Connexion  •  M’enregistrer

80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince


80° Anniversaire de la Seconde Guerre Mondiale
---- ANNÉE 1944 -----

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 11  Nouveau message de coyote  Nouveau message 20 Juil 2024, 08:48

Bonjour

Je partage ton point de vue.
Ce "témoignage" rocambolesque est franchement peu crédible. Faire un A/R en France en pleine guerre pour aller manger un morceau de l'autre coté du Channel en avion léger (Piper ? Beechcraft..? ) A t'on idée ? grossesurprise
En 1944, les Français étient malheureux, maintenant ils sont mécontents, c'est le progrès ! CdG

Bernard

modérateur
modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 17 Oct 2018, 09:07
Localisation: Trégor Morlaisien
Région: Bretagne
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 12  Nouveau message de Gaston  Nouveau message 20 Juil 2024, 10:59

Pour en revenir à St-Ex...

coyote a écrit:Soyons clairs, la cause à l’origine de cette chute reste et restera probablement longtemps encore inconnue. Au grand dam de ses proches, l'hypothèse du suicide est même évoquée ; Il faut dire que Saint-Exupéry est physiquement diminué (il ne pouvait fermer seul la verrière de son appareil), désespéré par le monde qu'il voyait s'annoncer. Ses derniers écrits conforteraient cette hypothèse, par leur ton franchement pessimiste,

A titre d ‘exemple les dernières lignes d'une lettre adressée à son ami Pierre Dalloz, écrite la veille de sa mort :
« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »


Qu'est-ce qui le désespérait tant ? Que voulait-il dire par "termitière" ? Que craignait-il ?
Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

M. Audiard

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 19 Aoû 2014, 22:09
Région: Perroy, VD
Pays: Suisse

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 13  Nouveau message de iffig  Nouveau message 20 Juil 2024, 11:04

"Que craignait-il ?"

Il n'aimait pas beaucoup la culture de masse.


« Vieux bureaucrate, mon camarade ici présent, nul jamais ne t’a fait évader et tu n’en es point responsable. Tu as construit ta paix à force d’aveugler de ciment, comme le font les termites, toutes les échappées vers la lumière. Tu t’es roulé en boule dans ta sécurité bourgeoise, tes routines, les rites étouffants de ta vie provinciale, tu as élevé cet humble rempart contre les vents et les marées et les étoiles. Tu ne veux point t’inquiéter des grands problèmes, tu as eu bien assez de mal à oublier ta condition d’homme. Tu n’es point l’habitant d’une planète errante, tu ne te poses point de questions sans réponse : tu es un petit bourgeois de Toulouse. Nul ne t’a saisi par les épaules quand il était temps encore. Maintenant, la glaise dont tu es formé a séché, et s’est durcie, et nul en toi ne saurait désormais réveiller le musicien endormi ou le poète, ou l’astronome qui peut-être t’habitait d’abord. »

Antoine de Saint-Exupéry
Terre des hommes, éditions Gallimard, 1939
Never believe anything until it has been officially denied.

modérateur
modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 13 Jan 2013, 11:18
Région: Pays de la Loire
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 14  Nouveau message de coyote  Nouveau message 20 Juil 2024, 11:14

Merci pour ces précisions ;) "
Dans la même phrase il dit qu'il était "fait pour être jardinier". Il y a surement un rapport direct avec son grand amour de l'époque qu'était Louise de Vilmorin (enfin je pense).
En 1944, les Français étient malheureux, maintenant ils sont mécontents, c'est le progrès ! CdG

Bernard

modérateur
modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 17 Oct 2018, 09:07
Localisation: Trégor Morlaisien
Région: Bretagne
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 15  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 20 Juil 2024, 11:42

iffig a écrit:Il n'aimait pas beaucoup la culture de masse.


L'allégorie du businessman dans "Le Petit Prince".
Image
Hommage à l'Ardenne de Philippe JARBINET

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 11 Mar 2014, 22:31
Région: Hainaut
Pays: Belgique

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 16  Nouveau message de JARDIN DAVID  Nouveau message 20 Juil 2024, 12:38

Gaston a écrit:Qu'est-ce qui le désespérait tant ? Que voulait-il dire par "termitière" ? Que craignait-il ?

Je reviens sur le contexte de 1944 : le contexte pré-libération le désespérait. Il pensait que les épreuves depuis 1940 avaient pu dissiper les miasmes des magouilles politiques de la IIIe et que la notion d'intérêt général prévaudrait. Ainsi qu'une vision non strictement capitalistique de la société puisqu'on ne parlait pas encore de société de consommation.
Puis il se rend progressivement à l'évidence : la France libre lutte au moins autant contre Vichy que contre les Allemands et les manipulations reprennent, les affairistes du grand Kapital international reviennent. St Ex fait partie des déçus du giraudisme et restait (paradoxalement) proche de Lemaigre-Dubreuil, sans illusions.
JD
"Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi" (Le Cid)

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 22 Aoû 2009, 20:49
Région: Principauté de Salm
Pays: FRANCE

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 17  Nouveau message de P165gba  Nouveau message 20 Juil 2024, 13:23

Il est clair qu'il était en pleine interrogation sur le présent et le futur ...

"La lettre ci-dessous fut écrite à La Marsa, près de Tunis, en juillet 1943. Parue dans Le Figaro littéraire, no 103, 10 avril 1948. Recueillie dans Un sens à la vie, Gallimard, 1956.

https://www.dedefensa.org/article/lettr ... -des-temps


"...
Au général ‘X’

Je viens de faire quelques vols sur P-38. C’est une belle machine. J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante-trois ans, après quelque six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là. Ce n’est plus qu’un instrument de déplacement – ici, de guerre. Si je me soumets à la vitesse et à l’altitude à un âge patriarcal pour ce métier, c’est bien plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération que dans l’espoir de retrouver les satisfactions d’autrefois.
Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais. En octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2-33 avait émigré, ma voiture étant remisée, exsangue, dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle, l’herbe des chemins. Les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à cent trente kilomètres à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient.
Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence). Et il m’a semblé que, durant toute ma vie, j’avais été un imbécile...

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au cœur d’une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les monoplaces de 2 600 CV dans une sorte de bâtisse abstraite où nous sommes entassés à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le cœur. Ça aussi, comme les missions sans profit ou espoir de retour de juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis « malade » pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout. Aujourd’hui, je suis profondément triste – et en profondeur. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui, n’ayant connu que le bar, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur. On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fût répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme. Aujourd’hui que nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, rien qui ait la densité poétique d’un Austerlitz. Il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide), tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine : « Nous acceptons honnêtement ce job ingrat » et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir. Sa maladie n’est point d’absence de talents particuliers, mais de l’interdiction qui lui est faite de s’appuyer, sans paraître pompière, sur les grands mythes rafraîchissants. De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de M. Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus loin). Siècle de la publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux ni messe pour les morts. Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j’avais la foi, il est bien certain que, passé cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterais plus que Solesmes. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus. On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVe siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots. Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIXe siècle, le désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel sinon par soif ? Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ? Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors les sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ça déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). Et la vie de l’esprit commence là où un être « un » est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L’amour de la maison – cet amour inconnaissable aux États-Unis – est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise et le culte des morts (je cite ça, car il s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir). Cela c’est de l’époque, non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.

Il faut absolument parler aux hommes.
À quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ? Quand la question allemande sera enfin réglée, tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise, au sortir de cette guerre, à distraire, comme en 1919, l’humanité de ses soucis véritables. Faute d’un courant spirituel fort, il poussera, comme champignons, trente-six sectes qui se diviseront les unes les autres. Le marxisme lui-même, trop vieillot, se décomposera en une multitude de néo-marxismes contradictoires. On l’a bien observé en Espagne. À moins qu’un César français ne nous installe dans un camp de concentration néo-socialiste pour l’éternité.

Ah ! quel étrange soir ce soir, quel étrange climat. Je vois de ma chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visage. J’entends les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à cette foule désœuvrée venue d’au-delà des mers et qui ne connaît même pas la nostalgie.

On peut confondre cette acceptation résignée avec l’esprit de sacrifice ou la grandeur morale. Ce serait là une belle erreur. Les liens d’amour qui nouent l’homme d’aujourd’hui aux êtres comme aux choses sont si peu tendus, si peu denses que l’homme ne sent plus l’absence comme autrefois. C’est le mot terrible de cette histoire juive : « Tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin ! – Loin d’où ? » Le « où » qu’ils ont quitté n’était plus guère qu’un vaste faisceau d’habitudes. En cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité d’avec les choses. Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison aussi si elle n’est qu’un assemblage. Et la femme. Et la religion. Et le parti. On ne peut même pas être infidèle : à quoi serait-on infidèle ? Loin d’où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme.

Qu’ils sont donc sages et paisibles, ces hommes en groupe. Moi, je songe aux marins bretons d’autrefois, qui débarquaient à Magellan, à la Légion étrangère, lâchés sur une ville, à ces nœuds complexes d’appétits violents et de nostalgie intolérable qu’ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement parqués. Il fallait toujours, pour les tenir, des gendarmes forts ou des principes forts ou des fois fortes. Mais aucun de ceux-là ne manquerait de respect à une gardeuse d’oies. L’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou avec le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés. Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissés libres de marcher. Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral ! Ce que je hais dans le marxisme, c’est le totalitarisme à quoi il conduit. L’homme y est défini comme producteur et consommateur, le problème essentiel est celui de distribution. Ainsi dans les fermes modèles. Ce que je hais dans le nazisme, c’est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence même. On fait défiler les ouvriers de la Ruhr devant un Van Gogh, un Cézanne et un chromo. Ils votent naturellement pour le chromo. Voilà la vérité du peuple! On boucle solidement dans un camp de concentration les candidats Cézanne, les candidats Van Gogh, tous les grands non-conformistes, et l’on alimente en chromos un bétail soumis. Mais où vont les États-Unis et où allons-nous, nous aussi, à cette époque de fonctionnariat universel? L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne : système Bedeau, à la belote. L’homme châtré de tout son pouvoir créateur et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard comme on alimente les bœufs en foin. C’est cela, l’homme d’aujourd’hui.

Et moi, je pense que, il n’y a pas trois cents ans, on pouvait écrire La Princesse de Clèves ou s’enfermer dans un couvent pour la vie à cause d’un amour perdu, tant était brûlant l’amour. Aujourd’hui, bien sûr, des gens se suicident. Mais la souffrance de ceux-là est de l’ordre d’une rage de dents. Intolérable. Ça n’a point à faire avec l’amour.

Certes, il est une première étape. Je ne puis supporter l’idée de verser des générations d’enfants français dans le ventre du Moloch allemand. La substance même est menacée. Mais, quand elle sera sauvée, alors se posera le problème fondamental qui est celui de notre temps. Qui est celui du sens de l’homme, et il n’est point proposé de réponse et j’ai l’impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde.

Ça m’est bien égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que restera-t- il ? Autant que des êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. Les choses, je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est certain arrangement des choses. La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits instruments à musique distribués en grande série, mais où sera le musicien ? Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons et ses cadrans une sorte de chef comptable (le vol aussi, c’est un certain ordre de liens). Mais, si je rentre vivant de ce « job nécessaire et ingrat », il ne se posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ?

Je sais de moins en moins pourquoi je vous raconte tout ceci. Sans doute pour le dire à quelqu’un, car ce n’est point ce que j’ai le droit de raconter. Il faut favoriser la paix des autres et ne pas embrouiller les problèmes. Pour l’instant, il est bien que nous nous fassions chefs comptables à bord de nos avions de guerre.

Depuis le temps que j’écris, deux camarades se sont endormis devant moi dans ma chambre. Il va me falloir me coucher aussi, car je suppose que ma lumière les gêne (ça me manque bien, un coin à moi !). Ces deux camarades, dans leur genre, sont merveilleux. C’est droit, c’est noble, c’est propre, c’est fidèle. Et je ne sais pourquoi j’éprouve, à les regarder dormir ainsi, une sorte de pitié impuissante. Car, s’ils ignorent leur propre inquiétude, je la sens bien. Droits, nobles, propres, fidèles, oui, mais aussi terriblement pauvres. Ils auraient tant besoin d’un dieu. Pardonnez-moi si cette mauvaise lampe électrique que je vais éteindre vous a aussi empêché de dormir et croyez en mon amitié.

Antoine de Saint-Exupéry ..."

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 15 Avr 2023, 11:12
Région: Ile de France
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 18  Nouveau message de Marc_91  Nouveau message 20 Juil 2024, 14:12

8) Comme dit en page précédente, "Citadelle" est libre de droits, puisqu'il s'est écoulé plus de 70 ans après la mort de son auteur.

Image
Citadelle Saint-Exupery.pdf
(2.17 Mio) Téléchargé 141 fois
:? Le chapître CLXXV concernerait le général De Gaulle selon certaines critiques ...
. . Image. . . . . .Image . . . Image
"Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous." - Saint-Exupéry, "Pilote de Guerre", 1940-42

modérateur
modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 04 Déc 2006, 13:25
Localisation: Etrechy (91)
Région: Beauce
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 19  Nouveau message de P165gba  Nouveau message 20 Juil 2024, 15:18

Marc_91 a écrit: 8) Comme dit en page précédente, "Citadelle" est libre de droits, puisqu'il s'est écoulé plus de 70 ans après la mort de son auteur.

Le chapître CLXXV concernerait le général De Gaulle selon certaines critiques ...


Je viens de le relire ... chapitre CLXXV page 873 La Pléiade. Une adresse à CDG ? Pourquoi pas ? mais ce texte est aussi valable pour lui-même ... réfugié aux USA ... attendant .... attendant quoi ? Quant aux critiques certains avaient aussi trouvé la rivalité Pétain-De Gaulle dans l'Antigone d'Anouilh ...

Sinon dans sa lettre au Général X de juillet 1943 (1 an avant sa disparition) il y a ceci qui ne peut qu'interpeller ... ;)

Il faut absolument parler aux hommes.
À quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ? Quand la question allemande sera enfin réglée, tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise, au sortir de cette guerre, à distraire, comme en 1919, l’humanité de ses soucis véritables. Faute d’un courant spirituel fort, il poussera, comme champignons, trente-six sectes qui se diviseront les unes les autres. Le marxisme lui-même, trop vieillot, se décomposera en une multitude de néo-marxismes contradictoires. On l’a bien observé en Espagne. À moins qu’un César français ne nous installe dans un camp de concentration néo-socialiste pour l’éternité.

vétéran
vétéran

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 15 Avr 2023, 11:12
Région: Ile de France
Pays: France

Re: 80° ANNIVERSAIRE Un bien triste jour pour le Petit Prince

Nouveau message Post Numéro: 20  Nouveau message de coyote  Nouveau message 20 Juil 2024, 16:23

A la lecture de cette lettre (écrite en juin 1943 ?) l'hypothèse du suicide un an plus tard n'est peut être pas si ridicule que ça.
Il a 44 ans et en pleine déprime.

On ne saura jamais la vérité bien entendu, cependant tous les témoignages de ses compagnons concordent pour décrire son état de fatigue physique et morale .
Les Américains ont insisté pour l'interdire de vol pour dépassement de la limite d'âge. Il a tout fait pour malgré tout continuer.

A lire ce qu'il écrit un an plus tôt, que peut on raisonnablement en penser ?
En 1944, les Français étient malheureux, maintenant ils sont mécontents, c'est le progrès ! CdG

Bernard

modérateur
modérateur

Avatar de l’utilisateur
 
Inscription: 17 Oct 2018, 09:07
Localisation: Trégor Morlaisien
Région: Bretagne
Pays: France

PrécédenteSuivante

Connexion  •  M’enregistrer

Retourner vers ANNEE 1944




  • SUR LE MEME THEME DANS LE FORUM ...
    Réponses
    Vus
    Dernier message
 
  ► Les 10 Derniers Posts du jour Date Auteur
    dans:  Feux de la rampe 2.0 : « Vichy » 
il y a 45 minutes
par: Alfred 
    dans:  Quiz suite -13 
Aujourd’hui, 19:57
par: kfranc01 
    dans:  Mourir au maquis - Mourir pour le maquis 
Aujourd’hui, 18:17
par: Loïc 
    dans:  Les Feux de la rampe 2.0 : Parachutes, parachutisme, parachutistes 1934-1945 
Aujourd’hui, 16:48
par: Prosper Vandenbroucke 
    dans:  Le premier combat entre porte-avions de l'Histoire 
Aujourd’hui, 14:57
par: coyote 
    dans:  La bataille de Gaulle 
Aujourd’hui, 14:04
par: fanacyr 
    dans:  Uniformes de la Bulgarie 
Aujourd’hui, 09:56
par: iffig 
    dans:  Connaissez vous cette marque de bâches militaire ? 
Hier, 16:31
par: Fred-info 
    dans:  Corpi d'elite delle Forze Armate Italiane dal 1935 al 1945 
Hier, 16:16
par: iffig 
    dans:  7ème Compagnie - Conférence 2026 - La Belgique en Guerre - Hugues Wenkin 
Hier, 15:48
par: Prosper Vandenbroucke 

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 11 invités


Scroll