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Peleliu

Moins connue que les batailles du front Européen, la guerre du Pacifique n'en reste pas moins tout autant meurtrière et décisive dans la fin de la seconde guerre mondiale.
MODERATEUR ; alfa1965

Peleliu

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de HistoQuiz  Nouveau message 18 Sep 2006, 19:12

Le plan de reprise de Peleliu, une des îles Palaus, dans le Sud-Ouest Pacifique fut baptisé Stalemate II. Il fut controversé dès sa conception. Une partie de l’Etat-major pensait que les Palaus, situées à 1 280 Km des Philippines pouvaient largement être évitées et n’étaient en rien un pré requis aux futurs débarquement prévus aux Philippines par Mc Arthur. D’ailleurs la 5ème flotte de l’amiral William Hasley avait rencontré peu de résistance dans les Carolines- dont font partie les Palaus- et avait même infligé de telles pertes aux Japonais début septembre 1944 que celui-ci rapporta à Nimitz que les Philippines pouvaient être abordées directement sans nécessiter la prise de Peleliu et de sa voisine, Angaur.
Nimitz s’en tint pourtant au plan initial, pensant que la campagne de Peleliu serait relativement facile et une base aérienne des plus utiles afin de supporter le plan de Mc Arthur. Il a aussi été rapporté que des rivalités interservices jouèrent leur rôle dans cette décision. Nimitz n’aurait pas voulu remettre la 1ème Division de Marines (1ème DM) sous le commandement de Mc Arthur pour son opération. Il avait eu le plus grand mal à reprendre le contrôle de la division après la campagne du Cap Gloucester et ne voulait pas renouveler l’expérience. Engager les Marines à Peleliu les auraient d’office écartés de la reconquête des Philippines.
Quoi qu’il en soit, les reconnaissances aériennes allèrent dans le sens de Nimitz, l’île apparaissant globalement plate et avec peu d’installations défensives. Même le commandant de la 1ème DM, William Rupertus, parla d’un assaut "rude mais rapide". Les commandants alliés étaient à la fois dans l’ignorance des fortifications réelles de l’île et des changements significatifs de la tactique japonaise. Cette ignorance allait faire des prochaines semaines une sanglante boucherie.

Le jour J du débarquement fut prévu pour le 15 septembre 1944 par 3ème Corps Amphibie du Major-général Roy Geiger regroupant la 1ème DM et 81ème Division d’infanterie de l’Armée (81ème DI). Les Marines devaient débarquer 3 régiments sur les plages occidentales. Le 1er, sous les ordres du colonel Lewis "Chesty", Puller sur le flanc gauche (White 1 et 2) devait passer à travers l’ennemi vers la péninsule Nord-Ouest de l’île. Au centre, le 5ème, commandé par le colonel Harold D. "Bucky " Harris devait débarquer sur Orange 1 et 2 avant de traverser Peleliu jusque sur sa côte Est. A droite, le 7ème régiment du colonel Herman H. Hanneken devait prendre Orange 3 avant de foncer vers la pointe Sud de l’île. La 81ème devait s’occuper de l’île d’Angaur. Trois jours de bombardement naval précédèrent l’assaut. Le contre-amiral Jesse B. Oldendorf devait même déclarer la veille du jour J : "Nous n’avons plus de cibles".

10 500 hommes sous les ordres du colonel Kunio Nakagawa étaient prêts à défendre Peleliu. Cette garnison se composait du 2ème régiment d’infanterie, de 2 bataillons du 15ème, d’un bataillon de la 53ème brigade mixte indépendante, d’un bataillon de chars, d’une unité navale côtière, d’unités anti-aériennes et d’artillerie et d’un bataillon de pionniers. La plupart de ces soldats étaient des vétérans ayant servi en Chine pendant plusieurs années. Les Japonais renoncèrent à tenir les plages et surent utiliser au mieux le rude terrain corallien des hauteurs du centre de l’île pour en faire réseau complexe de tunnels souterrains, d’abris et de bunkers parfaitement dissimulés sous une couverture forestière que les reconnaissances aériennes n’avaient pas réussi à découvrir. Lors de leur débarquement, les Américains furent immédiatement pris en enfilade sous le feu de ces bunkers et des centaines de grotte que recelaient les hauteurs.

Les Japonais se battirent férocement pour empêcher les Marines d’établir une tête de pont. La force d’invasion vit 26 de ses tracteurs amphibie (amtracs) transportant les troupes d’assaut durement touchés en moins de 10mn (60 détruits ou endommagés en 90mn) lors de leur approche vers les 3 Km de ligne de front. Des positions ennemies jusque-là non détectées prirent soudain vie et labourèrent les flancs des Marines qui tentaient d’accéder à la plage. La préparation d’artillerie n’avait en définitive que peu entamé les capacités défensives des Japonais.

A 8h32 du matin les premières troupes débarquèrent. Trois heures plus tard, 6 000 hommes se trouvaient à terre. C’est à la compagnie K/1 qu’échut la protection suicidaire du flanc gauche. Rapidement coupés de leurs camarades et le dos à la mer, les Marines se battirent férocement pendant 3 jours avant que "The Point", comme on finit par l’appeler, ne fut finalement sécurisé. A cette date, un tiers seulement de la compagnie était encore en état de se battre.
Plus au Sud d’autres unités du 1er régiment progressèrent à travers une mangrove déchiquetée par les obus jusqu’au bord de l’aérodrome- dont la prise était l’objectif principal de la journée- où il rejoignirent le 5ème. A la pointe Sud de Peleliu le 7ème régiment dût faire avancer ses amtracs en colonne du fait des épaves et de l’encombrement qu’elles provoquaient mais parvint néanmoins à avancer malgré la forte résistance des Japonais.
La température monta jusqu’à 45° sur des zones de combat où l’ombre était rare alors que chaque Marine ne portait que 2 bidons d’eau à sa ceinture.
L’après-midi, Nakagawa lança sa contre-attaque. Emergeants du nord de l’aérodrome, 15 blindés légers accompagnés d’infanterie se heurtèrent aux lignes du 1er et du 5ème régiment. Les Marines répondirent au bazooka avec l’aide des canons de 75mm des Shermans tapis en enfilade en retrait de la piste. En 1 heure les blindés et le gros de l’infanterie japonaise (450 hommes) étaient annihilés. Ce sera la dernière fois où les Japonais attaqueront à découvert contre les Marines.

Durant la nuit les Japonais tentèrent plusieurs fois d’infiltrer les lignes américaines. C’est à la lueur des fusées lancées depuis les croiseurs et les destroyers croisant au large que ces tentatives furent repoussées. A l’issue du 1er jour de combat la Division avait établi une tête de pont dont seul le centre s’approchait un tant soit peu du plan initial. Le Jour-J avait coûté aux Marines 92 tués, 1 148 blessés et 58 disparus.

Au matin du 16, le général Rupertus débarqua afin de juger la situation de visu. Après avoir établi un PC de fortune dans un fossé anti-char il décida que la situation nécessitait de poursuivre l’assaut plutôt que de tenter de consolider les gains.
Les jours suivants les Marines ne cessèrent de progresser à travers l’île- l’aérodrome fut sécurisé le 19- mais le 1er régiment en paya le prix lorsqu’il s’approcha des dangereuses crêtes d’Umurbrogol. Leur prise était essentielle puisqu’elle priverait les Japonais d’un poste d’observation et de tir sur les plages idéal. Le 2/7 fut donc prélevé sur la réserve et les 4 bataillons attaquèrent de front face à la résistance fanatique d’un ennemi qui tirait de tous côtés au sein d’un étonnant labyrinthe de crêtes bosselées, de protubérances coralliennes et de falaises.
L’assaut de la cote 100 est un exemple de la futilité d’attaquer de telles défenses naturelles. A peine la compagnie C/1 avait-elle pris pied sur la crête qu’elle fut assaillie sous un feu meurtrier provenant d’au-dessus, de sa gauche même de ses propres positions, certains Japonais ayant réussi à s’y infiltrer. Après une nuit de combats au corps à corps C/1 dût se retirer avec seulement 8 hommes non blessés sur un effectif de départ de 242.
Au même moment, après un féroce affrontement avec un bataillon d’élite du 15e régiment au-delà des plages "Scarlet ", le 7ème Marines, se déplaçant à la fois vers l’Est et vers le Sud, parvint à couper les forces ennemies en 2. Le 7ème devait maintenant se diriger vers le gros des défenses de Nakagawa.

Le 21, le général Geiger rendit visite au colonel Puller et put constater par lui-même l’état d’épuisement du 1er régiment qui avait déjà subi 1 749 victimes. Peu de temps après Geiger passa outre les objection de Rupertus et fit relever le régiment par le 321ème Regimental Combat Team (RCT), issu de la 81ème DI. Celle-ci avait débarqué sur l’île adjacente d’Angaur le 17 et en était à la phase de"nettoyage". La transition s’effectua le 23.

A la fin septembre la ligne de front à Umurbrogol s’approcha de ce qui devait être le dernier carré japonais. Le Sud et l’Est de Peleliu étant sécurisé, l’objectif devint l’éradication des dernières unités japonaises au Nord et sur l’île adjacente de Ngesebus, ces zones permettant aux Japonais d’y débarquer des renforts en provenance d’autres parties des Palaus. Malgré la destruction de plusieurs barges de débarquement par les destroyers américains toujours présents sur zone, au moins un bataillon parvint à profiter du système de grottes souterraines pour rejoindre les troupes de Nakagawa.

L’axe d’attaque initial était orienté Sud-Nord. Malgré les bombardements intensifs qui révélèrent la nature si particulière des crêtes d’Umurbrogol et une reconnaissance aérienne qui semblait promettre un accès plus facile par le Nord, Rupertus décida de ne pas changer cette orientation. Cette obstination devait entraîner les Marines dans une succession de sanglantes attaques/contre-attaques au cours des prochaines semaines.

L’assaut de la zone Nord débuta le 23 mais les particularités du terrain rendirent l’assaut difficile, empêchant notamment le déploiement des blindés et de tout moyen de transport. Après avoir pris puis perdu les hauteurs parallèles à la Route de l’Ouest, le 321ème fut envoyé en avant, cette tâche incombant désormais au 7ème Marines. Plus au nord le 5ème eut la bonne surprise de se trouver face à une série de crêtes et de collines qui, pour une fois, pouvaient être prises d’assaut sans subir un feu enveloppant de l’ennemi.

Avec le soutien des Corsairs déployés depuis l’aérodrome récemment capturé, le 3/5 traversa les 500m de digue qui reliaient Peleliu à Ngesebus et Kongauru le 28 septembre. Un jour et demi plus tard, les Marines avaient nettoyé l’île des 500 hommes de troupe qui la défendaient au prix de 15 tués et 33 blessés.
A Umurbrogol, les 8 semaines suivantes relevèrent de la guerre de siège. Après avoir sécurisé le nord de la poche de résistance le 321ème fut relevé par le 7ème Marines qui devait presser toujours plus au Sud. Du fait des pertes quotidiennes subies par toutes les unités de combat des centaines de personnels de soutien à l’arrière furent appelés sur la ligne de front.

Le 3 octobre les Marines totalisaient 843 tués, 3 845 blessés et 356 disparus. C’est aussi à cette date que débuta une série de furieuses attaques des 2 côtés de la poche d’Umurbrogol (800*400m – Nord-Sud/ Est-Ouest) défendue par une garnison d’environ 1 500 hommes. Certaines de ces attaques purent être relayées par le soutien de tanks ou d’Amtracs équipés de lance-flammes. Les gains sur les positions de "Horseshoe" et "Five Sisters" furent perdus le soir même. Le même scénario eut lieu le lendemain, près de la cote 120. Le 5 octobre, le 7ème avait épuisé toute sa capacité de combat et fut relevé par un 5ème régiment lui aussi fatigué mais qui parvint à gagner du terrain au prix de lourdes pertes cependant.
Le siège nécessita de nouvelles tactiques, comme l’emploi de mortiers légers ou de napalm pour raser la végétation autour des points de résistance ennemis. Un obusier de 75mm fut démonté et transporté au sommet d’une crête pour tirer à bout portant sur des grottes jusque-là inatteignables. La nature corallienne du terrain empêchant les protections individuelles (foxholes) les Marines eurent recours à des sacs de sable pour protéger leurs positions chèrement conquises.

Après une semaine de siège et la prise des crêtes "Baldy",
"Boyd" et "Ridge", la phase d’assaut fut considérée comme terminée. La résistance ennemie n’était plus que de 700 hommes. Les Marines furent alors relevés par le 323ème RCT puis par la totalité de la 81ème DI sous le commandement du général Muller. Le Marine Air Group 11 resta cependant en soutien des unités de l’Armée.
La réduction définitive de la poche prit encore 5 semaines, crête après crête, à grand renforts d’obusiers, de tanks et de lance-flammes. Les Japonais alors à court de tout type de ravitaillement s’en tinrent malgré tout à une tactique d’arrière-garde pour fixer l’ennemi le plus longtemps possible.
Finalement, le 24 novembre, soit 2 mois et demi après le début de l’opération, Nakagawa informa son supérieur par radio qu’il avait brûlé ses couleurs régimentaires et que les 60 hommes restants s’étaient divisés en plusieurs sections destinées à infiltrer les lignes de l’ennemi. Il se suicida rituellement dans son PC le lendemain. Trois jours plus tard les soldats venant du Nord firent leur jonction avec ceux venant du Sud. L’opération Stalemate II était terminée.

La bataille de Peleliu fut particulièrement sanglante, causant 6 526 pertes aux Marines et à la Navy, dont 1 252 tués. De leur côtés seuls 202 Japonais furent fait prisonniers induisant plus de 10 000 tués dans leurs rangs. De telles pertes chez les Américains confortèrent les Japonais dans la réussite de leur stratégie de guerre d’usure qui devint le standard des prochaines bataille d’Iwo Jima et d’Okinawa l’année suivante.

Au moment où les Marines luttaient pied à pied le long des crêtes de Peleliu, Mc Arthur débarquait à Leyte et la bataille du golfe du même nom avait été gagnée. La campagne dont l’objectif initial était la sécurisation du flanc de Mc Arthur lors de sa reconquête des Philippines n’avait donc servi à rien.

Merci au colonel :wink:


 

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