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du 12 au 16 juin 40 en France

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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du 12 au 16 juin 40 en France

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 28 Mar 2006, 12:57

Bonjour Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Ci après récit de ces journées, je mettrai les sources en fin, comme DAB.
Par contre je vous remercie de ne pas intervenir et de me laisser le fil de tous les épisodes pour une bonne cohérence et compréhension du récit.

RECIT DES EVENEMENTS POLITICO-MILITAIRE EN FRANCE DU 12 AU 16 JUIN 1940 OU COMMENT PETAIN EST ARRIVE AU POUVOIR.

Le mercredi 12 juin 40, au début de la soirée, un officier général en tenue de campagne est introduit par 2 huissiers de l'Elysée dans le salon du chateau de Cangé, sur le Cher, où, devant l'avance ennemie, s'est réfugié le président de la République. Autour de ce dernier, 23 ministres du gouvernement Reynaud.

Weygand, car il s'agit de lui, commandant en chef , vient informer le Coseil que l'armistice est nécessaire.

Nommé le 19 mai 1940 généralissime des Armées françaises, en remplacement de Gamelin, relevé de son commandement à la suite de nos premiers revers, Weygand, dès son arrivée au Grand Quartier Général, doit faire face à une situation militaire déjà presque désespérée.

Après 9 mois de "drôle de guerre", où les opérations ont stagné, 10 jours seulement se sont écoulés depuis le déclenchement de l'offensive allemande du 10 mai 1940: le front est crevé en 2 endroits, en Belgique près de Namur, en France près de Sedan. L'anéantissement de l'armée Corap ouvre dans le dispositif français une brèche par où s'engouffrent les blindés ennemis.

Bientôt nos revers successifs dans la Meuse et dans le Nord, le repli anglais dans les Flandres, la capitulation de l'armée belge le 28 mai ne laissent subsister aucun espoir de rétablir la liaison entre les armées du Nord, encerclées autour de Dunkerque et le reste de nos troupes. Dans un note du 29 mai 1940, Weygand avait informé le gouvernement de l'aggravation survenue dans notre situation.

La bataille de la Somme, ultime effort pour contenir avec des forces trois fois moindre l'avance de la Wehrmacht, commence le 5 juin 40: elle est perdue le 10.

A cette date, Weygand par note écrite au gouvernement, faitsavoir que la rupture définitive de nos lignes estimminente et que, si elle se consomme, toute résistance organisée deviendra impossible.

Le 11 juin 40 a lieu à Biare le Conseil Suprême Interallié où les généraux Weygand et Georges mettent au courant les ministres français et britanniques: le dispositif de nos forces est usé jusqu'à l'extrême. S'il cède, aucun espoir ne subsiste d'empêcher l'invasion totale du pays.

En cours de réunion offre sa démission, déclarant qu'il servirait avec joie sous les ordres de quiconque pourrait rétablir la situation. Nul ne releva le propos.

Le 12 juin 40, c'est la rupture de nos lignes en maints endroits. La bataille de France est perdue.

pour la 1 ère fois à Cangé, Weygand ne se borne pas à décrire la situation: il demande que le gouvernement tire les conséquences du plus grand désastre qu'aient subi les armées de notre pays: l'armistice, selon lui, est maintenant inévitable.

La suite au prochain n° :D


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 28 Mar 2006, 18:47

Suite

Autour du château de Cangé, l'horizon semble obstrué par la débandade d'un peuple.

Deuxième exode en moins d'un mois. Le premier consécutif aux percées de Namur et de Sedan avait, du 13 au 25 mai, ébralé les populations du Nord et des Ardennes, les Luxembourgeois, les Belges, pour un repli de type classique, qui devait, en quelques étapes, mener les réfugiés à l'abri d'une armée intacte, en attendant que celle-ci reprît un jour l'offensive et reconquît leurs foyers.

Le second exode, qui battait les murs du château présidentiel, déferlait depuis une semaine, emportant dans un nomadisme éperdu, tous ceux qu'atteignait ou menaçait l'avance des blindés allemands. Ce n'était plus un repli à l'abri d'une armée intacte, mais un fleuve de fuyard charriant pêle-m^)ele avec les foules civiles les débris de nos unités. [on estime à environ 10 millions de personnes qui ont fuient = 8.000.000 de français, 2.000.000 de luxo-belgo-hollandais, dixit St Ex].

En ce jour où tant de panique et de fièvre agite notre pays, quels sont-ils, ces 23 hommes que le destin a rassemblés pour décider, à la table du Conseil, du sort de la patrie?

Nul protocole ne les astreint plus à des préséances ou à des places. De même qu'à quelques mètres du salon où ils vont siéger, des réfugiés s'apprêtent à manger au coin d'un champ ou à dormir dans un bois, les ministres, représentant un pays ainsi dispersé, s'assoient face à face, au hasard, sur des chaises et des fauteuils, alignés en deux rangs.

Lebrun [président de la République qui dans la constitution française de la III ème République était preposé à l'inauguration des chrysanthèmes et accessoirement nommer le président du Conseil, ce qui fait qu'il n'est quand même pas hors jeu, dixit St Ex], Lebrun, donc est au centre et près de lui Paul Reynaud, le président du Conseil. En face d'eux, le maréchal Pétain, Mrs Chautemps et Mandel. Il manque même cet instrument de toute délibération qu'est une table à tapis vert où s'accouder et où poser les dossiers. Y-a-t-il même des dossiers?

Equipe disparate, composée sous la pression des circonstances, où les plus anciens figurent depuis moins de 3 mois, tandis que les plus récents n'ont que 7 jours de " pouvoir "!

Que va dire Weygand précisement?

Que va dire Reynaud?

Vous le saurez demain :lol:

St EX


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 29 Mar 2006, 16:43

Suite:

Weygand, au milieu de tout ce trouble, dans cette"confusion extraordinaire" où "les ministres" étaient "obligés de se répéter les uns les autres, de reprendre leurs argumenets, de revenir dessus parce qu'ils improvisaient", est un chef d'armée qui ne se ppaie pas de mots et qui sait où il veut en venir. Les raisons de demander l'armistice, il les dit précisément.

Raisons militaires d'abord: les troupes sont harassées, désorganisées et incapables de se battre. Nos malheureuses divisions sont réduites à 2 ou 3 bataillons avec, pour toute artillerie, 2 ou 3 pièces de 75. Weygand conclut:

"c'est encore une armée, mais je la tiens à bout de bras. vous voulez aller jusqu'au bout: vous y êtes maintenant au bout".

Raisons civiques ensuite: seule la cessation des hostilités peut permettre de maintenir un peu d'ordre et de cohésion:

"On ne peut pas laisser ce pays aller à la dérive: il faut garder quelques troupes pour préserver l'ordre public qui peut gravement menacé demain... Si la bataiille continue, c'est le tronçonnement des troupes, la débandade et le désordre..."

Et Weygand revient à plieurs reprises sur l'urgence d'une décision:

"Si l'armistice n'est pas demande sans aucun retard, le désordre gagnera les armées, comme les populations locales et réfugiées. Dès lors, l'armistice sera sans intérêt, le mal étant accompli."

Un silence angoissé succède à ces déclarations: les ministres sont atterrés.

Au milieu de la stupeur qui pèse sur le Conseil, Paul Reynaud prend la parole pour tenter d'opposer aux raisons militaires, présentées par le général, des arguments politiques.

Il montre la différence la différence entre l'Allemagne nazie et celle qui s'était heurtée à nous lors des conflits précédents.

Il dit:

Suite au prochain n° :mrgreen:


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 29 Mar 2006, 18:10

Suite:

Reynaud dit:

"Vous prenez Hitler pour Guillaume Ier [1er empereur allemand grâce à la défaite de 1870, dixit St Ex], vieux gentleman qui nous a pris l'Alsace-lorraine, et tout était dit. Or Hitler, c'est Gengis Khan."

A quelle extrémité s'attendre si l'on demande l'armistice à ce chef de hoordes barbares? Il invoque aussi nos accords avec l'Angleterre qui nous interdisent de traiter séparément.

Argument valable politiquement, mais qui n'impressionne pas Weygand après le compte rendu que celui-ci a dressé de l'état de nos combattants. L'éloquence de Paul Reynaud tourne alors au pathétique:

"Messieurs, nous allons nous replier dans le réduit breton. Lorsque défense sera devenue impossible, nous serons obligés de nous embarquer sur un croiseur. Nous nous embarquerons sous les bombes . Et si quelques uns d'entre nous sont tués, tant mieux. Cela prouvera que nous n'avons quitté le sol du pays que lorsque nous ne pouvions plus faire autrement."

Le chef du gouvernement et le chef de nos arméesne parlent plus la même langue. L'un voit les choses de près, d'un point de vue tactique et purement militaire. L'autre voit, en homme politique, les choses de haut, de si haut que son dialogue avec Weygand garde un caractèrez irréel.

Le Conseil se continue dans une confusion, un trouble qui provoquent un incident. Weygand qui parle en soldat, pour épargner à ses hommes un sacrifice inutile, s'étonne que tous ses gouvernants pensent si peu à l'armée: pas un d'entre eux n'aurait, d'après lui, eu un mot pour saluer les combattants. Et croyant voir sur le visage de Mandel un sourire, qui n'est sans doute qu'un rictus de nervosité ou d'émoi, Weygand fait mine de sortir, rattrapé par Albert Lebrun qui lui affirme que les ministres sont trop tristes pour songer à ricaner [un président de la République "courrir" après un général, on croit rêver, dixit St Ex].

Dans le brouhaha final, on entend Reynaud, qui doit rencontrer le lendemain après-midi le Premier Ministre britannique, déclarer à Chautemps:

"Je le demanderai à Churchill".

Mais de quoi s'agit-il et que veut-il lui demander? De lui donner son avis sur un éventuel armistice ou d'assister au prochain Conseil des Ministres français pour en discuter avec le gouvernement? La plupart des ministres adoptent cette hypothèses.

Ainsi se termine , tard dans la soirée, le premier Conseil de Cangé.

Que va-t-il se passer le 13 juin après l'entrevue Reynaud/Churchill?

Vous le saurez demain :D


 

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 31 Mar 2006, 17:24

Suite:

13 JUIN 1940 - CHATEAU DE CANGE - 17 HEURES

Le Conseil du 12 juin n'avait été que stupeur, et pour la plupart, surprise. Celui du 13 juin marque le début de la crise ministérielle, la rupture de l'unité apparente qui régnait dans le ministère.

La réunion est prévue pour 17 heures, mais elle commence avec une heure de retard, le président du Conseil, accompagné de Baudoin et de Mandel, s'étant attardé à Tours, où ilrencontrait Churchill, Halifax, Beaverbrook, Cadogan et Spears.

Au cours de ce Conseil Suprême interallié, Reynaud avait demandé à Churchill quelle serait l'attitude anglaise, si la France déposait les armes? En outre les 2 Premiers s'étaient mis d'accord pour envoyer à Roosevelt un très pressant appel commun.

Cette heure d'attente n'était pas faite pour apaiser les esprits. Les ministres, impatients et nerveux, arpentent sous la pluie fine les proches allées du parc ou scrutent l'horizon depuis la terrasse dominant le Cher.

Certains s'irritent du retard de Reynaud. Ils y voient la preuve d'un coup monté afin d'empêché Churchill de venir à Cangé.

Weygand, de plus en plus enragé contre ces civils qui palabrent et qui tirent, selon, tous leurs plans sur la comète, parcourt les allées les plus éloignées où aucun ministre n'ose troubler son ire et sa solitude.

Pétain, lui, à en croire le témoignage du directeur de cabinet de Campinchi, va de groupe en groupe. Habillé de gris, une canne à la main, il donne libre cours à son pessimisme.

Lorsqu'enfin, à 18 heures, les ministres sont rassemblés, on sent dès le début que, depuis la veille, les positions se sont durcies. L'atmosphère est glaciale.

Paul Reynaud rentre pour rendre compte au Conseil de ses entretiens de Tours et prend la parole.

A suivre :D


 

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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 31 Mar 2006, 18:30

Suite:

Tous les regards se tournent vers Reynaud:

"...Messieurs, si j'arrive en retard, c'est que, comme il était convenu, j'ai vu Mr Churchill. Mais ce dernier n'a pas jugé convenable, pour un ministre étranger, de venir participer à un Conseil des Ministres, même dans une nation amie."

Et Reynaud poursuit sans son assurance habituelle. Il laisse espérer un accueil favorable de Roosvelt au télégramme que les 2 chefs de gouvernement décidèrent de lui envoyer; il relate, sans insister, la réponse de Churchill interrogé sur l'attitude que prendrait l'Angleterre en cas d'armistice conclu séparément par la France:

"De toute façons, l'Angleterre luttera jusqu'à la défaite de Hitler..., elle n'énoncera ni reproches, ni récriminations contre la France... la cause de la France lui restera toujours chère et... elle la restaurera dans toute sa puissance et sa dignité."

Mots compréhensifs, bienveillants même, mais qui n'apporte ni acceptation, ni refus à cette demande d'armistice dont d'ailleurs Reynaud, in fine, affirme avoir dit à Churchill que le Conseil de la veille a écarté le projet.

Ces dernières paroles, prononcées sans doute pour différer le débat, ont, au contraire, pour effet de le faire naître.

Elles provoquent deux interventions.

Chautemps s'étonne encore que Reynaud n'ait pas amené Winston Churchill à Cangé, malgré la promesse qu'il lui aurait fait la veille.

Bouthillier prend ensuite la parole. Sans tenir compte des usages ministériels qui veulent que l'on improvise, il tire de sa poche une note véhémente, affirmant, contrairement aux dires de Reynaud, que le Conseil de la veille s'est rallié à l'armistice. L'éclat est si inattendu qu'il émeut même Lebrun, lequel s'exclame:

" Comment pouvez vous dire que le Conseil des Sinistres d'hier s'est pronocé en faveur de l'armistice?"

C'est au tour du vieux maréchal d'intervenir dans le débat. Gêné par la lumière déclinante, il va se placer dans l'embrasure d'une fenêtre pour lire, lui aussi, une note d'où il résulte que l'armistice ne peut plus être évité.

Une prise de position aussi catégorique n'est pas sans effet sur les ministres. Ybarnegaray se met moralement au garde-à-vous:

"Puisque le maréchal Pétain, puisque le général Weygand nous disent notre devoir, nous n'avons qu'àobéir. Moi, je suis un soldat, et je me range à l'avis des chefs militaires."

Quelle va être la réaction des autres ministres?

Vous le saurez plus tard ou demain

:D

PS: t'es contente Colombe? Pas besoin de somnifère? St Ex


 

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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 03 Avr 2006, 12:28

Suite:

Mais tous les autres ministres n'ont pas forcément la même conception de la discipline. Reynaud, très catégorique, affirme que cette solution est contraire à l'honneur. Campinchi, Monnet, Marin, Dautry, Rio multiplient les arguments contre l'armistice.

Weygand leur répond avec véhémence. Il évoque la situation désespérée de nos troupes. Ensuite, il fait état de la nouvelle d'un soulèvement communiste à Paris et de l'installation à l'Elysée d'un gouvernement provisoire dirigé par Maurice Thorez, que lui apporte pendant le Conseil un de ses officiers d'ordonnance, le Capitaine Gasser.

Mandel [ministre de l'intérieur dixit St Ex] sort immédiatement, demande au téléphone le préfet de police Langeron de quoi il retourne, ce dernier infirmant l'assertion de Weygand. Ce que Mandel ignore puisque Cangé est privé d'antennes, c'est que ce bruit a quand même un fondement: la radio "komintern" a lancé aux communistes français l'ordre formel "de ne pas quitter Paris, quoiqu'il arrive, de faire paraître l'Humanité légalement aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se trouveraient ainsi devant le fait accompli".

Weygand affirme avoir suggéré ensuita, qu'en prévision de l'armistice, on fît immédiatement partir notre flotte pour l'Afrique du Nord: déclaration capitale, mais la confusion des esprits est telle que certains, dont Paul Reynaud, n'en ont pas gardé le souvenir, tandis que d'autres, tel Baudoin, soutiennent l'avoir entendue.

Mais ce que tous se rappellent, c'est la certitude de Weygand que la France ne peut être sauvée que par un gouvernement resté dans la métropole:

" Quelle autorité ces ministres qui autaient quitté la métropole croient-ils pouvoir garder sur la France? Combien resteront-ils au-dehors? Le temps nécessaire à faire produire aux usines américaines les avions et les chars qui leur permettent de la reconquérir? Plusieurs années alors, et ils s'imaginent que quelqu'un se souviendra d'eux? Et puis ils reconquérront la France comment? En bombardant nos villes, nos compatriotes. c'est un programme absurde et odieux."

Dans sa colère contre tous ses palabreurs qui se refusent à écouter ses raisons, Weygand va jusqu'à l'invective:

"Si j'avais été ministre, j'aurai voulu que le gouvernement ne quittât pas Paris à l'approche de l'envahisseur, comme les Sénateurs romains demeurés sur leurs chaises curules lors de l'entrée des Gaulois dans Rome... Mais il n'y a qu'une fois que les oies ont sauvé le Capitole".

Cette évocation historique n'apaise pas l'atmosphère. Et lorsqu'un des ministres, ayant fait remarquer que le départ du gouvernement pour l'Afrique du Nord est question politique qui échappe au Commandement et excède la compétence du général, celui-ci sort en claquant la porte en disant:

"J'en ai assez de ces fiers-à-bras qui veulent se battre encore et foutre le camp à l'étranger. Moi, conclut-il, affirmant une volonté analogue à celle de Pétain, je ne quitterai pas le sol de la France, dût-on me mettre les fers aux pieds."

Le Conseil n'a rien résolu: aucune décision n'est prise. Mais, plus grave et plus définitive que si elle en avait adopté une, la réunion des ministres a consacré l'irréparable: elle a provoqué la rupture de l'unité gouvernementale, ce qui, en cette heure de catastrophes, présage et rend fatale une dissension profonde entre français.

Les Allemands à Paris, le gouvernement à Bordeaux,
ce sera la suite... :D


 

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 03 Avr 2006, 16:06

14 JUIN 1940 - PARIS

Tout autour de l'Arc de Triomphe, à Paris, des mitrailleuses sont en batterie , servies par des soldats allemands. De chacune des bornes, qui entourent le monument, l'une d'elle menace une des avenues qui aboutissent à l'Etoile. Dispositif défensif, renforcé par une automitrailleuse, installé sous la voûte, près du soldat inconnu et par 4 pièces d'artillerie, braquées à l'entrée des avenues Foch, Victor-Hugo, Marceau et des Champs Elysées.

Depuis le matin, des voitures à haut-parleur parcourent les quartiers de Paris, criant la victoire hitlérienne et enjoignant aux rares habitants restés dans la cité, de déposer leurs armes et de demeurer chez eux.

C'est à travers une ville morte, aux avenues et aux rues désertes, qu'un général, entouré de son état-major, arrive au pied de l'Arc de Triomphe, s'incline sur la tombe du soldat inconnu et, avant de présider au défilé des vainqueurs, fait hisser sur l'édifice un drapeau à croix gammée qui flottera pendant les 13 premières heures de l'occupation et n'y reparaîtra plus.

La France n'a plus de capitale en cette journée du 14 juin 1940. Cependant que les occupants s'installent dans les palais vides, qui furent sièges des ministères, de la Chambre ou du Sénat, les présidents et les ministres, délogés par l'invasion, ont quitté les châteaux de Touraine: sur des routes départementales, ou sur la Nationale 10, libérée à leur intention, des encombrements de l'exode par des contingents de police, ils se dirigent vers Bordeaux.

La suite au prochain N°: le 15 juin 40 à Bordeaux.


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 04 Avr 2006, 11:18

Le 15 juin au matin, convoqué par télégramme urgent de Pétain (ce qui est peu réglementaire, le gouvernement n'ayant même pas été informé), Weygand parvient, lui aussi, à Bordeaux.

Officiellement, la partie se joue entre 3 hommes, dont les opinions s'opposent. D'un côté, le président du Conseil, Paul Reynaud, partisan de la continuation de la lutte. De l'autre, son vice-président du Conseil, le maréchal Pétain, et le généralissime Weygand, décidés à obtenir, par un accord, la cessation des hostilités.

En ce débat crucial, l'un et l'autre camp se veut inspiré du seul intérêt de la Nation. Simplement des 2 côtés, règne une conception différente de ce qui peut servir le pays.

Paul Reynaud, dans son désir de ne pas signer l'armistice, n'ignore pas que la campagne de France est perdue. Témoin le télégramme que, dans la nuit du 13 au 14 juin, il a envoyé au président Roosevelt pour l'abjurer de faire entrer l'Amérique dans le conflit.

La France est incapable de se sauver elle-même; son sort est désespéré. Si l'Amérique n'intervient pas, "vous verrez alors la France s'enfoncer comme un homme qui se noie et disparaître après avoir jeté un dernier regard vers la terre de liberté, d'où elle attendait le salut".

La France, selon Reynaud, même entraînée vers l'abîme, ne peut pas signer l'armistice: cela lui paraît à la fois contraire à notre honneur - la France est liée à l'Angleterre par l'accord du 28 mars qui lui interdit de traiter séparément - et contraire à notre intérêt, puisque, d'après lui, la guerre n'est qu'à son début et que, tôt ou tard, les nazis seront battus.

La solution qu'il envisage consiste d'abord à accepter les conséquences de notre désastre en faisant capituler l'armée française, comme se sont rendues les armées hollandaise et belge, la solution du "réduit breton" étant abandonnée, parce qu'irréalisable, dans l'état de décomposition où se trouvent nos forces.

La capitulation est un acte purement militaire, qui n'engage pas le gouvernement. Celui-ci, pour que la France reste présente dans la lutte au côté de ses alliés, abandonnerait la métropole, soit pour l'Afrique du Nord, où elle entraînerait à sa suite les troupes encore en état de se battre et qui auraient échappé à la capitulation, soit même pour une de nos possessions d'Amérique.

Dans les 2 cas, la France conserverait la disposition de son Empire et de sa flotte qui continueraient le combat aux côtés des britanniques.

Quels arguments (non identiques d'ailleurs) vont opposer Pétain et Weygand à Reynaud?

A suivre
:D


 

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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de St Ex  Nouveau message 07 Avr 2006, 17:31

Dans l'autre camp, les positions de Pétain et Weygand sont inconciliables avec celles de Reynaud: tous deux veulent l'armistice pour des raisons qui, d'ailleurs, ne sont pas identiques.

Pétain effectue une double parade: parade contre la duplicité supposée des Anglais, parade contre la brutalité trop réelle des envahisseurs dont il veut prot'ger les Français. Weygand allègue des motifs plus typiquement militaires.
La méfiance du maréchal à l'égard des britanniques se veut très précise. Si la France n'est pas la première à demander un armistice, il appréhende que l'Angleterre ne la devance en signant un accord avec Hitler et ne profite de ses forces encore intactes pour obtenir, à nos dépens, des conditions favorables. Crainte qu'il exprimait le 4 juin à l'ambassadeur des Etats-Unis, Bullit.
Si Pétain veut signer l'armistice, s'il n'envisage pas un instant de quitter, comme Paul Reynaud, le sol métropolitain, c'est aussi et surtout pour protéger les Français en interposant son prestige entre l'envahisseur et eux.
Weygand, lui, est partisan de l'armistice comme un moindre mal pour sauver l'honneur de nos troupes: la capitulation, affirme-t-il à Reynaud le 15 juin, couvrirait les drapeaux d'opprobe, déshonorerait l'armée. Ce n'est pas pour subir une telle honte que Paul Reynaud a demandé à Weygand de revenir de Syrie et de prendre le commandement dans une campagne compromise dès le début, par les erreurs des gouvenants qui se succèdent depuis 20ans.
Ce conflit entre Reynaud d'une part, Pétain et Weygand d'autre part, va se résoudre dans les deux premières journées passées par le gouvernement à Bordeaux.
Constitutionnellement, Reynaud devrait l'emporter: il est président du Conseil, Pétain, lui, n'est que vice-président du Conseil. C'est Reynaud qui a nommé le généralissime: si le pouvoir militaire s'oppose au pouvoir civil, pourquoi n'en désignerait-il pas un autre? En outre, il a, pour lui, la majorité du Parlement - ou tout au moins ceux qui, officiellement sont censés la représenter.
Que va dire le Conseil qui s'ouvre donc le 15 juin 40 à 16 heures 15 à Bordeaux?
En fait, il en est tout autrement. Lorsque le 15 juin à 16H15 s'ouvre le premier Conseil des ministres de Bordeaux, Reynaud a déjà virtuellement perdu la partie.
D'abord, il est à bout de nerfs et pratiquement désespéé. Sur qui pourrait-il s'appuyer?
Son entourage le plus intime, en proie à une véritable panique, s'emploie à le faire céder. A en croire le témoignage de de H. Freeman Matthews, premier secrétaire de l'ambassade des Etats-Unis, Mme de Portes, l'égérie du président, est pendue à ses basques, le supplie d'accepter l'armistice.
En outre , Reynaud a subi, avant l'ouverture du Conseil des Ministres, des offensives qui l'ébramnlent, et contre lesquelles il ne peut rien. Il n'a pas, vis-à-vis de la Nation, l'autorité nécessaire pour renvoyer les trois grands chefs militaires.
Dans la matinée, Pétain, soutenu par Alibert, chef de son Cabinet civil, va déclarer à Reynaud que s'il ne demande pas l'armistice, lui, démissionne immédiatement. Tout ce que Reynaud peut obtenir, c'est un sursis de quelques heures à cette détermination: mais la menace subsiste.
Weygand trouve de nouveaux arguments, dont certains sont imprévus, à l'appui de son refus de capituler. Comme reynaud allègue l'exemple de la reine Wihelmine de Hollande dont l'armée a mis as les armes et qui s'est expatriée pour continuer la lutte:
-"Quelle analogie, s'exclame Weygand, y a-t-il entre un monarque et le chef d'un de ces gouvernements éphémères, tels que la Troisième République en a déjà compté plus de cent en 70 années d'existence? Une fois parti de France, Paul Reynaud serait remplaçé et oublié!".
Que pouvait répondre à son second opposant?

Mais une 3 ème menace allait se faire jour.


 

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