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Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 27 Fév 2015, 23:08
de fbonnus
Marie Jalowicz est celle qui a dit non. Malgré l'oppression nazie, elle décide de rester en Allemagne et mobilise toutes ses ressources pour survivre.

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Marie Jalowicz et Dimitr Petrow Tschakalow à Sofia en 1942. © DR

"Je n'avais pas de scrupules moraux. Je voulais vivre et ce n'était pas possible autrement." Marie Jalowicz Simon prononce cette phrase alors qu'elle vient de se faire avorter, seule, dans un cabanon, à Berlin, en 1942. Cette juive a 20 ans et, peu auparavant, elle a échappé à une arrestation de la Gestapo, qu'une voyante lui avait prédite : avec un aplomb incroyable et la chance qui fut sa seule compagne, elle a offert un café aux gestapistes, avant de s'éclipser de son studio sur la pointe des pieds. Mais la voici désormais condamnée, dans sa ville, à une clandestinité rocambolesque qu'elle raconte avec un luxe inouï de détails à la fin de sa vie, en 1997, à son fils, Hermann Simon, directeur du Centrum Judaicum de Berlin.

Passivité de la population juive
Le témoignage est singulier, exceptionnel. Très rares sont les juifs qui ont survécu à une telle clandestinité. Il est aussi dérangeant, car, si elle s'en est sortie, c'est en rompant d'abord toute attache avec sa famille et la communauté juive, qui, à l'en croire, réagit peu ou mal. "Tu déranges, nous sommes occupés à préparer notre déportation" : voilà ce que lui répond un de ses oncles lorsqu'elle vient lui rendre visite à l'été 1942, provoquant sa fureur parce qu'elle ose ne pas porter l'étoile jaune. Pendant ce temps, tout autour d'elle, on attend sagement. On se conforme aux listes d'objets qu'on a le droit d'emporter. On accepte une mort probable. Sans aller jusqu'à l'accusation, un tel récit met en scène la "passivité" des juifs.

A l'été 1942, Marie s'est déjà bien démenée. Elle a tenté un mariage avec un Chinois, car, dans ce Berlin de la guerre, les hommes de la communauté chinoise monnaient leurs noces. Elle passe à la casserole avec Shu Ka Ling, mais l'administration veille. Qu'importe ! Elle tombe amoureuse d'un Bulgare venu repeindre les murs d'une de ses planques. Une seule pensée l'obsède : partir se marier avec lui à Sofia. Après avoir appris le bulgare, elle traverse toute l'Europe, mais son fiancé la laisse en plan et, au lieu de tenter de fuir par la Turquie, la voilà qui revient à Berlin ! Entre-temps, elle a récupéré la carte d'identité d'une Aryenne, Johanna Koch, qui avait connu ses parents. Telle est aussi l'étrangeté de ce destin sur lequel veilleront jusqu'en 1945 deux anges gardiens, cette Mme Koch et une fervente communiste, Trude Neuke : "A partir de maintenant, et jusqu'à la victoire de l'Armée rouge, je prends la responsabilité de ta vie et de ton sauvetage contre nos ennemis communs." A cet égard, Clandestine vient illustrer, avec cette force prosaïque et incontestable du témoignage, les travaux des grands historiens Ian Kershaw et Peter Longerich sur l'adhésion au nazisme et l'attitude du peuple allemand. On s'aperçoit qu'il existait dans le peuple, surtout à Berlin, ville de tradition socialiste, des solidarités étonnantes. On sait qu'elle est juive, ou demi-juive (selon ses versions), mais on ne la dénonce pas, même si, parfois, on profite de sa vulnérabilité pour l'exploiter, l'affamer et la maltraiter. Elle s'adapte, errant ici ou là, chez une lesbienne, un syphilitique amateur de poissons rouges ou une ex-artiste de cirque mentalement dérangée.

La vie avant tout
Elle trouvera un vrai point de chute en étant "vendue" à un Hollandais, travailleur de force étranger, avec qui elle va cohabiter deux ans chez une logeuse antisémite. Elle s'arrange. Rencontre parfois dans la rue d'autres juifs clandestins à qui elle fait un signe de tête. Apprend que certains se sont fait pincer. Elle ne pleure jamais, sinon en mordant dans un gâteau qui rappelle le temps d'avant la guerre. Elle ne pleure pas du tout lorsqu'elle se fait violer par un Russe à la Libération. La vie avant toute chose, quel qu'en soit le prix. Pour cela, il faut bien sûr une résistance hors du commun. Dès 1941, une de ses copines juives de Siemens, où elles étaient travailleuses forcées, avait déjà tout compris : "Tu seras la seule de nous toutes à survivre."

Clandestine, de Marie Jalowicz Simon. Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary (Flammarion, 420 p., 23 euros). Parution le 4 mars.

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Source : Le point - Par FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN

Re: Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 01 Nov 2016, 13:37
de frontovik 14
Je remonte ce post à l'occasion d'une conférence donnée par le fils de l'auteure. Le processus de recueil du témoignage nous à été détaillé ainsi que les raisons du récit et l'après guerre. En tout cas une sacrée bonne femme et une force de caractère peu commune...

Re: Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 01 Nov 2016, 19:18
de pili
Oncle Adi avait annoncé la couleur bien avant 1933. Les gens sont sots. Et les institutions juives le furent plus encore.

Re: Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 02 Nov 2016, 14:06
de frontovik 14
Il avait annoncé sa haine des Juifs depuis bien longtemps, mais nul ne pouvait s'attendre à ce qui s'est passé. Point de sots dans cette affaire.

Re: Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 02 Nov 2016, 17:09
de dominord
frontovik 14 a écrit:Je remonte ce post à l'occasion d'une conférence donnée par le fils del'auteure. ...


Oh que je suis une vieille réac détestant le français moderne du XXIè siècle

Re: Juive et seule dans le Berlin nazi

Nouveau messagePosté: 28 Jan 2017, 18:25
de Prosper Vandenbroucke
Bonjour,
J'ai acquis cet ouvrage et je dois dire que la lecture de celui-ci ne m'a pas du tout déçu, même si a certains moments on est en droit de se poser la question si il y avait des personnes réellement nazies dans Berlin durant l'époque évoquée.
Amicalement
Prosper ;) ;)