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Libération de Stiring-Wendel (Moselle) - Mars 1945

Cette rubrique renferme tout ce qui concerne le front ouest du conflit, y compris la bataille des Ardennes ainsi que les sujets communs à tous les fronts tels, les enfants et les femmes dans la guerre, les services secrets, espionnage...
MODÉRATEUR: gherla

Libération de Stiring-Wendel (Moselle) - Mars 1945

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de braindust  Nouveau message 17 Déc 2004, 19:21

Le 2 mars 1945, la 70eme DIUS est prête à attaquer les villes frontalières du secteur de Forbach, Stiring-Wendel et Verrerie-Sophie. Stiring-Wendel représentait l'objectif principal du 274e RIUS avec sa puissante ligne de fortifications de la ligne Siegfried. Juste à la sortie des couverts du bois épais, nous sommes la cible d'un violent tir d'artillerie lourde allemande.

Au tout début de l'assaut, il semble que le plus anodin de nos mouvements attire les obus. J'étais mitrailleur dans une escouade de mitrailleuses lourdes. L'effectif de notre petite unité avait été réduit lors des combats de février sur les hauteurs de Spicheren ; initialement 5 hommes, nous ne sommes plus que 2, Al Vargo et moi. Nous avançons lentement à travers l'épaisseur des bois. Je transporte la mitrailleuse, une carabine et deux boîtes de bandes de mitrailleuse. Soudain, des obus de mortier pleuvent de tous côtés. Mon premier réflexe est de chercher un trou. Le plus proche consiste en une légère dépression, dans laquelle je plonge.

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Comme tous les fantassins du monde, je sais comment me faire tout petit. Chaque muscle est contracté, l'air chassé de mes poumons. Tout mon corps s'effondre sur lui même d'une manière que seuls connaissent ceux qui ont été au feu. Je jette un coup d'oeil à droite. Le sergent Herman Trier est couché à découvert, et je lui crie de se rapprocher de moi. Il rapplique en quatrième vitesse en me remerciant. J'entends des blessés appeler les infirmiers. Juste devant moi, Bill Belden, un mitrailleur, a un comportement étrange. Il semble sangloter en tapant des poings sur le sol. Je l'appelle, mais il ne me répond pas. Je réalise alors qu'il est en train de craquer psychologiquement sous la pression de bombardement. On entend les shrapnells faucher les branches des arbres qui vous tombent dessus en une pluie drue. Le sergent Harold Kline, est un peu en avant de nous. Il tire dans la vallée en contrebas où il voit des allemands dans les rues, et il affirme en avoir eu quelques uns. L'intensité des tirs d'artillerie faiblit quelque peu, alors que je me tâtais pour le rejoindre afin de lancer quelques rafales.

Mais à ce moment, je l'entends crier qu'il est touché. Je l'appelle mais il ne répond pas. Je crains le pire, puis je le vois boiter, se servant de sa carabine comme d'une canne. Il s'assoit près de moi, je peux voir sa jambe ensanglantée. Des éclats d'obus ont pénétré sa rangers. Des infirmiers s'occupent de lui. Alors qu'ils le couchent sur la civière, ils lui demandent son arme, mais Kline refuse de la donner ; il est emporté vers l'arrière, se cramponnant à son arme, vraiment un bon soldat. Le sergent Trier prend le commandement de l'unité. C'est un Sous-officier solide, intelligent, qui semble avoir le diable au corps. Nous sommes donc en position dans une maison à la lisière de la ville. L'escouade se repose dans une pièce située au niveau du sol. Tout à coup, l'un des gars prévient que des 88 se dirigent vers notre maison. Je regarde dehors: pour sûr, les obus se dirigent droit sur nous par salve de trois. Les gars se jettent immédiatement dans les caves. Je m'aperçois que Trier est allongé sous une fenêtre, sans bouger. Je l'appelle. Il me dit : « va au diable, je reste ici ». Je le laisse. Un gros craquement ébranle l'immeuble. Le bombardement s'arrête. Je remonte en courant. Trier est en train de se relever, sa carcasse toute blanchie du plâtre effondré du plafond. Je lui crie : « ça va ? ». Il me répond : «j'entends rien ». Il avait les tympans crevés par l'explosion. La porte est remplacée par un grand trou. Je lui dis : « t'es cinglé ?

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Ça va pas assez mal comme ça, faut que t'en rajoutes ? » et me répond la même chose que tout à l'heure, avec la même attitude hautaine. Je regarde autour de moi. Quatre ou cinq hommes ont été touchés. C'est toutefois surprenant car je m'attendais à voir le sol couvert de corps. Un GI remonte le sentier avec quatre prisonniers en file indienne. Je le reconnais comme un gars de la compagnie G. Je le salue de la tête. Il me dit qu'il ramène ces choucroutes vers l'arrière. Il me dit, les larmes aux yeux, qu'ils n'auraient pas dû survivre. Ces Allemands avaient levé le drapeau blanc. Trois hommes de son escouade sont sortis de leurs couverts et se sont fait tirer dessus par d'autres tireurs embusqués. Tous les trois ont été touchés. Il poursuit son chemin avec ses prisonniers, et je me suis souvent demandé s'ils sont vraiment arrivés jusqu'au PC...

Al Vargo et moi mettons en place notre mitrailleuse et tirons dans la vallée. On peut observer des mouvements. Ils sont à environ 650 à 700 mètres, mais il est impossible de dire si nos tirs portent. Un affreux bruit strident remplit l'espace. Vargo et moi échangeons un regard plein d'effroi tout en nous dirigeant vers le fond de notre trou. Une explosion terrible ; ce sont les fameux « screaming Meemies », les roquettes allemandes (Nebelwerfer). Nous progressons lentement, maintenant sous le feu d'armes individuelles et de l'artillerie. On est souvent obligés de se plaquer au sol quand les obus explosent autour de nous.

Et heureusement que les tirs d'infanterie visent haut. Alors que je tire à pleine puissance vers le bas, je remarque que mon pantalon est déchiré de la hanche à la cheville. Je me demande comment j'ai pu réussir un coup aussi fumant ! J'examine ma jambe, elle a l'air en bon état. Nous continuons notre progression par bonds vers le bas d'une pente très aiguë jusqu'à une maison à moitié démolie, où nous nous postons rapidement à une fenêtre du rez de chaussée. Devant nous, plusieurs centaines de mètres à terrain découvert, puis un petit bois d'où les Allemands nous tirent dessus. Nous arrosons consciencieusement les arbres et les tirs s'arrêtent. Nous avons pris la précaution de retirer les balles traçantes de nos bandes, car nous ne voulons pas être repérés par l'ennemi. Nous sommes en train de prendre un repos bien mérité, allongés sur le sol, quand nous sommes alertés par des mouvements dans les champs devant notre position et sur la nationale qui passe juste devant la maison. Ce qui est sûr, c'est que des hommes sont en train de se traîner et de ramper vers nous.

Mais d'après leur manière de s'approcher de nous, nous sommes certains qu'il ne s'agit pas d'une attaque allemande. Des mitrailleuses ouvrent le feu. Les premiers hommes que je peux voir, pour autant que c'en soient, sont des squelettes vivants, habillés de haillons ; ils atteignent notre maison et s'affalent sur le sol pour reprendre leur souffle. Ce semblait être des travailleurs , de toutes nationalités, enrôlés de force. Les Allemands les ont relâchés, puis ils ont tiré dans le tas laissant de nombreux morts et blessés. On peut observer la présence de nombreux corps dans les champs et sur la route. Nous prenons soin d'eux dans la mesure de nos moyens, partageant notre eau et nos rations. Un pauvre bougre semble avoir du mal. J'essaye de lui donner un peu d'eau, mais la plupart s'écoule à terre. L'un des infirmiers me conseille de garder mon eau, l'homme étant sur le point de rendre son dernier soupir. Avec Vargo, nous effectuons des tirs de couverture pour essayer d'aider les hommes qui continuent d'arriver sur notre position, mais nous entendons toujours au loin la cadence de tir rapide des mitrailleuses allemandes. Des hommes sont toujours en train de mourir autour de nous. Je haïssai les Allemands de prendre pour cible des hommes si affaiblis. Nous avons appris plus tard qu'il s'agissait de prisonniers de guerre utilisés comme travailleurs de force.

H. Schorr, compagnie H, 274eme RIUS

Source : http://www.stiring.net/stiring/archives/page6.html

Plus d'infos sur le 274ème RIUS (70ème D.I.) : http://www.trailblazersww2.org/
Dernière édition par braindust le 17 Déc 2004, 20:08, édité 1 fois.


 

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