Alfred a écrit:Il n'y avait pas d'informations directes mais au contraire un réseau indirect
Au contraire Alfred, les informations sont surtout directes.
Dog Red a écrit:Un spécialiste dans la salle pour confirmer ?
Je relis TÖPPEL, (jeune) historien allemand à ce jour plus grand connaisseur de la bataille de Koursk (qu'il qualifie d'ailleurs de "bataille de Orel-Koursk-Bielgorod(*) ) et voici ce qui est écrit à propos du renseignement en général et Ultra en particulier :
(1) "On ne peut, en dernier ressort, exclure que l'image relativement précise que se font les Soviétiques du déploiement allemand à Koursk ait pu être complétée par des décryptages britanniques, ou par des rapports d'agents basés en Suisse [...] les Britanniques ont en effet transmis des rapports de synthèse à STALINE (**)"
(2) "Mais les Soviétiques ont encore un meilleur moyen d'obtenir les matériaux déchiffrés par leurs alliés. L'espion soviétique
John CAIRNCROSS, l'un des casseurs de codes du centre top secret de Bletchley Park transmet à Moscou les communications allemandes non retouchées. Néanmoins, il est difficile d'apprécier ce que ces rapports on pu signifier pour les Soviétiques.
(3) "Néanmoins, il est difficile d'apprécier ce que ces rapports on pu signifier pour les Soviétiques. Aussi difficiles à évaluer sont les informations passées à Moscou par le réseau suisse. Quoi qu'il en soit, tous ces espions travaillent assez efficacement pour être tenus en grand respect par les Allemands. GOEBBELS écrit ainsi dans son journal, à la date du 7 avril 1943 : 'L'espionnage anglais travaille via la Suisse de façon magistrale. Nous pouvons les prendre en exemple. En face des centrales d'informations anglaises, notre amiral CANARIS fait l'effet d'un dilettante.' "
(4) "La surveillance radio des Soviétiques se révèle bien plus importante que les agents à l'étranger [...]"
(5) "Les espions derrière les lignes livrent aussi du matériel de valeur. Les Allemands le savent et la troupe est sans cesse rappelée à la prudence [...]" Sont évoqués les rôles joués par les agents infiltrés dans les
Hilfswillige et les informateurs civils.
(6) La négligence des Allemands eux-mêmes en matière de pratiques au front : le contrôle est poreux même en avant du front (
4.Panzer-Armee en avril), renseignements secrets volés à la 258.ID (juin) ; reconnaissances menées sans le moindre respect des mesures les plus élémentaires de camouflage et de dissimulation (II.SS-Pz.Kps en juin) ; de nombreux rapports et rappels témoignent de grandes négligences en termes de secret et de dissimulation au sein des troupes allemandes assignées à "Zitadelle".
(7) Les partisans qui scrutent les mouvements de troupes par route et chemin de fer.
Pour compléter ce tour d'horizon sur le renseignement, TÖPPEL explique encore que "...le saillant de Koursk s'offre à une offensive avec une telle évidence pour les deux camps que toute surprise opérationnelle est impensable. La direction allemande en est pleinement consciente. Dès fin mars 1943 [est connue] la formation d'un rassemblement de forces dans le secteur Koursk-Koupiansk". Fin avril la
Heeresgruppe Süd rapporte que "l'adversaire est complètement sur pied de guerre et prêt à lancer de puissantes contre-offensives." Même chose vers le centre (renforts russes importants en artillerie et lances-roquettes) ou le nord (l'ennemi attend ici une attaque allemande et se renforce en conséquence).
L'impression générale est que de part et d'autre de la ligne de front chacun observe la montée en puissance de l'autre et se renforce encore plus en conséquence dans une forme de course à la puissance.
(*) selon TÖPPEL, la "bataille de Koursk" est la terminologie soviétique de la première phase de l'été 1943 ; dans les souvenirs des vétérans allemands ce n'est pas Koursk qui est cité mais "Bielgorod"
(**) De mémoire toujours, les Britanniques n'ont jamais révélé les décryptages Ultra à STALINE (qui lit pourtant par dessus leur épaule on l'a vu

) tout comme les Américains n'ont jamais eu accès direct aux renseignements Ultra et ne recevaient des Anglais que ce qu'ils voulaient bien leur donner.