Campagne de Guadalcanal
Août 1942 – Février 1943
5ème partie
Le ravitaillement japonais par le « Tokyo Express »
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Au cours des affrontements pour la conquête par les Américains de l’île de Guadalcanal, la flotte de destroyers de la Marine japonaise joua un rôle déterminant dans les transports de ravitaillement des forces terrestres. La combinaison de la vitesse, associée aux capacités de combat des destroyers japonais les rendait parfaitement adaptés pour ces missions.
La régularité de ces traversées, observée pour la première fois lors de la campagne, incita les Américains à donner le sobriquet à ces convois nocturnes de « Tokyo Express » connu au préalable comme le « Cactus Express » par analogie avec l’aviation embarquée qui était connue comme la ‘Cactus Air Force’.
Ces ravitaillements nocturnes débutèrent dans la nuit des 23/24 août jusqu’à la fin de la Campagne début février 1943.
Trajet du Tokyo ExpressLes ports de départ étaient au nombre de trois : Principalement depuis les îles Shortland , de Rabaul et dans une moindre mesure depuis Buin situé au sud de Bougainville.
Le principe consistait en un appareillage des Shortland de jour, une arrivée à Guadalcanal de nuit et un retour avant l’aube. À partir de septembre 1942, le système japonais est devenu très standardisé :
Les troupes et le matériel quittent Rabaul à bord de transports ou de cargos puis sont regroupés aux Îles Shortland, qui servent de base avancée.
Les destroyers du « Tokyo Express » embarquent hommes, vivres, munitions et parfois fûts de ravitaillement.
Ils empruntent de nuit le détroit surnommé par les Alliés « The Slot », longent les côtes des îles Salomon et atteignent généralement Tassafaronga, à l'ouest de Guadalcanal pour y décharger hommes et matériels.
Tassafaronga 
Après le débarquement, ils repartent avant le lever du jour afin d'éviter les attaques de la Cactus Air Force opérant depuis Henderson Field.
Cette organisation explique pourquoi les sources américaines parlent souvent d'un départ des « Tokyo Express » depuis les Shortland, alors que les archives japonaises indiquent fréquemment Rabaul comme port d'origine du convoi. Il est généralement admis selon les sources qu’une moyenne de 35 à 40 missions dont une douzaine en octobre 1942 ont été effectuées.
L'US Navy eut toutes les peines du monde à perturber ces convois de ravitaillement., bien que les Américains disposaient de la maîtrise du ciel durant cette période. Les destroyers japonais étaient suffisamment rapides pour accomplir leurs missions de protection nocturnes tout en se mettant hors de portée des attaques aériennes au petit matin. Lorsque l'US Navy tenta d'utiliser des croiseurs et des destroyers pour intercepter les transports, cette décision se solda souvent par un échec très coûteux.
Réticente à risquer de gros navires la nuit, l'US Navy se tourna vers les vedettes lance-torpilles (PT boats), rapides et puissamment armées. Ces petites unités, facilement remplaçables, remportèrent quelques succès contre les Japonais, notamment lorsque ces derniers furent contraints d'utiliser de petites barges pour leurs missions de ravitaillement.
Alexander Patch, (1889-1945)
Général de l'US Army à la bataille de Guadalcanal.
Face aux possibles attaques aériennes et navales, les Japonais se sont retrouvés contraints de faire face à des attaques de plus en plus agressives de la part de ces vedettes lance-torpilles. Les convois durent adapter leur tactique. Opérer de nuit lui offrait une large protection, mais lorsque les vedettes arrivèrent à Tulagi, de l'autre côté du détroit d'Iron Bottom, les Japonais durent faire face à un problème supplémentaire !
Au tout début, les destroyers se réfugiaient dans une crique et déchargeaient leur cargaison à l'aide de barges mais cette méthode s’avéra bien trop dangereuse. Plus tard, les Japonais ont été contraints de recourir à un ravitaillement en utilisant cette fois des fûts métalliques alimentaires ( * ) qui étaient simplement jetés à la mer par les destroyers près des côtes puis récupérés à terre par la garnison.
Ces techniques, cependant ne permirent pas d'acheminer les approvisionnements nécessaires dans leur globalité. C’est pour cette raison qu’à la fin de la campagne de Guadalcanal, la garnison japonaise s’est retrouvée réduite à un état de famine extrême.
Bien que relativement furtives, l'utilisation des torpilles américaines qui, trop souvent, se révélèrent peu fiables - type Mark 8 - et de plus en nombre insuffisant pour avoir un impact significatif. Cet état de chose empêcha les vedettes d’entraver la progression des convois nocturnes. Bien que leurs tactiques se soient révélées inefficaces face aux destroyers japonais bien plus puissants mais leurs commandants ont tout de même remporté quelques succès, coulant notamment un destroyer japonais « Teruzuki » et en endommageant un autre. En revanche, ces petites unités très rapides (40 nœuds/74 kms) se sont révélées tout à fait appropriées pour la destruction des fûts de ravitaillement.
Déchargement de fûts de carburant sur barge.
Alors que la campagne s'étendait aux îles Salomon centrales, les Japonais continuaient de s'appuyer sur des destroyers pour acheminer troupes et ravitaillements vers les garnisons avancées. Ayant acquis un léger avantage naval, l'US Navy tenta de perturber le renforcement des forces japonaises sur l'île de Nouvelle-Géorgie, la plus grande des Salomon ainsi que d'autres places fortes en utilisant des croiseurs et des destroyers. Cette approche entraîna malgré tout de lourdes pertes face aux bâtiments ennemis. Une fois que les grandes unités navales américaines se soient chargées de l'interception de ces convois, les opérations menées par les vedettes se concentrèrent de plus en plus sur les attaques du trafic maritime ennemi.
L’unique fois durant cette Campagne où de nombreuses vedettes furent utilisées contre des destroyers japonais, se solda par un cuisant échec ! L'histoire de la vedette bien connue PT-109 , sous le commandement du futur président John F. Kennedy, s'inscrit dans le cadre de cette opération infructueuse. Son Patrol Torpedo boat PT-109 fut littéralement coupé en deux par l'Asagiri, un destroyer japonais de retour d'une « livraison » tous feux éteints, dont la vitesse a été estimée à 30 nœuds (56 km/h).
A la fin de la campagne, quelques 11 destroyers japonais avaient été perdus et, côté américain les pertes étaient de 14 destroyers.
C'est bien lui !

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Maquette de la vedette de JFK (voir le post 84 pour les caractéristiques)
Bien qu'incapables de rivaliser avec les destroyers, les vedettes lance-torpilles se révélèrent malgré tout bien adaptées aux actions dans les zones littorales. Elles restèrent de ce fait en service jusqu'à la fin des hostilités.
( * ) Les fûts utilisés par les Japonais lors des missions étaient, dans leur très grande majorité, des fûts métalliques d’une capacité de l’ordre de 55 gallons américains, soit environ 208 litres.
Les fûts étaient volontairement chargés partiellement afin de conserver 50% en réserve d'air leur permettant une flottabilité suffisante. Ils contenaient des vivres comme du riz, orge, des conserves en quantité, des médicaments et même parfois des munitions. Ces fûts étaient reliés entre eux par de longs cables. Les sources japonaises et américaines indiquent qu'un fût contenait environ 150 kg de riz et d'orge, Un destroyer embarquait généralement de 200 à 240 fûts en pontée.
TBF "Avenger" L’attaque des 13-14 novembre d’un convoi de ravitaillement Le 13 novembre 1942, à 17 h 30 le cargo « SHINANOGAWA MARU » quitte les îles Shortlands, cap sur Guadalcanal avec les transports de troupes du groupe de renfort du contre-amiral Tanaka Raizo transportant la 38e division de l'armée avec les troupes, les équipements et les provisions. Ce convoi était composé de 21 cargos.
La couverture aérienne était assurée par la 11e flotte aérienne équipée d’hydravions de chasse .
Le 14 novembre à 08 h 49, alors qu’un le groupe de renfort japonais progresse dans le détroit de Nouvelle-Géorgie (entre les îles de Nouvelle-Géorgie et de Santa Isabel) le convoi est repéré par un bombardier en piqué Douglas SBD « Dauntless » provenant de l' USS « Enterprise » (CV-6).
À 09 h 08, le SBD attaque un navire de transport mais est finalement abattu par la chasse adverse. À 12 h 50, 18 SBD du Corps des Marines et sept bombardiers-torpilleurs TBF « Avenger » venant de l’ « Enterprise » attaquent à leur tour le convoi. Des Mitsubishi A6M « Zeke » abattent quelques appareils avant d’être interceptés par des F4F « Wildcat » et ne parviendront pas à empêcher l'attaque. Les transports « Canberra Maru » et « Nagara Maru » sont bombardés et coulés. Les destroyers « Amagiri » et « Mochizuki » recueilleront 1 500 survivants. Les Américains endommagent également le cargo « Sado Maru » qui fait route vers les îles Shortland escorté par l' « Amagiri » et le « Mochizuki » ; ces derniers transportent, parmi d'autres survivants, le général Tanabe, commandant de la 38e division.
Grumman F4F à Henderson Field
Vers 14 h 30, des SBD provenant de l'« Enterprise » ainsi que d’autres appartenant au Corps des Marines bombardent et coulent le « Brisbane Maru ». Le destroyer « Kawakaze » recueillera 550 survivants.
À partir de 15 h 00, deux formations de B-17 E de la 5th Air Force basé à Espiritu Santo, dans les Nouvelles-Hébrides attaquent le convoi sans succès ce qui n’a rien de bien surprenant pour un quadrimoteur visant un navire. Le B17 n’a pas été conçu pour ce type de bombardement.
Boeing B 17 E
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Au large des îles Shortland, vers 15 h 30, le « Shinanogawa Maru » qui se trouve en tête du convoi et l’ »Arizona Maru » en queue sont attaqués par huit SBD avec 12 chasseurs F4F en couverture. Les deux navires de transport sont touchés par des bombes de 500 kilos et abandonnés. Le « Shinanogawa Maru » gravement touché sombrera. Le destroyer « Naganami » recueillera 570 survivants, pendant que le « Makinami» en recueillera 1 020 provenant de l' « Arizona Maru ».
Lors de la dernière attaque qui débuta vers 16 h 10, les avions coulent le transport « Naka Maru ». Le destroyer « Suzukake » réussira lui, à recueillir 1 100 survivants.
Entre août 1942 et février 1943 les pertes confirmées de navires s’élèvent à une soixantaine de navires japonais sur un total de 214.
L'aspect le plus dramatique est que la destruction des cargos priva les troupes déjà présentes sur Guadalcanal de nourriture, de médicaments et de munitions. Les historiens estiment que sur l’ensemble des pertes japonaises pendant la campagne, près de la moitié succombèrent à la faim, aux maladies et à l'épuisement, conséquence directe de l'échec du ravitaillement maritime.
Plus tard à la mi-novembre, un convoi transportant quelques 7 000 hommes destinés à renforcer les forces japonaises sur Guadalcanal fut attaqué par l’aviation aérienne coulant ou mettant hors de combat la majorité des transports. Environ 5 000 hommes furent récupérés par les destroyers de l'amiral Raizō Tanaka, mais durent souvent abandonner leurs équipements. Seuls 2 000 à 4 000 soldats purent finalement atteindre Guadalcanal, pratiquement sans artillerie lourde, ni véhicules et sans ravitaillement.
Le transport "Shinanogawa Maru"
Début février 1943, à la fin de la campagne, pour signifier que la victoire était totale sur la garnison japonaise de Guadalcanal, le général Alexander Patch, commandant des forces américaines sur le terrain, signala à son supérieur l'amiral William F. Halsey que «
Le Tokyo Express n'a plus de terminus à Guadalcanal ! » C’était le 9 février..
Coté japonais, le Major-général Kiyotake Kawaguchi, (voir le post 89) commandant la 35ème brigade d’infanterie à Guadalcanal écrivait
« Guadalcanal n'est plus simplement le nom d'une île dans l'histoire militaire du Japon. C'est le nom du cimetière de l'armée japonaise.»Le "Kyusyu Maru" qui sera coulé le 15 octobre 1942.
Bombardement d'un transport japonais
L'objet des combats
"Henderson field"
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Naval History and Heritage Command (US Navy)
https://www.daveswarbirds.com/guadalcan ... otos_6.htmhttps://www.combinedfleet.com/KyushuA_c.htmA suivre...En 1944, les Français étient malheureux, maintenant ils sont mécontents, c'est le progrès ! CdG
Bernard