Alfred a écrit:Un de mes amis ,auteur de quelques livres sur les originaux et répliques d'armes à poudre noire avait l'intention,il y a une trentaine d'année de mettre en chantier une étude sur le Chassepot original et tous les "dérivés"....à ce qu'il m'avait expliqué les éditeurs comme Crépin-Leblond ne l'avaient pas spécialement encouragé à développer...son ouvrage était donc resté à l'état de projet..il avait été intéressé par mes trouvailles chez certains marchands d'antiquités diverses...Le gouvernement de défense nationale achetait la production Anglaise et Belge de copies officielles du Chassepot dont une bonne partie transitait par nos départements nord et pas de Calais dont les liaisons maritimes avec la France non occupée fonctionnaient parfaitement.Des ateliers de forges un peu partout en France fabriquaient aussi sans aucun marquage....des usines belges avaient aussi continué une production pour des pays d amérique latine des variantes
Certes, entre septembre 70 et janvier 1871, le Ministère de la Guerre et la Commission d'Armement, qui avaient migré, d'abord, à Tours, puis à Bordeaux, avaient multiplié les commandes, aussi bien, auprès de fabricants français (en zone non-occupée par les Prussiens) qu'étrangers; mais, en gros, les fournitures avaient été soit insuffisantes, soit livrées trop tardivement et, bien trop souvent, hélas, refusées par les services de contrôle et réception de l'Armée, pour des raisons de non-conformité aux cahiers des charges - nous avions beau être dans une période de "m... noire", il n'était pas, pour autant, question de refiler du matériel de mauvaise qualité à nos "pioupious", d'autant qu'après la fessée monumentale du mois d'août 1870 et le siège de Metz, le gros de nos troupes était, alors, constituée d'une aimable bleusaille inexpérimentée et très mal instruite -.
A très peu de choses près, les Chassepots, issus de la production nationale d'avant 1870, qui étaient restés dans des mains françaises ( en service ou en dépot) jusqu'à la fin du conflit, puis les exemplaires fabriqués, à dater de 1871, avant l'adoption du fusil Gras, avaient, tous, été très soigneusement inventoriés, puis stockés par l'Armée Française, qui n'avait pas hésité, en 14-18, d'en doter, encore, quelques troupes de l'arrière... avec les aiguilles, les joints d'étanchéité caoutchouc et les cartouches "papier" nécessaires!

L'essentiel des "Chassepots" qu'on pouvait dénicher dans les années 1960-70, chez les brocanteurs et "antiquaires", qui disposaient d'un rayon militaire, étaient, en réalité, des pièces rebutées par la recette militaire, qui avaient, dès lors, le plus souvent fini leur carrière comme "trophée" familiale, sur le rebord de la cheminée, ou avaient été fourgué, après le conflit, à des chasseurs de gros gibiers.
Je sais à peu près de quoi je cause, car, passionné des armes, dès mon adolescence, j'ai eu longtemps hanté les rayons et les arrières-salles de ces vendeurs, en achetant, ici, un sabre, là, un revolver "allemand",etc., tous étant supposés datés "1870" - hélas, les fusils et mousquetons étaient, eux, rop chers pour ma modeste bourse de lycéen! -. L'arme de poing, au demeurant très sympa, s'était rapidement révélée être une production espagnole de très médiocre qualité, fabriquée dans la première décennie du XXème siècle... autrement dit, elle ne valait pas "tripette", même si je l'avais, moi-même, achetée à un prix des plus modiques... c'était le bon temps!
A sa mise en service, le Chassepot, dont l'emploi militaire avait été inauguré en Italie, en 1867, face aux "Garibaldiens"... - les mêmes qui viendront se "joindre", après septembre 1870, à l'armée française, Dijon et ses "approches" en ayant longtemps gardé un souvenir déplaisant! -.... avait, certes, été considérée comme une arme de qualité, notamment, grâce à son calibre de 11 mm (15mm pour le Dreyse allemand) et ses performances, alors, inédites en Europe - les Américains disposant, déjà, dans ce domaine, d'un arsenal largement aussi performant, voire plus, sans parler de la "carabine" Winchester, dotée, elle, d'un magasin longitudinal et d'un levier de sous-garde à fonctionnement aisé et très rapide. Sinon, l'usage du fusil réglementaire français à culasse Modèle 1866, dont la distribution générale, au sein des différents corps de troupes de l'armée impériale, était très loin d'être achevée, en août 1870, s'était révélé être très perfectible au combat - problème des munitions "papier", de leurs amorces, usure rapide des aiguilles et joints d'étanchéité de culasse. Ce n'est pas le simple fait du hasard, si le fusil Gras avait été accepté comme successeur, dès 1874, soit 8 huit ans, seulement, après la mise en service du Chassepot Modèle 1866, homologation accélérée, au passage, par l'adoption, côté allemand, du Mauser Modèle 1871.
Sinon, pour bien se rendre compte des problèmes d’approvisionnement qu'avait pu rencontrer l'armée française, au cours du second trimestre 1870, il existe, entre autres, un document officiel, établi fin janvier 1871, qui récapitule, dans le cadre du Siège de Paris (septembre 1870, fin janvier 1871), un, les commandes de fourniture de "mitrailleuses" et leurs munitions, deux, les réceptions, trois, les matériels acceptés puis livrés à l'armée - à l'époque, les "mitrailleuses" dépendaient de l'Artillerie-. Paris étant assiégé, on avait, alors, du faire appel à des fabricants, eux-aussi, locaux; sur 526 exemplaires commandées, dont 405 " répliques de Gatling - des répliques plus ou moins réussies mâtinées "cochons d'Inde", Modèle 1962, révisé plus ou moins bien en Modèle 1865 -, à des adjudicataires parisiens, la livraison s'était résumée 78 exemplaires divers, dont 43 avaient finalement été confiés à l'artillerie!
... et, disposant des documents y relatifs, je préfère prévenir, tout de suite, la situation n'était pas meilleure pour le reste de l'armée française. Dans un domaine similaire, le canon à balles de Reffye (calibre 13 mm), produit à 190 exemplaires entre 1866 et 1968,était était, alors, la "mitrailleuse" française réglementaire. 144 pièces avaient été engagées le 1er août 1870, qui pour leur très grande majorité, étaient tombées aux mains de l'ennemi. Les fournitures de canons à balles, entre le 11 09 1870 et le 08 02 1871 s'étaient elles, résumées à...
Ateliers de Nantes – 54 pièces
Ateliers d’Indret – 76 pièces
Ateliers du Creusot – 25 pièces
La production dans les Ateliers de Tarbes ne débutant, elle, qu'en mars 1871!
... soit 155 canons à balles destinés à armer 24 batteries et, très généralement, mal utilisés!
NOTA: De toute manière, à l'époque, l'Artillerie française, à l'instar des autres armées européennes (américains inclus), n'était pas foutu de définir correctement le rôle exact des "mitrailleuses" sur le terrain, contrairement à la Marine, qui, elle, avait très vite pigé tout l'intérêt de leur emploi (canons "mécaniques" Hotchkiss, Nordenfeld), face à des attaques de petits torpilleurs. Il avait fallu attendre le début de la décennie 1890, pour que les armées terrestres finissent par, enfin, prendre en compte la puissance de feu que pouvaient développer les mitrailleuses, désormais à fonctionnement automatique, par recul de la culasse et/ou emprunt des gaz.
Le conflit russo-japonais, en 1904-1905, avait été le premier engagement "moderne" de mitrailleuses "automatiques", chez les deux adversaires, entrainant, au passage, la mise en place de tranchées (inaugurées durant la Guerre de sécession), afin de tenter de protéger, à minima, les "pinpins" de leur tirs meurtriers, entre deux assauts. Visiblement, l'armée française, dix ans plus tard, n'avait toujours pas intégré l'effet de leurs tirs et, plus particulièrement ceux des formations allemandes de mitrailleuses. d'où les très lourds dégâts humains subis par l'armée française, lors des premières semaines du conflit et, alors, que l'assaut en ligne, mené à la baïonnette, constituait, encore, la "règle" pour l'état-major et les chefs de corps,. Formation d'attaque de l'infanterie de ligne française, qui n'était que le résultat, entre autres, de l'existence d'une supposée "
furia francese", étiquette, elle-même, abusivement héritée, à l'occasion de lointaines batailles menées durant le XVIème siècle, en Italie, du temps de François I
er! Sauf que, entre les effets du mousquet "à mèche", à l'emploi long et compliqué, et les ravages causées par les mitrailleuses, il y avait une très sérieuse différence "mortelle". Différence que, au passage, l'armée française n'avait pas, non plus, sérieusement assimilée, durant les combats de 1870-1871, face à l'artillerie de campagne allemande.
