Connexion  •  M’enregistrer

Jacques Bainville, un visionnaire

Venez nous présenter votre dernière lecture ou des ouvrages qui vous tiennent particulièrement à coeur.
Parlons des dernières parutions concernant la seconde guerre mondiale.
Une belle photo de la couverture est toujours la bienvenue...
MODÉRATEURS: Gherla, Marc_91

_________________________________________________________________________

Image
La Bibliothèque du Portail : Les Livres de Référence, les Meilleures présentations ...
La Bibilothèque de Référence sur la Seconde Guerre Mondiale => Cliquez ici

Jacques Bainville, un visionnaire

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Igor  Nouveau message 16 Jan 2005, 18:27

Dans son livre Les erreurs stratégiques du IIIe Reich, Bernard Schnetzler cite plusieurs passages d’un ouvrage de Jacques Bainville, Les conséquences politiques de la paix, publié chez Fayard en 1920. Cet essai est une analyse des possibles conséquences du traité de Versailles. Je vous cite quelques extraits, accompagnés des commentaires de B. Schnetzler.

Le militarisme allemand

« (Bainville cite Lloyd Georges) Une Allemagne qui n’aura plus le droit de conserver sous les drapeaux qu’une centaine de mille hommes (…) sera pacifique et inoffensive. (Bainville) Faible raisonnement, indigne d’un homme d’Etat. (…) Il ne manquera que l’occasion et l’homme qui mettront ce militarisme en mouvement. (…) Tout est disposé pour faire sentir à 60 millions d’Allemands qu’ils subissaient en commun, indivisiblement, un sort pénible. Tout est disposé pour leur donner l’idée et la faculté de s’en affranchir, et les entraves elles-mêmes serviront de stimulants. »

--> Cet homme fut Adolf Hitler. Il s’appuya sur l’iniquité du traité de Versailles pour mobiliser les foules et conquérir le pouvoir.


Dantzig

« Les Alliés n’ont pas dissocié, ils n’ont même pas fédéralisé l’Allemagne. Ils ont dit qu’on ne revenait pas sur l’évolution de l’Histoire. Et ils y sont revenus sur un point. Quel point ! Königsberg, la ville de Kant, la ville où le premier roi de Prusse s’était lui-même couronné. L’Etat prussien (…) n’avait eu de cesse que Königsberg ne fut soudé au reste du royaume. (…) Dans ce signe, les prochains malheurs de la Pologne et de l’Europe sont inscrits. (…) Combien de temps subirait-elle cette amputation ? Juste autant que le vainqueur l’obligerait à la subir. (…) Il ne pourra en être autrement du couloir de Dantzig et de la Prusse orientale. »

--> Le couloir de Dantzig a servi de prétexte au déclenchement de la Seconde guerre mondiale.


La Tchécoslovaquie

« Il y a trois millions d’Allemands en Bohême. Une guerre avec l’Allemagne serait le suicide de la Tchécoslovaquie. Une extrême prudence est ordonnée au gouvernement de Prague. Et la prudence s’appelle neutralité. Et la neutralité inconditionnelle, absolue, s’appelle bientôt l’assujettissement. (…) La Tchécoslovaquie, comme nous l’avons déjà indiqué, est presque aussi bigarrée que l’ancien empire des Habsbourg, et l’élément national, l’élément tchèque proprement dit, ne domine pas autant qu’il faudrait. (…) La Tchécoslovaquie ne porte sans doute ce nom que pour signifier que la fusion entre Tchèques et Slovaques est loin d’être accomplie. Si quelques millions d’Allemands, et même les Slovaques n’avaient pas été introduits d’autorité dans l’Etat tchèque, ils n’y fussent pas venus de leur gré. S’ils doivent en sortir, ils n’en sortiront aussi que par le jeu d’une force extérieure. »

--> En octobre 1938, c’est Munich qui consacre le retour à la mère-patrie du territoire des Sudètes, peuplé d’Allemands en majorité. Il n’y eut pas de guerre suicidaire. En mars 1939, l’Allemagne occupe militairement le reste du territoire tchèque ; la Slovaquie devient un état indépendant, sous protectorat allemand. En mars 1993, après la chute du régime communiste, libres pour la première fois de leur histoire, les Slovaques obtiennent leur indépendance.


L’Autriche

« Trop grande tentation pour l’Allemagne de réincorporer à la patrie allemande des pays autrichiens. Trop grande tentation pour l’Etat de Vienne de rejoindre une communauté vaste et puissante. (…) S’il était entouré d’autres Etats à sa taille (…), il ne serait pas ridicule. Mais cet unique petit groupe allemand, auprès du colosse germanique, personne ne le prend au sérieux. Cette Allemagne à qui il est défendu, justement défendu, pour des raisons d’intérêt européen, de compléter son unité par l’Anschluss, elle garde d’autre part cette unité , inachevée à ses yeux. »

--> En mai 1938, c’est l’Anschluss plébiscité par 99,75 % des électeurs en Autriche et par 99,08 % en Allemagne (ces pourcentages annoncés par les nazis sont évidemment sujets à caution).


La chute de Guillaume II

« Bientôt l’Allemagne et les chefs militaires (…), tout le monde arriva à la conviction que le sacrifice des Hohenzollern était nécessaire pour échapper à une catastrophe totale. Les Alliés ont-ils eu raison de poser, comme condition préalable, la chute de Guillaume II ? Un célèbre journal radical anglais, le Manchester Guardian, l’a regretté depuis. Si Guillaume II (…) avait signé la paix de Versailles, c’est lui et non pas les socialistes et les démocrates, que le peuple allemand eût accusé de ses maux. »

--> Jacques Bainville est tombé juste. La responsabilité de la défaite n’est pas imputée à l’Etat-major allemand, mais aux démocrates … et aux Juifs.


L’unification de l’Allemagne

« On aida les centralisateurs prussiens à compléter l’œuvre de Bismarck. On nous a dit qu’une politique réaliste et pratique le voulait aussi, qu’une grande Allemagne aux rouages simplifiés, formant un tout économique, serait, pour nos réparations, un débiteur plus sûr qu’une Allemagne composée de petits Etats. (…) Mais, en 1919, l’unité allemande a survécu à la défaite. (…) Non seulement les Alliés l’ont respectée, mais encore ils l’ont consacré de leur sceau (…) cette Allemagne plus unie que celle d’hier. »

--> La centralisation du pouvoir en Allemagne a permis à Hitler d’établir une dictature impensable dans un état fédéral. En 1945, un autre type de constitution fut retenu pour l’Allemagne de l’Ouest.


La rancune

« Il en résulte de là que soixante millions d’Allemands formant un seul Etat (…) sont condamnés à payer une redevance dont le règlement s’étendra sur deux générations au moins. Juste et même insuffisante pour nous, cette redevance est ressentie comme exorbitante et inique par l’Allemagne. A mesure que s’éloigneront les souvenirs de la guerre et l’impression de la défaite, la force de ce sentiment croîtra. (…) Insensés seraient les Français qui compteraient sur l’amitié du peuple allemand devenu leur débiteur. »

--> Le paiement des indemnités de guerre va empoisonner les relations franco-allemandes pendant vingt ans. Il sera à l’origine de l’occupation de la Ruhr en 1923. Puis dans les années trente, le Royaume-Uni et les Etats-Unis vont militer pour la remise des indemnités … dues à la France. L’Allemagne sera reconnaissante … à ces pays.


La Roumanie

« On ne doit pas négliger le fait qu’en reprenant la Bessarabie, les Roumains savent qu’ils encourent l’antagonisme des Russes. »

--> En juin 1940, l’Union Soviétique adresse un ultimatum à la Roumanie réclamant la rétrocession de la Bessarabie, peuplée de Roumains rappelons-le. Cela amènera la Roumanie à s’engager auprès de l’Allemagne un an plus tard.


La Hongrie

« Berlin serait pour les Hongrois l’itinéraire forcé (…) le jour où l’Allemagne de Berlin serait installée à Vienne, elle serait à la veille de l’être à Budapest. »

--> En 1938, les nazis sont à Vienne. En 1941, la Hongrie est entraînée dans le conflit au côté du Reich. En 1944, la Hongrie souhaitant sortir du conflit, les SS déposent le gouvernement hongrois.


La Pologne

« On s’apercevra mieux, d’ici peu d’années, que l’alliance polonaise, dont la faiblesse a été montrée par l’alerte de 1920, doit entraîner des complications semblables, sinon pires (…) on sera conduit à penser que la guerre (Bainville parle de la guerre russo-polonaise de 1920) contre la Pologne et les associés de la France a été plus populaire que la guerre contre l’Allemagne et que si Lénine a réussi là où s’était brisé le tsar, c’est peut-être que la politique extérieure de l’un répondait mieux que celle de l’autre aux aspirations, même inconscientes, des masses russes. (…) Du moment qu’entre l’Allemagne et la Russie, aux dépense de l’une et de l’autre, on reconstituait une Pologne, la communauté des intérêts et des sentiments s’affaiblissait. (…) Ce n’est pas tout. Nous aurons à nous assurer contre une coalition germano-russe, éventuelle sans doute, mais qu’il sera plus prudent de considérer comme probable. (…) Il en serait exactement de même si la Pologne était un jour attaquée par les Allemands, la Russie étant prête à profiter de son désastre et à la poignarder par derrière. La marche de l’Allemagne est toute indiquée. C’est par l’Est qu’elle commencera sa libération et sa revanche. »

--> En 1920, lors de la guerre contre la Pologne, Lénine et Trotsky réveillent le sentiment nationale russe : la future URSS se présente déjà comme l’héritière de la Russie. En 1922, débute la coopération militaire entre Berlin et Moscou. Dès 1935, Staline songe à une alliance (conjoncturelle) avec Hitler. En août 1939, le Führer et le Père des Peuples signent le Pacte germano-soviétique. Le 3 septembre, l’Allemagne envahit la Pologne. Quinze jours plus tard, l’Armée rouge occupe l’est de son territoire.


Le syndicat des vaincus

« Nous avons déjà montré, sans craindre les répétitions ni l’insistance, que notre option pour la Pologne aggrave le danger d’une conjonction germano-russe. Ce risque ne saurait être multiplié ailleurs. Ce qui peut se présenter un jour, c’est un syndicat des vaincus et des mécontents. (…) Reconstituer ce bloc, c’est donc la première chose à éviter (…) Allemagne (…) Hongrois (…) Bulgares. »

--> Nous venons de voir que le Pacte germano-soviétique de 1939 est essentiellement dirigé contre la Pologne. L’Allemagne, la Hongrie, la Bulgarie seront alliées durant la Seconde guerre mondiale.


L’Anschluss et Munich

« Quant à une agression indirecte, celle dont serait victime un pays ami et solidaire du notre (pensons toujours à la Pologne, si découverte, si exposée), quant à une annexion, même sans violence (comme celle de l’Autriche), qui accroîtrait dangereusement le territoire de l’Allemagne : tous ces cas-là, dont nous aurions pourtant à supporter les répercussions si nous demeurions inertes, rentraient dans la catégorie de ceux où, par notre intervention, nous serions considérés comme provocateurs. Il ne nous resterait qu’à en prendre hardiment notre parti en expliquant au monde que, pour lui épargner un 1914, il ne faut pas répéter la faute de 1866. »

--> En mai 1938, puis en octobre, la France est contrainte de se plier à la volonté britannique de trouver un accommodement. Déjà, en 1935 et en 1936, elle n’avait osé intervenir après la dénonciation des clauses du traité de Versailles, puis après la réoccupation de la Rhénanie. Bainville avait pensé à un Munich polonais, il fut tchèque.


L’Italie

« C’était l’Adriatique qu’elle voulait avant tout (…) la paix n’a laissé que malaise et rancune à l’Italie. (…) Qu’est ce que la nationalité yougoslave ? Pour les Italiens, c’est l’héritière de l’Autriche abhorrée. Pour les autres Alliés, c’est l’héritière de l’héroïque Serbie. (…) Les Italiens voient choyer leur ennemie naturelle (…) l’idée d’un monstrueux complot hante leur esprit. (…) Pour ne pas avoir la guerre avec l’Autriche, elle était alliée de l’Autriche. Une situation semblable et seulement plus complexe lui suggère déjà d’entretenir de bons rapports avec le peuple allemand devenu son quasi-voisin. (…) Les relations franco-italiennes redeviendront la partie la plus difficile de notre tâche diplomatique. Que les Italiens entrent en conflit avec les Yougoslaves, qu’ils s’allient avec eux par l’intermédiaire de l’Allemagne (…) notre embarras sera égal. »

--> Ce que l’Italie réclamait pour elle, la Serbie l’obtint : Croatie, Bosnie et Slovénie. En 1934, après l’assassinant de Dollfuss, Mussolini masse trois divisions sur la frontière autrichienne et Hitler recule. Il est alors l’adversaire le plus décidé de la puissance allemande. Deux ans plus tard, face aux reculades des démocraties et confronté à leur hostilité, Mussolini choisit l’alliance avec le Führer. En juin 1940, l’Italie déclare la guerre à la France et à l’Angleterre. En 1941, elle participe à l’attaque contre Belgrade.

Pour en savoir plus sur Jacques Bainville:

http://www.academie-francaise.fr/immort ... ?param=568

http://www.parutions.com/?pid=1&rid=4&srid=7&ida=1879
Cordialement

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 2048
Inscription: 18 Juil 2003, 14:35

Voir le Blog de Igor : cliquez ici


Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Snakealx  Nouveau message 16 Jan 2005, 19:30

Hé bé !!!

C'est moins fumeux que les écrits de Nostradamus !!!

Qui a lu ceci entre les 2 guerres ? Chamberlain ? Daladier ? ou personne ?
Au résultat, on doit pouvoir dire que peu de monde a lu ou du moins a pris ces analyses au sérieux.

Merci pour l'article


 

Voir le Blog de Snakealx : cliquez ici


Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Igor  Nouveau message 16 Jan 2005, 19:43

Si j'en crois le site indiqué plus haut (parutions.com), les écrits de Bainville ont eu un écho important dans les années 30:

" Quand Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933, les thèses de Bainville sur les conséquences de la paix reviennent au premier rang de l’actualité. Bainville devient alors l’oracle écouté des relations internationales au moment même où il voulait s’adonner à des activités plus littéraires. Sa notoriété se traduit alors par la fondation d’un «cercle d’études Jacques Bainville» où l’on trouve les noms de Jean Marcel, Paul Valéry, Henry Bordeaux, Abel Bonnard, Donnay et Lecomte.
Jacques Bainville meurt d’un cancer le 9 février 1936, à 57 ans, mort fameuse car elle eut pour conséquence un attentat perpétré contre Léon Blum croisant le cortège funèbre, et la dissolution de l’Action française en représailles."
Cordialement

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 2048
Inscription: 18 Juil 2003, 14:35

Voir le Blog de Igor : cliquez ici


Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de blackdeath  Nouveau message 16 Jan 2005, 21:38

Eh bien.... comme dit Snakealx, quel visionnaire...!

(Ca n'est pas Elizabeth Tessier .!..)

Dommage que les politiques aveugles de l'époque n'aient pas suivi.

En tout cas, merci pour le post Igor, très intéressant (et méconnu ce sujet )


 

Voir le Blog de blackdeath : cliquez ici


Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Audie Murphy  Nouveau message 17 Jan 2005, 03:48

Visionnaire est le mot juste ! Dommage que Young et Poincaré ne se soient pas intéressés à ces propos.
You'd better run for cover before I start to smile...

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 5798
Inscription: 22 Mar 2004, 13:09
Localisation: Beauce, Québec, Canada

Voir le Blog de Audie Murphy : cliquez ici



Retourner vers LA BIBLIOTHEQUE DU FORUM




  • SUR LE MEME THEME DANS LE FORUM ...
    Réponses
    Vus
    Dernier message
 
  ► Les 10 Derniers Posts du jour Date Auteur
    dans:  Le quiz matériels et véhicules - suite - 12 
il y a 3 minutes
par: kfranc01 
    dans:  LE QUIZ HISTOIRE - SUITE - 17 
il y a 9 minutes
par: kfranc01 
    dans:  Identifications de pseudos 
il y a 29 minutes
par: miarka 
    dans:  Quizz Aviation - Suite 13 
il y a 29 minutes
par: Gaston 
    dans:  Identification pseudos 
Aujourd’hui, 19:55
par: miarka 
    dans:  Meutes Eisbär 1 et Eisbär 2 
Aujourd’hui, 19:27
par: alfa1965 
    dans:  les sous-marins Français 
Aujourd’hui, 19:02
par: kfranc01 
    dans:  Nikola Tesla, génial inventeur 
Aujourd’hui, 18:12
par: alfa1965 
    dans:  Testament de Hitler : sur l’Angleterre 
Aujourd’hui, 17:43
par: François Delpla 
    dans:  Vacances 1946 
Aujourd’hui, 17:17
par: Jumbo 

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Goddog, jb. Etcharren, tinain76 et 17 invités


Scroll