ulysse57 a écrit: comment et à partir de quel moment Hitler a pris le dessus sur la Wehrmacht.
toujours, et jamais !
Il y a d'abord le temps de la Reichswehr : relations avec sa direction bavaroise par l'intermédiaire de Röhm, longue conversation avec Seeckt, recrutement de Ludendorff, le tout avant son putsch de 1923, on ne peut pas dire qu'il ait négligé les généraux à un moment quelconque !
Lors de son ascension vers le pouvoir, il prononce son grand discours-programme à l'intention de la Reichswehr en 1928. Il se fait un marchepied de Schleicher avant de l'écarter, neutralise parfaitement Hammerstein qui, lui, est clairement antinazi, réussit à faire nommer Blomberg à la place de Schleicher sans que Hindenburg ni Papen ne soupçonnent qu'il sera sa marionnette et, pour finir, voit Hammerstein et Schleicher intervenir en faveur de sa nomination à la chancellerie tant ils craignent un gouvernement Papen minoritaire !
Il fait le 20 février 33 un nouveau discours-programme, et le premier d'une longue série, devant quelques dizaines de très hauts gradés, annonçant avec de transparentes précautions oratoires une grande conquête vers l'est (et dissimulant, comme pendant toutes les années 30, son intention de régler le compte de la France avant). Il vire Hammerstein (retraité à 56 ans !) mais a la prudence de le remplacer par Fritsch, qui n'est pas de ses amis (point trop n'en faut et à la tête de la Reichswehr devenue Wehrmacht le tandem Blomberg-Reichenau fait parfaitement l'affaire); il met la marine dans la poche avec Raeder, presque autant que l'aviation avec Göring.
Nuit des Longs couteaux : celle des dupes ! Il a orchestré une rivalité entre SA et armée, pour donner en apparence la victoire à la seconde, qui croit voir son pouvoir progresser alors qu'elle ne se remettra jamais de sa criminelle complicité (notamment dans l'assassinat conjoint -cas de le dire- de Schleicher et de son épouse, une boucherie mafieuse qu'elle passe honteusement par profits et pertes : Blomberg ne va pas aux obsèques et fait comprendre à tous qu'il vaut mieux s'abstenir; seul Hammerstein passe outre).
Crise Blomberg-Fritsch : cousue de fil blanc, elle prend place dans une déconfiture beaucoup plus générale des milieux conservateurs. Mais là encore Hitler se garde de nazifier trop ouvertement : si l'OKW est un nid de fidèles, à l'OKH le tandem Brauchitsch-Halder se croit largement autonome, et même conspire un peu. Ici il faut faire une place à Canaris, apparemment non nazi. Tout son comportement montre que ce vieil ami de Heydrich fait semblant de s'opposer, pour permettre à la direction nazie de connaître les opinions des officiers comme pour tromper les futurs ennemis français et britanniques... sur la faiblesse du contrôle de l'armée par Hitler.
Tout cela mène au 20 juillet 1944 : il a fallu l'accumulation des défaites pour que les conspirateurs, toujours autour du même noyau de 1938, passent aux actes. C'est l'occasion d'un coup de filet assez limité, qui va faire obéir les autres jusqu'au bout... moyennant une épuration régulière, mais sans nouvelles arrestations (Rundstedt, Guderian etc.).
Bref, il prend des risques, cela lui pète même littéralement à la figure le 20 juillet, mais au total il contrôle son instrument, sans pour autant en faire un automate (cela, c'est bon pour la SS).