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L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

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Re: L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

Nouveau message Post Numéro: 21  Nouveau message de margolin  Nouveau message 14 Aoû 2009, 11:47

Par ailleurs, merci à l'équipe du site pour son accueil et son aide. Je suis désolé de ce manquement (inconscient) à la "discipline". Ceci dit je ne comprends pas très bien ce que j'ai à faire en matière de "bureau de recrutement". Qu'on m'éclaire !

JL Margolin


 

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Re: L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

Nouveau message Post Numéro: 22  Nouveau message de Jumbo  Nouveau message 14 Aoû 2009, 15:30

C'est tout simple, ici dans un but de convivialité tout nouvel arrivant passe par "le bureau de recrutement" alias rubrique présentation afin de se présenter en quelques mots à la communauté. Il peut ainsi nous dire ce qu'il aime, ce qu'il recherche éventuellement en particulier. C'est pas plus compliqué que cela. ;)
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Re: L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

Nouveau message Post Numéro: 23  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 14 Aoû 2009, 15:52

margolin a écrit:Bonjour Romuald,

Tout d'abord, je suis heureux que votre dernier message ait une tonalité singulièrement plus constructive que le précédent , très "nantéesque" (excusez-moi, je fais une fixation, mais si vous lisez l'article référencé de Nanta, vous me comprendrez -enfin, j'espère). Je vais essayer de répondre à vos trois importantes questions:

1)Sur les sources: je n'ai jamais caché (c'est dans l'intro de mon bouquin) n'avoir pas utilisé de sources primaires en langue japonaise, faute de compétences en cette langue. Ca ne veut pas dire pour autant que je n'ai pas utilisé de sources primaires du tout, ou que je n'ai pas lu un très grand nombre d'auteurs et de témoignages japonais. Pour plus de détails, voici ce que j'ai répondu à Nanta sur ce point particulièrement sensible:
"
1) les investigations sur celles-ci sont incomparablement plus poussées que celles concernant les atrocités japonaises, ce qui fausse la comparaison ;
2) la place de l’anglais comme langue de communication est nettement plus importante en Asie-Pacifique qu’en Europe, dans la mesure où le français, l’allemand, l’italien, l’espagnol ou le russe sont bien plus couramment connus de chercheurs dont ce n’est pas la langue maternelle que ne le sont à ce jour le chinois, le japonais ou le coréen ; même en novembre 1943, à Tôkyô, le Sommet “de la Grande Asie” dut se tenir en anglais, au grand dam des dirigeants japonais ;
3) si, dans le pays du chercheur asiatique supposé, rien ou presque n’a encore été publié sur ces atrocités, je trouverais cela une excellente initiative, en espérant seulement qu’elle ouvre la voie à des études plus informées et plus approfondies.
Je ne commenterai par contre pas l’assertion gratuite et blessante selon laquelle mon attitude vis-à-vis des sources exposerait « le mépris dans lequel sont tenus ceux qui vivent, pensent et travaillent dans les langues dites « orientales », quelle que soit leur nationalité. » (p. 28).
Je n’irai évidemment pas prétendre que connaître le japonais ne m’aurait servi à rien. Cette méconnaissance n’est aucunement dissimulée dans mon ouvrage (cf. p. 23). Et, bien entendu, je ne m’en glorifie pas ! Cependant,.pour prendre pleinement en compte les victimes de l’armée nippone, il aurait aussi fallu utiliser des sources chinoises, coréennes, et si possible également indonésiennes, birmanes, thaïlandaises et vietnamiennes (au minimum).

2)Sur la structure du commandement japonais et le rôle précis de l'empereur, je crois avoir dit l'essentiel (ch. 1 à 3) sans pour autant rentrer très dans le détail. De bons auteurs l'ont fait avant moi (Bix vient immédiatement à l'esprit). Ce n'était pas vraiment mon sujet, centré, rappelons-le, sur les violences de guerre. .

3)Sur un fascisme japonais. La question est complexe, et au fond la réponse dépend de la définition qu'on donne du fascisme. Cependant les historiens sont de grands pragmatiques: le concept me paraît utile pour analyser le Japon militariste, car d'une part il met l'accent sur l'"esprit d'une époque" bien particulière, et sur la cohérence entre les visions du monde ainsi que les pratiques extérieures de l'Allemagne, de l'Italie et du Japon; d'autre part il permet de distinguer le Japon militariste des dictatures "simples", y compris celles de l'époque. La dynamique me paraît tout autre.

En premier lieu, cette mystique nationaliste censée occuper l'horizon entier de l'affect, et qui dégénère aisément en racisme et en haine; le culte de l'Etat, face auquel l’individu ne compte pas; l’obsession morbide de l'acte viril, même quand il s'agit en fait d'un suicide; et jusqu’à cet anticapitalisme sentimental, qui se transcende en un antimatérialisme plutôt flou. Le culte du Chef est en fait présent au Japon aussi, bien qu'il ne s'agisse pas du chef réel. Mais le Tennô rassembla sur sa personne autant de délires qu’un Hitler et induisit plus de drames qu'un Mussolini; sans lui le système s’effondrait, même si ce n’était pas lui qui l’impulsait. Enfin, comme dans les régimes fascistes, et à la différence des régimes communistes, la violence est bien plus extrême et plus massive à l'étranger que dans le pays d'origine. Dans celui-ci, la mystique de la “communauté populaire” (Volksgemeinschaft) constitue un frein à la brutalité: même les communistes ne peuvent en être exclus. L’envers de cette mystique est l’absence de tout scrupule autre que de stricte opportunité concernant l’usage de la violence sur les autres peuples, qui ne sont là que pour servir les desseins sublimes de la nation (ou de la race) dominante."

Même type de réponse pour le totalitarisme. L'application du concept au cas japonais est encore plus problématique que pour le fascisme. J'ai plutôt parlé dans mon livre de "velléités totalitaires", car il faut faire place au minimum de tolérance, voire de pluralisme qui subsista toujours au Japon. Mais, de ce point de vue, les régimes habituellement considérés comme totalitaires (Allemagne, Italie, URSS, Chine, Cambodge...) différèrent eux aussi énormément les uns des autres. Réponse pragmatique: sans le concept de totalitarisme, comment mettre suffisamment en valeur l'intensité de la mobilisation idéologique,de l'encadrement de la population, et de l'adhésion durable de la population aux buts essentiels du régime?

J'espère avoir été assez clair.

_________________



Merci pour vos réponses !! J'ai effectivement été un peu prompt dans ma réponse à Shiro, mais d'une part, comme vous vous en doutez, le mode d'intervention des forums, sur lequel on répond souvent à la va-vite, entre deux activités, prédispose quelquefois à des commentaires courts et peu nuancés. Bref, je répondais avant tout pour moi-même qui ait lu votre livre il y a quelques mois et y ai trouvé en fait une synthèse de ce que j'avais déjà lu ailleurs, ce qui n'enlève toutefois rien à sa valeur intrinséque.

De façon plus claire, je réécrirais donc ma position pour les participants à ce forum, et recommande ici l'ouvrage de M. Margolin à quiconque s'intéresse au sujet des crimes de guerre de l'ère Shōwa et ne croule pas sous les monographies sur ce thème comme moi-même. Vous y trouverez pour la première fois en français une bonne revue globale des différentes exactions commises au nom de l'empereur Shōwa et une analyse objective des mécanismes conduisant à ces exactions.

Sur les points précédemment invoqués :

1) Il est exact qu'il est très possible d'écrire un ouvrage de qualité sur les crimes commis lors de la Dai-tō-A sensō sans lire le japonais, le mandarin ou le coréen et vous l'avez prouvé. Néanmoins, s'il est exact que nombre de délibérations lors de la Conférence de la Grande Asie Orientale ont eu lieu en anglais, les archives du ministère de la Grande Asie Orientale et la majorité des journaux qui ont couvert l'événement et comme les publications de l'Asahi, du Mainichi et surtout le célèbre Shashin shūhō, sont en japonais... Ces archives apportent d'autre part un éclairage exceptionnel quant à la représentation du heitai dans la propagande et à la récupération du concept de bushidō, tel que présenté aux citoyens nippons qui explique notamment la distanciation entre la perception par la nation des actes commis outre-mer et la réalité.

En ce sens, je crois que sur ce point on ne peut reprocher aux commentateurs, dont le rôle est de critiquer (sauf abusivement), d'avoir le réflexe de comparer des auteurs qui, comme par exemple Mitsuyoshi Himeta ou Yoshiaki Yoshimi ont l'occasion de dénicher dans les archives millitaires des documents inédits, ou comme l'américain Peter Wetzler et la chinoise Zhifen Ju, d'appporter une nouvelle interprétation à des documents, à d'autre auteurs qui doivent se limiter aux recueils de témoignages des victimes ou des vétérans ou à des analyses faites en anglais.

2) La structure de commandement est à mon sens intimement liée aux «violences de la guerre» sur deux points principaux : bien sûr la sanction mystique apportée par le commandant suprême-émissaire divin, mais aussi plus spécifiquement, l'utlilisation des armes chimiques et biologiques par l'armée shōwa en Chine. On sait que l'utilisation des gaz toxiques était si fréquente en Chine qu'un officier (taii) était spécifiquement assigné au sein du bataillon d'infanterie à la supervision de l'emploi de ces armes.

Or, selon Yoshimi, l'emploi des armes chimiques était supervisée par ordre direct et personnel du tennō, qui s'en arrogeait le contrôle par le biais du chef d'état-major de l'armée (dont le prince Kan'in) et l'usage des armes bactériologiques était également contrôlé par le Daihonei. J'aurais aimé vous lire à ce sujet et donc connaître votre position sur un point qui, s'il s'avère fondé, apporte une lumière particulièrement révélatrice sur le mépris des conventions internationales par le régime shōwa, sur le fonctionnement de l'état-major et incidemment l'implication directe de la famille impériale dans les crimes de guerre.

Rappelons aux lecteurs que selon le Symposium International sur les Crimes de la Guerre Bactériologique tenu en 2002, l’utilisation d’armes bactériologiques par l’armée impériale et les expériences menées par les unités d’Ishii ont entraîné la mort d’au moins 580 000 personnes en Chine. Selon Ming Xuan Qiu, plus de 50 000 civils de la région de Quzhou seraient notamment morts de la peste et du choléra suite à une opération nipponne dans le secteur... Si les chiffres demeurent sujets à caution, la réalité de l'utilsation de ces armes par les troupes nipponnes n'est certes plus à démontrer conmpte tenu la multiplicité des sources.

De plus, et surtout, cette question de la structure de commandement est intimement liée au point très juste que vous invoquiez ici :

«Pour la quasi-totalité des Japonais, y compris de gauche, c’est la guerre elle-même qui est la grande responsable des horreurs qui l’ont accompagnée. Ne sont stigmatisés (par la gauche) que les dirigeants militaires et civils du Japon de l’époque - d’où aussi le poids excessif de la “question de l’empereur” dans l’historiographie. Les Japonais de toutes tendances ont tendance à se considérer comme les premières victimes de la guerre, ce qui transparaît jusque dans les musées et mémoriaux d’orientation pacifiste, comme ceux d’Hiroshima ou d’Osaka. »

En effet, il est plus facile de se sentir exonéré de toute responsabilité si le symbole même de l'état, le tennō se retrouve lui-même exonéré de tout blâme alors que, sans bénéficier de la couverture médiatique de ses pendants occidentaux ou même des premiers ministres, il était présenté dans les médias jusqu'à 1945 comme le commandant suprême et le père bienveillant de la nation Yamato cautionnant la guerre sainte et la libération de l'Asie orientale...

3) Sur l'emploi du terme «fasciste», je comprends et partage votre analyse de la nature du régime impérial, mais je trouve néanmoins dangereux d'importer un terme étranger pour qualifier un système. Ainsi, le kokka shugi (nationalisme étatique), un concept d'identité nationale exaltant la nation et l'état, m'appparaît plus spécifique pour qualifier l'autoritarisme mystique et exclusif propre au régime impérial et moins susceptible d'entraîner une confusion des concepts. Comme vous le savez, le régime impérial se distingue en effet du fascisme notamment par son imbrication avec le kokka shintō, qui fait du tennō, le trait d'union entre le visible (utsushiyo) et l'invisible (kakuriyo) et son caractère collégial, propre à la tradition millitaire nipponne.

Sur ce, je vous remercie pour votre attention et j'encourage toute personne désireuse de se familiariser avec ce sujet à acheter et à lire l'ouvrage de M. Margolin !!


 

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Re: L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

Nouveau message Post Numéro: 24  Nouveau message de margolin  Nouveau message 18 Aoû 2009, 14:48

Bonjour Romuald,

Manifestement vous faites partie de ceux (heureusement? malheureusement?) hyper-minoritaires à qui mon bouquin n'a vraiment pas dû apprendre grand chose. C'est plutôt vous qui avez des choses à m'apprendre, vous venez de le prouver. A vrai dire, si c'est vous plutôt que Nanta qui aviez écrit cette fâcheuse critique de Cipango, j'aurais eu beaucoup plus fort à faire pour y répliquer ! D'un autre côté, elle n'aurait sûrement pas déployé cette agressivité choquante, ne reculant devant aucune déformation ou calomnie, qui est la raison de mon indignation à son égard.
Pour vous répondre un peu plus précisément (mais je manque de temps):

"1) Il est exact qu'il est très possible d'écrire un ouvrage de qualité sur les crimes commis lors de la Dai-tō-A sensō sans lire le japonais, le mandarin ou le coréen et vous l'avez prouvé. Néanmoins, s'il est exact que nombre de délibérations lors de la Conférence de la Grande Asie Orientale ont eu lieu en anglais, les archives du ministère de la Grande Asie Orientale et la majorité des journaux qui ont couvert l'événement et comme les publications de l'Asahi, du Mainichi et surtout le célèbre Shashin shūhō, sont en japonais... Ces archives apportent d'autre part un éclairage exceptionnel quant à la représentation du heitai dans la propagande et à la récupération du concept de bushidō, tel que présenté aux citoyens nippons qui explique notamment la distanciation entre la perception par la nation des actes commis outre-mer et la réalité."

Certes... Je reconnais n'avoir que fort peu approfondi ces questions essentielles. Même sans connaître le japonais, il y aurait par exemple les collections de l'anglophone Japan Times à consulter, puisqu'il n'a pas cessé de paraître de toute la guerre. Avis aux thésards amateurs ! J'ai passé 4 ans à préparer et écrire mon livre, ce qui est à la fois beaucoup et très peu. Et j'ai actuellement plusieurs projets sur des thèmes très différents.

"En ce sens, je crois que sur ce point on ne peut reprocher aux commentateurs, dont le rôle est de critiquer (sauf abusivement), d'avoir le réflexe de comparer des auteurs qui, comme par exemple Mitsuyoshi Himeta ou Yoshiaki Yoshimi ont l'occasion de dénicher dans les archives millitaires des documents inédits, ou comme l'américain Peter Wetzler et la chinoise Zhifen Ju, d'appporter une nouvelle interprétation à des documents, à d'autre auteurs qui doivent se limiter aux recueils de témoignages des victimes ou des vétérans ou à des analyses faites en anglais."

Certes, tout à fait d'accord. Cependant, dans le cas qui nous réunit, on est dans le "sauf abusivement".

2) La structure de commandement est à mon sens intimement liée aux «violences de la guerre» sur deux points principaux : bien sûr la sanction mystique apportée par le commandant suprême-émissaire divin, mais aussi plus spécifiquement, l'utlilisation des armes chimiques et biologiques par l'armée shōwa en Chine. On sait que l'utilisation des gaz toxiques était si fréquente en Chine qu'un officier (taii) était spécifiquement assigné au sein du bataillon d'infanterie à la supervision de l'emploi de ces armes.

Or, selon Yoshimi, l'emploi des armes chimiques était supervisée par ordre direct et personnel du tennō, qui s'en arrogeait le contrôle par le biais du chef d'état-major de l'armée (dont le prince Kan'in) et l'usage des armes bactériologiques était également contrôlé par le Daihonei. J'aurais aimé vous lire à ce sujet et donc connaître votre position sur un point qui, s'il s'avère fondé, apporte une lumière particulièrement révélatrice sur le mépris des conventions internationales par le régime shōwa, sur le fonctionnement de l'état-major et incidemment l'implication directe de la famille impériale dans les crimes de guerre."

Intéressant: je ne connaissais qu'une partie de cela. Ceci dit, ce contrôle à très haut niveau de ce type d'armes n'est-il pas contradictoire avec l'idée d'une utilisation très fréquente? Et, comme vous le savez, contrôle théorique du Tennô ne signifie pas forcément maîtrise pratique. Plus généralement, je n'ai aucun respect pour Hirohito (je suis d'accord avec Bix: il n'a jamais songé qu'aux intérêts de sa petite personne et de sa dynastie), mais je suis très sceptique quant à l'idée d'une "conspiration impériale".

"Rappelons aux lecteurs que selon le Symposium International sur les Crimes de la Guerre Bactériologique tenu en 2002, l’utilisation d’armes bactériologiques par l’armée impériale et les expériences menées par les unités d’Ishii ont entraîné la mort d’au moins 580 000 personnes en Chine. Selon Ming Xuan Qiu, plus de 50 000 civils de la région de Quzhou seraient notamment morts de la peste et du choléra suite à une opération nipponne dans le secteur... Si les chiffres demeurent sujets à caution, la réalité de l'utilsation de ces armes par les troupes nipponnes n'est certes plus à démontrer conmpte tenu la multiplicité des sources."

Je ne connaissais pas ce symposium. Peut-on en trouver les actes? Les chiffres indiqués me paraissent cependant très élevés. La peste et le choléra étant endémiques en Chine, il était (à l'époque en tout cas) très difficile d'en discerner l'origine. A-t-on essayé d'enquêter sur les cadavres, avec les moyens actuels beaucoup plus développés?

De plus, et surtout, cette question de la structure de commandement est intimement liée au point très juste que vous invoquiez ici :

«Pour la quasi-totalité des Japonais, y compris de gauche, c’est la guerre elle-même qui est la grande responsable des horreurs qui l’ont accompagnée. Ne sont stigmatisés (par la gauche) que les dirigeants militaires et civils du Japon de l’époque - d’où aussi le poids excessif de la “question de l’empereur” dans l’historiographie. Les Japonais de toutes tendances ont tendance à se considérer comme les premières victimes de la guerre, ce qui transparaît jusque dans les musées et mémoriaux d’orientation pacifiste, comme ceux d’Hiroshima ou d’Osaka. »

En effet, il est plus facile de se sentir exonéré de toute responsabilité si le symbole même de l'état, le tennō se retrouve lui-même exonéré de tout blâme alors que, sans bénéficier de la couverture médiatique de ses pendants occidentaux ou même des premiers ministres, il était présenté dans les médias jusqu'à 1945 comme le commandant suprême et le père bienveillant de la nation Yamato cautionnant la guerre sainte et la libération de l'Asie orientale..."

Oui, bien sûr.... Cependant je reste sensible à la comparaison faite dans un article par John Dower avec l'Irak: "sanctuariser" le Tennô n'a-t-il pas merveilleusement réussi politiquement, l'occupation et la démocratisation se déroulant en conséquence pratiquement sans heurt?

"3) Sur l'emploi du terme «fasciste», je comprends et partage votre analyse de la nature du régime impérial, mais je trouve néanmoins dangereux d'importer un terme étranger pour qualifier un système. Ainsi, le kokka shugi (nationalisme étatique), un concept d'identité nationale exaltant la nation et l'état, m'appparaît plus spécifique pour qualifier l'autoritarisme mystique et exclusif propre au régime impérial et moins susceptible d'entraîner une confusion des concepts. Comme vous le savez, le régime impérial se distingue en effet du fascisme notamment par son imbrication avec le kokka shintō, qui fait du tennō, le trait d'union entre le visible (utsushiyo) et l'invisible (kakuriyo) et son caractère collégial, propre à la tradition millitaire nipponne."

J'ai peur que vous ne soyez encore plus "culturaliste" que moi (blague nantéesque) ! Là encore, je suis sensible à votre argumentation. Attention cependant à ne pas aller trop loin dans la "particularisation". Il est assez facile en fait de trouver de bons arguments pour dire qu'aucun régime ne ressemble à aucun autre. Il y a ceux qui, ainsi, dénient tout caractère communiste à Pol Pot ou (plus bizarrement encore ) à Kim Jong-il (j'en connais, et pas des moindres); ou qui ne voient que des différences entre Hitler et Mussolini. Je crois néanmoins à la validité (si limitée soit-elle) de "gros concepts" (pour parler comme Deleuze) de science politique tels que démocratie, fascisme, communisme, etc. A condition bien sûr de ne pas en faire des étiquettes, mais des analyseurs. Votre façon même de décrire le tennô comme trait d'union entre visible et invisible rappelle certaines analyses du rôle "médiumnique" d'Hitler.

A mon tour de pousser votre sagacité à ses limites. J'avais écrit dans mon livre (chap. 4, p. 146): "En tout cas la pratique devint quelquefois une activité normale, organisée, effectuée avec l’accord de la chaîne hiérarchique: le général Aozu rédigea le 18 novembre 1944 l’ordre d’exécuter ceux qui consommaient de la chair humaine, sauf quand il s’agissait d’”ennemis”." L'info provient de Tanaka Yuki, Hidden Horrors: Japanese War Crimes in World War II, Boulder, Westview Press, 1996 , p. 129. La source (indiquée par la n. 45) est un document japonais capturé par les Australiens - sans autre précision. Or ce général Aozu semble ne jamais avoir existé !
Qu'en pensez-vous? D'autres peuvent répondre bien sûr. Sur un sujet aussi sensible, l'enjeu n'est pas mince. Pour les éditions ultérieures de mon livre (une vient de sortir en italien, d'autres sont prévues), j'aimerais savoir quoi faire.

Jean-Louis Margolin


 

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Re: L'armée de l'empereur (de la concurrence pour Romuald)

Nouveau message Post Numéro: 25  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 20 Aoû 2009, 15:31

margolin a écrit:Bonjour Romuald,
Manifestement vous faites partie de ceux (heureusement? malheureusement?) hyper-minoritaires à qui mon bouquin n'a vraiment pas dû apprendre grand chose. C'est plutôt vous qui avez des choses à m'apprendre, vous venez de le prouver. A vrai dire, si c'est vous plutôt que Nanta qui aviez écrit cette fâcheuse critique de Cipango, j'aurais eu beaucoup plus fort à faire pour y répliquer ! D'un autre côté, elle n'aurait sûrement pas déployé cette agressivité choquante, ne reculant devant aucune déformation ou calomnie, qui est la raison de mon indignation à son égard.


Rebonjour,

Ahhh non, je n’aurai pas la naïveté de croire que je peux vous apprendre quelque chose, je crois surtout que, lorsque accumule une foule de données, comme vous le faites, il est normal que certaines se retrouvent dans les tiroirs périphériques de la mémoire !!

margolin a écrit:Certes... Je reconnais n'avoir que fort peu approfondi ces questions essentielles. Même sans connaître le japonais, il y aurait par exemple les collections de l'anglophone Japan Times à consulter, puisqu'il n'a pas cessé de paraître de toute la guerre. Avis aux thésards amateurs !


En effet, le Japan Times a notamment très bien couvert les ravages des bombardements atomiques en août 1945. Dans mon article sur le La reddition du Japon, qui sera publié dans le numéro 29 du magazine 2e Guerre Mondiale, j'ai d'ailleurs inclus un extrait d'un troublant article tiré de la première page de l'édition du 11 août 1945 dans lequel Hiroshi Shimomura, le président du Naikaku Johōkyoku, le bureau de propagande du gouvernement, lance un appel à la mobilisation pour la bataille ultime. Or, le 11, c'est évidemment après les deux bombardements atomiques et l'attaque de l'URSS...

margolin a écrit:Intéressant: je ne connaissais qu'une partie de cela. Ceci dit, ce contrôle à très haut niveau de ce type d'armes n'est-il pas contradictoire avec l'idée d'une utilisation très fréquente? Et, comme vous le savez, contrôle théorique du Tennô ne signifie pas forcément maîtrise pratique. Plus généralement, je n'ai aucun respect pour Hirohito (je suis d'accord avec Bix: il n'a jamais songé qu'aux intérêts de sa petite personne et de sa dynastie), mais je suis très sceptique quant à l'idée d'une "conspiration impériale".


Selon Yoshimi, les directives (apparentées au rinsanmei) du chef d’état-major nécessitant la sanction du commandant-suprême (le tennō) étaient rédigées de façon large et générale. Il cite notamment la première directive de ce type, émise le 28 juillet 1937 pour le secteur Beijing-Tientsin, qui stipulait : « Vous pouvez utiliser les gaz lacrymogènes au moment approprié. » Néanmoins, ces ordres pouvaient être issus assez fréquemment, comme lors de la bataille de Wuhan, où, toujours selon Yoshimi, le Daihonei autorisa l’emploi des gaz toxiques à 375 reprises.

Il semble donc que l’autorisation générale pour un secteur ou un type de gaz relevait de l’empereur et du chef d’état-major et que les modalités de l’utilisation de ces gaz étaient laissées à la discrétion du commandant de l’unité visée.

Quant à la compréhension de Hirohito à l’égard de ce qu’il faisait, il est manifeste qu’un biologiste qui recevait des copies annotées et surlignées des opérations et des ordres militaires et qui les commentaient avec son état-major connaissait le contenu des documents. Rappelons qu'à partir de 1937 et de façon plus régulière de 1941 à 1945, Hirohito bénéficiait de compte-rendus quotidiens sous forme de questions-réponses, de plan d'attaques préparatoires accompagnés de cartes, de rapports de combat sur les pertes en hommes et en armement 24 heures sur 24 et même, régulièrement, de télégrammes provenant de la ligne de front. Toute cette documentation lui était apportée par ses 8 aide de camps (3 armée, 5 marine) qui travaillaient en rotation.

En sus l'empereur déléguait souvent ces 8 hommes dans des tours d'inspection impromptus afin de contre-vérifier l'information qui lui était transmise. Kenichi Ogata, aide-de-camp de l'empereur de 1942 à 1945 affirme ainsi que ce dernier les envoyait « aussi près de la ligne de front que possible et choisissait les saisons au cours desquelles les troupes souffraient le plus. A leur retour, l'empereur les recevait personnellement et attribuait à leur rapport une plus grande valeur qu'à tout autre chose », puis se servait de ces rapports pour confronter les généraux.

Rappelons aussi qu’il a autorisé l’intégration des unités de recherche bactériologiques au sein de la Kantōgun, par mandat impérial en 1936 et que même son frère Takahito, le benjamin et le moins impliqué militairement de la famille s’est fait projeté un film sur le bombardement bactériologique de Ningbo, avec son cousin Tsuneyoshi Takeda.


margolin a écrit: Je ne connaissais pas ce symposium. Peut-on en trouver les actes? Les chiffres indiqués me paraissent cependant très élevés. La peste et le choléra étant endémiques en Chine, il était (à l'époque en tout cas) très difficile d'en discerner l'origine. A-t-on essayé d'enquêter sur les cadavres, avec les moyens actuels beaucoup plus développés?


J’ai tenté d’en trouver les écrits sur internet mais je n’y suis malheureusement pas parvenu… Cette référence me vient de Daniel Barenblatt dans son ouvrage A Plague upon Humanity à la page 173.

margolin a écrit:Oui, bien sûr.... Cependant je reste sensible à la comparaison faite dans un article par John Dower avec l'Irak: "sanctuariser" le Tennô n'a-t-il pas merveilleusement réussi politiquement, l'occupation et la démocratisation se déroulant en conséquence pratiquement sans heurt?


Sur ce point, comme nous en avons discuté préalablement, plusieurs membres de la famille impériale, des dignitaires et des intellectuels ont demandé l’abdication de Hirohito.

Son second frère, le prince Nobuhito Takamatsu affirmait à qui voulait l'entendre que Hirohito devait renoncer au trône et nommer Yasuhito Chichibu comme régent. Cette opinion était partagée par le plus jeune frère de l'empereur, le prince Takahito Mikasa. Ce dernier interpella même l'empereur lors d'une réunion du conseil privé tenue le 27 février en lui demandant d'accepter la responsabilité de la défaite et d'abdiquer. Quant au prince Higashikuni, un oncle et ancien PM, il affirma notamment le 4 mars 1946 au New York Times que « le prince Takamatsu serait régent jusqu'à la majorité du prince Akihito ».

Plusieurs intellectuels japonais se prononcèrent également publiquement en faveur de l'abdication; parmi eux le philosophe Tanabe Hajime, le président de l'université de Tokyo Nambara Shigeru et le poète Miyoshi Tatsuji. Ce dernier écrivit dans une série d'articles publiés de janvier à juin 46 dans Shinchô « qu'il n'y aurait pas de moralité dans le monde » à moins que l'empereur n'abdique « aussi rapidement que les circonstances le permettent » et que « l'empereur porte la responsabilité d'avoir été extrêmement négligent dans l'accomplissement de ses devoirs » en permettant « le comportement violent des cliques militaires. »

Je suis convaincu que l’occupation et la démocratisation auraient très bien pu se faire par le biais d’une régence. Mais, MacArthur aurait perdu une grande part de son contrôle sur le Trône…

margolin a écrit: J'ai peur que vous ne soyez encore plus "culturaliste" que moi (blague nantéesque) ! Là encore, je suis sensible à votre argumentation. Attention cependant à ne pas aller trop loin dans la "particularisation". Il est assez facile en fait de trouver de bons arguments pour dire qu'aucun régime ne ressemble à aucun autre. Il y a ceux qui, ainsi, dénient tout caractère communiste à Pol Pot ou (plus bizarrement encore ) à Kim Jong-il (j'en connais, et pas des moindres); ou qui ne voient que des différences entre Hitler et Mussolini. Je crois néanmoins à la validité (si limitée soit-elle) de "gros concepts" (pour parler comme Deleuze) de science politique tels que démocratie, fascisme, communisme, etc. A condition bien sûr de ne pas en faire des étiquettes, mais des analyseurs. Votre façon même de décrire le tennô comme trait d'union entre visible et invisible rappelle certaines analyses du rôle "médiumnique" d'Hitler.


Ha ! Ha ! Ce pauvre Hirohito n'avait évidemment pas de dons psychiques particuliers !!
En fait, comme vous vous en doutez, je ne faisais pas ici d’allusion au paranormal mais simplement au fait que le tennō, considéré comme le descendant d’Amaterasu était perçu, en tant qu'arahitogami, comme un intermédiaire entre le monde des kami (kakuriyo) et celui des hommes (utsushiyo) …


margolin a écrit: A mon tour de pousser votre sagacité à ses limites. J'avais écrit dans mon livre (chap. 4, p. 146): "En tout cas la pratique devint quelquefois une activité normale, organisée, effectuée avec l’accord de la chaîne hiérarchique: le général Aozu rédigea le 18 novembre 1944 l’ordre d’exécuter ceux qui consommaient de la chair humaine, sauf quand il s’agissait d’”ennemis”." L'info provient de Tanaka Yuki, Hidden Horrors: Japanese War Crimes in World War II, Boulder, Westview Press, 1996 , p. 129. La source (indiquée par la n. 45) est un document japonais capturé par les Australiens - sans autre précision. Or ce général Aozu semble ne jamais avoir existé !
Qu'en pensez-vous? D'autres peuvent répondre bien sûr. Sur un sujet aussi sensible, l'enjeu n'est pas mince. Pour les éditions ultérieures de mon livre (une vient de sortir en italien, d'autres sont prévues), j'aimerais savoir quoi faire.


Pour Aozu, nous avons eu l’occasion d’échanger en privé sur cette épineuse controverse….


 

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