Petit retour en arrière et genèse du canon antichar allemand

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« De: Officier transmissions 1er groupe d’armée (Nachrichten-Offizier des Armee-Oberkommando 1)
À : Commandement suprême de l’Armée de Terre (OHL, Oberste Heeresleitung)
Le 16.9 [1916], un « Tank » anglais a franchi le glacis et pénétré dans les lignes allemandes. Il a été [immédiatement] pris sous le feu de l’infanterie et des mitrailleuses, mais les projectiles ont ricoché sur sa cuirasse. Le « Tank » s'est ensuite arrêté à Flers pendant un certain temps, puis s'est dirigé vers Ligny-Thilloy, où un tir d'artillerie a enflammé son essence. Le « Tank » a été détruit et un des occupants capturé » - Message retransmis au Ministère de la Guerre (Berlin)
...Mais, dès la veille, 15 septembre 1916, les premiers chars d’assaut Mark 1 britanniques ont fait leur apparition sur le champ de bataille, quelques kilomètres plus à l’est.
Tank Mark 1 britannique, immatriculé
C 15, photographié le 25 septembre 1916; ce tank « Mâle » (armé de canons) appartenait aux 17 exemplaires de la
Company C, lancés à l’assaut des lignes allemandes, dans la Somme, le 15 septembre 1916.

La nouveauté de la menace va amener l’armée allemande à concevoir, dans l’urgence, des armes terrestres capables de s’y opposer. Très rapidement, l’état-major allemand a réagi, en attribuant à l’infanterie et aux compagnies de mitrailleuses des dotations supplémentaires en balles perforantes
SmK (
Spitzgeschoss mit Kern, balle pointue à noyau) 7,92 x 57, compatibles avec le fusil réglementaire à répétition
Gewehr 98 et la mitrailleuse
MG 08. Mais, hormis le feu concentré, à courte distance, de mitrailleuses, sur les trappes de vision, ces munitions, censées percer une plaque d’acier de 8 mm, à 100 m, n’ont que peu d’effets sur le blindage des Tanks Mark 1, dont l’épaisseur maximale atteint, déjà, 12 mm.
Les premiers et excellents fusils antichars Mauser,
Tank Gewehr, de 13 mm, ne seront pas mis en service, en quantité notable, avant le second trimestre 1918 – 5 exemplaires attribués le 18 mars et 4632, en service, le 4 septembre 1918 -.
Le
T-Gewehr, d'un poids de 18 kg pouvait percer 25 mm de blindage à 250 m, 22 mm à 560 m et était censé perforer 10 mm de blindage à 2000 m. Peu apprécié de la troupe pour son recul dévastateur, mais déployé en nombre, ses effets vont s’avèrer redoutables, mais son apparition sur le champ de bataille est trop tardive pour influencer le cours du conflit.
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Un
T-Gewehr capturé par des Tommies...
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Les
Minenwerfer, mortiers de tranchée, ne sont pas adaptés à la lutte antichar, quant à l’artillerie, son efficacité, en tir direct, est pénalisée par le poids et l’encombrement de ses pièces – un
7,7 cm Feldkanone 96 n.A pèse une tonne, un obusier 1
0,5 cm le.FH 98/09, 1 145 kg ! -, qui contrarient la nécessaire mobilité requise dans les terrains souvent tourmentés de la première ligne. Il est impératif de concevoir une pièce, toute à la fois, légère et suffisamment performante pour arrêter les Tanks !
L’arsenal terrestre allemand ne dispose, alors, d’aucune pièce d’artillerie de petit calibre, sauf un lot de vieux canons-revolvers à 5 tubes et fonctionnement manuel,
3,7 cm Revolverkanonen, mis en service en 1884, pour la défense des ouvrages fortifiés, tirant, à la cadence de 35 coups/minute et à la vitesse de 400 m/s, un projectile explosif (!) encartouché. Les premiers modèles de
Tankabwehrkanonen, dont, d’abord, le projet de l’
Oberstleutnant Fischer, puis ceux des firmes Krupp (1 prototype) et Rheinmetall (3 prototypes), testés sur le terrain d’essais de Kummersdorf, début 1918, sont, tous, des adaptations réalisées à partir de tubes de cette arme obsolète.
3,7 cm Tak « Fischer » en cours d’essais. Le tube, sur lequel a été adaptée une culasse, provient du
3,7 cm Revolverkanone, tandis que le trépied est un affût de mitrailleuse française Saint-Etienne Modèle 1907...
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L’affût de
Minenwerfer choisi par Krupp se révélant trop lourd et la mise en fabrication du projet
Fischer n’aboutissant pas, seul, le
3,7-cm-Tak-Rheinmetall sur affût rigide débouche sur une production en série de six cents d’exemplaires, durant le second semestre 1918. Début octobre, sur le pas de tir de Meppen, en Basse-Saxe, une série de projectiles blindés de 37 mm, dotés de charges explosives de différentes puissances et munis de traceur, est, également, soumise à des tirs d’essais sur des plaques d’acier de blindage, mais aucune munition antichar (
Panzergranate) satisfaisante ne sera mise au point, avant l’Armistice de novembre 1918.
Rheinmetall-Borsig parviendra à livrer 600 exemplaires du
3.7-cm-Tak, avant la fin du conflit. En dépit de sa rusticité et de l’absence de munitions antichars adaptées, l’arme se révèlera efficace.
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Dès ce même mois d’octobre, l’Armée a établi l’ébauche d’un cahier des charges pour le futur canon antichar, d’un poids de 130/140 kg, sans son bouclier, d’une longueur de 40 calibres, assurant une vitesse initiale de l’ordre de 600/650 m/s à un projectile blindé, d’un poids unitaire de 0,6 à 0,8 kg, contenant une puissante charge explosive additionnelle, muni d’un traceur, sensé percer 21 mm d’acier de blindage au nickel (sans précision sur son inclinaison), à 1500 m. Tandis que, quelques jours plus tard, le 29 octobre, Rheinmetall, à partir de ses propres travaux, propose le développement d’une pièce de
3,7 cm-Tak, à fonctionnement semi-automatique, de 45 calibres, propulsant un projectile antichar de 750 grammes, à la vitesse initiale de 680 m/s, avec une hauteur de feu de 570 mm, un recul de 300 mm et un poids en batterie de 250 kg, en incluant une dotation de 20 obus encartouchés.
La suspension des hostilités, le 11 novembre 1918, puis l’application des clauses du Traité de Versailles, suivie du démantèlement de l’ancienne armée impériale (Alte Armee) contraignent à mettre le dossier en sommeil. Le spectre des premières attaques des tanks britanniques n’a pas, pour autant, cessé de hanter l’esprit des hauts responsables de la
Reichswehr et, de tous les belligérants, l’armée allemande est, certainement, celle qui a acquis l’expérience la plus étendue en matière de lutte antichar, entre 1916 et 1918! Le Traité de Versailles interdit tout développement et, à fortiori, toute mise en production de canons antichars, mais l'industrie allemande de l'armement a poursuivi ses travaux en secret et par le biais de ses prises de participation – Rheinmetall, par exemple, est devenue partie prenante dans le capital de l’entreprise helvétique Oerlikon -, suit de près les développements à l’étranger. La situation présente, aussi, certains avantages, car elle évitera aux industriels allemands, contrairement à bon nombre de leurs concurrents européens, de disperser leurs moyens dans des projets sans suite.
Dès le 20 novembre 1923, la
Reichswehr prend les dispositions pour réactiver la mise au point d’une arme antichar légère de 3,7 cm, et, afin de contourner les limitations imposées par les commissions d’inspection alliées, l’associe à un programme de développement d’un mortier léger d’infanterie (l
e.IWM 18, leichter Infanterie-Minenwerfer), qui, lui-même, débouchera, début 1928, sur la mise en production du
7,5 cm le. Infanterie-Geschütz 18.
Le 3 février 1925, les principales étapes du programme de mise au point et de production du
3,7 cm Tak ont été fixées, mais, dès lors, plus aucun élément du dossier ne sera visible au cours des années suivantes! Fin 1927, rien n’a encore filtré sur l’aspect général de l’arme, tandis que Rheinmetall-Borsig, qui a volontairement multiplié les sous-traitances pour la fourniture des différents éléments, afin d’en masquer la mise au point, s’apprête à livrer les deux premiers démonstrateurs, le 1er janvier 1928, et que les très rares informations qui ont pu transpirer, prévoient une mise en production limitée, à dater de fin 1929.
Cliché pris fin 1927, où les ingénieurs de Rheinmetall-Borsig posent avec le résultat de leurs travaux, le
3,7cm Tankabwehrkanone, reconnaissable à ses roues en bois à bandage métallique...
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Le 20 novembre 1932, par le biais de la note de service
Nr. 6163/32 g.Kdos, la
Reichswehr officialise l’existence d’un parc de 264 pièces de
3,7 cm-Tak, dans le cadre d’une commande-programme de 608 exemplaires.
Entre temps, les débouchés limités du marché national ont amené la firme Rheinmetall-Borsig à se tourner vers les fournitures à l’exportation et, dès le début de la décennie 1930, l’armée turque s’est équipée de
3,7 cm Tak...
3,7 cm Tak 28 turc...

... tandis que l’Union Soviétique, qui en a acquis la licence de fabrication, démarre, en 1931, la production du canon antichar 37 mm Modèle 30 (1), stricte réplique de la pièce allemande, au train de roulement près, le modèle russe étant équipé de jantes à rayons et de pneumatiques, en vue de son remorquage motorisé. Le calibre de 37 mm, jugé trop faible par l’Armée Rouge, sera remplacé, à dater de 1932, par un tube de 45 mm et 46 calibres, tout en conservant l’affût d’origine.
Le 3,7 cm Tak, avec ses roues en bois à bandages métalliques, a été conçu pour la traction hippomobile, au sein d’une Reichswehr dépourvue de tout parc automobile digne de ce nom. En 1930, la Reichswehr planifie un programme de renforcement, qui, à dater de 1933, est sensé porter progressivement ses effectifs à 21 divisions d’infanterie, trois de cavalerie, ainsi que la mise sur pieds des premières formations blindées & motorisées, à l’horizon 1938. Pour autant, les avis sur la motorisation des pièces antichars restent partagés. En septembre 1932, dans le cadre d’un rapport établi après les tous premiers exercices menés, à Grafenwohr, avec des blindés factices (Panzer-Attrapen), l’Inspektorat 6, chargé du développement du parc automobile de l’armée de terre, conclut que la motorisation des unités antichars ne constitue pas une priorité. Mais, dans un mémorandum adressé, en août 1933, à l’attention du
Wehramt – renommé, un peu plus tard,
Generalstab des Heeres, état-major général de l’armée de terre –, le
Generalleutnant Oswald Lutz, I
nspekteur der Kraftfahrtruppen (troupes motorisées), argumente pour leur motorisation, dans le cadre d’une tactique d’emploi dynamique ; l’armée allemande étant, alors, dépourvue de formations blindées – La
1. Panzer-Division ne sera mise sur pied que le 15 octobre 1935 -, doit se constituer un important parc de pièces antichars, douées d’une grande mobilité afin de s’opposer à des attaques de chars adverses. Le traumatisme de la situation vécue en 1916-1918 n’est toujours pas effacé des mémoires et les renseignements les plus récents indiquent, également, que l’armée française s’apprête à passer commande de plusieurs centaines – le chiffre d’un millier est, même, évoqué dans le document - de nouveaux modèles de chars (Char D1, Renault R35, Hotchkiss H35)!
Le 17 septembre 1934, le
Chef du Heeresleitung officialise la conversion du
3,7-cm-Tak au remorquage motorisé (
auf Kraftzug); l’arme sera, désormais, équipée d'une nouvelle suspension et de pneus en caoutchouc, avec chambre à air, montés sur jantes métalliques (vitesse max sur route carrossable : 70 km/h).
En juillet 1936, à l’occasion d’une notification sur l’emploi d’une bâche de transport, la désignation réglementaire de l’arme devient
3,7-cm-Pak (
Panzerabwehrkanone) et le 16 mars 1940, les désignations
Panzerabwehr-Abteilung, -Kompanie, -Kanone seront définitivement remplacées par celles de
Panzerjäger-Abteilung, -Kompanie, - Kanone, la pièce antichar conservant, elle, l’abréviation usuelle «
Pak ».
3,7 cm Pak 36/37 attelé à un
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