Bonjour !
Votre vision de la manière dont l'URSS s'est préparée au choc relève d'une vision de guerre froide aujourd'hui bien dépassée.
L’Ouest aurait pu profiter de sa rupture avec elle en 1946-47 pour mettre l’accent sur la désastreuse préparation par Staline d’un conflit hautement prévisible, et la cour éhontée qu’il fit à Hitler pour essayer de n’être pas attaqué, jusqu’à faire lourdement remarquer par divers messagers que son pays serait plus utile aux Allemands s’il fournissait de lui-même les matières premières, et d’autres produits nécessaires à la guerre contre l’Angleterre, que s’il y était contraint par la conquête. Mais il fallut attendre les années 1990 et, en particulier, les travaux de Gabriel Gorodestky, pour que les choses fussent regardées ainsi.
Auparavant, l’Occident avait fait un autre choix propagandiste : se faire valoir en prétendant qu’il avait lui-même été attaqué ici, menacé là, et qu’il avait par son esprit de résistance détourné la foudre vers l’est. En France, malgré le triomphe des gaullistes en 1945 et sans doute en partie à cause de l’éclipse du Général dans les années 50, on fit volontiers crédit à Pétain d’avoir déçu les attentes de Hitler lors de l’entrevue de Montoire (24 octobre 1940), de même qu’en Espagne le général Franco, mollement combattu sur ce point par la gauche même à l’extérieur des frontières, prétendit avoir fermement refusé d’entrer en guerre lorsqu’il avait, un jour plus tôt, rencontré Hitler à Hendaye, puis à diverses reprises au cours des années suivantes . L’exaltation par Churchill et beaucoup d’autres de la prétendue « bataille d’Angleterre », un combat aérien utile et méritoire, mais nullement conçu ni mené comme le prélude d’une invasion, jouait dans le même sens, ainsi que le besoin des Etats-Unis d’exalter leur rôle salvateur en prétendant par exemple que leur politique de bonnes relations avec Vichy, relayée par leur débarquement en Afrique du Nord, avait « interdit le Maghreb à Hitler ».
Or les velléités d’expansion vers l’ouest ou le sud manifestées par ce dictateur n’étaient, dès juillet 1940, que diversions et agitation virtuelle, alors qu’il saisissait au contraire toute occasion pour pousser vers l’est des pions bien réels : ainsi l’assaut désastreusement manqué de Mussolini contre la Grèce, toujours à la fin d’octobre 1940, qu’il affecta jusqu’au bout de considérer comme une bévue coûteuse pour l’Axe, avait été en fait un excellent prétexte pour concentrer des forces dans les Balkans sans trop alarmer Staline.
Lequel n'avait certes pas oublié
Mein Kampf, mais essayait de se persuader contre toute évidence que Hitler, lui, pouvait l'oublier, du moins en 1941.
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=158(discussions sur l'avant-Barbarossa)
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=146 (id.)
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=92 (stratégie hitlérienne)
[url][/url] (Gorodetsky)