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ACTE DE COURAGE

Cette rubrique renferme tout ce qui concerne le front ouest du conflit, y compris la bataille des Ardennes ainsi que les sujets communs à tous les fronts tels, les enfants et les femmes dans la guerre, les services secrets, espionnage...
MODÉRATEUR: gherla

ACTE DE COURAGE

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Haut du Tôt  Nouveau message 02 Jan 2009, 20:12

Voici un acte de courage en date du 19 juin 1940.
Le texte ci-dessous est tiré de l'attestation faite par deux habitants de Frouard.

Depuis plusieurs jours, la fusillade se fait entendre dans la forêt qui domine Pompey, puis le 17 juin, les ponts reliant les deux rives de la Moselle sont détruits par les services du Génie, isolant Frouard de Pompey. Les Allemands sont installés à Pompey et vont immédiatement tenter de traverser la Moselle et le canal de la Marne au Rhin.
La plupart des habitants ont quitté la ville, les affectés spéciaux ont été rappelés le 14 juin au matin.
Il ne reste plus à Frouard que les femmes, les vieillards, les invalides, les enfants, les docteurs et le curé.
Le 18 juin, au matin, les premiers éléments de la 12ème armée de la Wehrmacht (général Gudérian) apparaissent sur la rive gauche de la Moselle à Pompey.
Le 167e RI, tient le secteur entre Toul et Nancy, le 3ème bataillon, avec le commandant Brousse, est à Frouard.
Au cours de la nuit du 18 au 19 juin, le crépitement des mitrailleuses, d’abord intense entre les deux armées en présence, s’atténue côté Frouard, puis se tait.
Dans l’aube naissante, quelques coups de feu isolés se font entendre en provenance des jardins situés en bas du vieux village.
Le 19 juin au matin, après une dernière résistance, les Allemands parviennent à traverser la Moselle et le canal, au moyen de canots pneumatiques, sur un front qui s’étend de la Voiltriche aux jardins du lieu-dit « Au Faux Mur » (environ 2 km).
Par la rue du Fort-Joly, dès 6 heures du matin, les premiers allemands envahissent la ville et commencent la fouille systématique de toutes les habitations pour de soi-disant civils qui ont tiré sur leurs troupes.
De porte en porte résonne une phrase pleine de menaces, récitée comme une leçon apprise :
« Les civils ont tiré sur nous, nous voulons les coupables ».
En fait, les derniers coups de feu ont fait deux victimes, deux soldats allemands ont été tués dès qu’ils ont pris pied sur la berge du canal, mais ce sont des soldats français, retranchés dans les jardins, qui ont tiré et les Allemands le savent bien puisque tous les habitants ont passé la dernière nuit dans les caves, d’où ils viennent de les déloger.
Ces soldats français qui avaient leur cantonnement dans les salles de la Mairie, ont quitté précipitamment Frouard, abandonnant leurs paquetages.
Néanmoins, en guise de représailles, les hommes qui se trouvent encore à Frouard, tous, sans exception, valides ou non, jeunes et vieux, sont invités brutalement à se rassembler sur la Place Nationale où ils sont immédiatement alignés sur trois rangs, le dos tourné à la rue de l’Hôtel de Ville, face à la Cure.
Face au lamentable troupeau, des mitrailleuses sont rapidement installées.
L’officier allemand qui commande le détachement est furieux, il parle de punir sévèrement la population en répression des coups de feu tirés par des civils.
Les personnes rassemblées sont maintenant près de 300 qui attendent anxieuses, ce que va décider l’officier.
La décision est vite prise, elle tombe cinglante et terrible :
« L’aviation sera sur la ville avant midi, Frouard sera mis à feu et à sang ; quant aux otages, il faut faire un exemple, ils seront fusillés ».
Des ordres sont donnés, l’aviation est commandée dans le but de bombarder Frouard qui doit être entièrement détruit. De temps en temps des avions à croix noires survolent la ville en rase-mottes.
La fin de la phrase résonne encore sinistrement aux oreilles des innocents.
Ils seront fusillés ! et ils sont 300.
Soudain, une partie des otages reçoit l’ordre de quitter la place, par la rue du Fort-Joly et doit se rendre sur le canal où des embarcations les transportent sur la berge côté chemin de fer.
Effondrés, sachant maintenant qu’ils sont condamnés à mort, les plus anciens surtout, ne doutent plus du sort qui les attend.
Tous attendaient cette sentence, ils savaient tous, mais n’osaient y croire, le souvenir de la guerre de 1914 et les atrocités commises dans les pays envahis ne leur laissent plus aucune illusions. N’ont-ils pas incendié Nomeny le 20 août 1914, et fusillé 20 personnes qui se trouvaient dans une cave, … les enfants même, ne trouvant pas grâce devant eux.
Les minutes sont graves et aucun secours n’est à espérer.
C’est alors que se produit le miracle que personne n’attendait plus.
Un homme va tenter de plaider la cause des condamnés, c’est l’Abbé Georges Bernecker, curé de la paroisse, qui se trouve parmi ses paroissiens, au même titre qu’eux.
Il essaie tout d’abord de raisonner l’officier en vue d’éviter le pire, car il parle l’allemand lui aussi.
Monsieur le curé, en effet, est d’origine alsacienne, né le 2 novembre 1873 à Evreux, il est fils d’alsaciens qui en 1870 ont quitté l’Alsace pour choisir la France.
Malgré ses supplications, son humble attitude, ses exhortations à la clémence, la plaidoirie du prêtre est sans résultat, le Commandant du détachement, un Capitaine, demeure intraitable et maintient sa décision, il a des consignes formelles, il veut les appliquer, les civils ont tiré sur ses hommes, il faut un exemple ….. Ils seront tous fusillés.
Le Curé comprend qu’il ne pourra pas faire revenir le soldat sur sa décision, le sang a coulé, il faut encore du sang.
Pourtant le temps presse. Avant midi, les avions survoleront la ville, les mitrailleuses sont là, braquées sur la foule, leur trou noir fixant la masse à transpercer, prêtes à entrer en action.
Les servants agenouillés sont à leur poste et n’attendent qu’un ordre pour faire cracher aveuglément la mort de leurs engins.
Puisqu’il faut encore du sang, il n’y a plus qu’une solution : offrir le sien. C’est à quoi s’offre le Curé.
Alors, dans un élan d’abnégation totale, il s’avance les bras en croix vers le Capitaine.
« Monsieur l’officier, dit-il, j’affirme devant Dieu que les habitants de Frouard n’ont pas tiré sur vous, mais s’il vous faut un otage, prenez-moi et fusillez-moi si vous le voulez car je suis leur pasteur ».
Ces paroles ébranlent l’officier. Pour lui qui est catholique, ainsi que chacun pourra le constater les jours suivants, lorsqu’il se rendra chaque matin à l’église, en solitaire, la parole d’un prêtre ne peut être mise en doute et visiblement, un violent combat se livre en lui.
Le Curé, lui, attend la décision, et sa haute stature est impressionnante devant le militaire.
Les quelques 300 condamnés attendent depuis plus de 2 heures, qu’il soit statué sur leur sort.
La minute est décisive.
Après avoir longuement réfléchi, le Capitaine donne des ordres qui sont rapidement exécutés. L’aviation est décommandée par radio et les servants se redressent auprès de leurs mitrailleuses, le cauchemar s’achève.
Grâce à l’acte de courage dont a fait preuve Monsieur le Curé Bernecker le massacre est évité et la ville est épargnée.
Les Allemands font évacuer la place, quand à ceux qui ont été transportés sur la rive du canal ils sont dirigés vers Pont à Mousson d’où, relâchés, ils reviendront à pied à Frouard.


 

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Re: ACTE DE COURAGE

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Haut du Tôt  Nouveau message 02 Jan 2009, 20:57

Comme indiqué au début il s'agit d'une attestation de deux habitants de Frouard qui ont rapportés les faits pour les avoir vécus.
Il en va de même pour nombre d'anciens que j'ai connu.
Le Souvenir Français a mis en place une plaque commémorative, sur le mur de la Cure, relatant cet épisode (parmi d'autres)de la guerre à Frouard.

Amicalement
Alain


 

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Re: ACTE DE COURAGE

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de H Rogister  Nouveau message 02 Jan 2009, 21:07

Haut du Tôt a écrit:Comme indiqué au début il s'agit d'une attestation de deux habitants de Frouard qui ont rapportés les faits pour les avoir vécus.


Pourrais-tu nous dire où cette attestation à été publiée et à quelle occasion?
Livre, journal, etc.....


 

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Re: ACTE DE COURAGE

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Haut du Tôt  Nouveau message 02 Jan 2009, 21:17

Cette attestation a été écrite dès le départ des Allemands (15/09/44) par deux Frouardais montrant par là que la reconnaissance des Frouardais n'est pas éphémère.
Monsieur le Curé Bernecker a été promu chanoine en 1947, il a pris sa retraite au mois d'août 1958, après 35 ans de bons et loyaux services, selon la formule consacrée, rendus à tous ses paroissiens.
La municipalité de Frouard lui à offert une coquette petite maison où il acheva ses jours en paix.
Alain


 

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