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1940-1945 Paris Chancia

Cette rubrique renferme tout ce qui concerne le front ouest du conflit, y compris la bataille des Ardennes ainsi que les sujets communs à tous les fronts tels, les enfants et les femmes dans la guerre, les services secrets, espionnage...
MODÉRATEUR: gherla

1940-1945 Paris Chancia

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de logaro  Nouveau message 01 Juil 2010, 13:52

Attendez vous allez être servi en souvenirs!!
premières pages du chapitre 2 de " Flammes du père inconnu" chez Publibook!!

1940-1945 Paris Chancia

Horreurs de l’Occupation mais joies d’un enfant de la guerre :

Rue d’Eupatoria, Ménilmontant, Lycée Voltaire, exode dans le Jura, Rafle du Vel d’Hiv, Libération de Paris, victoire mais liberté perdue.

Du déclenchement des hostilités en mai 1940 et pour reprendre un peu d’histoire, l’invasion de la Belgique, le contournement de la ligne Maginot , les fronts français percés de toutes parts, l’arrivée des troupes allemandes à Paris, je n’en appris la teneur que plus tard par mes lectures et à la vue de documentaires. J’étais trop jeune pour saisir au fil des minutes, l’étendue de l’humiliante défaite. Ma mère devait suivre, heure par heure, à la radio ou dans les journaux , la tournure des événements surtout que mon père avait été envoyé dans le nord, du côté de Lille, pour rejoindre une base aérienne. Son anxiété se voyait à coup sûr sur ses traits et dans ses gestes, mais je ne m’aperçus de rien. La seule activité nouvelle que je remarquai était le départ précipité de familles qui habitaient dans le haut de la rue. Je crois me rappeler de vagues propos tenus par ma mère avec une voisine : elles discutaient de ce qu’elles allaient décider pour les enfants, les envoyer à la campagne loin de la capitale. Sans doute, pensaient-elles à Varsovie qui avait été détruite par l’aviation allemande et croyaient-elles que Paris allait subir le même sort.

Bien après la guerre, je demandai à ma mère pourquoi elle n’avait pas quitté la Capitale pour regagner Chancia où nous aurions pu être plus à l’abri de la tourmente. Elle me répondit qu’avec nous deux et son mari éloigné elle ne savait pas où, elle avait choisi de rester, quitte à accepter de très gros risques, pour pouvoir être présente au cas où le père reviendrait. Mais lorsqu’à la mi juin, la France capitula, j’étais certainement à l’école à jouer à la récré comme si de rien n’était. C’est cette insouciance qui sauve les enfants d’un profond traumatisme et leur permet de rebondir très vite au changement de situation. Et Paris, ville déclarée ouverte, n’eut aucun dégât.

Les adultes : mes parents, mes grands-parents, les voisins et les amis, les inconnus rencontrés par hasard, les politiciens pris dans la tempête, les anciens combattants sont tous unanimes pour parler des années de l’Occupation comme les années terribles de leur vie. Souffrance, honte, privations, peur d’être arrêtés, torturés et comble de l’horreur, déportés, fusillés. Pas un seul ne déviera de cette réminiscence. En un mot , ils avaient connu l’enfer.

Alors que penser de mes propres souvenirs ? Etais-je sur la même planète ? Avais-je vécu à la même époque ? Avais-je perçu des sentiments si différents que l’on ne parlerait pas de la même chose ?

Mes souvenirs de ces cinq ans sont bien au contraire incroyablement beaux, excitants, sublimes. Je dirais presque que c’étaient mes plus belles années. Pourquoi une telle affirmation et ne devrais-je pas plutôt arrêter là le débat de peur de me faire traiter de tous les noms : fasciste ! pervers ! maso ! vieux réac !

Eh bien non, je le répète haut et fort, mes souvenirs des cinq ans de la guerre me restent comme de magnifiques impressions pleines d’émotions, de liberté, de fantaisie et de profonde reconnaissance presque de les avoir vécues. Quel petit Français de huit ans peut à l’heure actuelle, se vanter d’avoir suivi dans le ciel de Paris un combat aérien entre un deux-queues britannique et un Messerschmit allemand et d’en voir un piquer vers le sol, le fuselage en flammes? Quel spectacle formidable ! On en avait plein la tête des bruits, des loopings, des fumées, des éclats de lumières, des cris d’étonnement, des applaudissement quand le méchant était touché ! Bien mieux et plus vrai qu’à la télé et que sur les jeux vidéo !

Et qui peut clamer que ce n’était pas un acte patriotique que de voler – pour les adultes, tuer- d’être faussaires et d’écouler sa marchandise chez les commerçants du quartier ?

Moi je le peux et j’en suis fier.

La guerre libère les enfants, leur permettant de s’exprimer ouvertement, d’agir avec une immense latitude, d’entreprendre en raccourci ce qu’il est d’ordinaire interdit de faire !
Et j’avoue que c’est à la Libération que les mômes du quartier de Ménilmontant perdirent leur liberté. La société dure et morale avait repris ses droits et l’intolérance envers des actes qui paraissaient nécessaires, banaux presque normaux, s’imposa pour remettre l’enfant de la rue dans le droit chemin. La fin de la récréation venait d’être sifflée. Les pères prisonniers étaient rentrés, les mères soulagées reprenaient du poil de la bête, face à des enfants totalement libres de tout mouvement. Situation que nous retrouvons à l’heure actuelle dans les quartiers dits défavorisés où les enfants, livrés à eux-mêmes, venant de familles monoparentales, le père souvent évaporé comme retenu prisonnier dans un stalag ou dans un camp de concentration, agissent en toute liberté et impunité avec des audaces qui rappelaient celles que nous avions à Paris sous l’Occupation. L’autorité était absente et quand elle pointait son nez à l’horizon, on la défiait sachant qu’elle plierait bagages devant une forte opposition. Eux, des zones en friche, abandonnés à leur sort par les pouvoirs publics, sont les seuls à vivre sauvages mais libres et ils se fichent éperdument de l’opinion du bourgeois et du politique. Les expériences qu’ils emmagasinent, bagarres, vols à l’étalage, trafic de toutes sortes n’en feront pas plus de mauvais citoyens que ceux des quartiers huppés qui apprendront à tricher autrement pour échapper au contrôle de l’administration. Car avoir tout à la naissance, argent, sécurité, éducation n’est nullement signe de réussite et l’échec est aussi fréquent chez eux que chez les jeunes dits délinquants. Seule l’adversité et la brutalité apporteront les armes nécessaires à se parer des difficultés de la vie. Et nous fûmes, nous enfants de la guerre, à bonne école pour affronter l’avenir. La suite des événements le confirma : nous pûmes vaillamment reconstruire une France dévastée.

Notre génération, celle des années vingt et trente bénéficiera de ce climat politique et de cette ascension sociale pour remonter notre pays. Car à présent, les sociologues et autres prédicateurs quelque soit leur bord, en voulant aplanir tout obstacle et couler dans des moules tout faits le caractère de chacun ( pas de coup, traverser dans les clous, pas d’injures) ne produisent que des mauviettes, des êtres qui plomberont la France dans les années à suivre. L’uniformisation de la société tue la personnalité et pour l’empêcher, il n’y aura que les rebelles, les artistes. Sans eux, le déclin de la France ne ferait que s’accélérer.

Heureusement qu’il reste , à notre époque, des poches de résistance à la mainmise totale des bureaucrates et des technocrates sur l’existence de chacun. D’avoir connu une telle liesse et une telle exaltation à défier l’autorité m’a rendu plus fort dans la vie.

à suivre!


 

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