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Présumé Jean Moulin...une nouvelle histoire de la Résistance

Venez nous présenter votre dernière lecture ou des ouvrages qui vous tiennent particulièrement à coeur.
Parlons des dernières parutions concernant la seconde guerre mondiale.
Une belle photo de la couverture est toujours la bienvenue...
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Nouveau message Post Numéro: 31  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 03 Fév 2007, 16:27

"Le pacifique aime la paix, mais se tient prêt à la guerre pour préserver sa liberté et sa dignité. Le pacifiste aime la paix par-dessus tout et se montre prêt à tout pour éviter la guerre." (Jean Sévillia, Historiquement correct)

Cette citation dont se sert notre ami Tom pour sa signature me paraît très discutable. Je compte lui opposer prochainement quelques propos de Georges Mandel, dans un fil approprié.

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Nouveau message Post Numéro: 32  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 03 Fév 2007, 16:29

Tom a écrit:Eh bien ! même si Hardy a donné la réunion de Caluire ou a été filé jusqu'à la maison Dugoujon, c'est quelqu'un d'autre qui a révélé ou confirmé la présence de Max à ladite réunion...


Barbie sait que "Max" est censé se rendre à la réunion. René Hardy, informé par Bénouville et Aubry, lui a signalé le fait. Il sait donc que "Max" fait partie des personnes arrêtées, mais il ignore son identité véritable. Conserver Hardy lui apparaît inutile, puisque lui-même n'a jamais vu "Max".

C'est pourquoi, dans ses premiers rapports, qui serviront de fondement au rapport Kaltenbrunner du 29 juin 1943, il n'évoque pas Jean Moulin. Il lui reste à l'identifier - même, cruelle angoisse, à déterminer s'il fait bien partie des raflés. Et il s'acharnera sur Henri Aubry, parce qu'il le suspectera d'être "Max". Et c'est Aubry qui, torturé physiquement (bastonnade, etc.) et moralement (simulacres d'exécutions), et de fait réduit en miettes, finira par cracher le morceau, le 23 juin. "Ce jour là, je me suis un peu dégonflé", concédera-t-il. Il a pourtant tenu des heures et des heures, ne livrant d'ailleurs que des noms de personnes déjà arrêtées et des adresses périmées, ce qui n'empêchera pas certains Résisants et historiens de clamer qu'il a fait preuve de lâcheté, qu'il a commis une "faute".

En résumé : Barbie sait que "Max" participe à la réunion, mais ignore qui est "Max", et ne déterminera son identité que le 23 juin, soit deux jours après la rafle.
Dernière édition par Nicolas Bernard le 03 Fév 2007, 16:45, édité 2 fois.
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Nouveau message Post Numéro: 33  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 03 Fév 2007, 16:43

Tom a écrit:Il y a tout de même un "gros hic" dans cette explication, c'est que Klaus Barbie ignore, lors de son intervention à Caluire, que Max (Jean Moulin) se trouve parmi les personnes qu'il a arrêtées ; il ne l'apprendra que dans la soirée à l'Ecole de santé militaire où il a établi ses quartiers.

En effet, Henri Aubry rapporte les faits suivants dans son témoignage : A un moment donné, alors que nous sommes en train de recevoir des coups, un grand bonhomme à mine patibulaire, du genre des sbires de la Gestapo tels que nous les connaissons, arrive et dit en français, en jetant une liasse de courrier sur la table : MAX EST PARMI EUX !
Immédiatement, jubilation intense de Barbie et de son acolyte. On fonce sur Lassagne et sur moi. Nous déclarons ne pas le connaître.


Ainsi, l'"argument majeur" de Jacques Baynac ne peut pas vraiment tomber là... (En fait, c'est René Hardy lui-même qui a déclaré que de nombreux résistants, parmi lesquels des dirigeants de premier plan, auraient été arrêtés s'il avait véritablement collaboré avec Barbie ou s'il avait été filé après sa libération.)


Mais Baynac reconnaît lui-même que le témoignage d'Aubry est sur ce point équivoque :

Déclaration ambiguë. Le "grand bonhomme" apprend-il à Barbie ce qu'il ignorait jusque là, à savoir qu'il a pris par hasard Moulin chez Dugoujon ? Ou bien confirme-t-il que, comme prévu, Moulin y a bien été arrêté, même si l'on ignore encore lequel c'est ?
(Jacques Baynac, op. cit., p. 411)

On ne saurait mieux dire. :mrgreen:

Evidemment, à supposer qu'Aubry ne se trompe pas dans ses souvenirs, il apparaît que la seconde explication est la bonne. L'homme à la mine patibulaire ne fait que confirmer à Barbie que "Max", qui devait faire partie de la réunion, est bel et bien aux mains du SD. Reste à déterminer de qui il s'agit.
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Nouveau message Post Numéro: 34  Nouveau message de Tom  Nouveau message 04 Fév 2007, 21:30

:D Excuse-moi de te répondre tardivement, Nicolas, mais j'ai voulu profiter du soleil de ce beau dimanche !

Pour revenir à nos "moutons" (au double sens du terme, sans être trop "farce" ni surtout "patelin" !), je dois dire que je suis désormais quasiment convaincu de la culpabilité de René Hardy, qui a vraisemblablement "donné" la réunion de Caluire. Comme quoi je ne suis pas trop borné, même si j'entends bien conserver la citation me servant de signature, n'en déplaise à ceux qui semblent prétendre posséder la vérité !

Nicolas écrit :

Mais, s'agissant de René Hardy, c'est autre chose. D'abord, il existe des faits accablants contre lui : ses bobards, son arrestation, les circonstances de son évasion, les rapports allemands... Ensuite, Barbie n'a jamais varié dans ses déclarations : Hardy était bien le traître. Enfin, Edmée Delettraz travaillait in fine pour la Résistance, pas pour Barbie, et elle n'a certainement pas été manipulée contre Hardy par le "boucher de Lyon".


René Hardy me paraît, en effet, coupable, non parce qu'il a caché son arrestation à ses camarades (ce pouvait être pour éviter qu'ils ne l'écartent, voire ne l'éliminent), non parce qu'il a accepté de "collaborer" avec la "Gestapo" (Edmée Delétraz en a fait autant pour sauver sa peau et n'en a pas moins, semble-t-il, continué à travailler, au bout du compte, pour la Résistance), non à cause des circonstances de sa première évasion (qui sont vraisemblables, en tout cas moins rocambolesques que certaines autres évasions dûment certifiées), non à cause des rapports allemands (qui reprennent les déclarations de Klaus Barbie), mais à cause de ces dernières qui n'ont effectivement jamais varié à ce sujet (sauf en 1948 dans un article destiné à la presse, où Klaus Barbie prétend que René Hardy lui aurait échappé, et en 1990 où, alors qu'il est prisonnier à Lyon, il accuse... Lucie Aubrac d'avoir "donné" la réunion de Caluire) et aussi parce que l'agent triple Edmée Delétraz, qui incrimine formellement René Hardy, a vraiment tenté d'avertir la Résistance à un moment (le 21 juin vers 11 h du matin) où il était encore possible d'annuler la réunion fatale.

En effet, je ne vois pas pourquoi, longtemps après la guerre, Klaus Barbie aurait voulu faire de René Hardy un bouc émissaire afin de dissimuler l'identité d'un autre résistant français dont il devait se contreficher éperdument (sauf, bien entendu, s'il s'agissait, comme le laisse entendre Jacques Baynac, de dissimuler une éventuelle culpabilité de l'OSS, c'est-à-dire des Américains qui ont protégé Klaus Barbie après la SGM).

Demeurent toutefois pour moi quelques points obscurs :

Nicolas écrit :

L'adjoint de Barbie, Steingritt, a également reconnu que Hardy était le traître. Mais il l'a nié au cours du second procès. Toutefois, un témoin, Georges Teulery, détenu comme ces deux personnages à Fresnes, les a vus "en bons termes, comme de bons et vieux amis" : sans doute l'Allemand a-t-il passé, en prison, un accord avec son ancien agent (voir Pierre Péan, La diabolique de Caluire, 1999, Fayard, p. 132-134). Ce qui remet en cause la sincérité du revirement de Steingritt.


Nicolas écarte le témoignage du général Desmazes, chef en second de l'AS, par ses mots : Témoignage de seconde main aussi imprécis que peu convaincant. Ne peuvent-ils encore bien mieux s'appliquer à ce Georges Teulery ?

En tout cas, Harry Steingritt maintient ce qu'on n'a pas pu chercher à lui faire dire : la tenue d'une réunion préparatoire dans le bureau de Klaus Barbie une heure avant l'intervention à Caluire où il a été question de la maison du docteur Dugoujon. Pourquoi alors Edmée Delétraz a-t-elle prétendu suivre René Hardy pour connaître le lieu de la réunion et pourquoi, si elle était seule, n'est-elle pas entrée pour donner l'alerte ?

Nicolas écrit :

Barbie sait que "Max" est censé se rendre à la réunion. René Hardy, informé par Bénouville et Aubry, lui a signalé le fait. Il sait donc que "Max" fait partie des personnes arrêtées, mais il ignore son identité véritable. Conserver Hardy lui apparaît inutile, puisque lui-même n'a jamais vu "Max".


Cette dernière explication ne tient pas vraiment. En effet, Klaus Barbie croit que Max (Jean Moulin) se trouve au premier étage avec les autres résistants et non pas au RDC parmi les patients (à preuve, pendant deux jours, il prend André Lassagne pour Jean Moulin). Si René Hardy a trahi, Klaus Barbie doit logiquement penser qu'il a eu le temps de faire connaissance avec Max entre 14 h 20 et 14 h 45 et IL NE DEVRAIT PAS PERMETTRE SON EVASION AVANT D'OBTENIR UNE INFORMATION DE SA PART A CE SUJET CAPITAL.

:cheers:

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Nouveau message Post Numéro: 35  Nouveau message de François Delpla  Nouveau message 04 Fév 2007, 22:15

Sur la citation, cher Alain, gardez-la s'il vous en chaut ! J'ai juste voulu signaler que "pacifiste" aussi était un beau mot, du moins avec une certaine définition.

Sur votre dernière objection concernant Hardy, il faut considérer que tout va très vite. Barbie ne sait pas qu'il va avoir des difficultés à identifier Max et, s'il a promis à Hardy de le laisser partir, il faut bien qu'il s'exécute et ne peut le faire qu'à ce moment-là. Il a d'ailleurs briefé le personnel auparavant à ce sujet, notamment pour faire en sorte qu'Hardy ne soit pas menotté.

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Nouveau message Post Numéro: 36  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Fév 2007, 11:36

Tom a écrit:René Hardy me paraît, en effet, coupable, non parce qu'il a caché son arrestation à ses camarades (ce pouvait être pour éviter qu'ils ne l'écartent, voire ne l'éliminent),


L'explication pourrait tenir dans le contexte de 1943 - encore que René Hardy s'est confié à Bénouville.

Mais elle tient moins après la guerre. Or, il continue à mentir. Et c'est sur ce mensonge qu'il sera acquitté en 1947 - ce qui tempère l'autorité de la chose jugée derrière laquelle il est constamment abrité.



non parce qu'il a accepté de "collaborer" avec la "Gestapo" (Edmée Delétraz en a fait autant pour sauver sa peau et n'en a pas moins, semble-t-il, continué à travailler, au bout du compte, pour la Résistance),


Mais Hardy n'a pas travaillé, au bout du compte, pour la Résistance.



non à cause des circonstances de sa première évasion (qui sont vraisemblables, en tout cas moins rocambolesques que certaines autres évasions dûment certifiées),


Cette évasion n'est pas rocambolesque, elle est invraisemblable : Hardy est le seul prisonnier à ne pas être menotté - il est relié à un gestapiste (Steingritt, crois-je) par une simple "ficelle" - et les Allemands le laissent, pour ainsi dire, s'enfuir. Un gestapiste armé d'une mitraillette ne daignera même pas, si mes souvenirs sont bons, ouvrir le feu. Un autre usera de son pistolet, mais il semble qu'il ait oublié les consignes de Barbie - c'est du moins ce que ce dernier prétendra.

Hardy prétendra avoir été blessé, mais nul ne remarque sur l'instant ladite blessure, qui apparaîtra bien plus tard, et vraisemblablement suite à un coup monté avec un médecin allemand convoqué pour l'occasion par Barbie.

Et je ne cause que de cette évasion, pas de la seconde (encore une !), celle de l'hôpital militaire allemand de la Croix-Rousse, quelques jours plus tard...




non à cause des rapports allemands (qui reprennent les déclarations de Klaus Barbie),


Barbie n'avait aucun intérêt à mentir à ses supérieurs sur un sujet aussi important, ne serait-ce que parce que les rumeurs circulent vite. L'ambition ? Il lui suffisait de mettre en avant ses filatures et ses intuitions. La vengeance contre le seul qui soit parvenu à lui échapper ? Mais alors, pourquoi se contenter de diffuser ce "bobard" à ses supérieurs ? Pourquoi ne pas le faire à d'autres Résistants qu'il tient sous sa main ? Or, fait surprenant, il ne balancera à aucun des raflés de Caluire qu'ils ont été livrés par Hardy...



mais à cause de ces dernières qui n'ont effectivement jamais varié à ce sujet (sauf en 1948 dans un article destiné à la presse, où Klaus Barbie prétend que René Hardy lui aurait échappé,


Je serais curieux d'avoir cet article de presse sous les yeux. Il mériterait une analyse.



et en 1990 où, alors qu'il est prisonnier à Lyon, il accuse... Lucie Aubrac d'avoir "donné" la réunion de Caluire)


Là, il se venge. Mais ne se prive pas d'impliquer Hardy - voir son "mémoire posthume" (rédigé par son avocat).



et aussi parce que l'agent triple Edmée Delétraz, qui incrimine formellement René Hardy, a vraiment tenté d'avertir la Résistance à un moment (le 21 juin vers 11 h du matin) où il était encore possible d'annuler la réunion fatale.


... et a averti son réseau, qui avertira Londres.



En effet, je ne vois pas pourquoi, longtemps après la guerre, Klaus Barbie aurait voulu faire de René Hardy un bouc émissaire afin de dissimuler l'identité d'un autre résistant français dont il devait se contreficher éperdument (sauf, bien entendu, s'il s'agissait, comme le laisse entendre Jacques Baynac, de dissimuler une éventuelle culpabilité de l'OSS, c'est-à-dire des Américains qui ont protégé Klaus Barbie après la SGM).


Sachant que la "thèse" de Baynac "incriminant" l'OSS ne repose sur rien - sinon des... erreurs de lecture -, l'hypothèse dudit Baynac relève de l'imagination.



Nicolas écarte le témoignage du général Desmazes, chef en second de l'AS, par ses mots : Témoignage de seconde main aussi imprécis que peu convaincant. Ne peuvent-ils encore bien mieux s'appliquer à ce Georges Teulery ?


Non, pour trois raisons :

1) Le témoignage de Desmazes est trop imprécis et ne correspond pas à la réalité des faits : ni Aubry, ni Aubrac n'ont trahi.
2) Le témoignage de Teulery est, en revanche, fiable... parce qu'imprécis : à aucun moment il déclare n'avoir assisté à l'accord conclu entre Steingritt et Hardy. Il mentionne qu'il a vu ces deux là en bons termes.
3) Le revirement de Steingritt en 1950 est tout sauf crédible. Il compromet Hardy pendant des années et change d'avis à la dernière minute ?



En tout cas, Harry Steingritt maintient ce qu'on n'a pas pu chercher à lui faire dire : la tenue d'une réunion préparatoire dans le bureau de Klaus Barbie une heure avant l'intervention à Caluire où il a été question de la maison du docteur Dugoujon. Pourquoi alors Edmée Delétraz a-t-elle prétendu suivre René Hardy pour connaître le lieu de la réunion et pourquoi, si elle était seule, n'est-elle pas entrée pour donner l'alerte ?


De deux choses l'une, sachant que Steingritt a commis là un faux témoignage :
1) Ses souvenirs sont trop imprécis.
2) Il cherche à couvrir Hardy : en affirmant que le lieu de la réunion était connu, il le disculpe - car Hardy ne connaissait pas ce détail...



Cette dernière explication ne tient pas vraiment. En effet, Klaus Barbie croit que Max (Jean Moulin) se trouve au premier étage avec les autres résistants et non pas au RDC parmi les patients (à preuve, pendant deux jours, il prend André Lassagne pour Jean Moulin). Si René Hardy a trahi, Klaus Barbie doit logiquement penser qu'il a eu le temps de faire connaissance avec Max entre 14 h 20 et 14 h 45 et IL NE DEVRAIT PAS PERMETTRE SON EVASION AVANT D'OBTENIR UNE INFORMATION DE SA PART A CE SUJET CAPITAL.


Si, et pour une raison très simple ! Hardy s'évade ? Ce n'est pas grave : les autres personnes arrêtées sont également susceptibles de connaître Max !

Ce qui clôt la démonstration. :cheers:
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Nouveau message Post Numéro: 37  Nouveau message de Tom  Nouveau message 05 Fév 2007, 13:34

Nicolas écrit :

Si, et pour une raison très simple ! Hardy s'évade ? Ce n'est pas grave : les autres personnes arrêtées sont également susceptibles de connaître Max !


Certes, mais avouez qu'il serait bien plus simple pour Klaus Barbie d'interroger un traître complaisant que de torturer des résistants susceptibles de se taire ou de mentir !

En tout cas, cette question est si importante pour déterminer la culpabilité de René Hardy que Klaus Barbie a jugé bon de donner moult détails à ce sujet, lesquels se sont révélés complètement faux ! à savoir que René Hardy

- lui aurait d’abord fait un signe de tête pour lui confirmer la présence de Max à la réunion (ce que René Hardy ne pouvait faire puisqu’il ne connaissait pas Max et qu’il ne savait pas qu'il était arrivé, Max étant resté au rez-de-chaussée) ;

- se serait ensuite caché dans un placard ou une armoire pour identifier Max parmi les suspects (ce que René Hardy ne pouvait faire puisque, encore une fois, il ne connaissait pas Max et que, de plus, il n’y avait ni placard ni armoire dans la pièce utilisée par Klaus Barbie).

Nicolas écrit :

Cette évasion n'est pas rocambolesque, elle est invraisemblable : Hardy est le seul prisonnier à ne pas être menotté - il est relié à un gestapiste (Steingritt, crois-je) par une simple "ficelle" - et les Allemands le laissent, pour ainsi dire, s'enfuir. Un gestapiste armé d'une mitraillette ne daignera même pas, si mes souvenirs sont bons, ouvrir le feu. Un autre usera de son pistolet, mais il semble qu'il ait oublié les consignes de Barbie - c'est du moins ce que ce dernier prétendra.

Hardy prétendra avoir été blessé, mais nul ne remarque sur l'instant ladite blessure, qui apparaîtra bien plus tard, et vraisemblablement suite à un coup monté avec un médecin allemand convoqué pour l'occasion par Barbie.

Et je ne cause que de cette évasion, pas de la seconde (encore une !), celle de l'hôpital militaire allemand de la Croix-Rousse, quelques jours plus tard...


En fait, René Hardy était retenu par un "cabriolet", qui est tout de même une chaîne, par l'adjoint et garde du corps de Klaus Barbie, qu'il a dû bousculer et frapper pour se dégager et s'enfuir. Selon un témoin, le "gestapiste", de faction à l'entrée et armé d'un P.M., aurait été gêné par la voiture et aurait néanmoins ouvert, trop tard, le feu qu'il aurait immédiatement cessé pour permettre aux autres agents de poursuivre René Hardy.

Cela dit, au moins deux témoins, je crois, se souviennent que des coups de pistolet ont été tirés dans la direction de René Hardy par les agents, que celui-ci zigzaguait sur la petite place entre les platanes et des murets protecteurs, et qu'il a, brusquement, fléchi sous l'impact d'une balle qui l'aurait touché au bras...

D'accord, les deux évasions de René Hardy semblent rocambolesques, mais pourquoi Klaus Barbie aurait-il pris la peine de monter un tel coup alors qu'il n'a plus utilisé René Hardy par la suite, aucun des résistants que celui-ci a rencontrés n'ayant été arrêté.
Dernière édition par Tom le 12 Fév 2007, 12:46, édité 1 fois.

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Nouveau message Post Numéro: 38  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 05 Fév 2007, 17:32

Tom a écrit:Certes, mais avouez qu'il serait bien plus simple pour Klaus Barbie d'interroger un traître complaisant que de torturer des résistants susceptibles de se taire ou de mentir !


Impossible : les rumeurs circulent vite, en prison. C'eût été griller Hardy.



En tout cas, cette question est si importante pour déterminer la culpabilité de René Hardy que Klaus Barbie a jugé bon de donner moult détails à ce sujet, lesquels se sont révélés complètement faux ! à savoir que René Hardy

- lui aurait d’abord fait un signe de tête pour lui confirmer la présence de Max à la réunion (ce que René Hardy ne pouvait faire puisqu’il ne connaissait pas Max et qu’il ne l’avait pas rencontré, Max étant resté au rez-de-chaussée) ;

- se serait ensuite caché dans un placard ou une armoire pour identifier Max parmi les suspects (ce que René Hardy ne pouvait faire puisque, encore une fois, il ne connaissait pas Max et que, de plus, il n’y avait ni placard ni armoire dans la pièce utilisée par Klaus Barbie).


C'est sûr : de toute évidence, Barbie baratine. Mais ce sont là des déclarations d'après-guerre, qui ne portent au fond que sur des détails. Quitte à me répéter, ce n'est pas sur de tels éléments que vous innocenterez Hardy. :cheers:



En fait, René Hardy était retenu par un "cabriolet", qui est tout de même une chaîne, par l'adjoint et garde du corps de Klaus Barbie, qu'il a dû bousculer et frapper pour se dégager et s'enfuir.


Pauvre Steingritt... ;)

Etonnante coïncidence : Barbie a mis la main sur Hardy le 10 juin, le libère prétendument par crétinisme, le retrouve parmi les chefs de la Résistance, pourrait donc se méfier, mais ne lui passe pas les menottes !



Selon un témoin, le "gestapiste", de faction à l'entrée et armé d'un P.M., aurait été gêné par la voiture et aurait néanmoins ouvert, trop tard, le feu qu'il aurait immédiatement cessé pour permettre la poursuite de René Hardy par les autres agents.


De mémoire, les témoignages soulignent que l'homme au pistolet-mitrailleur avait largement le temps d'agir, et qu'il n'a commencé à bouger que largement après que Hardy s'est dégagé de Steingritt.

Toujours de mémoire, des personnes arrêtées (le Dr. Dugoujon ?) se souviennent qu'au son produit par les coups de feu, les Allemands se seraient adressés des sourires et des clins d'oeil entendus.



Cela dit, au moins deux témoins, je crois, se souviennent que des coups de pistolet ont été tirés dans la direction de René Hardy par les agents, que celui-ci zigzaguait sur la petite place entre les platanes et des murets protecteurs, et qu'il a, brusquement, fléchi sous l'impact d'une balle qui l'aurait touché au bras...


En fait, le cantonnier Rougis, qui a eu l'occasion de voir Hardy de près, ne se rappellera pas l'avoir vu blessé... Et une femme (plus le nom en tête, désolé) qui a assisté à la scène exprimera son scepticisme devant l'authenticité de l'évasion.

De mémoire, une expertise réussira à déterminer que la blessure de René Hardy, sans gravité, aura été causée par une balle tirée à moins de cinquante centimètres. A vérifier - l'info se situe, de mémoire, dans les ouvrages que Pierre Péan consacre à l'affaire. De surcroît, et toujours de mémoire, Pierre Péan citait les déclarations du médecin militaire allemand qui avait causé ladite blessure.



D'accord, les deux évasions de René Hardy semblent rocambolesques, mais pourquoi Klaus Barbie aurait-il pris la peine de monter un tel coup alors qu'il n'a plus utilisé René Hardy par la suite, aucun des résistants que celui-ci a rencontrés n'ayant été arrêté.


Pourquoi se servir de René Hardy, puisque les autres sont en cellule et sont censés tout avouer ? D'autant que Max est une encyclopédie vivante sur la Résistance...
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Nouveau message Post Numéro: 39  Nouveau message de Tom  Nouveau message 05 Fév 2007, 20:30

Nicolas écrit :

Toujours de mémoire, des personnes arrêtées (le Dr. Dugoujon ?) se souviennent qu'au son produit par les coups de feu, les Allemands se seraient adressés des sourires et des clins d'oeil entendus.


En fait, il s'agit d'une remarque de Laure Moulin qui a recueilli le témoignage d'André Lassagne.

A propos des coups de feu, Albert Lacaze (colonel) en a entendu une quinzaine ; le docteur Dugoujon, lui, a perçu des cris en allemand, des rafales de pistolet-mitrailleur et des coups de pistolet, puis un bris de verre...

Marcel Pariaud, qui observait la scène depuis une fenêtre de la mairie, a déclaré : "Hardy parut blessé au bras gauche. Je l'ai vu marquer le coup (...) il a soutenu son bras gauche avec sa main droite."

Madame Comte a confirmé, de son côté, qu'un Allemand a tiré trois coups de pistolet sur le fuyard : "A la deuxième balle, il a perdu son chapeau, à la troisième, il a accusé le coup en fléchissant sur la hanche droite et en serrant le coude droit au corps. Aussitôt, il a fait un brusque écart à droite, a sauté trois ou quatre marches d'escalier et a disparu à mes yeux."

Nicolas écrit :

En fait, le cantonnier Rougis, qui a eu l'occasion de voir Hardy de près, ne se rappellera pas l'avoir vu blessé...


Le cantonnier Claude Rougis, qui a vu René Hardy caché dans les herbes hautes d'un profond fossé, puis déguerpir, a simplement déclaré qu'il n'avait pas remarqué de blessure, mais que René Hardy était pâle...

De mémoire, une expertise réussira à déterminer que la blessure de René Hardy, sans gravité, aura été causée par une balle tirée à moins de cinquante centimètres. A vérifier - l'info se situe, de mémoire, dans les ouvrages que Pierre Péan consacre à l'affaire. De surcroît, et toujours de mémoire, Pierre Péan citait les déclarations du médecin militaire allemand qui avait causé ladite blessure.


En 1949, le rapport d'expertise à la suite de l'examen du veston porté par René Hardy a conclu que le coup de feu qui a blessé ce dernier n'a pas été tiré à bout touchant, mais que le tir a été effectué à une distance inférieure à quarante centimètres. Cependant, ces résultats ont été obtenus à partir de traces de poudre dont on n'a pas pu établir la nature.
Toutes ces informations se trouvent dans l'ouvrage de Jacques Baynac, à la page 407.
Quant à la citation de Pierre Péan concernant les déclarations du médecin militaire allemand qui aurait blessé René Hardy à sa demande, j'aimerais bien en connaître la référence, si tant est que Pierre Péan la donne. En effet, lorsque René Hardy est parvenu chez les Damas, militants de France d'Abord, place de Serin, vers cinq heures du soir, il était déjà blessé. Donc, il se serait blessé lui-même, ce qui paraît difficile compte tenu de la trajectoire de la balle dans le bras...

Nicolas écrit :

Pourquoi se servir de René Hardy, puisque les autres sont en cellule et sont censés tout avouer ? D'autant que Max est une encyclopédie vivante sur la Résistance...


Je ne trouve pas cette explication très convaincante, dans la mesure où Klaus Barbie n'a, aux dires d'Aubry, obtenu la confirmation de détenir Max que le soir dans ses locaux et qu'il a mis deux jours à l'identifier.

Je veux bien que René Hardy ait "donné" la réunion de Caluire, mais tout est loin d'être aussi simple et clair que vous le prétendez... D'ailleurs, si l'on écarte les accusations du gestapiste Barbie, qui a énormément fabulé, et celles de l'agent "multiple" Delétraz, dont les propos ne sont pas exempts de contradictions, (et j'accepte de ne pas les écarter sur le fond) sa culpabilité n'est pas établie...
Dernière édition par Tom le 12 Fév 2007, 12:49, édité 2 fois.

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Nouveau message Post Numéro: 40  Nouveau message de Tom  Nouveau message 05 Fév 2007, 20:31

François Delpla écrit :

Sur la citation, cher Alain, gardez-la s'il vous en chaut ! J'ai juste voulu signaler que "pacifiste" aussi était un beau mot, du moins avec une certaine définition.


D'accord ;)

Sur votre dernière objection concernant Hardy, il faut considérer que tout va très vite. Barbie ne sait pas qu'il va avoir des difficultés à identifier Max et, s'il a promis à Hardy de le laisser partir, il faut bien qu'il s'exécute et ne peut le faire qu'à ce moment-là. Il a d'ailleurs briefé le personnel auparavant à ce sujet, notamment pour faire en sorte qu'Hardy ne soit pas menotté.


Oui, mais d'après Aubry, c'est seulement le soir, dans ses locaux de l'avenue Berthelot à l'Ecole de santé militaire de Lyon, que Barbie apprend que "Max est parmi eux"...

:cheers:

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