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Iwo Jima, les sables sanglants... emblème de l'USMC

Moins connue que les batailles du front Européen, la guerre du Pacifique n'en reste pas moins tout autant meurtrière et décisive dans la fin de la seconde guerre mondiale.
MODERATEUR ; alfa1965

Iwo Jima, les sables sanglants... emblème de l'USMC

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Kelilean  Nouveau message 02 Juil 2005, 14:39

IWO JIMA

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L'île d'Iwo Jima prise lors d'une reconnaissance aérienne. Le mont Suribachi est dans le coin inférieur droit, à la pointe sud de l'île.

En février 1945, les Marines débarquent sous les flancs du mont Suribachi, point culminant d’une île perdue du Pacifique, Iwo Jima. L’affrontement qui commence pour ce bout de terrain inculte, pratiquement inhabité en dehors de ses défenseurs, est une étape de plus qui rapproche les Américains de la victoire finale sur le Japon. L’enjeu stratégique est d’importance, propulsant ce " caillou " jusqu’alors inconnu au rang des objectifs vitaux d’un large plan d’ensemble, visant un assaut direct contre l’Empire du Soleil Levant.

« Towards Japan »
Le déroulement de la reconquête du Pacifique menée par les États-Unis permet, en 1944, d’envisager une offensive contre l’archipel japonais lui-même. Mais alors, et avant tout, devront y être réalisés des bombardements intensifs, en vue de préparer un assaut qui promet d’être rude et sanglant. Au commencement de cette année qui voit les troupes alliées débarquer en France, le 6 juin 1944, est envisagé le bombardement aérien des terres nippones depuis certaines des Îles Mariannes (Guam, Saipan et Tinian), dont la reconquête sera finalisée à l’été de 1944. C’est alors qu’Iwo Jima prendra toute son importance.
Les plans américains pour la poursuite de l’offensive dans l’Ouest du Pacifique étaient, jusqu’en ce début de 1944, essentiellement basés sur la manière dont il faudrait s’affranchir des Philippines. Mac Arthur – en particulier – considérait la prise de ces territoires comme le meilleur tremplin à une continuité des opérations visant le Japon. Mais d’autres voies se faisaient insistantes, proposant depuis quelques mois déjà une stratégie finale différente. En septembre 1944, lors de la seconde conférence de Québec, les chefs d’état-major se rangent aux demandes instantes de Mac Arthur (décidé à tenir sa promesse de revenir aux Philippines), et l’autorisent à commencer sa campagne courant octobre. L’amiral King qui commande en chef l’US Navy, est peu favorable à cette option mais s’incline, tout en essayant d’obtenir l’inclusion de Formose (devenue Taiwan) aux nouvelles données stratégiques. Il est convaincu que les États-Unis pourraient y gagner une base arrière, facilitant les bombardements sur le Japon. La marine pourrait aussi y exercer un contrôle de la Mer de Chine méridionale, et ainsi couper certaines des principales voies de ravitaillement du Soleil Levant. Le 29 septembre, deux jours après la clôture de la conférence, lors d’une réunion avec cinq des hommes aux commandes de la conduite des opérations sur mer, sur terre et dans les airs pour le Pacifique, il est seul à défendre cette thèse. Nimitz, Sherman, Spruance, Harmon et Buckner, peu enclins à la seule solution des Philippines, mais également réticents à l’opinion de King, lui opposent des rapports étayés. Ils mettent en lumière les difficultés prévisibles à s’emparer de la partie sud de Formose, puis les risques encourus par les bombardiers basés là, soumis à l’aller ou au retour de leurs raids aux assauts des escadrilles ennemies demeurant dans la partie septentrionale de la grande île. De plus à l’époque, les Mariannes, même si elles sont un peu plus éloignées du Japon que Formose, étaient plus sûres en terme de trajet des bombardiers lourds, restaient dans leur rayon d’action, mais surtout avaient déjà été conquises. A contrario d’une offensive visant Formose, les interlocuteurs de King étaient tombés d’accord sur une option très différente, celle de s’emparer de deux îles bien précises, Okinawa et Iwo Jima.

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Iwo Jima, l’enjeu

La première de ces deux îles, Okinawa dans l’archipel des Ryû-Kyû, se trouve à quelque 600 km au sud-ouest de Kyûshû (l’île la plus au sud du Japon), soit à environ 1 000 km seulement de Tokyo. Sa situation et sa configuration sont de nature à en faire une base appréciable pour les bombardiers US et leurs chasseurs d’escorte. On espère pouvoir déployer là pas moins de 800 d’entre eux, avec mission d’effectuer des bombardements à outrance en territoire ennemi.
Iwo Jima quant à elle, beaucoup plus petite que Okinawa, est située pratiquement à mi-chemin entre les Mariannes et le Japon, dans le sud et à quelque 1 000 km de ce dernier. Il s’avérait possible, malgré sa superficie, d’y déployer suffisamment de potentiel aérien pour que son emploi fût rentable et efficace. Mais surtout, elle se trouve directement sur l’axe de vol vers le Japon des bombardiers que l’on envisage de baser sur Guam, Saipan ou Tinian (Mariannes). De fait, conservée par l’ennemi elle devient un danger pour les escadrilles qui, pratiquement, doivent la survoler sur leur route vers le Japon. À l’inverse, aux mains des Américains, elle sera d’une aide très précieuse pour la mise en œuvre des chasseurs d’escorte, dont le rayon d’action est inférieur à celui des quadrimoteurs devant constituer les escadrilles de bombardement. De même, sa présence à mi-chemin est une sécurité, au cas où des appareils se verraient incapables, pour diverses raisons, de continuer leur route et obligés de se poser dans l’urgence. Il semble par ailleurs évident qu’il sera possible de se rendre maître de l’île plus rapidement que s’il s’agissait d’envahir la partie méridionale de Formose, ce qui, compte tenu du fait que les Mariannes sont déjà tombées, ferait gagner un temps précieux sur la montée en puissance des bombardements stratégiques du Japon.
Ces arguments sont forts et une fois encore, King s’incline. Il n’abandonne pas cependant son projet de prendre le sud de Formose, qu’il remet simplement à une date ultérieure, après qu’Okinawa et Iwo Jima seront tombées en mains américaines. Il informe immédiatement l’état-major des opérations combinées des conclusions de la réunion, et celui-ci, le 3 octobre, délivre les nouvelles directives opérationnelles induites de ce dernier développement.
Mac Arthur de son côté, poursuivra son action visant à la reconquête des Philippines et, après Leyte, doit débarquer sur Luçon (nord de l’archipel) à compter du 20 décembre 1944. Nimitz, qui dirige le second axe de reconquête, doit engager l’assaut sur Iwo Jima le 20 janvier 1945, précédant celui sur Okinawa prévu début mars.



Un minuscule " rocher ", dans l’immense Pacifique

Iwo Jima, une petite île volcanique (plutôt même un îlot) réduite à quelques milliers de mètres carrés, située dans l’archipel des Volcano au sud des îles Bonin, en plein Pacifique Ouest. Accrochée au nord-nord-ouest de la Fosse des Mariannes, elle étale ses 7 à 8 km sur 4 (au plus large et au plus long) à un peu plus de 1 200 kilomètres au nord légèrement ouest de Guam. Cette dernière, la principale île de l’archipel des Mariannes doit servir, avec Saipan et Tinian, de base aux lourds quadrimoteurs à long rayon d’action destinés au bombardement du territoire japonais. Tokyo n’est qu’à quelque 1 000 km dans le nord, là aussi légèrement ouest, de Iwo Jima, d’où son importance stratégique.
Minuscule terre désolée, sèche, accidentée, à la végétation squelettique, Iwo Jima est inhospitalière, sombre, parcourue de rafales d’un vent chargé de poussière, parsemée d’une vase nuisible. La vie animale y est presque inexistante et, lorsqu’en 1944 l’intérêt de l’île grandit aux yeux des belligérants qui se déchirent cette partie du monde, seuls cinq petits villages y sont semble-t-il recensés. Au sud-ouest, à sa partie la plus étroite qui ne s’étend que sur quelques centaines de mètres, trône le mont Suribachi, haut de 165 m, un sinistre volcan éteint pour l’heure inconnu, mais bientôt indissociable de l’histoire des Marines américains. Au pied de ce noir monticule s’étend vers le nord-est une plaine volcanique couverte d’un sable foncé, noir lui aussi dirons les hommes qui débarqueront là. Puis, le plus au nord, quelques collines s’élèvent d’une centaine de mètres, formant un plateau, le Moto-Yama, semé de végétations pauvres, à peine plus hospitalier que le reste de ce " rocher ".
Les Américains ne sont pas seuls, au milieu de 1944, à évoquer avec de plus en plus d’insistance l’aspect stratégique que devrait presque certainement revêtir Iwo Jima dans un temps assez proche. Les combats gagnant du terrain vers leurs propres terres, les Japonais savent que bientôt, les bombardiers adverses passeront tout près de l’île se dirigeant, les soutes pleines, vers le Japon. Si jusqu’à l’été, les rapports semblent démontrer que la prise d’assaut de cette terre lointaine aurait été relativement facile, tout changera avant la fin de l’année et, en septembre, la garnison renforcée à l’extrême est une première fois estimée par les Américains aux alentours de 20 000 hommes (sur un caillou de quelques kilomètres carrés !).
Iwo Jima est défendue par 21 000 à 23 000 hommes au total (les sources citent généralement de 21 000 à 25 000). La 109e division d’infanterie et sa 2e brigade mixte (5 000 hommes, mais peu aguerris) forment le gros de l’effectif qui comprend le 26e régiment de chars (environ 40 engins), le 145e régiment autonome (2 700 hommes formant l’élite de la garnison), plus quelques unités à vocation spécifique. Le reliquat de défenseurs est composé de formations hétéroclites, intégrant marins, aviateurs, techniciens, administratifs, etc., soit quelque 7 000 hommes formés pour l’occasion au combat terrestre.

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Les secteurs de la défense japonaise.

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Des canons doubles de 127mm protègent les aérodromes de l'île


Le général Kuribayashi commande en chef, secondé par le contre-amiral Ichimaru qui dirige plus spécialement les hommes provenant de la marine.

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Le général Kuribayashi, qui dirige de main de maître la défense d'Iwo Jima.

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Le général Senda, commandant de la 2ème brigade mixte.

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Le contre-amiral Ichimaru

L’île est loin d’être assez étendue pour qu’une défense en profondeur y soit efficace. Les Japonais vont mettre en place une importante défense fortifiée, statique, parcourue par un réseau étendu de tunnels. Des Bunkers et abris divers sont construits, des tranchées et des champs de mines disséminés un peu partout. Si les soldats nippons se doutent que l’île, vraisemblablement, finira par tomber à l’adversaire, ils n’en déploient pas moins une énergie déterminée pour retarder au mieux ce moment lorsque le temps de l’affrontement viendra. Les nombreuses missions de reconnaissance aérienne effectuées au-dessus de Iwo Jima par les pilotes américains ont permis, fin 1944, de recenser des centaines de bunkers, ainsi que – et surtout – deux terrains d’aviation achevés et un troisième en cours de construction. La menace sur les appareils décollant des Mariannes, en route vers le Japon et s’approchant de l’île, est donc bien réelle. Pendant que les défenseurs du Suribachi s’enterrent, attendant les bombardements préliminaires à l’assaut, les Américains mettent en place un imposant dispositif et se préparent à l’une des dernières grandes batailles de la seconde guerre mondiale.

Let's go!

L’évolution de la bataille de Leyte, la présence des États-Unis sur d’autres fronts, en particulier l’européen qui demande déjà un potentiel matériel énorme, ne permirent pas de tenir le calendrier édicté par l’état-major combiné. Les deux opérations – Iwo Jima et Okinawa – sont préparées de concert, et rassembler les forces nécessaires, surtout le nombre adéquat de navires spécifiques, allait prendre plus de temps que prévu. La mise en place de la logistique, compte tenu de la nature des lieux où il faudrait se transporter et de l’itinéraire à suivre, posait des problèmes immenses. L’assaut sur Iwo Jima est reporté au 19 février 1945, celui d’Okinawa au premier avril.
Les préparatifs revêtaient bien d’autres formes. Par exemple l’approfondissement des renseignements plus que vitaux sur les installations adverses, par voie aérienne essentiellement, mais aussi à l’aide de submersibles longeant les côtes pour les photographier, avec le plus de précision et de détails possibles. Les estimations quant à la présence ennemie sur Iwo Jima, le fait que l’on s’approche du Japon, inquiètent les Américains. Ils se doutent qu’ils vont avoir affaire à une résistance acharnée, jusqu’au-boutiste. Au début de décembre 1944, l’île est sous la pression de l’aviation US qui, depuis les Mariannes, la soumet à des bombardements destinés à affaiblir ses défenses que l’on sait conséquentes grâce aux reconnaissances. Bientôt, les appareils embarqués se joignent à ces raids préliminaires qui, à leur point le plus fort, s’étendront au total et sans interruption sur 74 jours.

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Bombardement préparatoire d'Iwo Jima par des B-24 de la VIIth Air Force. L'aérodrome numéro 3 est au centre, légèrement sur la gauche.

Puis ce sera au tour des unités de la Navy, contre lesquelles la Flotte Impériale de plus en plus réduite ne peut plus grand-chose, de déchaîner leurs feux sur les positions japonaises. La petite terre d’Iwo Jima est soumise à un traitement de faveur, comme on avait jusqu’alors jamais dispensé.
Les premières semaines de 1945 voient les préparatifs de l’assaut se terminer. Sous la protection de la Ve flotte de l’amiral Spruance, les opérations d’approche et de débarquement sont confiées au vice-amiral Turner, le commandant en chef expérimenté de la Flotte amphibie. À terre, la responsabilité passera au général Buckner, alors que le général Schmidt (qui remplissait déjà ce rôle à Saipan) se voit en charge de la conduite directe du corps amphibie après les débarquements (en l’occurrence le Ve corps). La flotte rassemblée compte 485 navires, dont 8 cuirassés, 19 croiseurs et une douzaine de porte-avions d’escorte, plus une foule de bâtiments de guerre divers et de toutes tailles. L’acheminement des hommes et du matériel sera réalisé par 43 bâtiments de transport, relayés par 63 LST et 31 LSM à l’approche des plages, abordées par une myriade d’engins de débarquement (LCVP, LVT, LCT, DUKW, etc.). Si l’on comptabilise également les bâtiments du soutien longue distance, tels les porte-avions lourds, le nombre de navires intégrés à l’opération contre Iwo Jima dépasse 800 unités.
Le 16 février 1945, trois jours avant que les Marines soient lâchés sur les plages, un dernier pilonnage commence, qui durera jusqu’à l’heure " H ". Six cuirassés, 4 croiseurs lourds et seize destroyers, aux ordres du contre-amiral Blandy, prennent pour cible des positions précises, correctement repérées, tandis que les flottilles de dragueurs de mines sécurisent les approches des côtes. Le 17, les Américains déplorent leurs premiers morts, sur le croiseur Pensacola, atteint à très courte distance par une batterie côtière, alors qu’il protège les opérations de déminage.
Le Ve corps amphibie du général Schmidt, dont les trois formations des Marines sont chargées de la lourde tâche de débarquer et de s’emparer de l’île, est formé dans les Mariannes. Les deux divisions d’assaut, les 4e et 5e stationnées dans les Hawaï, rejoignent à Guam la division de réserve (3e) quelques jours avant le départ. Puis, le 16 février, la Task Force 51 qui transporte le corps amphibie appareille, direction Iwo Jima.




Les débarquements, après les derniers pilonnages, commencent à 9 h 00 le 19 février 1945 (8 h 59 pour les premiers d’entre eux, en avance d’une minute sur l’horaire). Le général Holland Smith commande initialement le corps de débarquement avant que celui-ci, une fois les premières têtes de pont établies, ne passe au général Schmidt.

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Le Lieutenant General Holland M. Smith

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Le Major General Harry Schmidt

Les premières vagues abordent le sud-ouest de l’île, les plus à gauche du dispositif pratiquement au pied du Suribachi.

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Sans doute sous le regard des servants des canons Bofors de 40mm visibles au premier plan, les LVT foncent vers les plages.

Essentiellement composées de LVT (amphibies chenillés), elles devaient franchir les plages rapidement, pour amener les Marines directement à pied d’œuvre vers l’intérieur de l’île.

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Les LVT passent à travers la ligne du navire de contrôle en direction des plages.


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Vue générale du débarquement. Le mont Suribachi domine la scène de toute sa hauteur.

Mais même ces véhicules hybrides n’arrivent pas à franchir ce premier obstacle, se heurtant au sable meuble si particulier de Iwo Jima. Les hommes sont forcés de quitter la protection des engins et, par une lente et difficile progression, s’enfonçant dans le sable noir, se fraient un chemin vers la limite de plage. Pour l’heure, heureusement, la réaction adverse est pratiquement inexistante.

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Les hommes de la 5th Marines Division tente de s'extraire de la plage Red One.

La tactique défensive japonaise prévoyait de laisser les assaillants dépasser les plages et, subitement, de les prendre sous les feux croisés des points fortifiés disséminés sur le terrain. Effectivement, après avoir progressé de 2 à 300 mètres au plus, les premiers Marines, jusque-là épargnés, tombent sous le feu des positions ennemies. Les soldats nippons ont bien travaillé. Le nombre de positions qu’ils ont aménagées pour la défense de l’île est estimé à près de 800 (Bunkers, tranchées, nids de mitrailleuses ou de mortiers, etc.), reliées entre elles par au moins 5 km de tunnels.

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Juste en arrière de la plage Blue One, des fantassins de la 4th Marines Division regardent leurs blindés se diriger au nord, sur Blue Two.


De plus les services US de renseignement, qui craignaient que les pilonnages subis par Iwo Jima n’aient servi qu’à forcer l’ennemi à s’enterrer plus encore, et que peu de points de résistance aient pu être détruits, ne s’étaient pas trompés. Une grêle de projectiles stoppe net la progression. Les balles de mitrailleuses et les éclats d’obus de mortiers volent en tous sens. Il faudra aux Américains épaulés par les premiers blindés débarqués, réduire un à un les secteurs de défense, au lance-flammes, à la grenade ou à l’explosif.

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Les lance-flammes entrent en action pour dégager le passage jusqu'à l'aérodrome numéro 1.

En fin d’après-midi du 19 février, les objectifs assignés ne sont pas atteints. Si des têtes de pont sont gagnées qui, consolidées d’heure en heure vont permettre de relancer l’avance, la position des assaillants reste précaire. Dans les premières 24 heures à Iwo Jima, les pertes US s’élèvent déjà semble-t-il à 2 500 hommes (morts, blessés et disparus). Malgré l’appui des canons de marine, des appareils de l’aéronavale, les heures qui suivent restent dramatiques pour les troupes débarquées. Chaque position doit être conquise de haute lutte, avec des pertes élevées. La défense de l’île est efficace et donne les résultats que l’on espérait du côté japonais. Les Marines doivent se terrer, dans le moindre repli de terrain, la moindre tranchée qu’ils viennent de prendre au prix de nombreux des leurs. L’avance est lente, désespérante, meurtrière. Pourtant les Américains approchent mètre par mètre du Suribachi.

La progression
Le 20 février, les hommes de la 4e division s’emparent du terrain d’aviation n° 1, le plus au sud de l’île, tandis qu’une contre-attaque est repoussée par la 5e division qui, lentement, avance. Les tirs en provenance du mont Suribachi causent de lourdes pertes. En ces premières 48 heures, déjà 30 % des chars débarqués auraient été mis hors de combat. Le 21, les premiers éléments de la 3e division jusqu’alors maintenue en réserve débarquent, l’avance est trop lente et les difficultés obligent à engager tout l’effectif disponible.

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Déminage par des sapeurs de l'USMC en préparation de l'avance de blindés.

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Ce M4 Sherman baptisé Cairo a été mis hors de combat par une mine japonaise et touché 5 fois par l'artillerie, cependant l'équipage n'a pas été atteint. Les flancs sont protégés pour faire face à des poses d'engins magnétiques.

Les Marines tentent d’approcher encore du Suribachi et, vers le nord, du second terrain d’aviation. L’avance reste lente et meurtrière. À la fin de la journée, 50 % des blindés engagés sont hors de combat. Mais un groupe de la 5e division atteint les flancs du mont. Dans la nuit les Japonais tentent de s’infiltrer dans les positions américaines et lancent des contre-attaques. Le 22, la lutte acharnée continue. Les Marines doivent faire sauter tous les rochers ou anfractuosités qu’ils rencontrent, les autres moyens (lance-flammes et même blindés) s’avérant peu efficaces, mais le Suribachi est enfin isolé (800 hommes sont morts pour ce seul résultat).

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Un canon anti-char de 37mm tire sur des bunkers installés sur le flanc nord du volcan, en soutien du 28th Marines. Ces armes d'un calibre pourtant faible se révèlent extrêmement appropriées dans les combats au sud de l'île.


L’avance se poursuit vers le cœur de l’île, pour le gain du second terrain d’aviation, mais se trouve bloquée par les tirs croisés des positions ennemies disséminées autour des pistes. Contre-attaques nocturnes et tentatives d’infiltration se poursuivent toute la nuit.
Le 23, les combats se durcissent encore au centre de l’île, autour du second aérodrome. Au pied du Suribachi, la progression mètre par mètre est très difficile mais continue et atteint les premiers dénivelés, puis, petit à petit, se déplace sur les pentes.

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Lance-flammes en action au pied du mont Suribachi.

Un petit groupe d’hommes se fraie un chemin jusqu’au sommet et réussit à faire flotter un drapeau américain, sous le feu ennemi.

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Le premier drapeau planté au sommet du volcan. Apporté par le 2ème bataillon du 28th Marines, il fut mis en place le 23 février à 10h20.

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La fameuse photo de Joe Rosenthal (mon avatar!) prise après qu'un marine inconnu est ramené les couleurs du LST 779 pour remplacer le premier drapeau, jugé trop petit par le photographe.

Le 24, les combats meurtriers au centre de l’île sont sans interruption alors que sur le Suribachi, les Japonais à bout de forces, sont contraints au recul devant les Marines qui font sauter une à une toutes les grottes et positions qui tiennent encore. Certains défenseurs nippons commencent à se donner la mort. Autour du terrain d’aviation (n° 2), les champs de mines piègent les Sherman qui sont stoppés les uns après les autres. Les corps à corps se multiplient. À la tombée de la nuit la progression n’a pas dépassé 450 m.

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Un canon de 105 Howitzer bombarde le nord depuis une position au sud de l'aérodrome numéro 1.

Le " Hachoir "

Le 25 février, des détachements de la 3e division cette fois totalement à pied d’œuvre, prennent la majeure partie du second terrain d’aviation, malgré une terrible résistance.

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Le Major General Erskine, qui commande la 3rd Marines Division à Iwo Jima.

Les combats sont si sanglants que les hauteurs entourant les pistes, la colline 382, la Crête du dindon et l’Amphithéâtre, forment un réseau défensif qui sera bientôt surnommé le " hachoir à viande ". Vingt nouveaux chars américains y sont détruits dans la nuit du 25 au 26. Mais dans l’autre axe de la progression, vers le sud-ouest, le Suribachi est considéré comme conquis. Le lendemain, l’avance laborieuse continue, malgré les morts et l’épuisement. Les contre attaques se succèdent, les Américains qui s’étaient emparés d’une des hauteurs autour du terrain en sont aussitôt chassés.
Le 27, les combats effroyables continuent pour les collines ceinturant les pistes d’aviation (aérodrome n° 2), où les Marines tentent de réduire un à un les fortins, au bulldozer, au lance flammes ou à l’explosif. À chaque tentative, des contre-attaques les repoussent sur leurs lignes de départ. Le dernier jour de février, des éléments de la 3e division enlèvent le village du plateau de Moto-Yama et parviennent plus au nord, sur les dénivellations autour du troisième terrain d’aviation, ce dernier en construction. Sur le Suribachi pourtant totalement investi par les assaillants, persistent encore quelques résistances sporadiques mais forcenées, tandis que l’affrontement s’amplifie dans le secteur du " hachoir ", où règne un véritable enfer.


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Positions bien préparés de la 3rd Marines Division parmi les ruines du village de Motoyama. Ce que l'on distingue à l'arrière-plan sont une mine de souffre et sa raffinerie.

Enfin, au premier jour de mars, la Crête du Dindon cède aux assauts répétés. Une partie du dernier terrain d’aviation tombe aux mains de la 3e division, cependant stoppée au bout d’un millier de mètres par la résistance de plus en plus furieuse des Japonais qui néanmoins, montrent quelques signes d’affaiblissement. C’est de même le cas des défenseurs de la cote 382 qui, avec ceux de l’Amphithéâtre, résistent encore mais commencent à céder quelques pouces de terrain. Le jour suivant, la progression est plus nette. La conquête du troisième aérodrome se termine, sous le feu direct de l’artillerie ennemie, tandis qu’un peu plus au sud, l’Amphithéâtre finit par céder enfin. Le " Hachoir " est presque entier tombé aux mains des Marines qui contrôlent alors près des deux tiers de l’île.

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Un M4A3 est encastré dans une pillbox japonaise qui s'est effrondrée lorsque le char a roulé dessus. Les Marines montent la garde en attendant que l'équipage reprenne possession du véhicule.


Il faut attendre le 3 mars pour connaître le début de la fin des combats autour du second terrain d’aviation. La cote 382 tombe finalement et, sur le " Hachoir ", malgré quelques escarmouches persistantes, moins de pertes que les heures précédentes sont à déplorer. La zone est ratissée dans les jours suivants, chaque grotte ou trou visité et purgé de ses derniers défenseurs. Le " hachoir à viande " aura coûté environ 6 500 hommes aux Américains. Sur la gauche de l’axe de progression vers le nord de l’île, c’est maintenant la cote 362 qui est également l’enjeu de combats terribles.

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Des lance-roquettes de 4.5 inches montés sur camions tirent leurs salves. Ils changent ensuite rapidement de position pour éviter la contre-batterie japonaise.

Le 6 mars, après une forte préparation d’artillerie tant navale que terrestre, les Marines tentent d’enlever en un seul élan la partie nord-est de l’île, il faut en finir. Les Japonais s’enterrent dans leurs secteurs défensifs et, après que les canons se sont tus, réapparaissent et résistent avec détermination. Malgré le pilonnage préparatoire et leur courage, les Américains n’auront gagné que quelques mètres à la fin de la journée, et à quel prix.

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Un char japonais enterré pour couvrir les approches de l'aérodrome numéro 2. Les Japonais ont enterré tous leurs blindés afin de profiter au maximum de leur puissance de feu comme pièces d'artillerie supplémentaires.



C’est sur la cote 362 B, dans l’est du Moto-Yama et à proximité du troisième terrain d’aviation, que les combats sont alors les plus rudes. Dans le même temps, des appareils US se posent sur l’aérodrome n° 1, réhabilité, d’où ils seront en mesure d’apporter un soutien direct aux opérations terrestres. Le 7 mars, changeant de tactique, à savoir sans l’habituelle préparation d’artillerie (qui prévenait les Japonais enfouis et protégés dans leurs trous de l’imminence d’une offensive), les Marines surprennent l’ennemi par une attaque subite et déterminée. Ils atteignent la cote 362 E, progressant par là sur le plateau du Moto-Yama, mais n’iront pas plus loin. Certains d’entre eux tombent sous les coups de leur propre artillerie, qui a repris le feu et expédie ses obus sur un terrain labouré, méconnaissable, où les adversaires sont au contact les uns des autres, et où le terme de ligne de front ne représente plus rien. De fait, c’est sans l’appoint des canons que l’avance devra continuer, ce qui n’arrange rien. Le lendemain, une progression générale de quelques centaines de mètres vers le nord-est est enregistrée. Les suicides parmi les Japonais sont en constante augmentation. Pourtant le 9, ils lancent encore une forte contre-attaque dans la nuit, suicidaire, qui bouscule les éléments avancés de la 4e division mais est finalement repoussée. Il sera dénombré 784 morts japonais. Petit à petit, les unités US avancent, au sinistre son des lance-flammes, dans la fureur d’un combat incroyablement violent.

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Avançant en direction de la crête de Richi, les Marines progressent derrière leurs blindés. La colline 362A est au loin à droite.

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Le 155mm Howitzer est le calibre le plus lourd dont les Marines disposent pendant la bataille. Ils tireront un total de 43 795 obus sur les positions japonaises, essentiellement en préparation et en contrebatterie.



La fin

Le 11 mars, la 4e division vient à bout de la résistance du flanc droit (sud est de l’île). Au centre, la 3e continue à éliminer une à une les oppositions persistantes. A gauche la 5e avance également, mais lentement elle aussi. Les dernières conquêtes entre le centre et l’est de Iwo Jima ont lieu le lendemain, suivies les 13 et 14 mars par la poursuite de l’élimination systématique et progressive des nids de résistance japonais, qui perdurent un peu partout. À 09 h 30 le 14, les Américains jugent la conquête de l’île achevée, malgré l’existence de poches non encore nettoyées, dont le nivellement se poursuit toute la journée du lendemain. Le 16 à 18 heures, Iwo Jima est déclarée sûre bien que des Nippons irréductibles se maintiennent encore à sa pointe nord.

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Le chien emmené par ce Marine sert à repérer les éventuels survivants japonais se terrant au fond des innombrables caves construites par les Nippons sur Iwo Jima.


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Débusquer les soldats japonais cachés était une opération de longue haleine. Ces Marines viennent de jeter une grenade dans un tunnel et attendent à l'entrée, BAR et fusils à la main.


Du 17 au 20 mars, sous les ordres directs de Kuribayashi, les derniers défenseurs s’acharnent pour quelques centaines de mètres carrés, que tentent d’investir des éléments de la 5e division. À cette date, les pertes US sont évaluées à 4189 morts et 19 938 blessés. Jamais les Marines n’ont souffert un tel bilan. Alors que commencent les opérations préliminaires aux débarquements sur Okinawa, les derniers foyers de résistance sur Iwo Jima tardent à s’incliner. Du 21 au 25 mars, sans cesse les Américains procèdent au dynamitage des positions adverses encore existantes. Puis, le 26 à l’aube, une dernière contre-attaque désespérée des ultimes défenseurs organisés de l’île, dans l’unique but d’infliger encore plus de pertes aux assaillants, conduit à la mort inutile de la plupart d’entre eux. Les 262 hommes restant disponibles sont massacrés et il n’y a pratiquement pas de survivants (parfois il est dit que quatre échapperont à ce qui peut être décrit comme un véritable suicide collectif). Les Marines déplorent 53 nouveaux morts, qui s’ajoutent à ceux qui continuent à tomber ici ou là, lors de la réduction d’un ultime fortin. Après cet assaut dément, les hommes de la 5e division investissent les positions que viennent de quitter les Japonais pour se ruer sur eux. À huit heures ce 26 mars 1945, la conquête de Iwo Jima est déclarée totalement achevée.

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Les soldats du 147th Infantry (USA) sont chargés de la défense d'Iwo Jima à partir du 4 avril. Durant les mois d'avril-mai, cette unité abat 1602 Japonais et fait 867 prisonniers.


Bilan

Diverses sources estiment les pertes – totales – des Américains (morts, blessés et disparus) à 20 000 hommes pour les moins élevées, d’autres allant jusqu’à 26 000. Le 20 mars, l’armée américaine estime les morts et disparus à 4 189 et les blessés à 19 938, ce qui donne déjà 24 127 hommes hors de combat, alors que la lutte pour les derniers foyers de résistance n’est pas terminée. Un chiffre global de 5 931 tués et portés disparus est parfois avancé, accompagné de celui de 17 372 blessés (soit 23 303 au total). Quoi qu’il en soit, et quel que soit le chiffre que l’on considère, c’est environ le tiers de l’effectif engagé par les assaillants qui est hors de combat. L’US Navy aussi paiera son tribut à Iwo Jima, du fait de l’aviation adverse, de la météo, etc. Le porte-avions d’escorte Bismarck Sea est coulé. Le porte-avions lourd Saratoga, les porte-avions d’escorte Luga Point et San Jacinto, 2 croiseurs lourds, un croiseur léger et un navire hôpital, une dizaine de destroyers et divers autres bâtiments plus légers ou de transport sont endommagés.
La garnison nippone est anéantie, pour le moins. Là encore, les chiffres varient, et en de larges proportions. Parmi les défenseurs de l’île, 7 000 morts auraient été décomptés avec certitude, les disparus ajoutés portant le chiffre à au moins 21 000 victimes (il était déjà délicat d’estimer avec exactitude l’effectif total de la garnison). Il est dit dans certaines parutions, que quelques centaines de Japonais trouvent refuge dans les innombrables souterrains disséminés dans l’île, et en changent au fur et à mesure que les Américains fouillent tous les recoins de cette terre bouleversée. Ils auraient résisté ponctuellement jusqu’à la fin mai 1945. Un dernier survivant aurait alors été capturé, ajouté au nombre – lui aussi variable selon les sources – des prisonniers collectés par les Marines à Iwo Jima. Ce chiffre des défenseurs qui survécurent, est le plus souvent donné pour 212 ou 216 hommes (une autre estimation parle de 1 083 prisonniers). Le corps du général Kuribayashi n’a jamais été retrouvé. Il se serait suicidé dans les dernières heures et aurait été enterré par ses hommes.
Avant même la fin totale des combats, des appareils américains se sont posés sur l’île et le 7 avril, les premiers Mustang en décollent pour servir d’escorte à un raid aérien diurne sur Tokyo. Dans les 100 jours qui suivent la conquête effective du " rocher ", déjà plus de 800 appareils (essentiellement des bombardiers) auront été forcés d’y atterrir d’urgence. Un certain nombre d’entre eux aurait vraisemblablement été perdu en mer avec leurs équipages s’ils n’avaient pu bénéficier de cette opportunité. La justification – si l’on peut dire – des journées sanglantes d’Iwo Jima commence là.


Source : article de Patrick Toussaint, Histoire de guerre numéro 25.

Liens vidéos : si vous avez le temps et les moyens de les télécharger, deux vidéos couleurs sur Iwo Jima, très intéressantes.
http://www.ww2incolor.com/gallery/movies/iwo_jima1
http://www.ww2incolor.com/gallery/movies/flames

Amicalement,

Keli :wink:


 

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