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Das reich : de montauban à la normandie

Pétain, Laval, le régime de Vichy et tous ceux qui furent acteurs de cette période sombre de notre histoire. La collaboration, les collaborateurs, la vie quotidienne sous la botte de l'occupant, les privations, le marché noir...
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Nouveau message Post Numéro: 31  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 11 Aoû 2007, 14:01

Bonjour,

Tom, il n'est pas completement ininteressant d'avoir sur ce forum des extraits des tissus de mensonges dont les ex-Nazis nous ont abreuves apres la guerre pour tenter de justifier les massacres de civils en France et ailleurs.

Personnellement, je les connais bien, trop helas, et suis rode a lire des textes nazis tentant d'expliquer que leurs exactions, leurs crimes, c'etait pas de leur faute, mais ne fut qu'une "juste" reaction aux "abus des mechants terros" qui, bien entendu et bien evidemment, etaient tous des sales bolchos le couteau entre les dents manipules par le Juif.

Tu cherches a demontrer quoi ?


 

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Nouveau message Post Numéro: 32  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 12 Aoû 2007, 17:22

Bon, finalement, je n'aurai pas boudé plus d'une semaine, mais je souhaite, même s'ils n'en disent rien, que tous les responsables du traitement partial survenu sur le fil http://www.debarquement-normandie.com/p ... hp?t=13742 aient tiré les leçons appropriées (quitte à m'instruire, par MP, sur la façon dont j'aurais pu défendre autrement mon bifteck, pour trouver grâce à leurs yeux).

En ce qui concerne le présent sujet, puisque Daniel a invoqué quelques pages de mon site pour montrer que Jäckel n'était pas infaillible, je précise que lorsqu'il cause de la genèse d'Oradour, dans les passages cités par Tom, il me paraît tout à fait fiable.

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Nouveau message Post Numéro: 33  Nouveau message de Tom  Nouveau message 14 Aoû 2007, 19:11

Daniel, je ne cherche rien à "démontrer" ; j'essaie simplement de mettre certaines choses en perspective... Malgré toute l'horreur inqualifiable des massacres de Tulle, d'Oradour..., il me semble que l'historien doit aller au delà de la simple description et des lamentations ad nauseam, et se demander pourquoi, précisément, Tulle, Oradour... et pas ailleurs dans la même région... A mon avis, il y a tout un contexte à mettre en lumière sans excuser le moins du monde la barbarie des nazis (prétexte qu'avance toujours la fausse bonne conscience pour éviter de creuser les questions)...

Cela dit, voici un petit topo instructif :
La 2.SS-Panzer-Division Das Reich au moment de Tulle et d'Oradour


1) Situation d’effectif : (après arrivée d’environ 9000 recrues et des convalescents du front de l‘Est) 17283 hommes (à la fin juin) ; manque de cadres expérimentés et de techniciens compétents.

2) Situation d’équipement : manque de matériel, de munitions et de pièces de rechange ;

- Chars type IV : 54 (dont 44 prêts au combat)
- Chars type V « Panther » : 63 (si réception des 24 envoyés fin mai)
- Canons automoteurs d’assaut : 41
- Pièces d’artillerie automotrices : 11
- Pièces d’artillerie tractées : 22
- Pièces antichars : 21
- Pièces de DCA : 38
- Canons d’infanterie : 30
- Half-tracks : 249 (dont 14 en réparation)
- Camions : 1821 (dont seulement 617 en état de marche ! - 768 au 1er juillet...)
- Etc.

Le 12 juin (au lendemain du massacre d’Oradour), la division reçut l’ordre de faire mouvement vers la Normandie. Les éléments sur roues empruntèrent la route tandis que les éléments chenillés furent transportés par le train.

D’après OB West Ia Nr. 5135/44 g.Kdos. 1.7.44, T311, R28, F7034111f.le, ce n’est ni la Résistance française ni même la puissance aérienne alliée qui firent principalement obstacle au déplacement, mais le manque de véhicules et de pièces de rechange.

En fait, pour cette raison, une grande partie de la division dut rester dans le Sud-Ouest jusqu’à la fin juin…

:cheers:

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Nouveau message Post Numéro: 34  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 15 Aoû 2007, 20:01

D'accord avec vous pour la nécessité de ramener les faits dans leur contexte. Mais ce contexte révèle que les pendaisons de Tulle et le massacre d'Oradour s'inscrivaient, de manière assez inévitable, dans une stratégie allemande de maintien de l'ordre "préventive".

La sécurité des forces d'occupation avait tout d'abord changé de mains. Elle avait été confiée initialement au Militärbefehlshaber in Frankreich (M.B.F.), l'administration militaire du général Otto von Stülpnagel (remplacé par son cousin Karl Heinrich von Stülpnagel en 1942), qui disposait de 30.000 soldats spécifiquement chargés de surveiller l'administration française et de garantir le maintien de l'ordre. Dans le même temps, le domaine de compétences des S.S. s'était considérablement accru - Karl Oberg fut institué Höhere SS und Polizeiführer (H.S.S.P.F. : haut responsable de la police et des S.S.) pour le territoire français occupé en 1942.

Au cours de l'été 1943, un débarquement allié était attendu sur les côtes françaises. A ce titre, le M.B.F., de plus en plus impliqué dans l'exécution d'otages, fut subordonné à l'O.B. West, pour faciliter la lutte contre d'éventuelles insurrections intérieures liées à une offensive anglo-saxonne.

A cet effet, et avec l'aide de l'Abwehr, le S.D. avait d'abord envisagé de tuer dans l'oeuf "l'Armée secrète", terme employé par Berlin pour qualifier la Résistance, en éliminant ses chefs et réseaux. Mais en dépit de nombreux succès remportés en 1943, et notamment l'arrestation de Jean Moulin (qui cependant ne céda rien sous la torture), cette stratégie rencontra ses limites. Le S.T.O. nourrissait le maquis, les réseaux se reconstituaient, la politique des otages n'avait pas découragé les oppositions.

Bref, à la fin de l'année 1943, le bilan de la lutte contre la Résistance apparaissait globalement négatif, au sens où ses effectifs avaient gonflé. Hitler, soucieux de repousser un débarquement allié pour se retourner contre l'Armée rouge (directive n° 51 du 3 novembre 1943), avait besoin de regrouper un maximum d'atouts dans son jeu. Il ne pouvait se permettre de consacrer trop d'efforts, le jour venu, à la répression du "banditisme". D'où une nette radicalisation de la lutte anti-"terroriste" au cours de l'hiver, avec usage de la Milice et multiplication des assassinats. D'autres instructions, telles que "l'ordre Speerle" (du nom du chef adjoint de l'O.B. West) du 3 février 1944 et l'ordre émanant de l'O.K.W. le 4 mars de la même année recommandaient de ne plus faire de prisonniers parmi les Résistants capturés. Les bavures, excès et dérapages étaient officiellement annoncés comme totalement couverts par l'autorité hiérarchique. Les massacres de civils étaient ainsi autorisés : le système répressif allemand en usage à l'Est s'imposait à l'Ouest.

Un mois plus tard, Himmler se rendait personnellement en France, et inspectait la division blindée S.S. Das Reich basée dans le Sud-Ouest. Son chef, Lammerding, avait participé à la lutte anti-partisans sur le Front russe. Le 5 juin 1944, il proposait à sa hiérarchie un plan de répression approfondie : arrestation de 5.000 Français, pendaison de 3 partisans pour 1 Allemand blessé, de 10 partisans pour tout Allemand tué. Le projet remonta jusqu'à Hitler lui-même, qui l'approuva : le 7 juin, "avec l'accord de l'état-major du Führer", l'O.B. West donna l'ordre à la Das Reich de lutter contre les "bandes" dans la région de Tulle-Limoges.

Certes, les S.S. manquaient encore de véhicules pour rejoindre la Normandie, dont il n'était même pas certain qu'elle constituât pas une zone de diversion pour les Alliés. Mais confier à un ami de Himmler aussi "expérimenté" en la matière, et chef d'une formation aussi idéologiquement marquée et "prestigieuse", une telle mission, ce après avoir reçu de sa part un programme aussi sanglant, ne pouvait que signifier que tous les coups étaient permis, au moins dans un délai réduit. De toute évidence, Hitler voulait frapper fort, dès le début de la campagne - un genre de Blitzkrieg contre tout esprit de résistance chez les Français.

Dans ce contexte, Tulle et Oradour devenaient inévitables, nonobstant la réalité de la menace que faisait planer la Résistance. Il fallait frapper la France entière de terreur.


Sources : Gaël Eismann & Stefan Martens (dir.), Occupation et repression militaire allemandes 1939-1945. La politique de "maintien de l'ordre" en Europe occupée, Autrement, 2007 ; Ahlrich Meyer, L'occupation allemande en France 1940-1944, Privat, 2002 ; Jean-Jacques Fouché, Oradour, Liana Lévi, 2001 ; Max Hastings, La Division Das Reich et la Résistance, Pygmalion/Gérard Watelet, 1983.
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Nouveau message Post Numéro: 35  Nouveau message de Tom  Nouveau message 16 Aoû 2007, 08:40

Nicolas écrit entre autres :
D'accord avec vous pour la nécessité de ramener les faits dans leur contexte. Mais ce contexte révèle que les pendaisons de Tulle et le massacre d'Oradour s'inscrivaient, de manière assez inévitable, dans une stratégie allemande de maintien de l'ordre "préventive".
D'autres instructions, telles que "l'ordre Speerle" (du nom du chef adjoint de l'O.B. West) du 3 février 1944 et l'ordre émanant de l'O.K.W. le 4 mars de la même année recommandaient de ne plus faire de prisonniers parmi les Résistants capturés. Les bavures, excès et dérapages étaient officiellement annoncés comme totalement couverts par l'autorité hiérarchique. Les massacres de civils étaient ainsi autorisés : le système répressif allemand en usage à l'Est s'imposait à l'Ouest.
Dans ce contexte, Tulle et Oradour devenaient inévitables, nonobstant la réalité de la menace que faisait planer la Résistance. Il fallait frapper la France entière de terreur.



Beau résumé ! :D Entièrement d'accord avec vous.

Cela dit, lorsque j'ai parlé de "contexte", je voulais dire que les massacres de Tulle et d'Oradour, par exemple, se sont déroulés dans ces lieux précis pour des raisons particulières, même si elles n'étaient, je vous l'accorde, que des prétextes :

A Tulle, découverte de cadavres de soldats allemands fusillés et/ou portant des traces de sévices...

A Oradour, capture et exécution par le maquis d'officiers de la division Das Reich (notamment, je crois, un officier-payeur et surtout un chef de bataillon prestigieux)...

Quand les Waffen-SS massacrent la population en aveugles ou à la suite d'un sabotage ou d'une attaque de la Résistance ayant un objectif militaire, on ne peut guère faire de reproches à celle-ci, mais lorsqu'ils pendent, fusillent et brûlent des civils parce que le maquis a voulu s'emparer imprudemment d'une ville pour des raisons politiques et a maltraité et exécuté des prisonniers pour des raisons idéologiques, on est en droit, ce me semble, de relever ces fautes, en tout cas de ne pas les passer sous silence comme si elles n'avaient eu aucune importance...

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Nouveau message Post Numéro: 36  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 16 Aoû 2007, 10:00

Bonjour,
Tom, si tu es d'accord avec l'analyse de Nicolas, ce paragraphe est legerement contradictoire :
Tom a écrit:Quand les Waffen-SS massacrent la population en aveugles ou à la suite d'un sabotage ou d'une attaque de la Résistance ayant un objectif militaire, on ne peut guère faire de reproches à celle-ci, mais lorsqu'ils pendent, fusillent et brûlent des civils parce que le maquis a voulu s'emparer imprudemment d'une ville pour des raisons politiques et a maltraité et exécuté des prisonniers pour des raisons idéologiques, on est en droit, ce me semble, de relever ces fautes, en tout cas de ne pas les passer sous silence comme si elles n'avaient eu aucune importance...

Quelles raisons "politiques" et "ideologiques", Tom ?
Et d'ou viennent les "prisonniers maltraites et executes" a Tulle ?

Je n'en trouve trace que chez Dominique Venner, (Le celebre marxiste :D ) qui en parle dans son "Histoire de la Collaboration" sans citer aucune source a ce sujet alors qu'il ne s'en prive pas par ailleurs.

La Resistance a negocie avant d'investir Tulle et les GMR ainsi que les Miliciens ont pacifiquement evacue la ville sans pertes. La garnison allemande a refuse, il y a donc eu des combats et des incendies.

Je cites quand meme une phrase significative de Venner : "Les equipes de la Croix Rouge doivent s'interposer violemment pour sauver les blesses que la foule veut achever".

La foule, Tom, la foule, pas les Resistants...

Un autre detail, mais je n'arrives pas a retrouver ou j'avais lu ca :
La Croix-Rouge (Ou autres benevoles ?) sort de l'Ecole Normale les cadavres de soldats allemands et les dispose dans la rue, se preparant aux inhumations. Dans l'Ecole Normale, les resistants terminent la prise de la place, fouillent et recuperent armes et munitions. Soudain, annonce de l'arrivee de la Das Reich. Trop gros morceau pour les maquisards. Ils sautent dans leur camion et sortent en trombe de l'ecole... et passent sur les cadavres qui etaient toujours a l'entree. Pas vraiment le choix !


 

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Nouveau message Post Numéro: 37  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 16 Aoû 2007, 13:01

A mon sens, le fait que les S.S. franchissent une étape dans l'horreur, à Tulle d'abord (99 pendus), à Oradour ensuite (tout un village exterminé), est lié à une stratégie nazie tenant compte de l'échec des mesures de répression antérieures.

Le printemps 1944 est tout de même sacrément violent dans le Limousin. Dès le mois de mars, la répression s'est durcie. Le 24 de ce mois, une véritable "colonne infernale", la fameuse Division Brehmer, commence à faire régner la terreur en Dordogne. L'opération, qui vise surtout les maquis, s'achève le mois suivant. Elle a été rythmée par le meurtre de civils, l'exécution d'otages, la déportation ou l'assassinat de Juifs, le pillage des biens. Nouveauté en France, un village, celui de Rouffignac, est totalement incendié. De toute évidence, l'opération Brehmer s'inscrit dans le droit fil des instructions reçues de l'O.B. West et l'O.K.W. : pas de prisonnier, pas de sanction en cas d'exaction, soit maintien de l'ordre à tout prix - voir Ahlrich Meyer, op. cit., p. 167-176.

Et pourtant, cette politique n'aboutit pas au résultat escompté. Le "coup de cymbales" de Brehmer n'a pas porté ses fruits. Le nombre d'actions de la Résistance dans la région double entre mars et mai 1944.

C'est la preuve que les campagnes de terreur contre le maquis ne suffisent pas. Il faut aller plus loin.

C'est pourquoi, un mois après la venue de Himmler dans la région, Lammerding propose un programme répressif important, mais ce projet - exposé plus haut - date d'avant le Débarquement : au 6 juin 1944, il est dépassé. Cette fois, la situation de crise est là, et Hitler souhaite frapper un coup autrement plus fort. On ne se contentera pas de pendre 10 partisans pour 1 Allemand tué, ni 3 pour un Allemand blessé. On ira au-delà, car c'est le seul moyen de maintenir l'ordre en France.

Il n'existe pas de trace écrite, à quelque niveau que ce soit, d'une directive désignant Oradour. Les historiens de cette tragédie semblent oublier, sur ce point, qu'il y a là une preuve de dissimulation : les ordres ont pu être communiqués oralement, ou les transcriptions disparaître. Mieux encore, aucune sanction ne sera effectivement prise contre les responsables. Lammerding lui-même sera promu auprès de Himmler. Les seules excuses officielles du Reich auprès de Vichy viendront de généraux allemands isolés - rien de Berlin. Il me semble en outre que lorsque Rommel mentionnera les massacres au Führer, ce dernier rétorquera que cela ne le regarde pas.

De tels éléments tendent à indiquer que la décision de détruire un village français a été prise en très haut lieu. L'aspect méthodique et organisé de la chose, outre que ce massacre survient en définitive très tôt après le Débarquement, prouvent qu'il ne s'agissait pas, chez les Allemands, de s'attaquer à un prétendu maquis (Oradour ne l'était certainement pas - voir J.-J. Fouché, op. cit., p. 87-128), ni de rechercher un officier S.S. disparu (le major Helmut Kämpfe), ni même de - tout simplement - le venger.

Certes, le chef de l'unité chargée de réduire Oradour et sa population en cendres, le S.S. Sturmbannführer Dickmann (chef du 1er bataillon du régiment S.S. Der Führer), a du se réjouir de pouvoir passer ses nerfs sur ces sous-hommes français qui avaient osé s'en prendre à son ami Kämpfe. Mais il n'a pu prendre, tout seul, une décision d'une telle importance. Les instructions reçues de sa hiérarchie au printemps avaient posé le cadre de la barbarie, mais même Lammerding s'était cru obligé d'en référer à ses supérieurs, s'agissant de son programme de lutte anti-partisans défini le 5 juin 1944. Et Hitler en personne est intervenu dans ce processus décisionnel.

En d'autres termes, je ne crois pas que les exactions des F.T.P. à l'égard de leurs prisonniers aient véritablement joué. Soit dit en passant, c'était une pratique qui ne résultait pas d'une stratégie délibérée à Londres ou à Moscou (à l'inverse de la terreur S.S., commanditée par Berlin), mais liée aux circonstances mêmes de la guerre des partisans. Des maquisards n'ont pas, par principe, les moyens de s'occuper des ennemis capturés. Pas question non plus de les libérer pour leur permettre de reprendre les armes. Leur exécution s'avère dès lors nécessaire. Les insurgés de Varsovie ont également supprimé les Allemands captifs, et personne excepté les staliniens ne leur dénie pourtant la qualité de martyrs.

Non, le massacre d'Oradour était vraisemblablement inévitable. Il ne s'agissait pas d'une bavure isolée, un coup de sang d'officiers allemands résultant du contexte affreux d'une guerre de partisans, mais au contraire un acte prémédité par les plus hautes autorités du Reich par souci de mettre un terme, une bonne fois pour toutes et après échec des procédés antérieurs, à toute velleité française de résistance.

Alors, me direz-vous, pourquoi Oradour même et pas un autre village ? Je ne crois pas que le choix, par Dickmann - et sans doute avalisé par Lammerding - soit lié au fait que le bourg ait été suspecté d'avoir été une base du maquis. Je ne crois même pas que Dickmann ait pensé que Kämpfe ait pu y être exécuté. Cette version est en effet défendue par un S.S., même pas présent sur les lieux, à savoir Otto Weidinger, l'historiographe de la Das Reich. Un autre officier S.S., le S.S. Obersturmführer Karl Gerlach, a affirmé après la guerre avoir été kidnappé par les maquisards et traîné jusqu'à Oradour, où il n'aurait échappé à la mort que par miracle, mais son témoignage, tardif et peu fiable, a été réfuté (à supposer que Gerlach ait dit vrai, il a pu confondre Oradour avec un autre village), outre qu'aucun document, ni même aucun témoignage, ne confirme que ses déclarations aient été prises en compte par son supérieur Dickmann.

Bref, il fallait faire un exemple, et la cible a été choisie plus ou moins au pif.
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Nouveau message Post Numéro: 38  Nouveau message de Tom  Nouveau message 16 Aoû 2007, 13:06

Daniel écrit :
Quelles raisons "politiques" et "ideologiques", Tom ?


Bis repetita placent : cf. le fil "Le cas Chapou" ci-dessous.

Au sujet de la responsabilité des communistes, l’historien Pierre Laborie, directeur d’études à l’EHESS, fameux auteur de L’opinion française sous Vichy (Seuil, Points Histoire, 1990/2001), écrit ceci dans le tout récent Dictionnaire historique de la Résistance (Robert Laffont, 2006), pages 633/634 :

Contrairement à ce qui est […] répété, le déclenchement de l’opération des FTP sur Tulle le 7 juin, et initialement prévu le 6 juin, n’est pas la conséquence directe du débarquement allié. L’événement a pu renforcer la détermination des responsables, mais la coïncidence est fortuite.

Les travaux rigoureux de l’historien Gilbert Beaubatie (La tragédie de Tulle) ont établi l’antériorité de la décision et ont mis en évidence les facteurs qui ont conduit à ce choix. La volonté politique liée à la stratégie du parti communiste et de la direction FTP, une vision idéologique de la montée du « climat insurrectionnel » et les convictions des cadres FTP - spécialement du colonel "Rivière" (Marcel Godefroy) – ont été des ressorts déterminants.


L'échec de l'opération découle en partie de sa conception et des conditions de préparation : mauvaise appréciation du rapport des forces sur le terrain, mésentente entre l'AS et les FTP, trop d'improvisation et de précipitation dans la transmission et l'exécution des ordres. L'arrivée non prévue - et pourtant envisageable - de renforts allemands a été évidemment décisive. Elle a révélé les faiblesses du dispositif : pas de destruction des ponts sur la Dordogne, pas d'embuscades montées entre Brive et Tulle, pas de système d'alerte efficace depuis le Lot.
[...] Georges Guingouin n'a cessé de dire que déclencher l'insurrection et prendre, puis tenir une ville étaient deux choses totalement différentes.


Voilà pourquoi, oui, les FTP ont fait courir des risques insensés à la population de Tulle.
Cela dit, leur attitude finale (certains se sont repliés, d'autres, moins aguerris, se sont enfuis, parfois en abandonnant leur brassard et même leurs armes...) peut être interprétée de différentes manières. Amouroux écrit : Il n'y a pas eu combat et ce fut sagesse, un engagement contre les blindés allemands ne pouvant qu'aggraver les risques qui pesaient déjà sur la population.

Daniel écrit :
Et d'ou viennent les "prisonniers maltraites et executes" a Tulle ?


Jäckel (op. cit.) : Le préfet réussit à empêcher les partisans de fusiller vingt blessés transportés à l’hôpital, mais, selon le récit de plusieurs témoins oculaires, les cadavres de soldats allemands furent profanés : on en retrouva par la suite qui avaient le crâne défoncé, les yeux crevés et portaient les traces d’autres sévices. S’agissait-il, dans tous les cas, de profanation de cadavres ou bien aussi de mauvais traitements infligés à des soldats vivants et blessés ?

Amouroux (op. cit.) : Il me semble que, de préférence à tous les autres, ce sont leurs témoignages [ceux des séminaristes qui sont allés rechercher et transporter morts et blessés allemands et français] qu'il faut retenir tout d'abord. [Ces témoignages de religieux] sont éloignés de la polémique politique ; ils n'ont rien de commun avec les récits d'habitants de Tulle enfermés dans leurs maisons [...] et surtout dans leur peur [...].

[Le chanoine Marcel Mangematin, supérieur du grand séminaire de Tulle, écrit] qu'invité par le colonel Monteil, responsable de la Croix-Rouge, à aller relever les prisonniers allemands qui ont été fusillés par le maquis contre le mur du cimetière [...], [il n'a constaté] aucune trace de mauvais traitements sur les corps de ces neuf fusillés, [...] [mais que] les séminaristes relevant les blessés allemands ont dû s'interposer et les protéger contre la fureur des F.T.P.


N.B. L'anecdote du camion qui roule sur les cadavres se trouve justement dans le compte rendu d'Amouroux.

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Nouveau message Post Numéro: 39  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 16 Aoû 2007, 13:21

Je jettes l'eponge Tom.

A grand coups de citations hors contexte, tu viens de nous demontrer brillament que les sales cocos du FTP portent donc la responsabilite des pendus de Tulle et, a ce titre, sont tout autant criminels que les autorites nazies dont Nicolas Bernard nous parle plus haut.

Les lecteurs de ce forum jugerons de la pertinence de l'analyse biaisee que tu nous presente et qui comporte l'inconvenient majeur de donner des excuses indues aux tueurs de la Das Reich.

L'analyse de ces evenements au travers des lunettes deformantes de l'anti-communisme primate ne peux d'ailleurs mener qu'a cela...


 

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Nouveau message Post Numéro: 40  Nouveau message de Tom  Nouveau message 16 Aoû 2007, 13:27

Nicolas écrit :
Soit dit en passant, c'était une pratique qui ne résultait pas d'une stratégie délibérée à Londres ou à Moscou (à l'inverse de la terreur S.S., commanditée par Berlin), mais liée aux circonstances mêmes de la guerre des partisans.


Je ne suis vraiment pas sûr que Moscou ne poussait pas les F.T.P.F. à accentuer la spirale attentats-représailles pour des raisons à la fois militaires (maintenir le plus possible de forces allemandes à l'Ouest) et politiques (favoriser l'"insurrection nationale")...

Des maquisards n'ont pas, par principe, les moyens de s'occuper des ennemis capturés. Pas question non plus de les libérer pour leur permettre de reprendre les armes. Leur exécution s'avère dès lors nécessaire.


Dans ce cas précis, je crois bien que, pour retrouver ce fameux chef de bataillon, les Allemands étaient prêts à négocier et ont même offert de l'argent ou de libérer un certain nombre de résistants ! En vain...

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