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Les livres de Jorge Semprun

Venez nous présenter votre dernière lecture ou des ouvrages qui vous tiennent particulièrement à coeur.
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Les livres de Jorge Semprun

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 03 Mar 2006, 07:16

Bonjour

Voici une version un peu remaniée d'une critique que j'ai rédigée en février 2005 à propos du livre de Jorge Semprun, le mort qu'il faut. Bientôt je vous parlerai plus en détail du chef d'oeuvre absolu qu'est L'ECRITURE OU LA VIE.




J'ai déjà longuement et moultement parlé de Jorge SEMPRUN (...) et dit tout le bien que je pensais de son livre culte L'ECRITURE OU LA VIE. Les hasards de mes flaneries au Square Georges Brassens m'ont récemment fait tomber sur LE MORT QU'IL FAUT du même auteur que j'ai acheté puis dévoré.

Il s'agit d'un court roman autobiographique de 245 pages assez aérées, publié en 2001 mais dont "l'action" se situe en 1944 dans le camp de Buchenwald où Semprun passa environ 1 an jusqu'à sa libération en avril 1945.


LE SUJET

Plus que du sujet à proprement parler, je dirais qu'il s'agit de l'argument, du fil conducteur du livre : le mort qu'il faut...

Un vendredi, un prisonnier allemand employé dans un bureau (donc témoin de Jehova objecteur de conscience vraissemblablement) a vu arriver une note de Berlin émanant de la Gestapo qui demandait ce qu'était devenu le prisonnier Semprun. Susciter ce genre d'intérêt est rarement bon signe à Buchenwald et aussitôt "on" cherche pour Semprun, un mort ayant sensiblement le même âge et le même profil dont il pourra prendre l'identité dès l'appel du lundi. "On" lui trouve rapidement "le mort qu'il faut", un jeune étudiant de 20 ans comme lui mais, manque de bol, il n'est pas encore vraiment mort mais "on" a le temps, c'est le week end et de toute façon pour lui c'est une question d'heures, il ne passera pas la nuit du dimanche au lundi. Semprun verra donc "son" mort, vivant.

A partir du récit de cette poignante anecdote, Semprun décrit la vie quotidienne à Buchenwald, la faim, la promiscuité, la chiasse, la hiérarchie, la bibliothèque, la chance (ou pas), les communistes, le communisme, l'appareil, le dogme, qui jusque dans ce camp peut montrer qu'il repousse loin les limites de la bêtise et de l'absurdité.


MON AVIS

"Le mort qu'il faut" délaisse l'analyse omniprésente contenue dans "l'écriture ou la vie" pour revêtir la forme d'un récit quasi factuel, récit humain et témoignage poignant d'un homme qui dès ses 20 ans brille par sa culture et son intelligence. Chez beaucoup, le rappel de cette évidence serait un signe pattant de manque de modestie, chez Semprun ça passe.

J'ai attendu la page 29 pour me rendre compte que j'avais déjà lu ce livre à sa sortie. Tout ce que Semprun écrit sur la faim je l'avais déjà lu et les phrases surgissaient de ma mémoire sans laisser le moindre doute de même que les pages consacrées aux "musulmans", "museln", surnom ou plutôt déformation des "Lumpen" des "Lumpen", les déjà sans espoir de vie du camp, exclus du système productif de Buchenwald et exilés dans les barraquements du petit camp en attendant la mort.

Semprun a une belle écriture limpide qui alterne humour et émotion.

Il fait essayer de réduire, de maîtriser la faim réelle, immédiate, avec l'idée de la faim à venir, virtuelle mais lancinante. (P. 30)

On ne pouvait pas se souvenir de la soupe de la veille, ni de celle du jour même, elles avaient disparu sans laisser de traces dans les oubliettes du corps, mais on pouvait se rassembler pour écouter quelqu'un raconter en détail le repas de noces de la cousine Dupont, qui avait eu lieu cinq ans auparavant. On ne pouvait se rassasier qu'au souvenir. (P. 34)

Lors d'une corvée :[/color]
Le jeune russe vient à ma hauteur. Il me dit quelques mots, que je ne comprends pas. En russe, je ne comprends à peu près que les jurons, d'ailleurs fort monotones. Car il s'agit toujours d'aller baiser une femme de la famille, de préférence la mère de celui qu'on insulte. Il ne jure pas pour l'instant. Je n'entends ni le mot "mère", ni le mot "baiser". Il doit me donner des conseils. (P. 66)

Après la corvée :
Le jeune russe me regarde, frais comme un gardon, visiblement content du tour qu'il a joué au sous-off SS. Il me parle et je retrouve dans son discours le verbe bien connu, "baiser". Vu l'absence du mot mère accolé au dit verbe, j'en conclus qu'il exprime, cette fois-ci, la joie d'avoir "baisé" le SS. (P. 67)

On peut comprendre pourquoi les kapos rouges évitaient cette barraque. C'était le seul endroit de Buchenwald qui échappât à leur pouvoir (...). Et les musulmans étaient l'incarnation, pitoyable et pathétique, sans doute, mais insupportable, de cette défaite toujours à craindre. Ils montraient de façon éclatante que la victoire des SS n'était pas impossible. Les SS ne prétendaient-ils pas que nous n'étions que de la M***e, des moins-que-rien, des sous hommes ? La vue des Musulmans ne pouvait que les conforter dans cette idée. Précisément pour cette raison, il était, en revanche, difficile de comprendre pourquoi les SS, eux aussi, évitaient les latrines du Petit Camp, au point d'en avoir fait, involontairement sans doute, un lieu d'asile et de liberté. Pourquoi les SS fuyaient-ils le spectacle qui aurait dû les réjouir et les réconforter, le spectacle de la déchéance de leurs ennemis ?
Aux latrines du Petit Camp de Buchenwald, ils auraient pu jouir du spectacle des sous-hommes dont ils avaient postulé l'existence pour justifier kleur arrogance raciale et idéologique? Mais non, ils s'abstenaient d'y venir : paradoxalement, ce lieu de leur victoire possible était un lieu maudit. Comme si les SS - dans ce cas, ç'aurait été un ultime signal, une ultime lueur de leur humanité (indiscutable : une année à Buchenwald m'avait appris concrètement ce que Kant enseigne, que le Mal n'est pas inhumain, mais, bien au contraire, une expression radicale de l'humaine liberté) - comme si les SS avaient fermé les yeux devant le spectacle de leur propre victoire, devant l'image insoutenable du monde qu'ils prétendaient établir grâce au Reich millénaire.
(P. 74/76)

A propos de la femme de Karl Koch, commandant de Buchenwald
(...) Ilse, on peut s'en souvenir, aimait les beaux détenus ; elle les déshabillait d'abord dans son lit, pour jouir d'eux et contempler, le cas échéant, leurs tatouages, qu'elle récupérait, une fois le prisonnier exécuté et la peau convenablement traitée, pour en faire des abat-jour. (P. 89)

Les citations sont les béquilles d'une pensée encore incertaine. (P. 125) (celle là je n'hésiterai pas à m'en servir de béquille !)

Sur le silence de Dieu, je n'avais pas d'inquiétude métaphysique? Qu'y avait-il d'étonnant, en effet, dans le silence de Dieu ? Quand avait-il parlé ? A l'occasion de quel massacre du passé avait-Il laissé entendre sa voix ? Quel conquérant, quel chaf de guerre cruel avait-Il jamais condamné ? Si l'on ne voulait pas traiter les écrits bibliques comme des fables, si l'on vouliat leur attribuer quelque réalité historique, il apparaissait que Dieu n'avait plus parlé, dans l'histoire de l'humanité, depuis le mont Sinaï. Quoi de surprenant, donc, à ce qu'il continue de garder le silence ? A quoi bon s'étonner, s'indigner ou s'angoisser d'un silence aussi habituel, tellement enraciné dans l'Histoire, constitutif peut-être même de notre histoire, à partir du moment où, elle - l'Histoire - a cessé d'être sainte ?
Ce qui était en question, disais-je aux deux autres, ce n'était pas el silence de Dieu mais celui des hommes.
(P. 136/137)

A quoi bon écrire des livres si on n'invente pas la vérité ? Ou, encore mieux, la vraisemblance ? (P. 188)

Cette dernière question est d'ailleurs la problématique au coeur de l'écriture ou la vie où Semprun défend qu'il faut passer par la forme littéraire et romanesque pour "dire l'indicible".

J'ai une profonde admiration pour cet auteur et pour cet homme.

@ +

Cécile


 

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Jorge Semprun - Témoigner

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 08 Mar 2006, 08:21

Bonjour

J'ai écrit l'essentiel de ce qui suit le 18-01-05 et je n'ai fait que le racourcir (si, si) et le remanier légèrement pour l'adapter à ce forum.

Cécile

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On célèbre ces jours-ci le 60e anniversaire de la libération des camps nazis et la télévision abonde de programmes et de reportages consacrés à cet événement. J'ai vu NUIT ET BROUILLARD d'Alain Resnais, revu les deux premières parties de DE NUREMBERG A NUREMBERG de Rossif, les deux dernières étant diffusées jeudi prochain sur le câble (chaîne histoire), vu le remarquable numéro de CULTURE ET DEPENDANCE animé par Giesberg avec, entre autres invités et témoins, Simone Weil toujours aussi digne et admirable et Lanzmann dont le film SHOA sera diffusé prochainement sur France 3 dans sa version intégrale, vu le magazine CONTRE COURANT sur France 2 qui expliquait pourquoi les alliés n'avaient pas bombardé les camps (sauf une fois Auschwitz presque par erreur) au grand désespoir des prisonniers pour qui, parfois, cette décision reste encore de nos jours une honte incompréhensible et impardonnable.

J'ai également vu sur le câble et c'est le motif même de mon message, LE SIECLE DE SEMPRUN deux longues et passionnantes interviews par Olivier Barrot (le présentateur de UN LIVRE UN JOUR sur France 3) d'un homme que j'admire énormément pour sa culture, pour son intelligence, pour sa vie, pour son oeuvre : Jorge SENPRUM.



La semaine dernière, j'ai appris que des tours operators ukrainiens proposaient, moyennant une somme rondelette, des visites guidées aux alentours de Tchernobyl avec excursion dans les villages voisins, rencontre des locaux... (...) de quoi régaler les instincts voyeurs les plus primaires face au malheur qui, de tsunami en attentats, de tortures en massacres, prend des facettes multiples pour mieux alimenter les journaux télévisés et les magazines où le choc des photos compte visiblement plus que le poids des mots et surtout que la décence et la réflexion.

Je comprends l'absolue nécessité de témoigner, de dire et de montrer l'événement quel qu'il soit mais, une fois de plus, quelle est l'intention de celui qui montre (journaliste, éditeur de presse, écrivain, autre...), quelle est celle de celui qui regarde (lecteur, spectateur, autre...) ? Quel est le point de vue adopté lors d'un témoignage, lors d'un reportage réalisé à Tchernobyl ? quel pourrait-être son objectif, son intérêt, sa visée ? Témoigner ? Vraiment ??? (...). Pour moi, montrer n'est pas toujours la meilleure façon de témoigner et de faire prendre conscience tant il est vrai que le sensationnel peut être le pire ennemi de la réalité et l'émotion brute et immédiate suscitée par l'événement, l'ennemie de la prise de conscience durable.

Le lendemain, Lanzmann parlait de SHOA dans Culture et dépendance. Volontairement (mais aussi, certes, parce qu'il y en a très peu), son film ne contient pas une seule image d'archives. Le film qui témoigne en se souvenant, en analysant et non en montrant. Lanzmann évoquait également un distingo très important à mes yeux entre "l'indicible" et "l'irreprésentable" car il y a des choses qu'aucune image ne peut suggérer, parmi lesquelles, pour ne prendre qu'un exemple, l'odeur si souvent évoquée par les rescapés des camps d'extermination nazis. On peut dire, décrire, ou tenter de le faire, bien plus qu'on ne peut montrer et Lanzmann, pour appuyer cette idée et souligner toute la difficulté de la représentation et du témoignage, cite Jorge Semprun pour qui la question même de l'indicible et de la nécessité paradoxale de témoigner malgré tout est au coeur de son extraordinaire livre "L'ECRITURE OU LA VIE" dans lequel il écrit "Il faudrait plusieurs vies pour raconter toute cette mort".


Je feuillette à l'instant Télérama à la recherche de la date de programmation de SHOA (...) et je tombe sur un article qui illustre parfaitement cette problématique du témoignage (...). Sous le titre "le seïsme de l'info", Télérama consacre un dossier fort intéressant au traitement de l'information à propos du Tsunami en Asie du sud à travers, notamment, l'analyse de 7 images chocs jugées emblématiques du dit traitement de la catastrophe. (...) images sordides souvent inutiles à la compréhension des événements... Un point de vue de charognard. Je trouve ignobles les images répétées de cadavres alignés, de corps noyés complaisamment montrés à longueur de reportages insistant sur l'horreur de la vision et sur l'épouvantable odeur... L'odeur encore elle... Odeur insupportable, odeur indescriptible (...).

Quelle différence y a-t-il entre l'évocation de cette odeur et l'évocation de celle des camps ? Je parle bien de l'évocation et je reste exclusivement sur le registre du témoignage face à l'événement et non de l'évenement lui-même. A mon avis, la première et essentielle différence tient à ce que l'une est racontée par les victimes même d'un enfer et l'autre est évoquée par des journalistes. La deuxième tient au fait que l'une s'accompagne systématiquement d'analyses tant sur les causes que sur les conséquences d'un abominable plan d'extermination voulu, pensé, conçu et mis en oeuvre par l'homme, l'autre est purement factuelle, anecdotique, elle ne sert qu'à renforcer le côté sensationnel accordé à un événement certes tragique mais naturel. La troisième tient au recul et à la distance que confèrent le temps et qui font que certains événements appartiennent à l'Histoire tandis que d'autres restent à jamais des événements, des péripéties. La quatrième, et j'arrête là, est que l'une participe du nécessaire devoir de mémoire, l'autre participe d'une surenchère mediatique ponctuelle aux motivations douteuses. L'une est indescriptible et l'autre est indicible, l'une échappe simplement à l'odorat, l'autre échappe totalement à la compréhension de celles et ceux qui ne l'ont heureusement pas vécue.



Dès la 4e page de L'ECRITURE OU LA VIE, Jorge Semprun parle de l'odeur de Buchenwald. Mais pas seulement. Face à 4 soldats alliés rencontrés dans la forêt voisine suite à la libération du camp, il associe 3 sens : la vue, l'ouïe, l'odorat. Le regard effrayé de ces hommes face à l'horreur lisible dans son propre regard : "si leurs yeux sont un miroir, enfin, je dois avoir un regard fou, dévasté." (p. 14)

- Qu'y a-t-il ? dis-je, irrité, sans doute cassant. Le silence de la forêt vous étonne autant ?
Il tourne la tête vers les arbres, alentour? Les autres aussi. Dressent l'oreille. Non, ce n'est pas le silence. Ils n'avaient rien remarqué, pas entendu le silence. C'est moi qui les épouvante, rien d'autre, visiblement.
- plus d'oiseaux, dis-je, poursuivant mon idée. La fumée du crématoire les as chassés, dit-on. Jamais d'oiseaux dans cette forêt...
Ils écoutent, appliqués, essayant de comprendre.
- L'odeur de chair brûlée, c'est ça !
Ils sursautent, se regardent entre eux. Dans un malaise quasiment palpable. Une sorte de hoquet, de haut le coeur.
(p. 15/16)

Bien plus tard dans le livre, je crois, Jorge Semprun évoque le jour où, enfin, les oiseaux sont revenus dans la forêt.

@ +

Cécile


 

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Jorge Semprun - L'écriture ou la vie

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 08 Mar 2006, 08:30

Bonjour

Toujours daté du 18-01-05, quelques extraits et réflexions sur un livre culte et indispensable.

Cécile

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J'ai envie de prolonger le message précédent par quelques extraits supplémentaires de L'ECRITURE OU LA VIE. J'aurais de toute façon énormément de mal à rédiger une critique de ce livre tant il me semble essentiel, tant il fourmille de réflexions, de pistes essentielles, de concepts de référence. Mon enthousiasme serait incapable d'exprimer à quel point je trouve ce livre important. D'ailleurs je l'ai lu il y a plus de 2 ans et je ne suis pas parvenue à structurer le moindre début de commencement de critique à son sujet.

Je crois simplement utile de préciser qu'il a été écrit en 1994 et ce n'est absolument pas neutre. C'est un livre où, tout autant que la nécessité de témoigner et la forme que doit (ou devrait) prendre ce témoignage pour être dicible et surtout réceptible par celles et ceux n'ayant pas vécu la réalité des camps et la mort (Semprun dit qu'il a fait l'expérience de sa propre mort, qu'il l'a vécue), la distance temporelle et intellectuelle est un élément clef de réflexion. Le titre, l'écriture "OU" la vie, implique d'ailleurs clairement qu'il y eut un temps pour la vie qui n'était pas celui de l'écriture et que, peu après la libération, une tentative abandonnée d'écriture menaça la vie même. Les rapports entre réel et roman, vie et écriture, mal et perception du mal, expérience de la mort et reconstruction, sont au coeur des problématiques évoquées par Semprun.
Le paragraphe qui suit, pages 16 à 18, fait immédiatement suite à l'extrait cité à la fin de mon message précédent.

" Etrange odeur ", a écrit Léon Blum.
Déporté en avril 1943, avec Georges Mandel, Blum a vécu deux ans à Buchenwald. Mais il était enfermé en dehors de l'enceinte proprement dite du camp : au-delà de la barrière de barbelés électrifiés, dans une villa du quartier des officiers S.S. Il n'en sortait jamais, personne n'y pénétrait que les soldats de garde. Deux ou trois fois, il avait été conduit chez le dentiste. Mais c'était en voiture, la nuit, sur des routes désertes dans la forêt de hêtres. Les S.S., a-t-il consigné dans ses souvenirs, circulaient sans cesse mitraillette en bandoulière et chiens en laisse, dans l'étroit chemin de ronde ménagé entre la palissade barbelée et la maison. " Comme des ombres impassibles et muettes " a écrit Léon Blum.
C'est la rigueur de cette clôture qui explique son ignorance. Léon Blum ne savait même pas où il se trouvait, dans quelle région de l'Allemagne il avait été déporté. Il a vécu deux ans dans une villa du quartier des casernes S.S. de Buchenwald en ignorant tout de l'existence du camp de concentration si proche pourtant.
" Le premier indice que nous en avons surpris, a-t-il écrit au retour, est l'étrange odeur qui nous parvenait souvent le soir, par les fenêtres ouvertes, et qui nous obsédait la nuit tout entière quand le vent continuait à souffler dans la mêm direction : c'était l'odeur des fours crématoires. "
On peut imaginer Léon Blum, ces soirs-là. De printemps, probablement : fenêtres ouvertes sur la douceur du printemps revenu, les effluves de la nature. Moments de nostalgie, de vague à l'âme, dans la déchirante incertitude du renouveau. Et soudain, portée par le vent, l'étrange odeur. Douceâtre, insinuante, avec des relents âcres, proprement écoeurants. L'odeur insolite, qui s'avérerait être celle du four crématoire.
Etrange odeur, en vérité, obsédante.
Il suffirait de fermer les yeux, encore aujourd'hui. Il suffirait non pas d'un effort, bien au contraire, d'une distraction de la mémoire remplie à ras bord de balivernes, de bonheures, insignifiants, pour qu'elle réapparaisse. Il suffirait de se distraire de l'opacité chatoyante des coses de la vie. Un bref instant suffirait, à tout instant. Se distraire de soi-même, de l'existence qui vous habite, vous investit obstinément, obtusement aussi : obscur désir de continuer à exister, de persévérer dans cette obstination quelle qu'en soit la raison, la déraison. Il suffirait d'un instant de vraie distraction de soi, d'autrui, du monde : instant de non-désir, de quiétude d'en deça de la vie, où pourrait affleurer la vérité de cet événement ancien, originaire, où flotterait l'odeur étrange sur la colline de l'Ettersberg, patrie étrangère où je reviens toujours.
Il suffirait d'un instant, n'importe lequel, au hasard, au dépourvu, par surprise, à brûle-pourpoint. Ou bien d'une décision mûrement réfléchie, tout au contraire.
L'étrange odeur surgirait aussitôt, dans la réalité de la mémoire. J'y renaîtrais, je mourrais d'y revivre. Je m'ouvrirais, perméable, à l'odeur de vase de cet estuaire de mort, entêtante.



Pages 105 et 106, Semprun, brillant étudiant, lauréat du concours général de philosophie, évoque sa découverte de René Char grâce à un jeune officier français :

Il avait extrait de sa sacoche de cuir un exemplaire de Seuls demeurent, paru quelques semaines plus tôt. Il était enthousiaste, et plus encore à constater qu'il me surprenait enfin, que je ne savais rien de René Char.
J'étais vexé, mais il me fallait bien en convenir.
Au matin du 12 avril 1945, je n'avais pas entendu parler de lui. Je croyais tout savoir, ou quasiment, du domaine poétique français, mais j'ignorais René Char. (...)
A la fin, bon prince condescendant, il a cédé à mes insistances répétées : il m'a laissé l'exemplaire de Seuls demeurent qu'il avait trimbalé pendant toute la campagne d'Allemagne. (...)
Voilà pourquoi, quelques jours plus tard, sur la place d'appel déserte de Buchenwald, je peux crier à pleins poumons la fin du poème de René Char, La Liberté.


Ces quelques dizaines de lignes ont motivé ma propre lecture de René Char mais pas seulement. De longs échanges épistolaires, de multiples nuits blanches poétiques, la lecture d'un autre auteur et la surprise de recevoir un jour par la poste le très bel ouvrage de Paul Veyne RENE CHAR EN SES POEMES éditions chez tel gallimard, y contribuèrent aussi largement.



Page 107, j'ai retrouvé le passage où, enfin, Semprun parle à nouveau des oiseaux alors qu'il va visiter la maison de Goethe dans la vallée près de Weimar.

Un malaise m'envahit, soudain. Ce n'est pas de l'inquiétude ; de l'angoisse encore moins. Bien au contraire, c'est la joie qui est troublante : un trop plein de joie.
Je m'arrête, le souffle court.
Le lieutenant américain se retourne, intrigué de me voir dans cet état.
- Les oiseaux ! lui dis-je.
Nous parlons en allemand, Rosenfeld est un officier de la IIIe armée de Patton, mais nous parlons en allemand. Depuis le jour de notre rencontre nous nous sommes parlé en allemand. Je traduirai nos propos par pour la commodité du lecteur. Par courtoisie, en somme.
- Die Vögel ? repète-t-il, sur le mode de l'interrogation
.

Suit, pages 108 et 109, l'évocation du très célèbre épisode où des habitants de Weimar sont obligés par les soldats américains à visiter Buchenwald, moment filmé et mainte fois montré dont Semprun fut témoin. Moment qui, entre autres choses, pose la question de la responsabilité collective évoquée à l'occasion de la sortie du film "la chûte".

L'officier parlait d'une voix neutre, implacable. Il expliquait le fonctionnement du four crématoire, donnait les chiffres de la mortalité à Buchenwald. Il rappelait aux civils de Weimar qu'ils avaient vécu, indifférents ou complices, pendant plus de sept ans, sous les fumées du crématoire.
- Votre jolie ville, leur disait-il, si propre, si pimpante, pleine de souvenirs culturels, coeur de l'Allemagne classique et éclairée, aura vécu dans la fumée des crématoires nazis, en toute conscience !


Ce n'est qu'à la page 127 que Semprun répond à la question du soldat américain :

- Les oiseaux ? a demandé le lieutenant Rosenfeld, en se tournant vers moi voisoblement étonné.
(...) Oui, les oiseaux. Leur présence bruissante et multiple, dans les ramures de la vallée. Leurs chants, leurs trilles, leur rumeur, qui soudain m'enivre, fait faiblir mon coeur. Leur sourde présence, leur éclatante invisibilité, comme un remous de la vie, un dégel soudain, après toutes ces années de silence glacial.
Les oiseaux, sans doute. La joie soudaine, trop forte, de les enttendre de nouveau m'a fait perdre le souffle.
Le lieutenant Rosenfeld hoche la tête, après avoir écouté mes explications.
- Qu'est-ce qui fait fuir les oiseaux de l'Ettersberg ? demande-t-il.
- L'odeur du crématoire, lui dis-je. L'odeur de chair brûlée.
Il regarde autour de lui le paysage charmant des bords de l'Ilm. On aperçoit la tour du chateau, son clocheton baroque, qui surplombe la faille du terrain où coule la rivière.
- Reviendront-ils désormais ? murmure-t-il.



Je pense qu'un livre comme L'ECRITURE OU LA VIE et le témoignage de personnes comme Jorge Semprun sont essentiels pour que les oiseaux continuent de chanter pour tous.

Pour finir, un passage essentiel, pages 25 et 26 :

Il y aura des survivants, certes. Moi, par exemple. Me voici survivant de service, opportunément apparu devant trois officiers d'une mission alliée pour leur raconter la fumée du crématoire, l'odeur de chair brûlée sur l'Ettersberg, les appels sous la neige, les corvées meurtrières, l'épuisement de la vie, l'espoir inépuisable, la sauvagerie de l'animal humain, la grandeur de l'homme, la nudité fraternelle et dévastée du regard des copains.
Mais peut-on raconter ? Le pourra-t-on ?
Le doute me vient dès ce premier instant.
Nous sommes le 12 avril 1945, le lendemain de la libération de Buchenwald. L'histoire est fraîche, en somme. Nul besoin d'un effort de mémoire particulier. Nul besoin non plus d'une documentation digne de foi, vérifiée. C'est encore au présent, la mort. Ca passe sous nos yeux, il suffit de regarder. Ils continuent de mourir par centaines, les affamés du Petit Camp, les Juifs rescapés d'Auschwitz.
Il n'y a qu'à se laisser aller. la réalité est là, disponible. La parole aussi.
Pourtant, un doute me vient sur la possibilité de raconter. Non pas que l'expérience vécue soit indicible. Elle est invivable, ce qui est tout autre chose, on le comprendra aisément. Autre chose qui ne concerne pas la forme d'un récit possible, mais sa substance. Non pas son articulation, mais sa densité. Ne parviendront à cette substance, à cete densité transparente qui ceux qui sairont faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. Ou de recréation. Seul l'artifice d'un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. Mais ceci n'a rien d'exceptionnel : il en arrive ainsi de toutes les grandes expériences historiques.
On peut toujours tout dire, en somme. L'inneffable dont on nous rebattra les oreilles n'est qu'alibi. On signe de paresse. On peut toujours tout dire, le langage contient tout. On peut dire l'amour le plus fou, la plus terrible cruauté. On peut nommer le mal, son goût de pavot, ses bonheurs délétères. On peut dire Dieu et ce n'est pas peu dire. On peut dire la rose et la rosée, l'espace du m'atin. On peut dire la tendresse, l'océan tutélaire de la bonté. On peut dire l'avenir, les poètes s'y aventurent les yeux fermés, la bouche fertile.
On peut tout dire de cette expérience. Il suffit d'y penser. Et de s'y mettre. (...)
Mais peut-on tout entendre, tout imaginer ? Le pourra-t-on ?En auront-ils la patience, la passion, la compassion, la rigueur nécessaires ? Le doute me vient, dès ce premier instant, cette première rencontre avec des hommes d'avant, du dehors - venus de la vie -, à voir le regard épouvanté, presque hostile, méfiant du moins, des trois officiers.
Ils sont silencieux, ils évitent de me regarder.
Je me suis vu dans leur oeil horrifié pour la première fois depuis deux ans. Ils m'ont gâché cette première matinée, ces trois zigues. Je croyais m'en être sorti vivant. Revenu dans la vie, du moins. Ce n'est pas évident. A deviner mon regard dans le miroir du leur, il ne semble pas que je sois au-delà de tant de mort.
Une idée m'est venue, soudain - si l'on peut appeler idée cete bouffée de chaleur, tonique, cet afflux de sang, cet orgueil d'un savoir du corps, pertinent -, la sensation en tout cas, soudaine, très forte, de ne pas avoir échappé à la mort, mais de l'avoir traversée. D'avoir été, plutôt, traversé par elle. De l'avoir vécue en quelque sorte. (...)
Soudain, ça m'avait intrigué, excité même, que la mort ne fût plus à l'horizon, droit devant, comme le butoir imprévisible du destin, m'aspirant vers son indescriptible certitude. Qu'elle fût déjà dans mon passé, usée jusqu'à la corde, vécue jusqu'à la lie, son souffle chaque jour plus faible, plus éloigné de moi, sur ma nuque.
C'était excitant d'imaginer que le fait de vieillir, dorénavant, à compter de ce jour d'avril fabuleux, n'allait pas me rapprocher de la mort, mais bien au contraire m'en éloigner. (...)
Je n'étais pas seulement sûr d'être vivant, j'étais convaincu d'être immortel. Hors d'atteinte, en tout cas. Tout m'était arrivé, rien ne pouvait plus me survenir. Rien d'autre que la vie pour y mordre à pleines dents.




J'espère que ce qui précède donnera envie de se pencher sur les questions soulevées par l'écriture ou la vie, l'écriture et la vie.

Cécile


 

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Jorge Semprun et Primo Levi - 2 témoignages complémentaires

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 08 Mar 2006, 08:44

Message rédigé le 21-01-05 suite à une question sur les témoignages respectifs de ces deux hommes.

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La lecture de "Si c'est un homme" me semble aussi fondamentale que celle de "L'écriture ou la vie" même ma préférence va à ce dernier. Jorge Semprun et Primo Levi livrent deux témoignages complémentaires et parfois discordants.

Levi n'est plus là pour en parler mais Semprun évoquait ce point dans "Le siècle de Semprun", intelligent et passionnant témoignage télévisé vu la semaine dernière et que j'ai déjà évoqué. Il l'a aussi écrit dans "le mort qu'il faut" (...). Dès la page 16, Semprun écrit non sans quelque aigreur :

- on peut dire que tu en as, de la chance, toi !
C'est une phrase que l'on m'a souvent dire, au long de ces années. Une constatation que l'on m'a souvent faite. Sur tous les tons, y compris celui de l'animosité. Ou de la méfiance, du soupçon. Je devrais me sentir coupable d'avoir eu de la chance, celle de survivre, en particulier. Mais je ne suis pas doué pour ce sentiment-là, si rentable pourtant, littérairement.
Il semble, en effet, et cela n'a cessé de me surprendre, qu'il faut afficher quelque honte, une conscience coupable, du moins, si l'on aspire à être un témoin présentable, digne de foi. Un survivant digne de ce nom, méritant, qu'on puisse inviter aux colloques sur la question.
Certes, le meilleur témoin, le seul vrai témoin, en réalité, d'après les spécialistes, c'est celui qui n'a pas survécu, celui qui est allé jusqu'au bout de l'expérience, et qui en est mort. Mais ni les historiens ni les sociologues ne sont encore parvenus à résoudre cette contradiction : comment inviter les vrais témoins, c'est à dire les morts, à leurs colloques ? Comment les faire parler ?
Voilà une question, en tout cas, que le temps qui passe réglera de lui-même : il n'y aura bientôt plus de témoins gênants, à l'encombrante mémoire.
J'ai eu de la chance, en tout cas, inutile de le nier.



Semprun conteste ici le point de vue de Levi à propos des "vrais témoins" et, s'il ne nie pas la difficulté de survivre il précise qu'il n'a pas à s'excuser ou à se justifier d'avoir survécu. Dans "Si c'est un homme", que je devrais relire car mes souvenirs s'effacent, Primo Levi analyse avec un souci factuel quasi sociologique, les facteurs, les moyens et les stratégies éventuelles de survie des uns et des autres. Semprun le fait également plus ou moins, sur le mode romanesque et sans cette rigueur quasi scientifique toutefois, dans "le mort qu'il faut". Là encore leur témoignages se complètent et se répondent.

Dernière chose, sans doute essentielle, concernant l'éventuel sentiment de culpabilité d'avoir survécu aux camps : Semprun a été arrêté à 19 ans en tant que résistant et avait un statut de prisonnier politique espagnol. Levi était juif. Claude Lanzmann, réalisateur de Shoa, rappelait dans "Culture et dépendance" que seuls les juifs arrivaient dans les camps par familles entières et que ces familles étaient soumises au processus de sélection dès leur arrivée, se trouvant séparées, décimées. Dans de telles conditions, la question "pourquoi moi ?" prend très certainement un autre sens.

@ +

Cécile


 

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Re: Jorge Semprun - Témoigner

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 08 Mar 2006, 11:36

[quote="Colombe"]Bonjour

J'ai écrit l'essentiel de ce qui suit le 18-01-05 et je n'ai fait que le racourcir (si, si) et le remanier légèrement pour l'adapter à ce forum.

Cécile

**********************************************

On célèbre ces jours-ci le 60e anniversaire de la libération des camps nazis et la télévision abonde de programmes et de reportages consacrés à cet événement. J'ai vu NUIT ET BROUILLARD d'Alain Resnais, revu les deux premières parties de DE NUREMBERG A NUREMBERG de Rossif, les deux dernières étant diffusées jeudi prochain sur le câble (chaîne histoire), vu le remarquable numéro de CULTURE ET DEPENDANCE animé par Giesberg avec, entre autres invités et témoins, Simone Weil toujours aussi digne et admirable et Lanzmann dont le film SHOA sera diffusé prochainement sur France 3 dans sa version intégrale, vu le magazine CONTRE COURANT sur France 2 qui expliquait pourquoi les alliés n'avaient pas bombardé les camps (sauf une fois Auschwitz presque par erreur) au grand désespoir des prisonniers pour qui, parfois, cette décision reste encore de nos jours une honte incompréhensible et impardonnable.

Merci bien pour tes post très intéressants, Colombe. Juste là au dessus en rouge, ne pas confondre Simone Veil avec Simone Weil, ça fait désordre pour une lettrée :lol:

St Ex

http://www.m2navarre.net/sweil.htm


 

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merci Saint Ex

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 09 Mar 2006, 02:36

Merci Saint Ex

Je fais souvent cette confusion, non pas entre les dames, mais à propos de l'orthographe de leurs noms de famille... Mais je ne désespère pas : quand je serai grande je pense que je saurai éviter le piège du "W" et je ferai usage du "V" quand il se doit... enfin j'espère. :wink:

Quant à ma "lettritude", elle est plus que très relative (mais je me soigne)... :wink:

@ +

Cécile


 

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esprit d'escalier (post scriptum)

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 09 Mar 2006, 02:39

P.S. : que cela ne vous empêche pas de lire et de donner votre avis sur Semprun. Je préviens, une fois sur 10 j'écris "Georges" au lieu de "Jorge". :wink:


 

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Jorge Semprun en interview aujourd'hui sur Europe 1

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Colombe  Nouveau message 10 Mar 2006, 09:16

Bonjour

Je viens d'entendre que Jorge Semprun sera l'invité de Frédéric Taddeï dans son émission "regarde les hommes changer" aujourd'hui sur Europe 1 de 15h30 à 16h30.

A ne pas râter en direct (si possible évidemment) ou en différé via le site internet d'Europe 1.

@ + :)

Cécile


 

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