Je réponds à l'invitation d'Audie.
Le souhait d'émancipation des Canadiens français vis-à-vis l'Empire britannique date d'un peu avant la 2GM, et remonte au moins à la crise de la conscription de 1917-1918, sinon avant (voir l'affaire Louis Riel). En fait les Canadiens-français avaient peur, en 1940, de se faire rejouer le même tour qu'en 1917-1918. Quatre hommes avaient été tués à Québec par l’armée le 1er avril 1918, lorsque celle-ci avait ouvert le feu en basse-ville pour disperser une émeute. La Grande Guerre approchait de son terme, mais l’affaire avait cristallisée l’opinion publique canadienne-française contre le principe même de la conscription, à tort ou à raison. Le sujet était donc très, très sensible en 1940 et suivantes.
Tout au long de la guerre, Mackenzie King jongle avec la situation pour ne pas déplaire aux Canadiens anglais d'un côté, et aux Canadiens français de l'autre. La question de l'unité nationale est au cœur de plusieurs actions et décisions du gouvernement fédéral. Et l'effort de guerre canadien dépend de la cohésion nationale.
Même la décision du gouvernement d'entrer en guerre une semaine après l'Angleterre est une façon de marquer l'autonomie du Canada vis-à-vis de la Couronne britannique et d'épargner les susceptibilités canadiennes-françaises. En 1914, les dominions rattachés à la Couronne britannique étaient entrés automatiquement en guerre contre l’Allemagne, ce qui avait passablement déplu aux Canadiens français dont les querelles européennes leur paraissaient bien étrangères, et avait exacerbé les tensions. En 1931, le Statut de Westminster reconnaissait officiellement l'indépendance de tous les dominions faisant partie de l'Empire britannique. Le Canada marque cette indépendance en déclarant la guerre à l’Allemagne le 10 septembre. Ce n'est pas la raison unique, mais c'en est une.
Au Québec il faut se rappeler que c’est le discours clérico-nationaliste qui domine à l’époque. Ses principaux porte-couleurs fondent certains espoirs en Pétain, espérant que le retour à la terre et aux valeurs chrétiennes que prône le maréchal ait des échos au pays. Plusieurs souhaitent même l'échec de l'Angleterre. Car en cas de victoire de l'Angleterre contre l'Allemagne, on craint que la première n'absorbe la France ou ne la découpe en morceaux à son profit! Bref les élites clérico-nationalistes craignent pour la mère Patrie française! Le Québec se retrouverait bien seul...
Pourtant, c'est justement ce que l'Allemagne est en train de faire. Mais on croit les promesses d'Hitler à l'effet que la France ne sera pas démembrée. Et l'occupation allemande, malgré le dégoût de la majorité envers le fascisme, est perçue comme une opportunité de rénover la France, dont plusieurs détestaient la laïcisation et les valeurs de la Troisième République en général. Dans leur esprit, la France méritait de perdre (un thème récurrent en France également, on n'a rien inventé) et cette rénovation de la mère patrie ne pouvait que faire des petits dans la province de Québec, également corrompue par les affres du libéralisme. Pour preuve, le libéral Adélard Godbout avait été élu le 25 octobre 1939. C'en était trop.
Bref, le Québec majoritairement clérico-nationaliste de l'époque est séduit par la Révolution nationale, et c'est compréhensible dans le contexte. Chez les modérés, de Gaulle demeure sympathique puisqu'il faut un glaive pour accompagner le bouclier (Pétain). Une majorité se rendront compte de leur erreur, surtout à partir de l'automne 1942 lorsque Vichy s'enfonce dans la collaboration.
C'est dans ce contexte que pataugent les représentants de De Gaulle au Canada et les comités France Libre qui y sont créés spontanément après l'Appel du 18 juin pour renverser l'opinion publique jugée trop favorable à Vichy. Beau défi!
Frédéric

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