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Pearl Harbor

Moins connue que les batailles du front Européen, la guerre du Pacifique n'en reste pas moins tout autant meurtrière et décisive dans la fin de la seconde guerre mondiale.
MODERATEUR ; alfa1965

Nouveau message Post Numéro: 71  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 27 Juil 2007, 17:35

Bonjour,
Desole d'intervenir au niveau anecdotique dans un echange tres interessant.
Nicolas Bernard a écrit:L'épuisement nerveux... Il est vrai que Manille a un petit air de décadence pour les esprits occidentaux

Un petit air !
Je ne sais pas a l'epoque, mais j'ai passe 3 ans a Manille et peux vous dire que c'est un ENHAURME air de decadence qui frappe de nombreux esprits occidentaux la-bas de nos jours. J'ai failli y laisser des plumes et vous passe les details scabreux...


 

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Nouveau message Post Numéro: 72  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 28 Juil 2007, 02:05

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
Desole d'intervenir au niveau anecdotique dans un echange tres interessant.
Nicolas Bernard a écrit:L'épuisement nerveux... Il est vrai que Manille a un petit air de décadence pour les esprits occidentaux

Un petit air !
Je ne sais pas a l'epoque, mais j'ai passe 3 ans a Manille et peux vous dire que c'est un ENHAURME air de decadence qui frappe de nombreux esprits occidentaux la-bas de nos jours. J'ai failli y laisser des plumes et vous passe les details scabreux...


-Était-ce quelques années après ou dans les mois suivants la libération de Manille ?...


-Ne te gêne pas pour les détails, nous n'en informerons pas ta compagne...

:mrgreen:


 

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Nouveau message Post Numéro: 73  Nouveau message de Daniel Laurent  Nouveau message 28 Juil 2007, 08:04

romualdtaillon a écrit:-Était-ce quelques années après ou dans les mois suivants la libération de Manille ?...

:D :D
Bien sur, non.
Mais entre ce que j'ai vu dans les annees 90 et le peu que je sais des annees 40 a Manille, j'en ai tire la conclusion que cela devait etre bien pire a l'epoque.
Ne te gêne pas pour les détails, nous n'en informerons pas ta compagne

Pas de soucis a ce niveau, mais Prosper veille et les hors-sujets scabreux, il desteste.
:mrgreen:


 

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Nouveau message Post Numéro: 74  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 28 Juil 2007, 08:56

Pas de soucis a ce niveau, mais Prosper veille et les hors-sujets scabreux, il deteste.


Merci pour ces paroles de sagesse Daniel, mais n'hésite pas à communiquer à ce sujet avec Romuald par message personnel interposé

Bon week-end
Prosper ;)
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Nouveau message Post Numéro: 75  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 31 Juil 2007, 01:05

romualdtaillon a écrit:Voici la réponse de Hirohito livrée le 15 octobre à Konoe, prise en note par son secrétaire et rapportée par Peter Wetzler : «Nous considérons le prince Higashikuni parfaitement adéquat comme chef d'état-major de l'Armée. Toutefois, nous croyons que la nomination d'un membre de la maison impériale à un poste politique doit être considérée avec beaucoup de précaution. Par dessus tout, en temps de paix, c'est adéquat mais lorsqu'il y a crainte d'une guerre, alors, considérant le bien-être de la maison impériale, Nous nous interrogeons sur la sagesse d'un membre de la famille impériale servant comme premier ministre.»

(Hirohito a livré la même version dans son haichôroku dicté en 1946)

Wetzler souligne que Konoe a par la suite curieusement rapporté à Higashikuni que «l'empereur approuvait sa proposition» (!!!). Cherchait-il à se convaincre lui-même, se donnait-il du temps pour reparler à Kido ? ou était-il sous l'effet de stupéfiants ?


Il semble que Konoye ait souffert de signes annonciateurs d'une superbe dépression nerveuse. Ce qui, en un sens, ne surprend pas : il sait que le Japon, sa patrie, va se lancer dans une guerre perdue d'avance, et tous ses efforts pour l'éviter n'ont rien donné. Il était si désespéré qu'il envisagera une rencontre au sommet avec Roosevelt, et hésitera même sur la question de savoir s'il ne devait pas forcer le destin et imiter Rudolf Hess en se rendant incognito à la Maison Blanche !

En ces funestes jours d'octobre 1941 où le destin hésite encore, aussi bien devant Moscou pour la Wehrmacht qu'à Tokyo dans les hautes sphères nippones, Konoye était si mal en point qu'il sombrera dans le fatalisme et renoncera à plaider davantage sa cause devant l'Empereur.



Le jour de sa nomination, Tôjô se voit demandé par Hirohito de procéder à «une révision de la politique nationale adoptée en conférence impériale» et devant mener à la guerre contre l'Occident.


Il est vrai que l'Empereur est devenu très pessimiste s'agissant des négociations avec les Etats-Unis. Le 13 octobre, il a confié à Kido qu'il n'avait plus d'espoir dans la diplomatie. Mais, sceptique sur les chances de succès du Japon, il tente de jouer sur les deux tableaux : si le général Tojo est propulsé à la tête du gouvernement, ce dernier n'en doit pas moins poursuivre les pourparlers avec le Département d'Etat américain. Hiro-Hito révélerait également à Kido - nous sommes toujours le 13 octobre 1941 - qu'il conviendrait de conserver quelques passerelles diplomatiques avec l'Amérique, si la guerre devait éclater. Le Vatican pouvait, le cas échéant faire office de médiateur.

L'on voit là toute la subtilité - la duplicité ? - de cet homme - de ce Dieu ? -, qui ne s'engagera pas dans le conflit sans avoir pesé le pour et le contre, ni sans s'être assuré l'ouverture d'une porte de sortie. La nomination de Tojo procède de cet état d'esprit : il est le Premier ministre idéal en temps de guerre (un sabreur obéissant; non rattaché à la famille impériale), et ne présente aucun danger pour le trône en temps de paix. Sa loyauté en fera l'exécutant fidèle de la politique de l'Empereur.

Dans ce contexte, Higashikuni ne pouvait en aucun cas remplacer Konoye. Selon l'Empereur, l'armée devait soit accepter la paix, soit assumer la responsabilité de la guerre. Dans un entretien accordé au journaliste nippon Yoshio Ando, pour l'Ekonomisuto, Higashikuni allait reconnaître les éléments suivants (cité dans Edward Behr, Hiro Hito. L'Empereur ambigu, Robert Laffont, 1987, p. 296) :

Konoye m'a demandé de former un gouvernement. Mais je ne voulais pas être le Premier Ministre. J'ai répondu à Konoye : "Si Tojo refuse de vous écouter, pourquoi ne pas former un quatrième ministère Konoye et en profiter pour le congédier ? Il y a dans l'armée des hommes qui veulent éviter la guerre." Konoye m'a dit : "J'en parlerai à l'Empereur." Tandis que nous discutions ainsi, le général Abe [ancien chef du gouvernement nippon nommé suite à la crise du Khalkin Gol en août 1939] et Kido s'étaient réunis et ils ont proposé de nommer Tojo Premier Ministre ; l'empereur a accepté. Alors Konoye, qui avait quitté la pièce pour savoir ce qui se passait, est revenu me trouver en courant et m'a dit : "C'est Tojo qui sera le prochain Premier Ministre et je n'y peux plus rien." Harada [secrétaire particulier du très pacifiste Prince Saionji] a remarqué : "C'est la fin du Japon."


J'aurais tendance à accorder du crédit à Higashikuni. Ce dernier ne pouvait ignorer les répercussions qu'aurait la chute de Konoye, l'homme qui avait prôné l'invasion de la Chine certes, mais aussi l'homme qui, en cet automne, militait pour un accord avec l'Amérique. Son successeur aurait davantage de chances de lire la déclaration de guerre que proclamer l'obtention d'un compromis diplomatique...



La clé de l'argumentation qui rallia finalement Hirohito et lui fit passer outre l'argument «des 2 ans» de Nobuhito, c'est la question de l'épuisement des ressources compte tenu de l'embargo qui, selon Tôjô, Nagano et Sugiyama, ne pouvait que conduire à la perte des gains en Chine. Ils utilisaient le même argument que Nobuhito et Koshirô Oikawa mais en renversaient la conclusion. Au lieu de s'attarder sur le fait que l'issue de la guerre de la Grande Asie orientale était incertaine, la stratégie adoptée était donc : frappons le plus vite possible pendant que nous le pouvons encore, quitte à négocier d'ici 2 ans.


Il est vrai que la conjoncture internationale était favorable. L'armée allemande avançait au coeur du territoire soviétique, et l'U.R.S.S. pouvait s'effondrer d'un jour à l'autre. L'occupation de l'Europe, la guerre en Afrique du Nord, la bataille de l'Atlantique avaient affaibli les puissances coloniales (Angleterre, France, Pays-Bas) en Extrême-Orient. Il faut y ajouter, malgré les réticences de certains (Yamamoto et, dans une certaine mesure, Nagano), un certain complexe de supériorité découlant peut-être des succès éblouissants remportés depuis plusieurs années par les puissances de l'Axe. La Marine impériale était un bel outil qu'il convenait d'utiliser.

En tant que puissance impérialiste, le Japon ne pouvait certainement pas accepter les exigences américaines (retrait d'Indochine et de Chine, etc.). C'eût été perdre la face. Comment justifier les pertes occasionnées par la guerre contre les armées de Tchiang Kaï-chek ? La remise en cause populaire en découlant aurait généré bien trop d'incertitudes, même s'il faudra attendre encore quatre années de souffrances pour que la population japonaise veuille faire table rase de l'armée.

Mais en tout état de cause, l'Empire n'était plus en mesure d'attendre. L'embargo américain aurait pour effet de faire tomber toute la machine de guerre nippone en panne sèche pour le printemps 1942. Une offensive devait avoir lieu avant la fin de l'année 1941, avant la mi-décembre même pour tenir compte du plan de Yamamoto, qui prévoyait de détruire la Pacific Fleet à Pearl Harbor à une époque où il était encore possible de traverser le Pacifique Nord.

Au fond, l'Empereur, comme Tojo, comme Kido, et comme tant d'autres, ont misé sur un succès dès la première phase de l'assaut nippon, et sur une victoire allemande en Europe. D'après Tojo, la défaite de l'Amérique pouvait survenir une fois la Russie liquidée par le Reich et la Wehrmacht ayant réussi à débarquer en Angleterre. Bref, un calcul des plus hasardeux, où l'orgueil le dispute au malentendu.

Les propositions de paix japonaises de novembre 1941 (propositions A et B, successivement rejetées - la dernière non sans hésitation - par Washington) témoignent de cette réelle inconscience : le retrait de la Chine (nationaliste) et de l'Indochine, plus ou moins total au demeurant, était subordonné à une paix conclue avec Tchiang Kaï-chek et un accord avec les Américains sur la gestion géopolitique du Pacifique. Formules creuses, vagues promesses, autrement dit rien qui ressemblât à l'ébauche d'un véritable accord de paix susceptible d'apporter des garanties à la bonne foi nippone, sévèrement entamée dans l'imaginaire collectif depuis l'invasion de la Mandchourie en 1931. Que les Américains aient sérieusement envisagé, de leur côté, de parvenir à un modus vivendi plus ou moins similaire (levée partielle de l'embargo pour des produits à usage civil en échange d'une évacuation de l'Indochine, valable trois mois en attendant le prochain accord) prouve au moins une chose : ils avaient un besoin effroyable de gagner du temps pour fortifier leurs positions dans le Pacifique.


Concernant la faisabilité de l'attaque de Pearl Harbor, Nagano expliqua dès le 3 novembre à Hirohito que l'attaque surprise «...est une opération extrêmement aventureuse. Son succès dépend au départ de la chance, qui peut varier grandement. Selon le nombre de navires présents, il sera possible de couler 2 ou 3 cuirassés et le même nombre de porte-avions.»


Mais à cette date, Nagano avait rallié, de fort mauvaise grâce, le plan de Yamamoto. Par fatalisme tout d'abord, mais surtout parce que Yamamoto avait menacé de démissionner si son plan d'attaque n'était pas accepté...
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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Nouveau message Post Numéro: 76  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 31 Juil 2007, 01:13

Daniel Laurent a écrit:Un petit air !
Je ne sais pas a l'epoque, mais j'ai passe 3 ans a Manille et peux vous dire que c'est un ENHAURME air de decadence qui frappe de nombreux esprits occidentaux la-bas de nos jours. J'ai failli y laisser des plumes et vous passe les details scabreux...


Par le Tennô ! (c) Buck Danny

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Nouveau message Post Numéro: 77  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 31 Juil 2007, 02:07

Petite précision. J'avais écrit :

Nicolas Bernard a écrit:Tout comme la reconquête de la Birmanie, la poussée de MacArthur vers les Philippines relevait davantage du symbole que de la stratégie, la nécessité d'effacer un affront pour l'orgueil national.


Mon affirmation est incomplète et peut induire en erreur. La reconquête de la Birmanie était certes motivée par le souci de laver dans le sang l'honneur de la Grande-Bretagne bafoué à Singapour et à Hong Kong, mais apparaissait également comme une nécessité stratégique indéniable, à savoir la sécurisation des Indes d'une part, et le maintien d'une voie d'approvisionnement à la Chine nationaliste d'autre part.

A titre d'exemple, l'offensive japonaise de 1944 menée par la XVe armée du général Mutaguchi visait ainsi, non à marcher jusqu'au coeur de l'Inde comme il le sera proclamé, mais à anticiper la reconquête britannique et déstabiliser davantage le "joyau colonial" anglais, déjà agité par les indépendantistes - et notamment Gandhi. La famine du Bengale, survenue en 1943 pour cause de cessation d'approvisionnement en riz birman, avait causé la mort de 3,5 millions de personnes, et considérablement fragilisé le dispositif colonial.

L'attaque japonaise, déclenchée en mars 1944, s'insérait dans un projet plus vaste, consistant à mettre l'armée nationaliste chinoise à genoux et, de là, menacer l'Empire britannique. Le mois suivant, une immense offensive baptisée Ichi Go devait balayer la Chine du Nord au Sud, et permettre aux armées nippones d'occupation d'opérer leur jonction avec les garnisons d'Indochine, ce qui aurait permis, d'une part de s'emparer des bases aériennes disposées par l'Air Force américaine, d'autre part de faciliter le ravitaillement de l'Empire du Soleil. Succès complet, à ceci près que le théâtre d'opérations birman se traduira par une sanglante défaite de la XVe armée dans le secteur de Kohima et d'Imphal au cours de l'été 1944. Les forces du Commonwealth, pugnaces et bien équipées, outre de disposer de la supériorité aérienne, réussiront à bloquer et anéantir les envahisseurs. Quant à la réussite d'Ichi Go sur le territoire chinois, elle n'empêchera nullement les Américains d'asphyxier le "Sanctuaire national" avec leurs sous-marins, et de le bombarder avec leurs B-29 basés dans les archipels du Pacifique, sans oublier l'obstination chinoise à ne point vouloir capituler.

La bataille de Birmanie n'a guère influé sur le cours de la guerre du Pacifique. Le Japon était déjà terrassé par la guerre sous-marine, la reconquête de Nimitz, et serait achevé par les raids nucléaires. Lorsque la XIVe armée britannique, la fameuse "armée oubliée" du général Slim, parviendra à reconquérir la Birmanie en 1945, le sort du conflit était déjà joué depuis longtemps. Tout au plus a-t-elle contribué à briser les reins de la machine de guerre nippone, laquelle n'avait plus grand monde à lui opposer pour protéger ses possessions de Singapour et de Saïgon.
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Nouveau message Post Numéro: 78  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 31 Juil 2007, 13:59

Nicolas Bernard a écrit:

Il semble que Konoye ait souffert de signes annonciateurs d'une superbe dépression nerveuse. Ce qui, en un sens, ne surprend pas : il sait que le Japon, sa patrie, va se lancer dans une guerre perdue d'avance, et tous ses efforts pour l'éviter n'ont rien donné. Il était si désespéré qu'il envisagera une rencontre au sommet avec Roosevelt, et hésitera même sur la question de savoir s'il ne devait pas forcer le destin et imiter Rudolf Hess en se rendant incognito à la Maison Blanche !


Effectivement, il semble que Konoe, esprit brillant et théoricien majeur du régime Shôwa avec Araki, ait été sujet à quelques reprises à ces épisodes manico-dépressifs. En janvier 1939, sa première démission avait d'ailleurs été remise dans un contexte similaire après l'échec de sa médiation avec la Chine, impliquant le rejet des trois «principes de Konoe», et son incapacité à unifier son cabinet à l'égard d'une alliance militaire avec l'Allemagne.

Dans ce contexte, Higashikuni ne pouvait en aucun cas remplacer Konoye. Selon l'Empereur, l'armée devait soit accepter la paix, soit assumer la responsabilité de la guerre. Dans un entretien accordé au journaliste nippon Yoshio Ando, pour l'Ekonomisuto, Higashikuni allait reconnaître les éléments suivants (cité dans Edward Behr, Hiro Hito. L'Empereur ambigu, Robert Laffont, 1987, p. 296) :

Konoye m'a demandé de former un gouvernement. Mais je ne voulais pas être le Premier Ministre. J'ai répondu à Konoye : "Si Tojo refuse de vous écouter, pourquoi ne pas former un quatrième ministère Konoye et en profiter pour le congédier ? Il y a dans l'armée des hommes qui veulent éviter la guerre." Konoye m'a dit : "J'en parlerai à l'Empereur." Tandis que nous discutions ainsi, le général Abe [ancien chef du gouvernement nippon nommé suite à la crise du Khalkin Gol en août 1939] et Kido s'étaient réunis et ils ont proposé de nommer Tojo Premier Ministre ; l'empereur a accepté. Alors Konoye, qui avait quitté la pièce pour savoir ce qui se passait, est revenu me trouver en courant et m'a dit : "C'est Tojo qui sera le prochain Premier Ministre et je n'y peux plus rien." Harada [secrétaire particulier du très pacifiste Prince Saionji] a remarqué : "C'est la fin du Japon."


J'aurais tendance à accorder du crédit à Higashikuni. Ce dernier ne pouvait ignorer les répercussions qu'aurait la chute de Konoye, l'homme qui avait prôné l'invasion de la Chine certes, mais aussi l'homme qui, en cet automne, militait pour un accord avec l'Amérique. Son successeur aurait davantage de chances de lire la déclaration de guerre que proclamer l'obtention d'un compromis diplomatique...


Pouvez-vous préciser l'année de cette entrevue. Je présume qu'elle a évidemment été accordée après la guerre mais était-ce en 1946 ou bien plus tard ? Ma question est motivée par le fait que la version des événements des princes de la famille est souvent bien différente a posteriori, lorsque vient le temps de plaider leur innocence .

Ainsi, nous savons d'après les archives que tous les princes influents approuvaient l'invasion de la Chine en 1937. Pour 1941, il est prouvé d'après des sources tierces (en plus de son entrevue et son journal) que Nobuhito a effectivement exprimé de sérieuses réserves à l'égard de la Guerre de la Grande Asie orientale.

Pour ce qui est des autres princes, la situation est beaucoup plus confuse. Hirohito, dans son haichôroku mentionne qu'en sus de Tôjô, Sugiyama et Nagano, «la majorité des membres de la famille» était en faveur de la guerre contre l'Occident, sans les identifier. Or, en 1946, son animosité à leur égard est claire, il a confié à maintes reprises ses doléances sur ses frères et oncles au vice-grand chambellan Kinoshita, son témoignage est donc sujet à caution.

Yasuhito Chichibu était en convalescence et il semble avoir modéré ses ardeurs belliqueuses par haine de Tôjô. Par contre, mis à part celle de Nobuhito, les archives de 1941 ne font état d'aucune dissession apparente au sein de la famille. De plus, à l'exception de Yasuhito, tous les membres continuent à occuper leurs fonctions militaires usuelles après 1941. Or, un seul d'entre eux s'oppose explicitement à la politique d'agression du régime : Takahito Mikasa qui, une fois en poste à Nanjing, dénonce officiellement les malversations et exactions commises en Chine.

J'ai personnellement beaucoup de difficulté à croire que Naruhiko Higashikuni, membre de l'état-major de l'Armée, identifié par Kido comme partageant les vues des généraux, aurait été recommandé par l'Armée et Tôjô s'il avait clairement affiché ses sympathies «pacifistes» en 1941 au même titre que Konoe, et ses deux ministres Oikawa et Toyoda...


 

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Nouveau message Post Numéro: 79  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 01 Aoû 2007, 14:44

romualdtaillon a écrit:Effectivement, il semble que Konoe, esprit brillant et théoricien majeur du régime Shôwa avec Araki, ait été sujet à quelques reprises à ces épisodes manico-dépressifs. En janvier 1939, sa première démission avait d'ailleurs été remise dans un contexte similaire après l'échec de sa médiation avec la Chine, impliquant le rejet des trois «principes de Konoe», et son incapacité à unifier son cabinet à l'égard d'une alliance militaire avec l'Allemagne.


Un intellectuel brillant, certes, mais qui perdait pied face à la réalité. Il a milité pour l'invasion de la Chine puis, voyant les implications de ce bourbier qui sera à l'armée impériale ce que le Front de l'Est sera à la Wehrmacht, n'a pas été capable d'en assumer les conséquences.

Il a bel et bien tenté de sauver la paix en 1941, mais quelle paix, en définitive ? Une pax nipponica sur l'Asie, avec conservation de certains avantages acquis aux dépends des Chinois.


Pouvez-vous préciser l'année de cette entrevue. Je présume qu'elle a évidemment été accordée après la guerre mais était-ce en 1946 ou bien plus tard ? Ma question est motivée par le fait que la version des événements des princes de la famille est souvent bien différente a posteriori, lorsque vient le temps de plaider leur innocence .


Impossible de vous préciser la date. L'édition du livre d'Edward Behr est une traduction française, qui exclut en conséquence les sources et références - pratique éditoriale douteuse, plus ou moins atténuée depuis.



[...] J'ai personnellement beaucoup de difficulté à croire que Naruhiko Higashikuni, membre de l'état-major de l'Armée, identifié par Kido comme partageant les vues des généraux, aurait été recommandé par l'Armée et Tôjô s'il avait clairement affiché ses sympathies «pacifistes» en 1941 au même titre que Konoe, et ses deux ministres Oikawa et Toyoda...


A mon sens, le choix commun de Konoye, Kido et Tojo est de pure opportunité. C'est un compromis. Nommer Higashikuni Premier Ministre ne signifie pas pour autant la guerre. Ses vues ne sont pas aussi affichées que celles de Tojo, personnification de l'armée.

Les rumeurs courant sur la chute de Konoye impliquaient que, dans ce contexte, son remplaçant ne pouvait être qu'un militariste pur jus. Or, Tojo lui même se récrie à la dernière minute, car il a pris connaissance des dissensions ravageant la Marine impériale suite à la soumission du plan d'attaque de Pearl Harbor. Preuve qu'en octobre 1941, les violons ne sont guère accordés à Tokyo, que les pacifistes ont leur chance s'ils savent jouer les bonnes cartes, et à condition de ne pas exiger des Etats-Unis un nouveau Munich dans le Pacifique.
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Nouveau message Post Numéro: 80  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 02 Aoû 2007, 14:07

Nicolas Bernard a écrit: Impossible de vous préciser la date. L'édition du livre d'Edward Behr est une traduction française, qui exclut en conséquence les sources et références - pratique éditoriale douteuse, plus ou moins atténuée depuis.


Nous pouvons quand même considérer sans se tromper que cette entrevue a été accordée après la guerre. Or, les documents contemporains des événements comme le journal de Konoe et celui de Higashikuni font tous deux mentions de la proposition de Konoe et de sa rencontre avec l'empereur. La réponse de ce dernier est prise en note par le secrétaire de Konoe et la version qu'en donne Konoe par le secrétaire de Higashikuni.

Aucun des documents ne fait référence à un quelconque refus de Higashikuni et le fait que ce dernier ait été avisé avant et après la démarche de Konoe laisse donc présumer qu'il était favorable...

Ayant vous aussi une formation de juriste, vousserez d'accord pour affirmer que la valeur probante de l'affirmation de Higashikuni lors de son entrevue postérieure n'est donc pas très forte, pour ne pas dire plus.



[...] A mon sens, le choix commun de Konoye, Kido et Tojo est de pure opportunité. C'est un compromis. Nommer Higashikuni Premier Ministre ne signifie pas pour autant la guerre. Ses vues ne sont pas aussi affichées que celles de Tojo, personnification de l'armée.

Les rumeurs courant sur la chute de Konoye impliquaient que, dans ce contexte, son remplaçant ne pouvait être qu'un militariste pur jus. Or, Tojo lui même se récrie à la dernière minute, car il a pris connaissance des dissensions ravageant la Marine impériale suite à la soumission du plan d'attaque de Pearl Harbor. Preuve qu'en octobre 1941, les violons ne sont guère accordés à Tokyo, que les pacifistes ont leur chance s'ils savent jouer les bonnes cartes, et à condition de ne pas exiger des Etats-Unis un nouveau Munich dans le Pacifique.


Oui, la dissenssion fait toujours rage et Higashikuni s'est intelligemment réservé des appuis dans les deux camps. Il a toutefois oublié la préoccupation principale de l'empereur : assurer la pérennité de la Kokutai.

Les archives laissent entendre que Kido a, dès le départ, partagé les réticences de Hirohito au sujet de la nomination de Higashikuni.

Lors de son témoignage devant le tribunal de Tokyo, le directeur du Bureau de planification, Teiichi Suzuki, raconte que Kido lui a indiqué au matin du 15 octobre qu'il craignait que l'Armée n'utilise le prince afin d'achever leur manoeuvres bellicistes.

Kido aurait demandé à Suzuki de s'enquérir auprès de Tôjô pour savoir si la candidature de Higashikuni était considérée parce que le rejet de la guerre contre l'Occident était souhaitée et qu'un prince était pressenti pour rallier les disidents ou si au contraire le prince devrait simplement présider au processus d'entrée en guerre ? Tôjô aurait répondu que si la décision allait à l'encontre de la guerre, Higashikuni serait le seul à pouvoir contrôler les dissidents.

Dans son journal et après la guerre, Kido a soutenu s'être opposé à la candidature de Higashikuni pour éviter que la famille impériale n'assume la responsabilité de la guerre.


 

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