hormis Marie Renoard. La date exacte de son envoi au 14, rue Bouteille est inconnue. N'oublions pas qu'à la même époque elle doit effectuer des voyages entre Lyon et Mâcon. Etait-elle présente au moment de l'arrestation ? Rien ne le prouve, ce qui expliquerait d'ailleurs pourquoi elle n'évoquera jamais l'épisode.

Bref, je me pose des questions sur cette affaire, d'autant que les circonstances de l'arrestation de Marie Renoard nous sont totalement inconnues. Tout au plus sait-on que les deux hommes placés par le S.D. n'étaient autres que Robert Moog et René Saumande, auxquels s'ajoute une femme dont on ignore tout.

En d'autres termes, quelle que soit la réponse apportée, à mes interrogations je n'y vois rien qui remette en cause, chez Edmée Delettraz, son statut de Résistante. A supposer encore une fois qu'elle ait contribué à faire tomber Marie Renoard, il demeure qu'elle a infiltré le S.D. non par conviction ou lâcheté, mais sur ordre de son réseau.
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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Aoû 2007, 12:35

S'agissant de Jacques Baynac, à présent...

Je dénie à son Présumé Jean Moulin la qualité d'ouvrage d'Histoire. Ce livre est un vaste recueil d'erreurs, d'omissions, de citations mal lues ou extraites de leur contexte, d'insinuations calomnieuses, d'hypothèses aventureuses, de démonstrations bâclées et de théories fragiles parce qu'ineptes. 1.100 pages de foutaises.

En ce qui me concerne, un tel gâchis ne s'explique pas seulement pas l'incompétence du bonhomme en matière historique et son incapacité à apprécier un contexte d'une part, à interpréter un document ou un témoignage d'autre part - sans oublier le fait que cet "historien" paraît ignorer le concept et la méthode de hiérarchisation des sources (un témoignage exprimé 60 ans après les faits n'a pas la même valeur qu'un document d'époque).

Non, Jacques Baynac a cherché à défendre, coûte que coûte, la thèse d'un De Gaulle apprenti-dictateur (!) à qui son "rival" (!) Jean Moulin aurait imposé le respect des vertus républicaines, tout en s'efforçant de faire de la Résistance un organe totalement indépendant à son égard - enfin, pas si indépendant que ça, car nous apprenons que Moulin a envisagé de trahir De Gaulle pour se jeter éventuellement dans les bras des Américains, qui soutenaient le très vichyste général Giraud. Quels sont ses motifs ? Je l'ignore et je m'en tape. Ce qui m'importe, c'est de réfuter ses inepties, ses mensongeset ses omissions.

Toutefois, je me permets de hasarder une hypothèse.

Jacques Baynac, pour des raisons qui le regardent et ne m'intéressent nullement, avait fait le pari de défendre une telle thèse (Moulin trahissant De Gaulle) en 1998. Il la publiera dans un livre intitulé Les secrets de l'affaire Jean Moulin, dont le vernis académique abusera une maison d'éditions réputée sérieuse, à savoir le Seuil. La preuve massive de ses allégations reposait sur une prétendue rencontre entre Jean Moulin et un agent américain peu avant la rafle de Caluire. Manque de chance, des historiens ont établi que les documents d'archives réfutaient cette théorie. L'humiliation était d'autant plus terrible qu'elle était télévisuelle : un des adversaires de Jacques Baynac, Pierre Péan (pourtant pas franchement plus rigoureux de son côté, quoique meilleur chercheur et plus intéressant), avait balancé le scoop sur le plateau de Bouillon de Culture. La réputation d'historien de Jacques Baynac n'y a pas survécu.

Le ton venimeux employé dans Présumé Jean Moulin révèle une véritable volonté de vengeance, résultant d'une soif désespérée de reconnaissance. Jacques Baynac a écrit son dernier ouvrage avec son coeur. Mais ce faisant, il a agi de manière bien plus puérile qu'historienne. Il lui appartenait en effet de réfléchir sur ses erreurs, et d'en tirer les leçons. Au contraire, il a persisté, et s'est lancé dans une véritable fuite en avant. D'où les boules puantes adressées ci-et là à des historiens reconnus, tels que Daniel Cordier ou Jean-Pierre Azéma.

Rien d'étonnant à cela. Jacques Baynac refuse d'admettre avoir eu tort. Je l'ai constaté en essayant de discuter avec lui. J'avais tenté de lui expliquer, le plus courtoisement du monde, que le rapport Kaltenbrunner établissait la culpabilité de René Hardy. En réponse, il m'a adressé une volée d'injures, me traitant de lâche anonyme alors que je poste sous ma véritable identité depuis déjà plusieurs années.

Après que d'autres contributeurs lui ont démontré que j'existais bel et bien, il a entrepris - enfin - de débattre au fond, mais sa réponse, loin de réfuter mon argumentation, me cherchait querelle sur des fautes de frappe et un ou deux détails de fond. Ma nouvelle réfutation a été fort longue (une ineptie se formule en une ligne, sa réfutation en vingt), divisée en deux parties (premier article, deuxième partie). J'y montrais qu'il n'avait retenu des témoignages cités par lui que ce qui l'arrangeait, en écartant les passages gênants pour sa propre thèse. Mais entre-temps, Jacques Baynac a annoncé en catastrophe son départ du forum.

Il m'a été incidemment signalé par des voies détournées que son départ était officiellement motivé par le fait que moi et François Delpla nous serions acharnés à vouloir détruire ce pauvre homme. Notre volonté commune de débattre au fond, notre ton mesuré employé à cette occasion le démentent tout-à-fait. Et puis, je sais que je suis méchant, mais je me suis toujours efforcé de démontrer mes affirmations, sources à l'appui. Par la suite, j'ai pu apprendre de sources variées que Jacques Baynac avait apporté d'autres explications à ce départ aussi soudain que précipité, notamment le fait qu'il ne prenait pas au sérieux ses contradicteurs. Bref, des mobiles confus, qui ne trompent personne : il s'est littéralement enfui pour éviter d'avoir à subir sur ce forum une humiliation similaire à celle vécue sur le plateau de Bouillon de Culture neuf ans auparavant. Sa thèse ne résiste pas à l'analyse, tout simplement. Et surtout, Jacques Baynac paraît ne pas tolérer le simple fait d'être contredit avec des arguments.

Ce n'est pas là agir en historien, bien plutôt en tartuffe. Vu la qualité du bouquin, pas de surprise ! :mrgreen:
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