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Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 18:47

Salut,

Je ne sais trop où poser la prose que j'ai écrite sur un forum de jeu d'histoire par ailleurs.
Celle-ci est purement personnelle et donc empreinte d'une approche d'amateur dans tous les sens du terme.
Si nécessaire, je déplacerais le texte dans un sujet plus approprié.

Je lance un fil sur le sujet suite à la lecture d'un article d'Hugues Wenkin sur l'armée de 1940 dans un "batailles et blindées" du mois de mai.

L'article parle bien du décalage de nos forces avec celles de la Wehrmacht et insiste à juste raison sur l'inadaptation de nos modèles de blindés (et non leur "infériorité", la nuance est importante), ainsi que l'insuffisance des moyens radios qui pèsera très lourd dans la lourdeur de la manœuvre française (mais y a pas que ça!).

Par contre, et c'est pourquoi je prends le clavier, aucune explication des choix français n'est réellement donné (à part la sempiternelle pensée de la guerre d'avant, ce qui n'est pas inexact, mais incomplet). Pire, on passe sous silence l'artillerie française en fustigeant, comble du contre-sens, la légèreté du canon AC de 25mm.

Commençons donc par cela: l'artoche!
On oublie bien souvent de préciser que l'artillerie française, contrairement à la guerre de 14, est supérieure ou égale à son homologue allemande sauf dans le domaine des pièces d'infanterie (particularité très teutonne!) et, bien évidemment, de la DCA.
La puissance et la portée des pièces d'artillerie françaises est souvent égale ou supérieure aux allemandes. La motorisation n'est pas plus parcellaire que celle de notre adversaire, mais elle est organisée bien différemment.
En fait, là où le système divisionnaire est poussé à fond par la Whermacht avec une complémentarité interarmes organiques au sein même des divisions, et tout spécialement aux Pz Div. La division n'est qu'une brique d'un plus grand ensemble dans le schéma français.
Ainsi les groupes d'artillerie, lourdes surtout, viennent renforcer telle ou telle unité en fonction des besoins pour obtenir une suprématie de feu sur un point donné du front, c'est même l'un des principes fondamentaux de la ligne Maginot et encore plus des lignes de Maisons Fortes (sic) d'intervalles.
Le rythme imposé par la Whermacht ne va pas laisser le temps au commandement français pour organiser son bel ensemble et les unités (y compris celle de la ligne Maginot qui auront souvent perdu leurs unités d'appui d'artillerie entre-temps!) devront souvent se débrouiller par elle-même.
Cela ne veut pas dire que les divsions françaises sont dépourvues d'artillerie organique, mais qu'elles ne sont pas vouées à s'appuyer uniquement sur celle-ci dans la durée, elles doivent recevoir des unités plus lourdes en appui si nécessaire (en attaque ou en défense). Dans l'armée allemande, ce rôle est plutôt dévolu à l'artillerie volante, l'appui tactique revenant tout spécialement aux pièces d'infanterie alors que ce rôle est tenu par l'artllerie divisionnaire dans l'armée française.
Cette organisation aura aussi d'autres conséquences, mais j'y reviendrai.

L'autre artillerie, l'antichar, est par contre des plus performantes. On oublie bien souvent que l'armée française distingue 2 types d'artillerie antichar contrairement aux autres armées: les pièces dites d'infanterie et versées dans les régiments d'infanterie, ce sont les 25mm qui remplacent les 37mm de la guerre précédente dans ce rôle, a contrario, on ne trouve pas de fusils antichars. Le premier avantage de ces pièces est leur légèreté qui doit permettre de les déplacer facilement à bras d'homme et améliorer leur camouflage. Il ne faut pas oublier que le premier problème d'ue pièce antichar est sa mobilité et la possibilité de la déplacer à la force des bras peut permettre d'éviter de perdre bêtement des pièces par absence de tracteur disponible. Il est à noter que les allemands ont la même approche via leur pièce de 37mm et que le retard d'entrée en service du PaK38 est surtout dû au poids de la pièce qui la rend nettement moins manoeuvrable.
Cela peut paraître étonnant a posteriori, mais le manque de puissance des pièces antichars n'est vraiment révélé qu'à l'entrée en guerre, et encore, le 25mm sera suffisant face aux blindés allemands trop faiblement blindés.
Pour autant, et peut-être du fait de disposer de chars plus fortement carapaçonnés, l'armée française à lancer la production d'une superbe pièce antichar: le 47mm APX tracté, auquel aucun blindé ne peut résister.
Par contre, celui ci présente plusieurs caractéristiques le rendant difficile à déployer au sein des régiments d'infanterie. Il est tout d'abord plus lourd (1070kg vs 480kg pour le 25mm), ce qui le rend bien trop peu mobile, surtout en l'absence de moyen de traction. Ensuite il fait appel à des munitions spéciales ce qui le réserve à l'arme savante. De ce fait les pièces de 47mm sont rattachées à l'EDAC (Escadron Divisionnaire Antichar), lui-même rattaché organiquement au régiment d'artillerie divisionnaire.
En 1940, ces pièces sont trop rares et, là encore, le plus souvent emportées dans la tourmente de combats au rythme trop élevé pour nos couleurs.

Pour finir, la grande absente reste la DCA, est-ce par méconnaissance du risque aérien? Peut-être, mais je tablerai plus sur une sous-estimation de celui-ci que d'une réelle ignorance. L'appui aérien tactique est très compliqué à mettre en oeuvre et n'est apparu que très récemment lors de l'entrée en guerre. Il faut bien se rendre compte que la Whermacht tatonnera encore en Pologne pour bien organiser celui-ci. De même, la puissance des avions s'est littéralement décuplée qu'à partir de 1936, soit 3 ans à peine avant l'entrée en guerre. L'Armée de l'Air doit normalement gagnée la bataille dans les airs, la DCA n'apparaît alors pas comme une priorité, surtout la DCA légère d'armes automatiques, et la France dispose de nombre de 75mm contre-avions du conflit précédent qui sont loins d'être ridicules contre des bombardements horizontaux, même si ils sont peu mobiles.
L'autre point à se rappeler est la disette budgétaire des années 30 qui poussent à des choix drastiques dans le développement des armements, la DCA légère n'est alors pas une priorité et on compte encore beaucoup sur les mitrailleuses AA de 13.2mm Hotchkiss pourtant insuffisantes (je me rappelle le témoignage d'un ancien combattant il y a plus de 20 ans qui me narrait le ridicule pissou des mitrailleuses françaises lors de l'attaque de son aérodrome, les jolies paraboles des rafales retombant bien avant de toucher les avions allemands!). Le 25mm AA de 1939 est une excellente pièce, mais développée trop tard et en bien trop faible nombre pour pouvoir faire quoique ce soit de correct.
De même il n'y a pas franchement de culture DCA parmi les officiers de l'Armée de Terre et les pièces de DCA sont surtout dévolues à la protection des aérodromes à la base. Le rattachement de la Flak à la Luftwaffe a eu un effet décisif dans le développement de celle-ci avec notamment des officiers rompus totalement à son emploi, ce qui expliqe les hécatombes des Fairey Battle et autre Bréguet 693/695 dans les assauts désespérés sur les ponts de la Meuse.

A suivre


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 18:53

Passons à l'armement d'infanterie.

Dans ce domaine, l'arme française ne se distingue que peu des autres armées. Sur la théorie, elle adopte des schémas tactiques très proches de la plupart des belligérants avec une base de feu constituée d'une arme automatique, mitrailleuse ou FM, et une manoeuvre basée sur des fantassins armés de fusils.

Les armes automatiques françaises, mise à part le PM totalement anecdotique, ne se distinguent là encore peu des autres armées. D'une efficacité très correcte, elles pêchent seulement par l'absence d'alimentation par bandes, surtout pour la Hotchkiss. Le FM 24/29 est très honnête, au même titre que le Bren, le ZB26 ou le Degtyarev.

Le Lebel français accuse son âge et est alors en passe de remplacement par le MAS36 qui doit devenir le fusil universel, supprimant l'emploi juxtaposé du Lebel devenu trop encombrant et du mousqueton M1892/16 manquant d'allonge et au recul trop prononcé.
Là où d'autres nations se lancent vers la voie des fusils semi-automatiques, la France décide de creuser le sillon avec le MAS36, un excellent fusil à verrou, maniable et à la puissance suffisante, mais qui ne solutionne pas le problème de la puissance de feu individuelle du fantassin.
En 1940, cela n'est pas franchement un problème, la Whermacht s'organise peu ou prou de la même manière, mais avec une arme automatique bien supérieure à toutes celles des autres belligérants: la MG34.
Si ce surcroît de puissance de feu est appréciable, il n'est pas vraiment à l'origine de l'écart d'efficacité tactique entre les 2 armées. Cet écart est plus à rechercher dans la différence de doctrine et d'entraînement.
A la lecture des témoignages et du livret d'instruction tactique de l'armée française, on ne peut être que frappé par l'accent mis sur la constitution d'une base de feu solide avant toute action. A contrario, comme l'indique Karl Heinz Frieser entre autres auteurs, les allemands mettent l'accent sur l'Auftragtaktik et bénéficient de plus d'une troupe plus aguerrie et au noyau constitutif plus entraîné (le fameux entraînement aux fonctions de 2 grades supérieurs au sein de la Reichswher).
La troupe française aura donc tendance à rester "coller" à ses appuis là où l'infanterie allemande cherchera l'infiltration. A notre décharge, l'armée britannique ne fait pas mieux dans le même registre, de même la bataille d'ensemble avec appui massif d'artillerie met nettement plus l'accent sur la cohésion et la solidité de la troupe que sur la rapidité de manoeuvre source de dispersion et de perte de puissance.

Un corps de mousqueterie constitué autour d'une base de feu formée par un mitrailleuse ou, à défaut, un FM paraît donc nettement plus judicieux.
Il en va de même de l'emploi des blindés en appui direct de l'infanterie.

A côté de cela, la mue technique de l'infanterie française n'est pas encore terminée en 1939, et nombre d'unités, notamment de réserve, vont être confrontées à des difficultés d'approvisionnement absurdes. Mon propre grand-père, officier de réserve, s'est vu fournir des munitions ne correspondant pas à son arme de service (probablement du 7.65mm pour pistolet MAB en lieu et place du 8mm pour Revolver M1892), ce qui arrive facilement lors des changements de calibre dans une armée (8mm Lebel vers 7,5mm pour les armes longues par exemple) .

A noter que ce genre de péripéties poursuit encore parfois l'armée française malheureusement, le FAMAS ne tirant pas les mêmes munitions que les autres armes 5.56mm OTAN. Cela crée d'ailleurs des problèmes de compatibilités entre FAMAS et Minimi au sein même du groupe de combat, même si celle-ci relève plus d'une vue de l'esprit que de la réalité pratique.

En conclusion, malgré des problèmes de standardisation, l'armement du fantassin français ne joue pas de rôle réellement préjudiciable dans la campagne de 40. C'est bien plus l'organisation tactique et la qualité d'entraînement de la troupe (surtout pour les unités de réserve qui vont subir parfois des chocs particulièrement violents) qui sont à pointer du doigt.

Personnellement, à ASL, je trouve que les troupes françaises de 40 sont un poil trop pénalisées du fait d'un broken moral systématiquement diminué de 1 par rapport à d'autres belligérants. Cela est injuste aux regards des différents combats alors menés (tout spécialement en Norvège, d'où une SSR traitant du sujet dans les scénars de l'ASL Journal 3).
Que l'on représente des unités par des Green ainsi pénalisés, cela me paraît pertinent, mais le faire pour d'autre troupes ayant montré un mordant tactique certain (Gembloux, Stonne, Saumur, Lille, Boulogne), cela me contrarie un peu plus.


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 26 Déc 2016, 19:33

Bonsoir Guillaume,

Mille excuses pour mon ignorance mais si je connais la signification de DCA, PAK et autres, par contre ASL ????? SSR ??????

Ah oui Hugues Wenkin est membre de ce forum (pseudo Calkstein)

Bien amicalement
Prosper ;) ;)
P.S Si tu désire suivre et être averti par e-mail, il suffit de cliquer ici (cela se trouve en bas de page):

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 19:44

Prosper Vandenbroucke a écrit:Bonsoir Guillaume,

Mille excuses pour mon ignorance mais si je connais la signification de DCA, PAK et autres.............
ASL ?????
SSR ??????

Ah oui Hugues Wenkin est membre de ce forum (pseudo Calkstein)

Bien amicalement
Prosper ;) ;)


Arf, cela vient de la cannibalisation de ce texte (que j'ai écris) depuis le forum français ASL.
De ce fait ASL est donc le sigle pour "Advanced Squad Leader". Jeu de simulation tactique sur la Seconde Guerre Mondiale, cf ici pour une description "objective" :mrgreen: :
https://en.wikipedia.org/wiki/Advanced_Squad_Leader

SSR est un autre sigle spécifique à ce jeu signifiant "Scenario Special Rules", cela désigne des règles spécifiques à un scénario (un scénario défini les conditions d'une partie: forces en présence, contexte historiques, conditions de victoire, etc.)

A noter que le joueurs ASLs passent pour des fous furieux adorant les règles compliquées, y compris même au sein du monde des "wargameux"!

Schrap


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 26 Déc 2016, 19:55

Bonsoir et merci des précisions Guillaume, c'est bien ce que j'avais trouvé via Gooooooooooooooooooooogle
Amicalement
Prosper ;) ;)
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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 19:57

Passons au sujet le plus étudié dans l'armée française de 1940: les blindés.

Il est largement admis que ceux-ci subirent durement les combats de 40. Si cela est difficilement récusable, on peut nuancer un tantinet le propos sur le plan tactique.
Avant d'analyser ce point précis, attardons-nous brièvement sur les raisons principales de l'échec des UNITES blindées françaises, car c'est bien sur le plan opérationnel que l'arme blindée a été totalement dominée.
Abstraction faite de la dispersion opérative extrême des moyens blindées français qui ne concerne en fait que les BCC de chars d'accompagnement (R35, FCM36 et... FT17 pour les plus anciens!), le problème se pose surtout sur la lourdeur d'emploi des DCR et les missions des DLM.

En effet, l'élément fondamental reste que le commandement français ne croit pas à l'arme blindée en tant que force offensive opérationnelle. Le Corps de Cavalerie du Général Prioux parfois cité en exemple, n'a pas pour vocation la percée et l'exploitation au même titre que les Pz Div allemande: Il doit agir en couverture des divisions d'infanterie au même titre que les DLC, on reste ainsi dans l'emploi classique de la cavalerie.
De même, les DCR sont vues comme des unités de rupture, mais au sein d'un dispositif plus large où les différentes unités s'appuient mutuellement. Il n'est pas question que celles-ci se chargent d'une quelconque exploitation, chose dont elles sont bien incapables.
Seule la 4èDCR peut prétendre à une organisation plus "offensive" du fait de la présence d'unités normalement dévolues à la cavalerie en son sein, reste que l'unité est par trop récente et même pas en rodage quand elle est jetée dans la tourmente.

Si les DLM vont être employées dans leur rôle, avec un relatif succès d'ailleurs, les DCRs vont par contre subir littéralement les événements et être de plus victime d'un emploi au coup par coup, y compris et surtout dans les rares phases offensives.
L'attaque de la 4è DCR sur la poche d'Abbeville ou l'engagement des blindés à Stonne en sont des exemples frappants. Il s'agit en fait, ni plus, ni moins que d'opérations de rectification du front qui semblent bien loin de la mission de rupture normalement dévolue aux DCR.

En ce sens, l'emploi des blindés allemands, malgré des limites certaines face aux engins français, va s'avérer nettement plus efficace avec des concentrations importantes, une souplesse d'emploi des grandes unités et surtout un commandement agressif.

N'oublions pas non plus que le Fall Gelb va s'avérer un modèle du genre en termes d'exécution, rarement un plan aura si bien fonctionné.
J'évoquais les résultats les plus satisfaisants du Corps de Cavalerie dans sa mission de couverture (avec notamment les batailles de Hannut et Merdorp, Gembloux dans une moindre mesure car c'est l'infanterie qui tiendra la ligne principale), mais l'attaque de "diversion" en Belgique n'est pas une simple nasse où il suffit de se retourner pour s'en sortir. De ce fait l'"accrochage" des unités françaises en Belgique va non seulement leurrer complètement le commandement français, mais est aussi suffisamment important pour retenir les unités engagées dans la manoeuvre Dyle-Breda.

A suivre pour les implications tactiques


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 20:01

A noter l'intervention de Philippe Naud répondant à mon descriptif, suit ma réponse en-dessous

"Si les DLM vont être employées dans leur rôle, avec un relatif succès d'ailleurs, les DCRs vont par contre subir littéralement les événements et être de plus victime d'un emploi au coup par coup, y compris et surtout dans les rares phases offensives."

Très relatif effectivement, le succès des DLM, avec par exemple les ratés à répétition de la 1ère DLM dans les opérations sur la Sambre que j'avais relaté dans VV n ° 99 - cf le scénario "un beau pétrin", je l'aime bcp celui-là - avec un commandement en-dessous de tout !


C'est bien pour cela que je notais "relativement", l'engagement des divisions de cavalerie se caractérise aussi par une usure accélérée.
Gembloux/Hannut voit les DLMs usées au 2/3 minimum et même plus au sein des bataillons de Dragons Portés, alors qu'il s'agit de leur premier véritable engagement!

Au sujet de la qualité de l'encadrement. L'armée de 40 se caractérise par un lourd système de commandement souvent basé sur des ordres écrits et un commandement par le plan, chose convenant parfaitement à la guerre de position, moins à celle de mouvement.

De plus, la Whermacht se caractérise aussi par 2 éléments primordiaux dans l'exercice du commandement:
-L'origine de nombre d'officiers issus de la Reichswher, noyau de troupes d'active. celle-ci a aussi dû faire face à un défi lié à son format trop faible (100 000 hommes), poussant le commandement à explorer d'autres voies guerrières, dont la motorisation. même si cela ne fut pas sans difficultés (dont l'interdiction de nombreux armements, interdiction contournées)
-La campagne de Pologne qui sera le véritable baptême du feu et qui permettra de définitivement rôdé l'outil de la Heer en formatant les divisions blindées sous leur format le plus performant de toute la guerre. De même l'Anschluss et l'occupation des Sudètes permettront de mettre à jour la très grande importance de la logistique et de la fiabilité pour les unités mécanisées.

Tout cela, l'armée françaises doit l'apprendre sur le tas et avec une doctrine dépassée.

Autre élément frappant, la médiocre collaboration blindés/infanterie côté français alors même que la doctrine préconise l'appui de l'une par l'autre. manifestement les périodes de disette budgétaire ont lourdement pesée sur l'entrainement de la troupe!


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Schrapnells  Nouveau message 26 Déc 2016, 20:09

"Pas d'accord sur ce point, c'est surtout la "Drôle de Guerre" qui n'a pas été mise à profit pour entraîner les troupes alors que plusieurs leçons de la campagne de Pologne avaient été correctement tirées par le GQG - cf l'article de Martin Alexander dans "Mai-juin 1940" paru chez Autrement en 2000, il y a aussi évidemment un article de Friser. L'impulsion c'est hélas perdu quelque part entre Gamelin et les divisionnaires..."

Certes, mais le problème de coopération aurait dû être résolu bien avant. Que la doctrine de la guerre mécanisée n'ait été analysée qu'après la campagne de Pologne est une chose, que cette analyse n'ait pu être transformée en doctrine et appliquée est encore autre chose. Mais la coopération infanterie/blindés était justement au coeur de la doctrine française de la bataille d'ensemble avec un appui direct de l'infanterie par les blindés.
Or ce n'est pas du tout le cas!Que la drôle de guerre n'ait pas été mise à contribution pour entraîner suffisamment la troupe est évidemment une faute, mais manifestement les formations d'avant-guerre n'ont pas fait mieux.

Les contre-attaques blindées sur les têtes de pont allemandes près de Sedan se sont ainsi caractérisées par un défaut de liaison infanterie/blindés, ces derniers partant le plus souvent seuls.
Moncornet/Crécy-sur-Serre et Abbeville en sont d'autres illustrations, mais dans des circonstances bien plus particulières. Tout ceci est assez étonnant au regard de la multiplication des BCC indépendants normalement rattachés aux formations d'infanterie quand c'est nécessaire. Il y a un manque flagrant de pratique à ce niveau là.

Au sujet de la difficulté de faire redescendre les enseignements de Pologne à un échelon plus bas il y a, comme tu le soulignes, un défaut sur l'entraînement et la qualité du commandement, mais je pense que malheureusement, l'organisation même des forces françaises ne s'y prétaient tout simplement pas.

Pour reprendre le sujet des blindés, ceux-ci sont tout bonnement inadaptés à la guerre de mouvement. Cela ne veut pas dire qu'ils soient perclus de défaut, ils ont même quelques qualités, mais ils sont incapables de mener le modèle de guerre imposé par la Whermacht.

Au registre des tares des engins français, nous trouvons bien sûr une mobilité tactique et opérationnelle très insuffisante avec des consommations de carburant prohibitives et un système de ravitaillement "entonnoir" empêchant un remplissage simultané des pleins d'essence, cela doit se faire en série auprès de la citerne. Dans le chaos de la campagne, nombre d'unités se verront coupées ou privées de leurs unités de soutien, l'absence d'équivalent au Jerrycan (expérience issue de l'Anschluss) se paye alors très cher.

Autre tare bien connue: l'absence de moyen radio tactiquement efficace au sein des unités. L'utilisation de la graphie est une incurie sur le plan tactique et la manoeuvre "aux drapeaux" est totalement inadaptée à un rythme tactique soutenu. Dans le cadre d'une coopération méthodique avec l'infanterie, le maintien de la cohésion de la section est plus important que les possibilités d'évolution tactique individuelles, surtout avec un soutien d'infanterie en théorie présent.

La puissance de feu et les moyens d'observation des engins sont insuffisants. Pour ces derniers, la faute en incombe à la fois à l'absence d'une industrie d'optique aussi performante que l'allemande, mais aussi et surtout à la perception d'un emploi du tir direct, y compris d'artillerie, en saturation et à distance analogue à celle de l'infanterie. L'artillerie devant se charger de l'appui aux distances plus importantes, là encore plus par saturation que par précision (à l'exception notable de l'antichar).
A noter que les chars ne sont pas vus comme des moyens antichars, ce rôle étant dévolu à l'atillerie comme dans bon nombre d'armées. A cette époque, seule l'armée britannique se fourvoie dans cette optique avec la classe des Cruisers, au final trop peu blindés et armés pour être efficaces eux aussi.

La puissance de feu est un autre problème, les mitrailleuses manque de puissance contrairement aux BESA et MG34 , probablement aussi du fait du manque de disponibilité des chefs de char, totalement débordés seuls en tourelle et incapable d'observer efficacement le terrain une fois le combat démarrer. Les canons souffrent aussi du même défaut, la difficulté à repérer ses adversaires entraîne une perte d'efficacité majeure.
Autre point soulignant les problème de visibilité: le nombre d'engins victimes du terrain! Nonobstant les problèmes de reconnaissance, des photos de Somua, Hotchkiss ou B1bis ayant versés ou coincés dans des dépressions de terrain sont légions, même si le fait de ne pas tenir le terrain peut faire relativiser cette observation.
Pourtant un effort certain a été effectué avant guerre:
- Les 47mm ont été remplacés, les Somua bénéficiant directement du nouveau canon, les B1bis aussi (contrairement au B1), les D2 suivent ensuite.
Globalement la pièce donnera entièrement satisfaction en termes de puissance brute, seule la visée posera plus de problème pour les raisons évoquées, surtout dans les combats entre blindés
- Le 37mm est la dernière pièce à être remplacée, le SA38 (de 1938 comme son libellé l'indique!) remplace avantageusement le SA18. Mais il faut alors rappelé que les engins qui en sont armés sont destinés en premier lieu à combattre contre des cibles "molles", ce qui explique d'ailleurs en emport plus limité en munitions perforantes plutôt qu'explosives! Les problèmes de visée persistent là aussi
-le 75mm est plus destiné à l'appui d'infanterie, placé en casemate, nombre de témoignages vont souligner une certaine fragilité de la pièce et surtout de son système de pointage Naeder. Bon nombre d'engins tomberont même en panne de celui-ci en-dehors des combats. On retrouve ici un problème de logistique trop lourde que les Allemands ne connaissent pas (encore, mais ça viendra!).

Malgré cela, les blindés allemands on fort à craindre des pièces françaises car seul le SA18 peut s'avérer trop juste, il est présent en grand nombre, il est vrai. mais dès qu'un char moyen ou lourd entre en lice, un touché français se solde le plus souvent par des dégâts sensibles sur un engin allemand... Reste à réussir à le voir et le toucher!

L'autre avantage indéniable des engins français est leur blindage. Sans être totalement imperméable aux 37mm allemands, celui-ci impose aux adversaires à ne tirer qu'à des distances plus faibles, là où justement les engins français deviennent dangereux (ils sont moins myopes). Néanmoins, la manoeuvre, qu'elle soit tactique ou opérationnelle viendra le plus souvent à bout de cette difficulté.

En conclusion, les engins français se sont avérés dangereux dans les situations de confrontation de force équilibrées, mais sur l'ensemble bien trop patauds et myopes pour réussir à capitaliser sur leur puissance intrinsèque. Sur le plan opérationnel, c'est encore pire, les unités blindées n'étant tout simplement pas conçues pour la guerre de mouvement, mais pour la bataille d'ensemble. Privés de plus d'une réelle expérience opérationnelle préalable,les RETEX et sélection naturelles en termes d'encadrement n'ont pas pu produire leur effet. Les Allemands ayant là aussi une longueur d'avance.


 

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Re: Heurts et malheur de l'Armée française en 1940

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 26 Déc 2016, 23:30

Je n'ai pas compris s'il y avait une question , ou si c’était juste un exposé de ta propre connaissance du sujet .

Je préciserai juste quelques points qui me semblent importants pour 1940 .
Il n'existait pas d'ABC ( arme blindée cavalerie ) a cette époque , et les trois armes ( Artillerie , Infanterie et Cavalerie ) se disputaient encore l'utilisation des chars . Si l'Artillerie l'avait exploitée en 14-18 ( AS : Artillerie spéciale ) elle en a perdu l'usage au profit de l'infanterie . Ensuite la cavalerie a cherché a se moderniser et a échanger le foin contre du pétrole .

Dans le domaine de l'infanterie , il existait grosso modo trois concepts :
- Le char d'accompagnement - issus du char de la victoire : le Char FT ( et non pas FT17 , vade retro satanas ! * ) , a équipage minimalisé , armement anti-personnel , et dont le programme de fabrication de chars modernes fut lancée en 1935 . On y retrouve donc les R35 , H35 et FCM36 devant remplacer petite a petit le parc de FT . Ces unités étaient regroupées en GBC ( groupes de Bns ) devant porter assistance sur le front aux divisions d'infanterie , par sections voir compagnies rattachées a l'infanterie pour attaques et colmatages .
- Le char de bataille/moyen , dont les premiers exemplaires furent le D1 , jugé trop lent et pas assez protégé , le B1 , le D2 et le B1 bis . Ces engins avaient vocation de servir une brigade cuirassée ou division cuirassée , devant accompagner l'infanterie , mais cette fois au niveau de la grande unité motorisée . Formant ainsi un corps cuirassé mobile , ces unités placées en réserve devaient pouvoir intervenir sur les différentes parties du front afin de produire un effet de puissance face a l'infanterie , ou rompre les éléments blindés adverses . Apres la sortie des B1 , les D1 furent relegués en AFN , les D2 en GBC , et ce n'est que car de Gaulle les avait commandés , qu'il intégra les D2 dans sa 4e DCR , car il leur connaissait un potentiel supérieur aux Hotchkiss et Renault qu'on lui proposait en appui
- Le char de rupture/d’arrêt , programmes issus du FCM 2C , qui devaient pouvoir percer les lignes fortifiées adverses ou arrêter une offensive . Dans la réalité aucun char ne fut mis au point avant l'attaque allemande , et seuls restaient 8 FCM2C qui furent perdus par sabordages sans même être engagés

Dans le domaine de la cavalerie , il existe grosso modo trois concepts aussi :
- AMR : blindé leger sur roue ou chenillé pouvant assurer une RECONNAISSANCE a grande distance , avec capacité d'engagement limité ( de l'ordre de la mitrailleuse normalement ) .
Exemple typique l'AMR 35 ZT1 disposant d'une mitrailleuse lourde de 13.2mm
- AMD : blindé moyennement protégé sur roues en général pouvant assurer un combat a courte durée : il est destiné a la DECOUVERTE des moyens ennemis
Exemple typique l'AMD 35 Panhard 178 disposant d'un canon de 25mm
- AMC : blindé généralement sur chenilles , devant proposer une force de COMBAT capable d’arrêt d'unités blindés
Exemple typique : l'AMC 35 Somua S35 disposant d'un canon de 47mm

Dans le domaine de l'artillerie , il n'existe plus rien en 1940 .

Du coup , si l'on regarde d'une façon globale ( cf mon site atf40.fr http://www.atf40.fr/ATF40/chars.html ) , l'amateur va trouver un imbroglio de chars différents , de missions différentes , et aucune notion d'ABC , de division blindée moderne et j'en passe . Et pour cause , cela n'existait pas .
Ce qui s'en rapproche le plus , c'est la DLM , qui avait une vocation d'autonomie ( voir mon texte sur le S35 http://www.atf40.fr/ATF40/articles/Somu ... 20DGM7.pdf ) , mais certainement pas la DCR , et encore moins , pour les deux dans les modèles légers qui ont été adoptés faute de capacités industrielles .
Car il faut préciser que , initialement , la DLM devait être une DM , avec uniquement des S35 , et aucun H39 , et idem pour la DCR , uniquement des B1bis .
Evidemment le bon modèle n'est pas celui la , il faut avoir de plus larges unités d'infanterie sous matériel blindé , de l'antichar et de l'anti-aérien a profusion , si possible motorisé/mécanisé . Des projets étaient en cours ...

Quoi qu'il en soit , dans Squad Leader, il n'y a que escarmouches , donc si on place au plus une section de B1bis sur la carte , c'est déjà le maxima , non ? Avec son blindage , son 47 de tourelle et son 75 de casemate , ça doit élaguer largement .

Amicalement ,
Alain


* : je dis vade retro satanas pour le "FT17" car cette désignation n'a rien de Française , mais est allemande , voir histomag 88 page 42
http://www.39-45.org/histomag/mag/hm88/
Armée de Terre Française 1940
http://atf40.fr/

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