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La genèse de la bataille de Koursk

Après l'opération Barbarossa, les forces de l'Axe contraignent l'URSS au repli.
Après une série de succès, l'Allemagne s'enlisera progressivement puis cédera à Stalingrad et à Koursk.
MODÉRATEURS: Marc_91, alfa1965

La genèse de la bataille de Koursk

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de KruKy  Nouveau message 05 Avr 2017, 04:57

LA GENESE DE LA BATAILLE DE KOURSK

Je relisait le livre de Jean Lopez "Les 40 jours qui ont ruiné la Wehrmacht" et je me disais que cette bataille était perdue d'avance, du fait du retard pris par l'industrie allemande.
En effet, pendant les premières années de guerre, l'Allemagne, du haut de son arrogance, continua ses gros travaux d'infrastructures et d'urbanisme qui utilisaient la majeure partie de l'industrie et de la main d'oeuvre allemande.... Ce n'est que le 18 février 1943 que le Dr Goebbels fit son fameux discours demandant au peuple allemand d'accepter "la guerre totale", et ce n'est donc qu'à partir de cette date que toute la puissance de l'industrie allemande (qui était la première du moment avec les USA) fut enfin mise complètement, au service de l'effort de guerre national.
Mais le mal était fait, l'URSS fournissait plus de 20.000 chars par ans à l'Armée Rouge alors que l'Allemagne nazie n'en produisait qu'entre 3 et 4000.

Toutefois, une chose est sûre et démontrée, c'est que von Manstein avait repris l'initiative pendant l'hiver 1942 - 1943 et que selon son plan, il laissait s'engouffrer l'Armée Rouge dans les points les plus faibles du front ce qui allongeait ses lignes de ravitaillements et dispersait ses troupes. Les chars étaient loin devant l'infanterie et l'artillerie ne pouvait plus bouger par manque de véhicules en état. Le plan de von Manstein se déroulait au mieux, il devait attirer les forces soviétique jusqu'au Dniepr, puis voulait leur asséner "un coup de revers meurtrier" (terme utilisé par von Manstein lui-même).
Hitler refusa d'abord ce plan qui allait à l'encontre de son obsession qui était: " de tenir le terrain à tous prix". Mais traumatisé par Stalingrad, il fini par accepter ce plan très risqué. A vrai dire, il n'avait pas le choix.
Von Manstein concentra donc ses forces mobiles en deux paquets, de part et d'autre de la hernie formée par Vatounine. Au nord, sur l'axe Poltava-Krasnograd, "le groupe Kempf" avec le 2e corps Panzer SS, et au sud, sur l'axe Stalino-Zaporoïé, les 1re et 4e armée Panzer. Le meilleur de la Wehrmacht était là. Von Manstein se donnait 3 objectifs successifs:

1) Les 1re et 4e armées Panzer venues du sud détruiront les forces mobiles de Vatounine lancées vers le Dniepr et rejetteront ses autres unités, vers l'est, au delà du Donetz.
2) Continuant vers le nord où les attend Kempf, ces forces enfonceront le flanc gauche de Golikov et reprendront Kharkov et Bielgorod.
3) Encore plus au nord, von Manstein entend refermer une nouvelle tenaille, cette fois sur Koursk, si nécessaire avec l'aide du groupe d'Armées Centre du maréchal von Kluge.A ce moment, la boue aura fait son apparition ( la raspoutitsa), rendant impossible toute réaction soviétique pendant 5 à 7 semaines.

(source Genèse de la bataille de Koursk Jean Lopez Page 11)

A noter que l'idée d'un sectionnement du saillant de Koursk apparaît pour la première fois à cette occasion. Cette manœuvre, qui est à la base de l'Opération Citadelle, a donc une date de naissance: la mi-février 1943 et un père : le Feldmarechal Erich von Manstein.

Les blindés de von Manstein s'ébranlèrent le 19 février, au moment même ou Vatounine tentait un suprême effort vers le Dniepr. ILes Allemands progressèrent à l'abri de la 4e Luftflotte de Wolfram von Richthofen (déjà engagée à Stalingrad), alors que les soviétiques n'avaient plus de soutien aérien, à ce moment là, faute d'aérodrome intacts rapprochés.
Les deux premières phases du plan furent exécutées magistralement. L'attaque de von Manstein demeure un modèle de la guerre de mouvement, mêmes s'il ne faut pas oublier qu'elle a bénéficié lors de chaque engagements d'une supériorité de chars de 4 pour 1, Voir dans certains cas de 10 pour 1...Les corps blindés de Vatounine étaient écrasés les uns après les autres. Par chance pour les soviétiques, les Allemands n'ont pas eu assez d'infanterie pour sceller les encerclements réalisés par les chars. Par petits groupes, abandonnant tout leur équipement, fantassins, tankistes et sapeurs parvenirent à se réfugier au-delà du Donetz. Ils ne laissèrent derrière eux que 9000 prisonniers.
Au nord, Golikov subissait le même sort. Kharkov fut reprise le 14 mars après 3 jours de combats de rue, Bielgorod tombat en 4 heures le 18 mars. Le plan stratégique de Staline était ruiné. Les Allemands ne seront pas chassés d'Ukraine orientale avant le printemps. Restait à von Manstein de remplir le 3e point de son plan: La marche sur Koursk.

FORMATION DU SAILLANT DE KOURSK

L'offensive stratégique de Staline ne se bornait pas à l'Ukraine et à la Russie du sud. Au centre du front, l'enjeu restait le même depuis l'hiver 1941: Déloger les Allemands du triangle Smolensk-Orel-Briansk, pour éliminer toute menace visant Moscou.
Détruire le groupe d'armées centre du maréchal von Kluge était l'obsession commune de Staline et Joukov. En février et mars 1943, les Fronts de Briansk (Ryter), du Centre (rokossovski) et de l'ouest (Sokolovsky) se jetèrent contre les défenses allemandes du secteur. Leur objectif était très ambitieux: Percer jusqu'à Smolensk via Briansk et encercler le 5 armées de von Kluge en conjonction avec une attaque du Front de Kalinine.
Malgré d'énormes difficultés logistiques, Rokossovski fit une percée remarquable jusqu'à la Desna, mais il se retrouva bien seul, ses collègues piétinant devant Orel. Plus question donc d'aller à Smolensk, prendre Orel aurait déjà été beau. Le 7 mars, Rokossovski tenta un coup de pointe pour encercler la ville, mais, à sa grande surprise, une attaque en tenaille de la 2e Armée Panzer et de la 2e armée, le chassa de la dresna et le rejeta à 150 km vers l'est en direction de Koursk. Rokossovski ne pouvait réussir, la veille des forces importantes lui avaient été retirées par la STAVKA, pour être jetées en hâte vers le sud, d'où surgit une terrible menace.

Le 13 mars, un coup de téléphone de Staline mandait le maréchal Joukov au Kremlin. Dans la nuit, le "pompier de l'Armée Rouge" fut reçu à la table du dictateur. La situation dans les environs de Kharkov lui fut dépeinte sous les couleurs les plus sombres. Il n'y avait plus rien devant von Manstein, la route de Koursk était ouverte. La 69e armée, par exemple n'avait plus de chars, aucun...Ses divisions étaient squelettiques, moins de 1000 hommes, voire moins de 300 à la 340e division. Une menace mortelle de dessinait sur le flanc gauche de Rokossovski. Staline évoqua pour la première fois un "Stalingrad à l'envers". Il se fit donner par la STAVKA la 64e armée et la 21e (retirées à rokossovski). Il les jeta en travers des blindés allemands littéralement à la sortie de Bielgorod, tombée le 18 mars. En toute hâte, la 1re armée de tanks de Katoukov fut rameutée autour d'Oboïan, au nord de Koursk, au cas ou l'infanterie plierait.

Von Manstein se rendit compte que la défense soviétique se rafermissait. Son plan initial visait à faire franchir le Donetz par Hoth au sud de Bielgorod, filer sur Korocha au nord -est pour aller refermer la nasse 150 km plus loin sur les arrières des Front Centre et Ouest de Rokossovski. Mais le radoucissement de la météo ne permetait plus de franchir la rivière sur la glace, devenue trop fragile. Le moment favorable était passé. Il fallait donc longer la rive ouest et frapper frontalement les forces soviétiques..
Voilà qui ôta à von Manstein son atout maître, la manœuvre, et l'obligea à monter une tenaille classique pour prendre Koursk.. Dès lors, pour former la seconde mâchoire de la tenaille, il avait besoin de von Kluge, chef du groupe d'armées centre, qui est positionné à 70 km au nord de Koursk...
Mais von Kluge refusa de coopérer, arguant de l'état de ses 3 armées susceptibles d'intervenir vers le sud. La 9e armée du maréchal Model, était éparpillée. La 2e armée et la 2e SS Panzer étaient exsangues. Et surtout, la désorganisation des transports, les sabotages des partisans, rendaient impossible le rassemblement des forces nécessaires à une attaque rapide et décisive...Le NEIN ! de von Kluge était sans appel. et bassement rancunier.

Dans se mémoires largement apologétiques, von Manstein exagère les conséquences du refus de von Kluge et surestime son propre potentiel. En réalité, ses troupes étaient épuisées. Encore von Manstein a-t-il eu la chance de pouvoir attaquer un mois d'affilée dans des conditions météo plutôt correctes.. A plusieurs reprises, un radoucissement a fait surgir le spectre de la raspoutitza. à chaque fois, le thermomètre est redescendu, raffermissant, champs, routes et chemins. Mais, au moment où von Manstein insista une dernière fois pour avoir l'aide de von Kluge, on est le 20 mars et la cause est entendue: Le dégel était là, noyant les hommes et les bêtes et élargissant de deux ou trois fois fleuves et rivières. Les opérations, furent de fait suspendues. Joukov respirait enfin. Koursk sera tenue et l'Armée Rouge va pouvoir se reformer durant plusieurs semaines.
Le Front dessinait alors une hernie, le saillant de Koursk. Au nord, les forces de von Kluge formaient le saillant d'Orel, qui pénétrait, lui, profondément dans les lignes soviétiques.
Ce "S" inversé focalisa aussitôt, l'attention des deux camps.

Personnellement, j'aurais tendance à être de l'avis qui dit que les Allemands, après une victoire spectaculaire et écrasante à Koursk, auraient tenté de faire une paix séparée ou au moins une trêve, afin de pouvoir dégarnir quelque peu le Front de l'est afin d'envoyer de vraies troupes d'élites, aguerries se battre contre les jeune anglo- saxon, les écraser et signer un paix durable avec eux pour se battre contre l'invasion bolchevique qui se profilait à l'est..

En définitive, une fois de plus, il s'en est fallut de très peu pour que l'armée allemande prenne définitivement l'initiative sur l'Armée Rouge... Par chance Hitler a fait perdre un temps considérable à toute son industrie en pinaillant sur des détails ou en s'attardant sur des projets ridicules comme le chars de 190 tonne demandé à Ferdinand Porsche. Je persiste à prétendre que si le commandement allemand avait pu fonctionner normalement, sans les délires de ce fou furieux, la guerre aurait pu ou s'arrêter très rapidement ou durer encore des années supplémentaires.

Je reprendrai mon récit sur le livre de Jean Lopez que tout passionné de cette période se doit d'avoir consulter. Il est inutile de débattre du nombre de pertes de part et d'autre, mais bien de comprendre les tenants et aboutissants de cette confrontation hors normes et parfaitement inimaginable de nos jours. C'est pourquoi, je me garde de poser des jugements ou autre commentaire personnels ou alors, je précise qu'il sont de moi, et rien que de moi. J'espère tout de même pouvoir éveiller votre curiosité et pouvoir entamer un débat ouvert , dans tabous, sur les événements de cette bataille complètement à l'image de la mégalomanie des deux dictateurs aux pouvoirs infinis.
Staline, par chance, su faire confiance à ses officiers supérieurs alors qu'Hitler s'enferma de plus en plus dans sa maladie paranoïaque et perdra jour après jour toujours plus le contact avec la réalité. Il était devenu tellement colérique et fou et faisait tellement peur, que plus personne n'osait lui dire la vérité des combats. Cela n'explique pas tous ses atermoiements, mais, on comprend mieux les décisions complètement imbéciles et ridicules du chef des armées allemandes.

Source: "Les 40 jours qui ont ruiné la Wehrmacht"

PS : Lorsque je viendrai sur la bataille de Koursk proprement dite, je prendrai mes sources dans "la bataille de Koursk" d'Anthony Beevor, excellente référence et le merveilleux livre de Jean Lopez déjà évoqué plus haut

Amitiés à tous les passionnés et à tout bientôt. J'espère vous avoir redonné envie de revenir sur cette confrontation de titans et d'en débattre tous ensemble avec arguments plausibles et passion. Oui, c'est mon souhait. A mon avis, les chiffres exactes des pertes de part et d'autre ne sont pas primordiaux pour la compréhension du déroulement de la Bataille. Tout au plus une indication.
Allez, lancez-vous et expliquez-nous pourquoi cette bataille gigantesque fut encore plus importante que Stalingrad...ou pas...Faites quelques recherches et remettons l'ouvrage sur le métier, de plud en plus d'archives sont consultables, il me semble donc temps d'affiner nos connaissances sur cette année 1943...Koursk, Orel, Rhzev, Kharkov et tant d'autres théâtres d'opérations...Parlons-en et partageons nos connaissances...

Bien à vous, Pierre

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Re: La genèse de la bataille de Koursk

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 05 Avr 2017, 08:54

Bienvenue Pierre.

Bonne idée d'évoquer la genèse de la bataille de Koursk.

Sur Zitadelle en elle-même nous débattons régulièrement sur les 2 fils ci-dessous :
viewtopic.php?f=18&t=45384 (débat orienté Luftwaffe et bataille aérienne)
viewtopic.php?f=18&t=635

Et ce plus vieux fil plus centré sur Prokhorovka viewtopic.php?f=18&t=1653

Bonne lecture et bons partages :D
« Les gens pensaient que je portais mes grenades telles une posture d’acteur. Ce n’était pas correct. Elles étaient purement utilitaires. Plus d’une fois en Europe et Corée, des hommes en difficulté trouvèrent le salut à coups de grenades »

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Re: La genèse de la bataille de Koursk

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 05 Avr 2017, 12:32

Bonjour et merci pour les liens Dog Red, il est en effet certain que le sujet a été débattu largement
Bien amicalement
Prosper ;) ;)
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Re: La genèse de la bataille de Koursk

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Christian27  Nouveau message 06 Avr 2017, 06:32

Le sujet a certainement bien été débattu mais à mon avis pas suffisamment en ce qui concerne les informations reçues depuis la Suisse, ayant pour origine celles fournies par des officiers allemands anti nazis.

Il n'y aucun doute à ce sujet étant donné que les Russes le reconnaissent
Dans le livre des historiens Eberle et Uhl (2006) "Le dossier Hitler" qui est en fait le rapport sur Hitler que Staline avait commandé, les auteurs indiquent dans la note 1 à la page 175: Dès le 1er avril 1943, l'agent Rado*, qui travaillait pour l'espionnage militaire, transmettait à Moscou les premiers détails du plan d'offensive allemand à Koursk. Plus tard, il répercuta également au GRU, les services secrets de l'armée, les reports des dates initialement prévues.

http://www.livresdeguerre.net/forum/suj ... sujet=1202
http://www.livresdeguerre.net/forum/suj ... sujet=1710
http://www.livresdeguerre.net/forum/suj ... sujet=1677
http://www.livresdeguerre.net/forum/suj ... sujet=1387 bon livre mais inexact en ce qui concerne l'origine des informations, elles ne provenaient pas du déchiffrage d'enigma en Angleterre.

Il va de soi que l'on ne va pas trouver la moindre allusion à ce sujet dans notre cher Rapport Bergier.

* Rado était à Genève

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