Dog Red a écrit:Seuls les écrits restent.
Il y a une perte terrible des témoignages !
A l'image de ce qui se fait (trop tard) en Ardenne belge, y a-t-il en Normandie une collecte des témoignages des derniers survivants de la bataille ?
Je vais prendre l'exemple quelque peu particulier de l'Alsace. La plupart des hommes (et des jeunes femmes!) que j'ai eu côtoyés avaient servi, souvent, plusieurs années de suite, dans la Wehrmacht, mais il existait une règle générale tacite, qui consistait à ne pas évoquer ses souvenirs militaires. Seules exceptions, quelques rares occasions, le plus souvent familiales, où, durant lesquelles, une généreuse consommation de produits locaux, comme il était de règle à l'époque, déliait occasionnellement les langues, à condition qu'ils se retrouvent à plusieurs à avoir servi dans des corps différents, qu'il n'y avait pas la présence d'un "Lapin" (un français de l'Intérieur) de la même "génération" et sachant que leurs échanges de souvenirs s'effectuaient en dialecte!
Bizarrement, mon "lardon" né en 1973, alors que son grand-père maternel était décédé en 1984, en sait plus long que moi sur sa "carrière militaire", sauf qu'il était, alors, à son grand regret, beaucoup trop jeune pour pouvoir en assimiler toutes les détails!
Il y avait, aussi, des cas très particuliers; l'un des meilleurs amis de ma belle-famille paternelle était un ami d'enfance, né dans le même petit bourg alsacien, qui, en 1940, à l'âge de 19 ans, avait réussi à passer en Grande-Bretagne, où il avait intégré les FFL, pour se retrouver combattant à Bir Hakeim, avant de débarquer, en août 1944, en Provence et rentrer en Alsace "dans les bagages" de la 1ère Armée Française! Je ne les ai jamais vus, lui et mon beau-père, pourtant tous deux camarades d'école primaire, échanger la moindre confidence sur leur passé militaire!
A la limite, mais c'est très relatif, on en savait plus sur le quotidien des prisonniers français dans les Offlags et Stalags, que sur le parcours des combattants! Il y a, également, des spécificités qu'il ne faut pas oublier; ainsi, un bon nombre des recrues "Malgré-Nous" alsaciennes-mosellanes , en 1943-1944, avaient été incorporées d'office dans les divisions historiques de la Waffen-SS (LSSAH, DR, TK, notamment). Après le procès de Bordeaux, en 1953, puis malgré ou à cause de l'amnistie générale votée, à la suite, en catastrophe, il n'était pas du tout de bon ton, en tant que "combattant vaincu", d'oser se prévaloir d'avoir appartenu à la Waffen-SS. Sans émettre pour autant la moindre critique, force est de constater que la "légende" de l'intervention essentielle des maquis et formations de francs-tireurs (d'obédience communiste!) avait fait flores... encouragée, plus ou moins, en çà par les intentions du "Grand Charles", qui avait ainsi cherché, très intelligemment, à éviter, au mieux, les "dégâts" possibles au sein d'une population nationale, sérieusement fracturée par quatre ans d'Occupation. Par voie de conséquence, dans l'intérêt national, le particularisme des populations alsaciennes-mosellanes minoritaires avait été glissé sous le tapis!
Cette situation avait perduré, en gros, jusqu'au début de la décennie 1990, les "acteurs" et "témoins" de la Seconde Guerre Mondiale, tous camps confondus, passant désormais l'arme à gauche en raison de leur âge. Actuellement, il doit rester, au mieux, dans le Monde, moins d'une demi-douzaine de centenaires, dont plus de la moitié définitivement "gâteuse", qui ont participé activement (souvent pas toujours) à ces combats!
A propos du quotidien du "pinpin" allemand de base, personnellement, je ne connais qu'un écrit, celui de Guy Sager, au demeurant très largement critiqué et remis en cause. Il y a bien, également, les "romans" de Sven Hassel, qui avaient été publiés, en France, en livre de poche, au début des années 60, dont l'auteur, de nationalité danoise, s'était engagé dans la Heer; l'aspect très romancé de ses récits ne peut pas être écarté, mais le fond de la réalité quotidienne était toujours là. Ne pas oublier, non plus, que, dans les deux cas évoqués, on avait à faire à des "renégats", l'un, de naissance germano-alsacienne, l'autre, d'origine danoise, ce qui n'arrangeait pas leurs "bidons".


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