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Jacques BELLE - La défaite française, un désastre évitable -

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Jacques BELLE - La défaite française, un désastre évitable -

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de clayroger  Nouveau message 31 Déc 2007, 13:57

Jacques BELLE – La défaite française, un désastre évitable – Tome 1 – Le 16 mai 1940, il fallait rester en Belgique – 346 p. - Economica 2007

Ma note : 7/10

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Encore un livre sur la défaite de mai-juin 1940 ?
Le déplorer a été mon premier réflexe. Qui plus est avec un titre un peu en réplique à un autre ouvrage de la même collection chez le même éditeur « En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ? » par Bruno Chaix. Surprenant.

Le titre affiche deux affirmations assez péremptoires et un peu provocatrices :
- 1940 : un désastre évitable
- Il fallait rester en Belgique.
Franchement, je n’aime pas ce genre d’affirmation, 67 ans après les événements. Il semble bien facile d’affirmer ainsi que cette défaite était évitable. C’est un peu enfoncer des portes ouvertes. Tous les généraux de toutes les armées défaites de l’histoire militaire mondiale ont subit la même opprobre (ça fait du monde, autant que de batailles).
Vae victis, malheur aux vaincus a dit Brennus à son vainqueur ce qui signifiait que tout vaincu a toujours tort. Et qu’on le lui fera remarquer longtemps, longtemps encore après les évènements. Visiblement, on n’échappe pas ici à cette règle antique.

La défaite de 1940, traumatisme jamais digéré, est de ces évènements emblématiques, toujours contés en France sur un mode passionnel, voire hystérique ; sans que l’on puisse jamais se poser véritablement les bonnes questions, ou que l’on puisse y réponde sereinement. On reste le plus souvent planté sur un décompte fastidieux du nombre de chars et d’avions de part et d’autre, sans oublier l’évocation des sentences définitives de tel général avant guerre ou de tel visionnaire qu’on aurait dû écouter. On semble toujours perdre de vue le tableau général.
En définitive, on passe son temps à condamner des boucs émissaires sensés porter la responsabilité écrasante du « désastre ».

Donc sur ce sujet, que dit le livre ?
Le deux thèses assez iconoclastes de l’auteur portent d’une part sur l’affirmation du fait que le Haut commandement français, au lieu de s’affoler la première semaine de bataille, aurait mieux fait de tenir bon en Belgique en suivant le plan Dyle-Breda jusqu’au bout.
Au lieu de cela, l’armée alliée a retraité sur la position frontière, décision qui provoqua la capitulation Belge et l’encerclement de Dunkerque.
Et d’autre part de combattre le principe selon lequel il eût été illusoire de poursuivre la lutte dans l’empire après juin 40. Ce dernier point est traité dans un second tome à paraître.

La première idée donc, tenir en Belgique après le 16 mai 1940, n’est pas neuve contrairement à ce qu’affirme l’auteur.
Juste après la Seconde Guerre mondiale, quelques historiens et témoins s’étaient faits l’écho de ces options stratégiques, notamment les défenseurs du général Gamelin ; ce dernier avait en effet suggéré un maintient en Belgique et une contre-attaque puissante en pinces Nord-Sud. Juste avant d’être relevé et remplacé par Weygand.
L’auteur fait remarquer que la faute du généralissime est de ne pas avoir imposé sa vision avec toute l’énergie que requérait la situation militaire. Mais ceci relève plus de l’organisation du Haut commandement français que de traits de caractère.
L’auteur passe donc outre le quasi consensus qui prévalait jusqu’ici, à savoir que l’armée française était dépassée en combat direct avec la Wehrmacht, et que l’ordre de retraite du 15 mai 1940 avait été donné en toute logique.

Donc, l’auteur affirme qu’il aurait fallu se maintenir en Belgique. Les vertus de cette option sont évaluées comme très avantageuses, avec une capitulation belge évitée, le maintien de la 1ere armée en position de combat, un repli de la VIIe armée en position de soutien et contre-attaque sur les flancs dégarnis des panzer, et j’en passe.
Bref au 16 mai 1940, l’auteur considère que l’armée française n’était qu’à peine ébréchée, et gardait son potentiel militaire quasiment intact.
D’où ses reproches, faits au haut commandement, d’un défaitisme prématuré et de l’attente d’un nouveau miracle de la Marne qui ne vint pas.
C’est quand même faire abstraction des phénomènes de désorganisation et de confusion consécutifs à une offensive de cette ampleur. On était sans doute proche du chaos et voir clair cinq jours après le début de la campagne, alors que les Allemands faisaient tout pour tromper les Alliés sur leurs intentions, relèverait probablement de la voyance.

Cela dit, la thèse a un intérêt indéniable sur le plan stratégique d’autant que le travail de Jacques Belle est fouillé et très argumenté. L’auteur revient en détail sur les circonstances du plan français, et sur le cours des évènements, de la rupture sur la Meuse à la fin de la première semaine de combats. Il s’agit d’une bonne synthèse évènementielle bâtie sur de solides références. On y relit parfois quand même les sempiternels constats archi-rebattus sur les faiblesses militaires françaises (commandement, schémas tactiques dépassés, matériel pas au niveau, manque de combativité, etc.)

Tout ceci manque parfois un peu de recul, mais a le mérite de lancer un débat assez inédit, ou en tout cas, peu repris depuis la fin de la guerre.
Rappelons-nous quand même qu’aucune nation alliée n’a pu résister à la puissance militaire nazie avant fin1942, lorsque celle-ci était employée dans des conditions nominales. C'est-à-dire que le constat fait à propos des forces françaises, battues par une attaque combinée char-avion, est généralisable à toutes les nations alliées (Anglais, Russes, Américains, etc.). Il n’y a pas en l’occurrence de spécificité française, on l’oublie trop souvent ou on affecte de ne pas voir.

La campagne de 1940 n’est rien d’autre qu’une bataille sur position centrale avec poursuite maximale visant à l’élimination de la puissance militaire adverse. L’auteur le rappelle avec justesse. C’est Napoléon qui l’a inventé. C’est un peu la manœuvre d’Ulm à l’envers, celle qui a aboutit à la bataille d’Austerlitz fin 1805. Donc le Blitzkrieg, mythe ou pas, est une resucée stratégique vieille comme le monde avec de nouveaux moyens.

Certes, en étudiant les cartes et les effectifs en présence près de 70 ans après les faits, on peut se demander si le GQG n’a pas baissé les bras un peu vite.
Mais enfin, il ne faut pas oublier que ce commandement s’est pris un direct en pleine face, et que groggy, il a perdu un peu de sa lucidité sur quelques jours. Ce qui a été suffisant pour les unités rapides allemandes pour procéder à l’encerclement des meilleures unités françaises.
A l’issue de la rupture sur la Meuse les 13 et 14 mai 1940, bien malin qui avait pu deviner les intentions de l’OKH : Paris ? Assaut le la Ligne Maginot à revers ? Calais ?
C’est tout l’avantage d’une attaque sur position centrale qui réussit. L’adversaire perd non seulement l’initiative mais reste aussi dans l’expectative complète devant les options d’exploitation.

Le livre est donc très intéressant, dense et riche, pose correctement la problématique, aux niveaux stratégiques et opérationnels, et synthétise les connaissances factuelles en notre possession en 2007.
Les annexes sont de bon niveau (excellente bibliographie, bonnes tables de synthèse et documents, index et lexique).

Malheureusement, les cartes sont d’un niveau catastrophique, indignes d’un ouvrage de cette qualité historique car pratiquement illisibles.
C’est un travers typiquement français que de sous-estimer l’importance de la véritable illustration d’un ouvrage d’histoire militaire.
Donc atlas ou carte michelin indispensable pour suivre les explications de l’auteur.

Très recommandé pour alimenter réflexions et débats sur un sujet loin d'être clos.
Dernière édition par clayroger le 05 Jan 2008, 09:22, édité 1 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de H Rogister  Nouveau message 31 Déc 2007, 15:22

Cher clayroger,

Un très grand merci pour cette description très détaillée de ce livre que je ne connais pas.

A la lecture de ton post, cela me donne l'envie de me le procurer.

A+


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de clayroger  Nouveau message 31 Déc 2007, 15:43

H Rogister a écrit:
Un très grand merci pour cette description très détaillée de ce livre que je ne connais pas.


Cher H Rogister,

Ce livre étant paru ce mois ci, il est normal qu'il soit encore peu connu.

Bien à vous


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Est  Nouveau message 31 Déc 2007, 16:09

Le gouvernement de Vichy n' a pas été attentif, Pétain s'est "enfermé" dans ces idées.

Est


 

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de clayroger  Nouveau message 31 Déc 2007, 18:21

Est a écrit:Le gouvernement de Vichy n' a pas été attentif, Pétain s'est "enfermé" dans ces idées.

Est


Je pense que vous vous êtes trompé de sujet.
Celui-ci n'a rien à voir ni avec Pétain, ni avec Vichy.

@+


 

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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 31 Déc 2007, 18:28

Est a écrit:Le gouvernement de Vichy n' a pas été attentif, Pétain s'est "enfermé" dans ces idées.

Est


Bonsoir mon cher Est,
Ou bien je comprend mal ta contribution ou bien tu devances un peu l'histoire.
L'auteur parle ici du 16 mai 1940 or Philippe Pétain ne devient que Vice-Président du conseil le 18 mai et le gouvernement de Pétain n'existe pas encore et à fortiori pas à Vichy
Amicalement
Prosper ;)
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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Focus  Nouveau message 31 Déc 2007, 18:49

D'abord, tous mes voeux pour Saint Sylvestre et pour l'an 2008. :cheers:

Dans tous les désastres tant militaires qu'autres, et celui-ci en était un, la non tenue en compte des signes avant courreurs et la non écoûte des collaborateurs et des gens de terrain en est souvent l'une des causes.

Un certain colonel (De Gaule), n'avait - il pas produit un rapport sur l'oportunité de l'arme blindée. Comment fut - il écouté?

C'est le cas ici, ce fut le cas aussi dans bien d'autres cas.


Bonne journée/soirée
:)


 

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Est  Nouveau message 01 Jan 2008, 13:46

Mille excuses


Est


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de clayroger  Nouveau message 03 Jan 2008, 18:33

Focus a écrit:
Un certain colonel (De Gaule), n'avait - il pas produit un rapport sur l'oportunité de l'arme blindée. Comment fut - il écouté?



Les ouvrages du colonel de Gaulle ont même inspiré certains penseurs militaires y compris des Allemands comme Guderian.

Cela dit, il faut plus se poser la question de l'emploi des chars que de l'existence des blindés eux-même puisque la parité existait à peu de choses près entre les Alliés et l'Axe en 1940.

@+


 

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Re: Jacques BELLE - La défaite française, un désastre évitab

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Olivier Perronny  Nouveau message 04 Jan 2008, 10:52

clayroger a écrit:(...)

Certes, en étudiant les cartes et les effectifs en présence près de 70 ans après les faits, on peut se demander si le GQG n’a pas baissé les bras un peu vite.
Mais enfin, il ne faut pas oublier que ce commandement s’est pris un direct en pleine face, et que groggy, il a perdu un peu de sa lucidité sur quelques jours. Ce qui a été suffisant pour les unités rapides allemandes pour procéder à l’encerclement des meilleures unités françaises.
A l’issue de la rupture sur la Meuse les 13 et 14 mai 1940, bien malin qui avait pu deviner les intentions de l’OKH : Paris ? Assaut le la Ligne Maginot à revers ? Calais ?
C’est tout l’avantage d’une attaque sur position centrale qui réussit. L’adversaire perd non seulement l’initiative mais reste aussi dans l’expectative complète devant les options d’exploitation.

(...)


Ce qui me choque le plus à la lecture de divers récits et documents sur les combats en Belgique, c'est la faiblesse de la gestion française. Les troupes sur place se battent courageusement, arrêtent, repoussent l'ennemi et rien... L'ennemi se renforce, utilise parfaitement tous les moyens disponibles et finit par l'emporter.

Quand aux intentions de l’OKH, il faut surtout se demander quel est l'objectif allemand ?

* Paris
Victoire psychologique, mais cela risque de provoquer un sursaut d'orgueuil des français.
* Assaut le la Ligne Maginot à revers
Cela risque d'agrandir le front pour quel résultat? Bloquer des troupes qui sont le sont déjà et qui ne menacent pas le territoire allemand?
* Calais ?
Si c'est un objectif politique, c'est plus interessant pour casser l'entente franco-britannique.

En tout cas j'avais repéré le livre de la même collection « En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ? » par Bruno Chaix, dont je vais rajouter celui-ci à ma liste.

Olivier


 

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