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LE PROCÈS DE TOKYO

Moins connue que les batailles du front Européen, la guerre du Pacifique n'en reste pas moins tout autant meurtrière et décisive dans la fin de la seconde guerre mondiale.
MODERATEUR ; alfa1965

LE PROCÈS DE TOKYO

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 02 Fév 2006, 20:56

Équivalent oriental du procès de Nuremberg, le procès de Tokyo traîne une réputation de scandale et de malversation. Jugement arbitraire des vainqueurs et manifestation du racisme des blancs envers les jaunes pour les partisans de l'impérialisme japonais; magouille anti-communiste complotée en catimini entre les autorités américaines et japonaises pour les victimes des atrocités de l'ère Showa, ce procès fait aujourd'hui l'objet d'une opprobe quasi unanime.

Son origine juridique se trouve dans plusieurs textes internationaux. Dans les déclaration issues de la Conférence du Caire de 1943, par laquelle la Grande-Bretagne, la Chine et les E-U annoncèrent que "l'objectif de cette guerre est d'arrêter et de punir l'agression japonaise", de la Conférence de Postdam, par laquelle les 3 mêmes alliés déclarèrent que "la justice doit être imposée à tous les criminels de guerre, incluant ceux qui ont imposé des actes cruels à nos prisonniers", ainsi que dans la recommandation de la Commission des crimes de la Société des nations qui confia le soin d'organiser un tribunal international à l'Australie, à la G-B, au Canada, à la Chine, à la France, à la Hollande, à la N-Z, à l'Union soviétique et aux E-U. Conséquemment, la Charte constitutive du Tribunal fut adoptée le 8 août 1945 et il fut décidé par les E-U, la G-B, l'Union soviétique et la Chine que le procès aurait lieu à Tokyo.


1) L'ENQUÊTE

1.1) L'HOMME DE MAC ARTHUR

Le 11 septembre, en qualité de commandant suprême des forces alliées, Douglas Mac Arthur ordonna l'arrestation et l'emprisonnement des criminels de guerre présumés à la prison de Sugamo à Tokyo. Alarmé par cette décision, le premier ministre Higashikuni proposa à Hiro Hito que ce dernier dirige lui-même le procès des prévenus. Cette solution déplu beaucoup à l'empereur et fut finalement rejetée par le quartier-général allié. Le 27, Mac Arthur eut une rencontre privée avec Hiro Hito au cours de laquelle il lui fit comprendre que les E-U pourraient se montrer "compréhensifs" si l'empereur se montrait docile et accordait sa pleine et entière collaboration.

Dans le but de faire le lien entre son bureau et l'entourage impérial, Mac Arthur délégua le brigadier-général Bonner Fellers comme enquêteur spécial. Fellers était un non seulement un "familier" de Mac Arthur mais également un proche de l'ancien président Hoover. De septembre 45 à mars 46, Fellers rencontra, avec l'aide de deux interprètes, une quarantaine de hauts dirigeants détenus à Sugamo. Pendant cette période, il permis aux prévenus d'échanger leurs notes. En conséquence, ces derniers en vinrent finalement à soutenir à peu près tous la même version.

Le contenu de certains de ces échanges a été préservé en raison de la découverte des notes de l'interprète Shuichi Mizota. La stratégie de Mac Arthur fut clairement présentée aux japonais, comme en fait foi la transcription de deux extraits des notes de Mizota et rapportant les propos tenus par Fellers.

-6 mars 1946, lors d'une conversation avec l'amiral Yonai :
"Pour contrer les soviétiques qui veulent punir l'empereur comme criminel de guerre, ça serait très pratique que le côté japonais puisse prouver que l'empereur était sans blâme. Je crois que les procès à venir offrent la meilleure opportunité de faire cela. Tojo, en particulier, devrait être amené à porter toute la responsabilité. En d'autres mots, je veux que faissiez dire à Tojo : "À la conférence impériale avant le début de la guerre (avec les E-U), j'avais déjà décidé de mener le pays à la guerre même si sa majesté était contre le fait d'aller en guerre contre les E-U.""

-22 mars 1946, lors d'une conversation avec Mizota :
"L'avocat le plus influent de pensée anti-américaine est Cohen, un juif et un communiste, c'est l'aviseur principal du secrétaire d'état Byrnes. Comme je l'ai dit à Yonai, ce serait extrêmement désavantageux pour la position de Mac Arthur aux E-U de citer à comparaître le même empereur qui collabore avec lui et facilite une administration facile de l'occupation."

Si Yonai et Tojo, après sa tentative de suicide, collaborèrent spontanément avec Feller, il n'en fut pas ainsi de tous les suspects. L'ancien premier ministre Konoye, évincé du pouvoir par Hiro Hito en 1941 et à nouveau ministre sous Higashikuni eut le malheur de laisser entendre qu'il voulait voir l'empereur assumer la responsabilité de la guerre et de la défaite. Qualifié par Fellers de "rat qui cherche à vendre tout le monde pour se sauver", il fut soumis à d'intenses pressions lui laissant croire qu'il serait considéré comme le criminel numéro 1 du gouvernement s'il n'offrait pas sa collaboration. Réalisant qu'il était isolé et considéré comme un traître par ses pairs, il finit pas se suicider en décembre 1945.

1.2) LE SORT DE LA FAMILLE IMPÉRIALE

Entretemps, en dépit d'une résolution unanime du congrès américain demandant le jugement de Hiro Hito comme criminel de guerre, l'équipe de Mac Arthur continuait son travail de persuasion auprès de Truman en insistant sur le fait que "la structure impériale était le meilleur rempart contre le communisme" et que "la démocratie ne fonctionnerait jamais au Japon". Ce travail de persuasion était primordial car Washington venait de transmettre à Mac Arthur une directive lui indiquant que "la position du gouvernement des Etats-unis est que Hiro Hito n'est pas à l'épreuve d'une arrestation, d'un jugement et d'une condamnation comme criminel de guerre...quand l'occupation pourra fonctionner sans lui, la question de son jugement sera soulevée."

Le 25 janvier, Mac Arthur avait effrontément menti en écrivant au chef de cabinet de l'armée, Eisenhower : "Aucune preuve spécifique et tangible n'a été découverte concernant des activités précises de l'empereur qui peuvent le lier à des décisions politiques de l'empire durant la dernière décennie." En février, le commandant suprême avait de plus amorcé la fameuse campagne de propagande par laquelle on vit Hiro Hito se promener au Japon pour rencontrer ses sujets ou encore poser en bon père de famille avec ses proches.

S'il semblait, qu'à court terme, l'empereur ne serait pas accusé, le doute subsistait toutefois quant au sort du reste de la famille impériale. Aussi, le second frère de l'empereur, le prince Takamatsu se mit-il en devoir de donner de somptueuses réceptions et parties de chasse auxquelles étaient conviés les procureurs américains. Hiro Hito augmenta même le budget des dépenses pour financer ces événements.

Certains membres de la famille, comme le prince Asaka, furent interrogés hors cour. Ce dernier déclara le 1 mai 1946 qu'il n'y avait eu à Nanking "aucun massacre de prisonniers" et "qu'il n'avait reçu aucune plainte quant à la conduite de ses troupes."

A ce stade, Hiro Hito avait encore des chances d'être convoqué comme témoin lors de l'audience. En conséquence, l'équipe de Mac Arthur envoya à l'empereur, par l'intermédiaire d'un officier du nom de Terasaki, marié à une américaine proche de Fellers, une série de questions pour lesquelles elle voulait des réponses qui seraient utilisées contre les accusés. Hiro Hito entreprit ainsi de rédiger une série de 5 "dictées" d'une durée de plus de 8 heures au total par lesquelles il justifiait son action, surtout en regard de la guerre avec les E-U. Lors de la seconde de ces séances, Terasaki informa l'empereur que Mac Arthur avait officiellement envoyé un télégramme à Washington l'exonérant de tout crime. Une fois terminées, ces dictées furent ensuite "corrigées" par Hoover et retransmises à Hiro Hito.

1.3) LE DÉPÔT DES ACCUSATIONS

De février à mars 1946, les 11 procureurs internationaux, supervisés par l'américain Joseph Keenan, entreprirent de colliger la preuve disponible. Ceux-ci avaient amorcé leur enquête en décembre 1945 mais n'avaient toutefois pu avoir accès aux documents et archives des ministères japonais que le 3 janvier 1946.

En mars, les procureurs remirent finalement leur liste respective pour les accusés de classe A. 30 noms apparaissaient sur la liste américaine et 11 sur la liste brittanique, ni l'une ni l'autre ne mentionnait l'empereur. La liste australienne en comportait quant à elle 100 et contenait un mémorandum détaillé sur les crimes de Hiro Hito, accusé entre autres de "crimes contre la paix" et de "crimes contre l'humanité". L'équipe soviétique demanda quant à elle à son arrivée au Japon, le 13 avril, que toute la famille impériale soit jugée et fusillée.

Les listes chinoises et phillippines avaient fait l'objet de négociations préalables avec les E-U. En échange d'une aide économique et millitaire apréciables, ces pays acceptèrent de ne pas s'opposer à l'absence de la famille impériale sur la liste finale. D'ailleurs pour le dirigeant chinois Chang, l'ordre impérial japonais représentait au fond un rempart contre le communisme, devenu son ennemi le plus pressant. Occupé à gérer 10 autres procès sur le territoire chinois, Chang considérait de plus celui de Tokyo comme relativement peu important. Non seulement son procureur ne s'objecta-t-il pas à l'absence de la famille impériale mais il n'insista même pas pour que le général Okamura, maître d'oeuvre du sankô sakusen (opération tue tout, vole tout, brûle tout) soit accusé. Après tout Okamura avait surtout sévit dans des territoires contrôlés par les communistes. Le procureur chinois centra donc son attention sur le massacre de Nanking, dans lequel les troupes de Chang avaient péri.

Le comité finit par s'entendre sur les noms de 70 criminels de classe A appréhendés et toujours vivants. Il convint d'en accuser tout d'abord 28 et divisa les autres en deux groupes : 23 pour le groupe 2, et 19 pour le groupe 3. Le premier groupe était constitué de chefs millitaires et politiques alors que les second et troisième étaient composés d'industriels et d'hommes d'affaires ainsi que de politiciens de second plan.

Ayant refusé aux procureurs la possibilité de d'interroger l'empereur, Mac Arthur fit savoir aux procureurs américains qu'ils devaient éviter toute mention relative à l'implication de Hiro Hito et des membres de sa famille dans la conduite de la guerre. La décision fut de plus prise à Washington de cacher toute information relative aux unités de recherche bactériologiques ou à l'utlisation d'armes chimiques par l'armée japonaise.


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Première rencontre entre le commandant suprême et l'empereur. Le premier a opté pour un style confiant et décontracté...


La suite dans la seconde partie :
L'AUDIENCE
Dernière édition par romualdtaillon le 03 Fév 2006, 17:36, édité 4 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 02 Fév 2006, 22:37

La suite, la suite Romuald, c'est tellement mal connu ici.

St Ex

PS: merci


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 03 Fév 2006, 17:32

2) L'AUDIENCE


Le tribunal siégea pour la première fois le 3 mai 1946 dans l'auditorium du ministère de la guerre. La salle pouvait accueillir 1 660 spectateurs. Entourant le juge en chef, l'australien William Webb, se trouvaient 10 juges représentant le Canada, la Chine, la France, la Hollande, la Nouvelle-Zélande, les Philippines, la G-B, les E-U, l'Union soviétique et l'Inde.

Partisan affiché de l'axe Japon-Allemagne-Italie, le juge indien Radhabinod Pal avait fait savoir dès le début de la procédure qu'il considérait que les alliés n'avaient pas le droit de juger le Japon ou l'Allemagne et, en conséquence avait refusé de signer une déclaration conjointe par laquelle les juges s'engageaient à "administrer la justice avec équité". Pal s'absenta ainsi de 109 des 466 jours d'audition et, chaque fois qu'il passait devant les accusés, s'inclinait respectueusement devant eux.

2.1) LA PREUVE DE LA POURSUITE

Le premier jour du procès fut marqué par un événement cocasse. Lors de l'annonce des chefs d'accusation, l'un des accusés, Shumei Okawa, ancien chef du bureau de planification économique de l'Est-Asie, assèna une taloche à la tête de Tôjô. Il fut par la suite considéré inapte à subir son procès et interné dans un hopital psychiatrique.

Présentée sur une période de 8 mois, la preuve de la poursuite visait essentiellement à démontrer que les accusés avaient déclaré "la guerre à la civillisation". Pour ce faire, la poursuite fit entendre 109 témoins et déposa 561 documents écrits. Les faits invoqués s'étendaient de l'invasion de la Manchourie en 1931 à la capitulation.

Si le procureur Keenan s'en tint aux directives de Mac Arthur et tentait d'éviter toute mention relative à la famille impériale ou aux armes chimiques et bactériologiques, il failli toutefois perdre le contrôle de la preuve à quelquse reprises.

Le 27 juin, le témoin Inukai, fils de l'ancien premier ministre assassiné, fit ainsi une référence directe à Hiro Hito en déclarant que son père avait demandé à l'empereur, lors d'une audience, que ce dernier ordonne le retrait des troupes armées de la Manchourie. Plutôt que d'affirmer que l'empereur n'en avait pas le pouvoir, Inukai déclara que son père n'avait pas réussi à convaincre Hiro Hito. Le lendemain, le juge Webb demanda au témoin de clarifier sa position sur la question du pouvoir de l'empereur et Inukai tenta maladroitement de corriger ses dires.

En novembre, la preuve de la poursuite failli cette fois déraper du côté des armes bactériologiques lorsque le procureur Sutton déposa un affidavit du soldat déserteur Hataba, ancien membre de l'unité 1644. Cet affidavit censuré contenait une mention de trois phrases relatives à l'injection de sérum empoisonné à des civils de Nanking. Questionné par le juge Webb, qui s'inquiétait de la portée de cette affirmation, et réalisant son erreur, le procureur déclara ne pas avoir de preuve supplémentaire à offrir sur cette allégation et la mention fut retirée à la demande de la défense.

2.2) LA PREUVE DE LA DÉFENSE

La preuve de la défense s'étala sur 11 mois, un délai aussi long que toute la durée du procès de Nuremberg. Pendant la majeure partie de l'année 1947, la défense fit entendre 310 témoins et déposa 214 documents écrits. L'argument principal des défendeurs résidait dans le fait que "la guerre japonaise était une guerre d'auto-défense contre les E-U et la G-B" et "qu'il y avait une différence entre les crimes de guerre de l'Allemagne et ceux allégués contre les accusés".

Les témoignages les plus remarquables parmi les 28 défendeurs furent livrés par Kido, Tôgô et Tôjô. Ce dernier témoigna à partir du 27 décembre 47 avec une assurance et une fermeté qui rappelaient la prestance de Goering à Nuremberg. Tôjô se livra notamment à une vibrante défense de l'empereur et du processus décisionnel impérial. Selon ses dires, toutes les atrocités de l'armée était purement accidentelles et aucune propagande ou doctrine idéologique n'en était la source. S'adressant au peuple japonais plutôt qu'à la cour, il se dépeignit comme une victime et s'indigna du fait qu'il puisse être accusé de crime de guerre par les nations qui avaient vaincu le Japon.

Dans son plaidoyer, Tôjô commis toutefois une bourde qui failli faire déraper l'issue du procès. Interrogé par l'avocat de Kido qui lui demandait s'il se souvenait d'un exemple où Kido avait proposé une mesure ou agi contre le voeux de l'empereur de favoriser la paix, Tôjô répondit : "Aussi loin que je me souvienne, ça ne s'est jamais produit. Plus encore, aucun sujet japonais, même un haut officier du Japon, n'irait jamais à l'encontre de la volonté de l'empereur."

Questionné par le juge Webb sur la responsabilité personnelle de Hiro Hito dans le déclenchement de la guerre Tôjô, tenta de se rattraper et la séance fut ajournée à la demande de la poursuite. Avec l'aide du procureur Keenan, Tôjô prépara une nouvelle argumentation, visant à exonérer Hiro Hito, qu'il étaya à son retour le 6 janvier 1948.

2.3) UN EMPEREUR SOUS PRESSION

Tout au long de la durée du procès, Hiro Hito fut soumis à d'importantes pressions de la part de personalités japonaises qui lui demandaient d'abdiquer.

Les pressions les plus importantes venaient de son entourage. Son second frère, le prince Takamatsu affirmait à qui voulait l'entendre que Hiro Hito devait renoncer au trône et nommer le prince Chichibu comme régent. Cette opinion était partagée par le plus jeune frère de l'empereur, le prince Mikasa. Ce dernier interpella même l'empereur lors d'une réunion du conseil privé tenue le 27 février en lui demandant d'accepter la responsabilité de la défaite et d'abdiquer. Quant au prince Higashikuni, l'oncle de l'impératrice, il affirma le 4 mars au New York Times que "le prince Takamatsu serait régent jusqu'à la majorité du prince Akihito".

Plusieurs intellectuels japonais se prononcèrent également publiquement en faveur de l'abdication; parmi eux le philosophe Tanabe Hajime, le président de l'université de Tokyo Nambara Shigeru et le poète Miyoshi Tatsuji. Ce dernier écrivit dans une série d'articles publiés de janvier à juin 46 dans Shinchô "qu'il n'y aurait pas de moralité dans le monde" à moins que l'empereur n'abdique "aussi rapidement que les circonstances le permettent" et que "l'empereur porte la responsabilité d'avoir été extrêmement négligent dans l'accomplissement de ses devoirs" en permettant "le comportement violent des cliques millitaires"

En octobre 46, alors que Hiro Hito commençait à récolter aux E-U les fruits de sa campagne de blanchiment, Bonner Fellers, l'homme de Mac Arthur, était rapatrié à Washington. Le département de la guerre, Eisenhower en tête, avait découvert qu'il cachait des informations au gouvernement. Dégradé au rang de colonel, Fellers dût partir si vite qu'il n'eut même pas le loisir d'assister à une audience d'adieu que désirait lui accorder l'empereur. Engagé à plein temps au parti républicain par Hoover, il ne remis jamais les pieds au Japon. En reconnaissance de ses services, l'empereur lui accorda toutefois "l'Ordre du trésor sacré" lors d'une cérémonie privée à Washington en 1971.

En avril 1948, Hiro Hito pouvait commencer à respirer à l'aise. L'audition de la preuve s'était terminée sans que lui ou aucun des membres de la famille impériale n'ait été appelé à témoigner.


LE COIN DES ACCUSÉS


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LE COIN DES JUGES

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La suite dans la troisième partie :
LE JUGEMENT
Dernière édition par romualdtaillon le 04 Fév 2006, 14:54, édité 2 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 03 Fév 2006, 18:29

Merci Romuald

St Ex


 

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Audie Murphy  Nouveau message 03 Fév 2006, 22:05

Je n'ai pas eu le temps de lire Romuald, mais je m'y mettrai dès que possible. Merci d'avoir bien voulu partager ces informations avec notre communauté !
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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 06 Fév 2006, 18:06

3) LE JUGEMENT

Les membres du Tribunal. Le juge en chef, l'australien William Webb, est assis au milieu. Le petit homme chauve derrière lui est le français Henri Bernard. Le juge indien Radhabinod Pal est à l'arrière, à gauche, à sa droite se trouve le juge Röling.

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3.1) LE PRONONCÉ DE LA DÉCISION

Le 4 novembre 1948, après plus de 6 mois de délibération, le tribunal de Tokyo rendait sa décision. Une décision majoritaire avec la dissendence attendue du juge Pal qui avait tenu à rendre un jugement séparé.

Sur les accusations de 1) avoir initié des guerres d'agression ou des guerres en violation des lois internationales, 2) d'avoir ordonné ou permis le traitement inhumain de prisonniers de guerre (violation des lois et coutumes de la guerre) et 3) manqué à leur devoir en ne prenant, délibérément ou par négligence, aucune mesure pour prévenir la commission d'atrocités, 25 des accusés étaient déclarés coupables. Deux (Matsuoka et Nagano) étant morts avant la fin du procès, l'étaient par coutumance et un (Okawa) avait été interné pour traitement psychiatrique.

Le 12 novembre, la sentence était prononcée, 7 accusés furent condamnées à mort :
Hideki Tôjô, Chef de cabinet de l'armée du Kwantung, ministre de l'armée et premier ministre
Kenji Doihara, Chef des services spéciaux de l'armée du Kwantung
Seishiro Itagaki, Chef de cabinet de l'armée du Kwantung et ministre de l'armée
Iwane Matsui, Général en chef de l'armée lors de la campagne Shangaï-Nanking
Akira Muto, Chef de cabinet de l'armée japonaise de Chine-centre
Heitaro Kimura, Chef de cabinet de l'armée du Kwantung, commandant en chef de l'armée de Bunna
Koki Hirota, Seul civil du lot, ministre des affaires étrangères, premier ministre.

16 autres accusés furent condamnés à la prison à vie avec, parmi eux Koichi Kido, Garde des sceaux du conseil privé et ministre de l'éducation et des affaires intérieures. Les deux derniers, Tôgô et Shigemitsu, étant respectivement condamnés à 20 ans et 7 ans d'emprisonnement.

Dans sa décision dissidente qui fut lue le 12, le juge Pal déclarait tous les accusés non coupables et prononçait l'illégalité des tribunaux de Tokyo et de Nuremberg au motif que leur constitution avait outrepassé le droit international.

Parmi les décisions du jugement majoritaire, outre les dissidences sur des points précis, deux obiter dictum se démarquent particulièrement. Le premier, écrit par le juge Webb, critique l'immunité acordée à Hiro Hito et souligne que "L'empereur a ordonné que le processus (de l'attaque de Pearl Harbor) soit exécuté. Il demeure que les hommes qui conseillent la commission d'un crime ne sont pas plus coupables que celui qui en a ordonné la commission" et qu'"Aucun dirigeant ne peut commettre le crime de déclencher une guerre agressive et par la suite demander d'être excusé de l'avoir fait parce que sa vie aurait été en danger". Le second, obiter sur le même sujet par le juge français Henri Bernard conclut que ce procès "a vu le principal instigateur échapper à toute poursuite et, dans tous les cas, les présents accusés ne peuvent être considérés que ses complices".

3.2) L'EXÉCUTION DU JUGEMENT

Les condamnés en appellèrent de la décision du Tribunal à la Cour suprême des E-U. Le 20 décembre, la cour déclara toutefois ne pas avoir le pouvoir de réviser les sentences.

Les 7 condamnés à mort furent pendus le 23 décembre à la prison de Sugamo. Pendant le procès, Mac Arthur et le gouvernement américain se désintéressèrent totalement du processus judiciaire implicant les criminels de guerre. L'ennemi était maintenant l'Union soviétique et la Chine communiste. Aussi, les 42 prévenus qui avaient été incarcérés dans l'attente de leur jugement furent relâchés en douce avant même le prononcé du jugement. Parmi ceux-ci se trouvait Nobusuke Kishi, futur premier ministre en 1957, qui consacra sa nouvelle carrière à exonérer ses complices.

Ainsi, si 3 des 16 criminels condamnés à l'emprisonnement moururent au cachot, les 13 autres furent libérés en 1954 et 1955 par le gouvernement du premier ministre Ichiro Hatoyama, pour lequel Kishi était ministre. Kishi continua le travail en 57 et 58 avec les criminels de classe B et C jugés lors de d'autres procès.


En 1981, le juge néerlandais B.V.A. Röling, le seul survivant du Tribunal, signait un texte qui accompagnait un article scientifique révélant l'existence de l'unité de recherche bactériologique de Shiro Ishii. Röling écrivait : "A titre de juge au Tribunal millitaire d'extrême-orient, c'est une expérience amère pour moi de n'être informé que maintenant que des activités criminelles japonaises de la nature la plus abjecte ordonnées par le gouvernement central, ont été tenues hors de la connaissance du Tribunal par le gouvernement des E-U"



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Le juge William Webb
Dernière édition par romualdtaillon le 06 Fév 2006, 22:46, édité 1 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de hilarion  Nouveau message 06 Fév 2006, 18:49

Avant de faire un topic dans le centre de documentation peux-tu m'indiquer tes sources stp.


 

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de romualdtaillon  Nouveau message 06 Fév 2006, 20:04

Bien sûr :

-A plague upon humanity, Daniel Barenblatt, Harper Collins 2004
-The failure of the Tokyo trial, Wu Tianwei, http://www.centurychina.com/wiihist/jap ... trial.html
-The Yamato dynasty, P and S Seagrave, Broadway books, 2000
-L'heure des comptes, Pierre Vallaud, Acropole 2002
-HiroHito and the making of modern Japan, Herbert Bix, Perennial 2001
-Unit 731 testimony, Hal Gold, Tuttle 1995
-Shinshutu Shiryô kara mita Shôwa tenô dokuhakuroko, Takada Makiko, Seiji keizai shigaku 299, 1991


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Audie Murphy  Nouveau message 09 Fév 2006, 07:46

Beau travail romuald, je comprends maintenant beaucoup mieux ton aversion pour l'Empereur et son «ardent défenseur» MacArthur !
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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de Nicolas Bernard  Nouveau message 22 Fév 2006, 14:37

romualdtaillon a écrit:Bien sûr :

-A plague upon humanity, Daniel Barenblatt, Harper Collins 2004
-The failure of the Tokyo trial, Wu Tianwei, http://www.centurychina.com/wiihist/jap ... trial.html
-The Yamato dynasty, P and S Seagrave, Broadway books, 2000
-L'heure des comptes, Pierre Vallaud, Acropole 2002
-HiroHito and the making of modern Japan, Herbert Bix, Perennial 2001
-Unit 731 testimony, Hal Gold, Tuttle 1995
-Shinshutu Shiryô kara mita Shôwa tenô dokuhakuroko, Takada Makiko, Seiji keizai shigaku 299, 1991


Mes félicitations pour votre article.

Votre liste est, ma foi, complète. Il conviendrait peut-être d'y ajouter deux excellents ouvrages... contradictoires :

1) une critique du procès : Victors' Justice. The Tokyo War Crimes Trial, Richard H. Minear, réédité en 2001 par les presses de l'Université du Michigan ;
2) une réhabilitation (une fois n'est pas coutume) du Tribunal : Judgment at Tokyo. The Japanese War Crimes Trials, par Timothy Maga, University Press of Kentucky, 2001.

Malgré une partialité américaine qui aboutit à faire de ce procès une version ratée de Nuremberg, le procès de Tokyo constitue, à l'image de son homologue antinazi et de même que d'autres procès d'Extrême-Orient, une belle source de documentation pour les historiens, qui a notamment permis à Lord Russell of Liverpool de pondre par la suite un bon ouvrage de synthèse sur les crimes japonais : The Knights of Bushido. A Short History of Japanese War Crimes (ouvrage réédité depuis).

Le procès de Tokyo survient à une époque où l'Amérique s'insère dans une logique de Guerre Froide. Mais il s'inscrit également dans un contexte de décolonisation, amorcée par les défaites occidentales de 1942. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur la composition même du Tribunal, incluant un magistrat indien, Radhabinod Pal, soucieux de défendre les accusés par anticolonialisme. Comme vous l'avez rappelé, le passé du bonhomme ne plaidait pas en faveur de son objectivité, puisqu'il n'avait pas dissimulé - toujours par anticolonialisme - son soutien aux forces de l'Axe.
« Choisir la victime, préparer soigneusement le coup, assouvir une vengeance implacable, puis aller dormir… Il n'y a rien de plus doux au monde » (Staline).

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