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Présumé Jean Moulin...une nouvelle histoire de la Résistance

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Nouveau message Post Numéro: 61  Nouveau message de Tom  Nouveau message 17 Fév 2007, 13:48

François Delpla écrit :

(Alya Aglan) révise un point bien établi et largement reconnu, celui de l'implication d'Hardy dans Caluire !


En effet, Alya Aglan écrit dans Le Monde :

(...) il s'agit d'établir que René Hardy, responsable du mouvement Combat, accusé après guerre de trahison, n'a pas pu donner le secret de la réunion, déjà connue des enquêteurs allemands. Ici, rien de bien nouveau : la thèse de la trahison a été écartée depuis longtemps, ramenée à une série d'imprudences propres à la vie clandestine.


A quoi ces deux auteurs font-ils référence pour aboutir à des conclusions opposées sur la fameuse "affaire" ? ;)

En fait, comme il en a déjà été discuté dans ce fil, la culpabilité de René Hardy dans l'"affaire" de Caluire s'avère fort probable, mais ne peut être formellement établie. Par ailleurs, l'intense "travail" d'enquête des différents services allemands à cette époque et les stupéfiantes imprudences de certains résistants auraient très bien pu mener les Allemands à la réunion de Caluire sans qu'il ait été besoin d'un traître bien précis. Ainsi, à moins de découvrir des éléments nouveaux vraiment probants, la discussion demeure ouverte à l'infini... Est-il nécessaire de revenir là-dessus ?

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Nouveau message Post Numéro: 62  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 17 Fév 2007, 14:25

Tom a écrit:A quoi ces deux auteurs font-ils référence pour aboutir à des conclusions opposées sur la fameuse "affaire" ? ;)


Les connaissances de Mme Aglan sur le dossier de Caluire, de toute évidence, me semblent assez limitées... :mrgreen:



En fait, comme il en a déjà été discuté sur ce forum, la culpabilité de René Hardy dans l'"affaire" de Caluire s'avère fort probable, mais ne peut être formellement établie.


Si, elle est formellement établie par les archives allemandes, par le témoignage formel d'Edmée Delettraz (qui fait l'objet d'une critique particulièrement médiocre et manipulatrice dans le dernier ouvrage de Jacques Baynac), par l'attitude même de René Hardy, qui accumule mensonges et omissions, par les circonstances proprement invraisemblables de ses deux évasions (plus une qu'il a inventé pour l'occasion), et par quantité d'autres éléments.

Je n'ai, personnellement, qu'assez rarement vu autant de preuves et d'indices à charge contre un authentique coupable. En revanche, il n'existe aucune preuve formelle de son innocence, et les éléments pouvant plaider en ce sens sont tous réfutables - et ont, d'ailleurs, été réfutés (faux témoignage, faux alibi, déclarations équivoques des survivants et des témoins...).



Par ailleurs, l'intense "travail" d'enquête des différents services allemands à cette époque et les stupéfiantes imprudences de certains résistants auraient très bien pu mener les Allemands à la réunion de Caluire sans qu'il ait été besoin d'un traître bien précis.


Reste à apporter une explication convaincante du fait que les Allemands, précisément, ne se limitent tout simplement pas, dans leurs rapports, à cet "intense travail d'enquête", et mettent également l'accent sur la trahison. Ce type d'affirmation fait fi des autres éléments déjà développés. Défendre l'innocence de René Hardy devient facile, lorsque l'on ne s'inscrit pas dans la globalité du dossier et que l'on sélectionne quelques points sans souci de l'ensemble. Mais à prendre du recul, à tout examiner, à raisonner au regard de toutes les circonstances de l'espèce, la conclusion ne peut que s'imposer, lumineuse et évidente : Hardy est bel et bien le traître.



Ainsi, à moins de découvrir des éléments nouveaux vraiment probants, la discussion demeure ouverte à l'infini... Est-il nécessaire de revenir là-dessus ?


Non, précisément. Caluire, c'est affaire classée. Une histoire toute simple, en somme.
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Nouveau message Post Numéro: 63  Nouveau message de Tom  Nouveau message 17 Fév 2007, 20:22

Nicolas écrit :

Si, elle est formellement établie par les archives allemandes, par le témoignage formel d'Edmée Delettraz (qui fait l'objet d'une critique particulièrement médiocre et manipulatrice dans le dernier ouvrage de Jacques Baynac), par l'attitude même de René Hardy, qui accumule mensonges et omissions, par les circonstances proprement invraisemblables de ses deux évasions (plus une qu'il a inventé pour l'occasion), et par quantité d'autres éléments.
Je n'ai, personnellement, qu'assez rarement vu autant de preuves et d'indices à charge contre un authentique coupable. En revanche, il n'existe aucune preuve formelle de son innocence, et les éléments pouvant plaider en ce sens sont tous réfutables - et ont, d'ailleurs, été réfutés (faux témoignage, faux alibi, déclarations équivoques des survivants et des témoins...).


Oui, Nicolas, je suis moi-même, comme je l'ai déjà dit, quasiment convaincu de la culpabilité de René Hardy dans cette "affaire". Si je maintiens toutefois ce terme de "quasiment", c'est que je ne parviens pas à être sûr à cent pour cent de la parole d'un Klaus Barbie, gestapiste tortueux et fabulateur, laquelle alimente les archives allemandes, et de celle de l'agent "multiple" Edmée Deletraz, maîtresse de Moog, qui a, entre autres, laissé arrêter Berty Albrecht et qui, au sujet de Caluire, ne dit certainement pas toute la vérité et ment sur plusieurs points.

Outre les dires de ces deux agents, un certain nombre d'éléments, ainsi que je le reconnais ci-dessus, tendent à incriminer René Hardy lors de son arrestation et de son évasion à Caluire, mais aucun n'est une preuve formelle, excepté, s'il est vraiment probant plusieurs années après, l'examen "scientifique" du veston de René Hardy, qui, en 1949, conclut à un tir effectué à une quarantaine de centimètres.

En fait, on peut aussi bien imaginer le scénario suivant : René Hardy, de nouveau arrêté par Klaus Barbie qui l'a, cette fois, identifié comme "Didot", le chef du sabotage Fer, n'a d'autre solution que d'accepter de collaborer avec le gestapiste, mais il dupe ce dernier en lui livrant un plan partiel et périmé des sabotages avant de chercher à lui échapper (d'où ses craintes constantes d'être suivi et sa réticence à se rendre à la réunion de Caluire).

Néanmoins repris à Caluire où les Allemands sont parvenus en suivant d'autres résistants tel Aubry ou parce qu'ils connaissaient déjà l'adresse de la maison Dugoujon, René Hardy réussit à s'évader et se tire effectivement une balle dans le bras, de peur que ses camarades ne l'accusent d'avoir trahi et ne veuillent l'éliminer (comme tenteront de le faire les Aubrac avec leur pot de confiture empoisonnée !).

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Nouveau message Post Numéro: 64  Nouveau message de Tom  Nouveau message 18 Fév 2007, 14:38

Nicolas écrit :

Caluire, c'est affaire classée. Une histoire toute simple, en somme.


A consulter les ouvrages récents sur le sujet, j'ai plutôt l'impression du contraire et, sans vouloir relancer la discussion ad nauseam, je ne dois pas être le seul.

A ce propos, permettez-moi, au point où nous en sommes, de faire part d'une ultime observation que je me suis faite il y a longtemps, mais que je me gardais jusqu'à présent d'exprimer afin de ne pas mettre votre bonne foi en cause.

Voici. Au début de cette discussion, je n'étais pas du tout convaincu de la culpabilité de René Hardy. Après avoir soupesé vos arguments, j'ai commencé à douter pour finir par être quasiment convaincu que René Hardy avait "donné" la réunion de Caluire (sans toutefois trahir Jean Moulin ni un autre dirigeant).

En revanche, à aucun moment de cette discussion, malgré la complexité évidente de cette "affaire" jamais vraiment élucidée et toujours controversée plus de soixante ans après les faits faute de preuves irréfutables, non seulement vous n'avez jamais été effleuré par le moindre doute, mais encore vous persistez à affirmer qu'il s'agit d'une "histoire toute simple" !

Avouez que c'est pour le moins étrange ! Vous êtes sans doute un excellent débatteur, mais - excusez-moi - je n'aimerais pas vous voir présider le tribunal si, un jour, j'ai la malchance d'être en procès... ;) En toute cordialité. ;)

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Nouveau message Post Numéro: 65  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 06 Mar 2007, 16:22

Tom a écrit: René Hardy réussit à s'évader et se tire effectivement une balle dans le bras, de peur que ses camarades ne l'accusent d'avoir trahi et ne veuillent l'éliminer (comme tenteront de le faire les Aubrac avec leur pot de confiture empoisonnée !).


ah non ! elle mais pas lui, qui croupissait à Montluc ! et pas de sa propre initiative, mais par une décision collective.

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Nouveau message Post Numéro: 66  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 07 Mar 2007, 09:50

Tom a écrit:A consulter les ouvrages récents sur le sujet, j'ai plutôt l'impression du contraire et, sans vouloir relancer la discussion ad nauseam, je ne dois pas être le seul.


A dire vrai, les "spécialistes" publiés qui clament encore que le dossier est énigmatique - tout en prétendant le classer par ailleurs - ne sont précisément pas ce que j'appelle des spécialistes. Mais j'ai déjà expliqué pourquoi l'affaire s'était complexifiée avec les années, malgré sa simplicité fondamentale.

A l'heure actuelle, il y a comme une volonté de chasser le scoop, du moins de faire original, ce qui aboutit à des dérives telles que celle de Pierre Péan (qui accuse plus ou moins Bénouville d'avoir commandité la trahison de René Hardy) ou, dernièrement, de Jacques Baynac.

Or, une étude attentive, objective, patiente, donc sérieuse, des pièces du dossier ne peut mener qu'à une seule conclusion : Barbie a coffré Moulin non pas grâce à ses filatures, les négligences ou la prétendue trahison d'Henri Aubry (voir Jacques Baynac, qui l'insinue), ou le fantaisiste retournement de Raymond Aubrac (voir Jacques Vergès et Gérard Chauvy), ou les coups tordus du réseau Combat (voir Pierre Péan), ou encore les manipulations de... Moulin (voir Charles Benfredj) ou même une intervention des Extraterrestres de Roswell (voir le prochain amateur de sensationnalisme qui sera, on s'en doute, publié par une grande maison d'édition parisienne), mais grâce à la trahison de René Hardy.



A ce propos, permettez-moi, au point où nous en sommes, de faire part d'une ultime observation que je me suis faite il y a longtemps, mais que je me gardais jusqu'à présent d'exprimer afin de ne pas mettre votre bonne foi en cause.

Voici. Au début de cette discussion, je n'étais pas du tout convaincu de la culpabilité de René Hardy. Après avoir soupesé vos arguments, j'ai commencé à douter pour finir par être quasiment convaincu que René Hardy avait "donné" la réunion de Caluire (sans toutefois trahir Jean Moulin ni un autre dirigeant).


Ca fait toujours plaisir de voir que mon travail a servi à quelque chose.



En revanche, à aucun moment de cette discussion, malgré la complexité évidente de cette "affaire" jamais vraiment élucidée et toujours controversée plus de soixante ans après les faits faute de preuves irréfutables, non seulement vous n'avez jamais été effleuré par le moindre doute, mais encore vous persistez à affirmer qu'il s'agit d'une "histoire toute simple" !


Attendez, je formule cette opinion, qui n'engage que moi, consécutivement à l'étude du dossier. Je ne suis parti d'aucun préjugé, sinon celui que, peut-être, Barbie avait accompli un véritable travail d'investigation. La culpabilité de René Hardy ne m'apparaissait pas, en soi, évidente, d'autant qu'il était difficile de s'y retrouver dans des livres et des témoignages contradictoires.

A dire vrai, le premier véritable effort a été de remettre de l'ordre dans ce fatras de faits, d'ailleurs pas toujours établis, et de souvenirs, d'affirmations et d'omissions.

Une fois ce boulot effectué, restait à mettre en perspective, à analyser, poser le contexte. Et ça m'a pris dix ans (évidemment, pas à plein temps).

Et au final, deux conclusions : 1) Caluire, c'est en fait très simple, mais l'affaire a été compliquée par ses chroniqueurs, qui n'ont pas toujours très bien fait leur travail, y compris même les meilleurs (Henri Michel, Daniel Cordier, Tom Bower, Jean-Pierre Azéma) ; 2) Hardy a livré la réunion.



Avouez que c'est pour le moins étrange ! Vous êtes sans doute un excellent débatteur, mais - excusez-moi - je n'aimerais pas vous voir présider le tribunal si, un jour, j'ai la malchance d'être en procès... ;) En toute cordialité. ;)


Ne vous en faites pas, je vois ce que vous voulez dire. En somme, vous me trouvez sans doute trop direct, trop tranché.

Mais il est des cas où il faut parfois laisser tomber toute hypocrisie rédactionnelle. Après avoir examiné les pièces du dossier, j'estime ne pas avoir à user de formules prudentes du style "Il est possible de soutenir, sous réserve, que René Hardy était le traître". Le résultat étant le même dans l'esprit du lecteur, autant assumer ce que l'on dit.

Et j'aurais fait un juge assez cool... :mrgreen:
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Nouveau message Post Numéro: 67  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 07 Mar 2007, 10:40

Tom a écrit:Oui, Nicolas, je suis moi-même, comme je l'ai déjà dit, quasiment convaincu de la culpabilité de René Hardy dans cette "affaire". Si je maintiens toutefois ce terme de "quasiment", c'est que je ne parviens pas à être sûr à cent pour cent de la parole d'un Klaus Barbie, gestapiste tortueux et fabulateur,


Certes, mais va-t-il balancer un énorme bobard à ses supérieurs, quitte à se faire muter sur le Front de l'Est si son "secret" est éventé ?



laquelle alimente les archives allemandes,


Encore une fois, est-il imaginable qu'un flic aussi zélé aille inventer la trahison d'un Résistant pour couvrir la fuite de ce dernier ? Et si Knochen allait lui demander de reprendre contact avec le faux traître ? Et s'il demandait une enquête ?

Pourquoi ne pas tout simplement admettre que si Barbie mentionne Hardy/Didot comme étant le traître, c'est tout simplement parce qu'il a trahi ? Pourquoi aller couper les cheveux en quatre et proposer des spéculations embrouillées qui, d'ailleurs, ne résistent pas aux faits quand on les y confronte ?



et de celle de l'agent "multiple" Edmée Deletraz, maîtresse de Moog, qui a, entre autres, laissé arrêter Berty Albrecht et qui, au sujet de Caluire, ne dit certainement pas toute la vérité et ment sur plusieurs points.


Je suis curieux de connaître ces éléments fondamentaux sur lesquels elle ment...

Qu'elle ait contribué à faire tomber Albrecht, c'est évident. Qu'elle commette des erreurs de mémoire ne l'est pas moins. Qu'elle mente et accuse Hardy d'avoir trahi pour camoufler son propre rôle est tout simplement délirant. Pour rappel et bis repetita on ze road again, et quoique ayant été la maîtresse de Robert Moog, elle bossait in fine pour la Résistance, à savoir le réseau Groussard. Son témoignage, qui au contraire de celui de René Hardy n'a pour ainsi dire pratiquement jamais varié, est extrêmement crédible, a été corroboré par d'autres témoins ou sa fiabilité assurée par des Résistants au-dessus de tout soupçon.

Drôle d'agent "multiple", en vérité, que cette personne qui se démène comme un beau diable pour prévenir la Résistance de l'imminence d'une rafle le 21 juin 1943 (fait historiquement prouvé, et absolument incontestable), alors qu'elle pourrait se faire choper par la Gestapo. Croyez-moi, si Barbie avait appris ces petits détails, négligés par ses contempteurs, elle avait droit à l'intégralité de son répertoire tortionnaire... Et j'ai des raisons de croire qu'elle a sciemment cherché à retarder Klaus Barbie dans la recherche du lieu de la réunion.

De surcroît, René Hardy a été incapable de fournir un alibi pour la contrer, autrement qu'un faux témoignage - ce qu'il a fini par admettre quarante ans plus tard.



Outre les dires de ces deux agents, un certain nombre d'éléments, ainsi que je le reconnais ci-dessus, tendent à incriminer René Hardy lors de son arrestation et de son évasion à Caluire, mais aucun n'est une preuve formelle,


Votre avis perso. Franchement, je ne vois pas quoi ajouter. Nous avons un ensemble de preuves et d'indices concordants en faveur de la culpabilité, et des mensonges, des omissions, des spéculations, des hypothèses en faveur de l'innocence. Mon choix est fait.



excepté, s'il est vraiment probant plusieurs années après, l'examen "scientifique" du veston de René Hardy, qui, en 1949, conclut à un tir effectué à une quarantaine de centimètres.


Pourquoi ces guillemets ? Pouvez-vous m'énumérer les raisons qui vous poussent à mettre en doute la compétence et l'honnêteté des experts ayant formulé ces conclusions ?



En fait, on peut aussi bien imaginer le scénario suivant : René Hardy, de nouveau arrêté par Klaus Barbie qui l'a, cette fois, identifié comme "Didot", le chef du sabotage Fer, n'a d'autre solution que d'accepter de collaborer avec le gestapiste, mais il dupe ce dernier en lui livrant un plan partiel et périmé des sabotages avant de chercher à lui échapper (d'où ses craintes constantes d'être suivi et sa réticence à se rendre à la réunion de Caluire).


Pourtant, il... accepte. Beau geste, non ? :mrgreen:

Et naturellement, le fait que Barbie détienne des otages, en l'occurrence la femme dont il est amoureux, n'a pas une aussi grande importance que ça.

Par ailleurs, Barbie était, dans l'hypothèse, assez imprudent. Car il file Hardy de très près : au pont Morand, le 20 juin, les deux hommes se trouveront assis sur le même banc ! Il le filait de si près que René Hardy se retrouvera au QG de la Gestapo quelques heures avant la rafle !



Néanmoins repris à Caluire où les Allemands sont parvenus en suivant d'autres résistants tel Aubry


Mais alors, pourquoi Barbie ne s'en vante-t-il pas ?

Qui plus est, il faut prouver qu'Aubry était suivi.



ou parce qu'ils connaissaient déjà l'adresse de la maison Dugoujon,


Mais comment la connaîtraient-ils ? Qui aurait parlé ?



René Hardy réussit à s'évader


Les Allemands étant aussi motivés et adroits au tir que dans le film Quand les aigles attaquent...

Etonnant Barbie, tout de même. Il se fait duper à plusieurs reprises par René Hardy, mais sa filature colle à la peau de ce dernier. Il cherche à se venger de cet homme, mais le laisse pratiquement s'enfuir sans réellement tenter quoi que ce soit. Il tient des otages (la famille Bastien), mais ne commet à leur encontre aucune représaille. Sans parler de la nouvelle évasion de René Hardy d'un hôpital... aux mains des Allemands, quelques jours plus tard. Un avis de recherche, au fait ? Tiens ! Il n'y en a pas !

Ce ne sont pas là les signes d'une obsession, ou après coup d'une rancune. Le seul tort que Barbie causera à René Hardy, en définitive, a été de le dénoncer comme traître dans un rapport à usage interne. Et encore ! Barbie limite sa vengeance à ses supérieurs, car, doté d'un stupéfiant sens de l'honneur, il n'avouera jamais à ses victimes arrêtées qu'elles ont bel et bien été livrées par lui.

Vachement surprenant, de la part d'un gestapiste que certains présentent comme soucieux de camoufler ses prétendues bourdes vis-à-vis de ce Résistant, outre de chercher à se venger.

:cheers:

Soyons sérieux deux minutes. Votre hypothèse jure avec les faits, et apparaît passablement incohérente.



et se tire effectivement une balle dans le bras, de peur que ses camarades ne l'accusent d'avoir trahi et ne veuillent l'éliminer (comme tenteront de le faire les Aubrac avec leur pot de confiture empoisonnée !).


1) Comme l'a dit F.D., c'est Lucie Aubrac qui a eu l'idée, Raymond était en taule.

2) Donc, Hardy est si soucieux de se dédouaner auprès des Résistants qu'il commet un geste qui pourrait l'amener à se faire repérer par le premier soldat allemand/flic/milicien venu, outre que ledit geste le conduira dans un hôpital tenu... par les Allemands. Et d'où il s'évadera de nouveau. Oui, décidément, ce "Didot" est un sacré génie ! :mrgreen:

Ce qui ne répond pas à la question de savoir où il se trouve et ce qu'il fait au cours des deux heures qui s'écoulent entre la rafle et sa réapparition auprès de ses collègues...
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Nouveau message Post Numéro: 68  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Mar 2007, 11:10

D'aucuns diront que je suis très méchant, et d'aucuns auraient bien raison, à ceci près que je n'ai strictement rien contre la personne de Jacques Baynac, dont j'ai par le passé beaucoup apprécié les travaux sur le communisme soviétique, de Lénine (La Terreur sous Lénine, paru en 1975 et réédité au Livre de Poche) à Gorbatchev (La Révolution gorbatchévienne, paru en 1989).

Cela dit, je ne puis défendre d'autre point de vue quant à son dernier ouvrage (le second, en fait) consacré à Jean Moulin, en espérant que ce sera, effectivement, le dernier. Il va sans dire que la critique assez peu sympathique que j'adresse à Présumé Jean Moulin ne doit pas dissuader les lecteurs de le procurer, mais constitue simplement un avis perso, fondé sur une certaine connaissance du dossier.

Je recommanderai surtout au lecteur les livres suivants :

Pour les courageux, qui n'ont point tremblé devant les pavés de Tolstoï, Dostoïevski et Soljenitsyne, voir Daniel Cordier : Jean Moulin. L'inconnu du Panthéon, trois volumes, Jean-Claude Lattès, 1989-1993, ainsi que sa conclusion, La République des Catacombes, Gallimard, 1999.

Pour les plus synthétiques, Jean-Pierre Azéma, Jean Moulin, Perrin, 2003 et, sous sa direction, Jean Moulin face à l'Histoire, Flammarion, 2004.

Les biographies déjà réalisées par Henri Michel, Laure Moulin, et Henri Calef, sont intéressantes, voire même indispensables, mais paraissent assez datées, s'agissant de la vie d'un individu dans laquelle chaque minute a son importance. Le livre de Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin (Fayard, 1998), apporte des éléments intéressants, mais manque parfois de rigueur, et sombre dans l'exagération inacceptable lorsqu'il s'en prend à celui qu'il dénonce comme la véritable Nemesis de Moulin, Pierre de Bénouville.
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Un blog parle de Jean Moulin

Nouveau message Post Numéro: 69  Nouveau message de JFK  Nouveau message 30 Mar 2007, 14:51

Bonjour tout le monde,
J'ai pris connaissance de l'existence de ce livre dans une sorte de billet d'humeur et je l'ai trouvé intéressant.

Je n'ai pas lu le livre, je ne connais pas du tout les événements qui s'y rapportent (mais les pages précédentes sont plaines de renseignements!) et je me suis dit que peut être seriez-vous interessés par ce petit texte, présent sur le blog de l'auteur dont voici le lien.


 

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Nouveau message Post Numéro: 70  Nouveau message de Tom  Nouveau message 02 Avr 2007, 14:17

:D Opinion très intéressante et vivifiante. Merci !

Il est bien vrai qu'en France, en ce qui concerne l'histoire contemporaine en général et celle de la Résistance en particulier, les "gardiens du temple" ne manquent pas. De nombreux livres étrangers, qui intéresseraient les Français, demeurent non traduits ou non réédités ; certains ouvrages français ne sont pas publiés ou sont rapidement retirés de la vente... Pour me limiter à la Haute-Savoie, il n'y a pas si longtemps que le livre un tantinet iconoclaste de l'historien non universitaire ou non officiel ( = agréé par les associations d'anciens résistants) Alain Dalotel, Le maquis des Glières (Plon, 1992), qui, au delà des images d'Epinal, remettait en cause certaines exagérations "résistancialistes", a très très vite disparu des librairies et reste introuvable à l'exception de quelques rares exemplaires d'occasion vendus à la sauvette sur le Net.

Depuis longtemps, j'ai écrit sur une page de mon site : "En France, la recherche historique sur les "années noires" est toujours sous le contrôle de l'Etat. De 1950 à 1980, le Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale était rattaché aux services du Premier ministre et, après l'ouverture très partielle, en 1979, des archives publiques concernant la période postérieure au 10 juillet 1940, l'Institut d'histoire du temps présent, qui a succédé au Comité, dépend du Centre national de la recherche scientifique. Ainsi, les nouvelles perspectives proviennent souvent de chercheurs à l'étranger (Jäckel, Paxton, etc.) ou hors du sérail des historiens patentés (par ex. Chauvy...)." Je pourrais désormais ajouter Baynac, même si l'on peut discuter certaines de ses affirmations...

:roll:

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