Dog Red a écrit:... Pour le bombardement par les gaz, j'avais lu qu'à l'été 1940, CHURCHILL aurait affirmé "nous noierons les plages sous le gaz" en parlant d'un potentiel débarquement allemand en Angleterre.
... (les effets des gaz de combats dépendent principalement des conditions météo avec des résultats souvent difficiles à prévoir et à évaluer).
...
Sur le plan " technico-météo", le bombardement, dans un rôle défensif, de plages avec des obus à gaz, dans l'esprit de ceux qui avaient été utilisés durant la Der des Ders, est compliqué à souhait, les vents de "mer" étant beaucoup plus fréquents que les vents de "terre", hormis certains cas bien particuliers, comme, en France, le mistral ou la tramontane. Dès lors, en utilisant des obus à gaz, le défenseur risque de se prendre ses nuages toxiques dans la tronche, repoussés par le vent dominant!
Ensuite, il y a un autre problème, le bombardement avec des obus chimiques n'a qu'un caractère temporaire, le nuage créé par des tirs de projectiles à gaz – obus, torpilles de mortiers – se dissipe, au bout d’un certain délai, dans l’atmosphère et sous l’effet du vent; néanmoins, les retombées, sur le sol, d’un gaz comme l’ypérite ou "gaz moutarde" - un agent vésicant qui brule l’épiderme et les voies respiratoires, largement utilisé durant la Première Guerre Mondiale - conservent leurs pouvoir nocifs et le simple contact avec le sol « gazé » entraine la contamination.
La solution défensive, qui serait, en théorie, la plus "efficace", est l'emploi d'armes chimiques à effet persistant. La contamination consiste à traiter directement le sol par aspersion, créant ainsi une zone d’interdiction pour l’adversaire; dans ce cas, il n’y a pas de dissipation atmosphérique notable et la traversée du terrain empoisonné exige sa décontamination préalable.... aussi bien par l'attaquant que le défenseur! Ce dernier est, alors, confronté à un sérieux problème de moyens, car, dans l'optique de menaces de débarquement, il lui faut empoisonner des centaines de kilomètres de côtes et, aussi, disposer des moyens techniques de décontamination, pour que ses propres forces puissent, à nouveau, contrôler les plages, en s'y aventurant! L'usage d'armes chimiques à effet persistant n'est "opérationnellement" compatible que pour des secteurs limités - exemple: approches de secteur fortifié -.
Là, il s'agit du retour d'expérience de la "Der des Ders", qui, dans l'entre-deux-guerres, avait bénéficié, entre autres, de la mécanisation des unités du Génie, chargées de la mise en oeuvre des "gaz de combat" et de l'indispensable décontamination du terrain. De mon côté, je me suis surtout intéressé au "problème" de la contamination et la décontamination des gaz de combats "persistants", tel qu'il avait été "abordé" par les allemands et leurs
Nebeltruppen.
Que ce soit pour contaminer ou décontaminer un terrain, les semi-chenillés "spécialisés" (
Sd.Kfz.10 (t) et
Sd.Kfz. 11 (3 t) disposaient, à l'arrière, d'une citerne de liquide contaminant ou de réservoir de produit décontaminant (souvent de la poudre), dont la largeur d'aspersion ou de diffusion n'excédait guère la largeur d'une buse d'épandage d'un mètre de large! Çà en fait des véhicules et du temps pour contaminer ou décontaminer une plage, à basse et haute eau (!) - dans ce dernier cas, en admettant que, dans ce rôle de décontamination, l'adversaire ne puisse pas les dézinguer! -. Il fallait aussi prévoir la protection des personnels ( combinaisons, masques, gants, lunettes!).
De toute manière, les Conventions de Genève, convenues durant l'entre-deux-guerres, avaient proscrit l'emploi des gaz de combats; cà n'avait pas empêché, pour autant, les "futurs belligérants" occidentaux de "potasser" le sujet, mais, de fait, aucun d'eux n'avait osé, à dater de septembre 1939, y contrevenir, tout en disposant, chacun, d'un très conséquent arsenal chimique (gaz de combat "non persistants" et "persistants") Durant toute la durée de la WW2, le "pinpin" allemand s'était réglementairement "trimbalé" un étui métallique cylindrique, où était stocké un masque à gaz!
Il y a un autre "détail" qu'il convient, aussi, de prendre en compte; alors que les belligérants, entre 1915 et 1918, avaient tiré des montagnes d'obus chimiques - çà, se chiffre en millions! - et dépensé des fortunes pour les produire, le "bilan humain" s'était résumé à 90 000 morts et un million de blessés à des degrés divers - bon nombre d'entre eux, survivants des combats, bien que "gazés" dans leur jeunesse, ayant néanmoins vécu jusqu'à plus de 70 ans! - soit un ratio global des plus "tristounets" de 0,9% de tués, rapporté au seul nombre de blessés, tout en sachant que le gros des pertes dues aux gaz de combat, s'était surtout concentré sur le Front Est, en 1915, alors que l'armée impériale russe n'était pas préparée, ni équipée pour se protéger contre les gaz de combat! En ramenant "froidement", le coût de la production d'obus chimiques, conjuguée à celle de la fourniture de masques, protections diverses et, en "sous-main", les frais de soins qu'avait exigés l’importance du nombre de "gazés", l'emploi des "gaz de combat" n'était pas "rentable"!
