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Souvenirs d'un vétéran de la campagne de 1940.

Tout ce qui concerne la période entre le 3 septembre 1939 et le 25 juin 1940 environ, comme par exemple:
L'offensive de la Sarre, la mobilisation, le Pied de Paix Renforcé, la B.E.F., la campagne de France, l'effondrement de la République et de l'Armée Française, l'exode ...
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Souvenirs d'un vétéran de la campagne de 1940.

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 09 Oct 2006, 13:30

Bonjour à tous.

Je vais vous livrer les souvenirs de mon grand-oncle, vétéran de la campagne de 1940 et fringant jeune homme de 92 ans, qui m’a raconté ses souvenirs et donné l’ensemble de ses documents lors de mes vacances.

Henri Petit est né le 22 mars 1918 à La Genetouze, commune rurale du sud de la Charente-Maritime. Il est l’un des premiers enfants d’une famille de modestes agriculteurs qui comptera 8 enfants dont mon grand-père (le vétéran de la Iere Armée de De Lattre pour ceux qui me connaissent) est le plus jeune.

Henri appartient à la classe de mobilisation de 1934 et c’est le 28 avril 1935 qu’il effectue son service militaire au 41e régiment d’artillerie divisionnaire équipé de canons de 75mm hippotractés à Angoulême en Charente. Il accomplit sa formation en tant qu’observateur car, dit-il, il avait participé au renouvellement du cadastre et savait donc se servir d’appareils d’optique tel que le télémètre. Il est renvoyé dans ses foyers le 3 octobre 1936 en attendant son passage en disponibilité qui aura lieu le 15 octobre 1936. L’ensemble de ses informations provient de son livret militaire que j’ai sous les yeux au moment où j’écris ses lignes.

Au début d’août 1939, Henri est au fond d’une forêt en train d’abattre des arbres pour faire du bois de chauffage lorsque son frère aîné arrive tout essoufflé, son ordre de mobilisation à la main. Cet ordre je vous le donne dans le texte (ce document sent déjà la panique dans sa rédaction) : « Le porteur de cet ordre de mobilisation voyagera gratuitement par chemin de fer. Il emportera de chez lui des vivres pour un jour et son casque, s’il en possède un. Il se présentera, porteur du présent titre, à la gare la plus proche de son domicile........jours avant la mobilisation (cette mention soulignée a été rayée et remplacée par immédiatement et sans délai) et sera tenu de prendre le train qui lui sera indiqué par le chef de gare. Il descendra du train gare d’Angoulême et se mettra aussitôt à la disposition du poste de police qui le fera diriger sur Quartier Fayolle. Il aura grand intérêt à se munir des objets ci-après dont la valeur lui sera remboursée à son arrivée au corps : une ou deux paires de brodequins, 2 chemises en flanelle coton, 2 caleçons en flanelle coton, 2 paires de chaussettes laine, 2 mouchoirs, 2 serviettes-toilette, 2 étuis-musettes, 1 paire de brettelles, 1 cuiller, 1 fourchette. »

Le 25 août, il reçoit son affectation au 1er groupe du 41e RAD de la VIIe Armée commandée par le général Giraud ; il est envoyé avec ses camarades par wagon à bestiaux en Alsace le 5 septembre 1939. Sa destination c’est Haguenau au nord de Strasbourg, d’où il gagne Wissembourg et enfin le village de Lauterbourg. Cette bourgade se situe en bordure de Rhin le long de la ligne Maginot, en face de la banlieue de Karlsruhe. C’est l’époque de la drôle de guerre, on s’observe de part et d’autre mais personne ne bouge. De son poste d’observation en compagnie des officiers, Henri ne peut que constater les travaux de mise en défense effectués par les Allemands durant la nuit. De temps en temps, on déclenche un tir de 75 histoire de, auquel répond parfois l’artillerie allemande qui se montre étrangement précise dans ses réglages : « Avec les officiers, on installait souvent le poste d’observation au même endroit lorsqu’on revenait de l’arrière, généralement dans un bosquet ou une forêt surplombant la frontière. Un matin, vers 7h00, on se lève dans un épais brouillard, des copains commençaient déjà à préparer le café. Le capitaine nous dit qu’avec cette brume on verrait rien et qu’il vaut mieux se recoucher en attendant que ça se découvre. Moi je décide d’aller me recoucher avec le capitaine, mais d’autres restent debout pour casser la croûte. C’est à ce moment qu’un tir d’artillerie allemande s’abat sur notre poste, tous ceux qui ne se sont pas recouchés ont été tués. »

En mai 1940, le 41e RAD est stationné dans le secteur de Forbach en face de Saarebrucke. Ici, l’unité d’Henri soutiendra de son feu une attaque de la 23e DI, division à laquelle le régiment est rattaché. Cette attaque a pour objectif un village de l’autre côté de la frontière. Après un tir de préparation nourri, l’infanterie investie la place sans aucune résistance. La bourgade est vide. A cette occasion, Henri peut constater que la population allemande est fort bien préparée au conflit puisqu’il trouve dans les maisons d’importantes réserves de sucre et d’huile. Là, il en profite pour récupérer le plus beau cheval de l’écurie et fera le fanfaron sur sa prise de guerre devant les copains.

En juin 1940, la 23e DI est positionnée à St Quentin dans l’Aisne pour faire face aux Allemands qui ont envahi la Belgique. Il est au poste d’observation en compagnie de son sergent, les autres officiers ont, d’après lui, déjà foutu le camp et se taire au PC du régiment. Il doit rendre compte par téléphone des mouvements ennemis au PC divisionnaire. Le 6 au matin, il reçoit un coup de fil laconique de la division : « Attendez-vous à subir les premiers tirs d’artillerie ». Henri m’affirme qu’à ce moment là il était blanc comme un linge. Très vite il peut observer les troupes d’infanterie allemande qui s’avancent à moins de 200m vers le talus où le poste est planqué. Henri téléphone au PC complètement paniqué : « Les Boches arrivent, ils sont là, faut foutre le camp ! », pour toute réponse « Hors de question, restez sur position et continuez à rendre compte. ». Le sergent et Henri n’ont pour armement qu’un mousqueton et une caisse de grenades. Un bruit de pas attire l’attention des deux camarades, ils surgissent arme au poing «Halte là ! Qui vive ?». Apparaît alors un capitaine qui leur demande «Qu’est que vous foutez là ? Faut dégager ! ». D’après Henri, cet officier sorti de nul part ne pouvait être qu’un membre de la 5e colonne (les mythes ont la peau dure). Néanmoins ils obéissent, enfourchent leur vélo et pédalent à toute allure pour rejoindre la division. Ils savent qu’ils ont l’ennemi aux fesses et pédalent toute la nuit, avant de se laisser tomber dans un fossé morts de fatigue. Au petit matin ils sont réveillés par un bruit de pas, coup de chance incroyable, c’est la 23e DI qui passe juste devant eux.
Cette aventure vaudra à Henri une citation à l’ordre du régiment : « Citation à l’ordre du régiment n°11 du 7 juillet 1940. Au cours des opérations de la VIIe armée dans la période du 5 au 24 juin 1940 a toujours accompli son devoir avec courage et dévouement. Croix de guerre. Le capitaine commandant ». Cette décoration Henri la refusera.

De retour à la division, il constate que ses camarades ont fait deux prisonniers : « C’est les seuls Boches que j’ai vus de prés étant soldat ! ».

Débute alors la débâcle. L’unité d’Henri se replie plein sud direction Compiègne. Ils trouvent un bois au nord de la ville afin de s’abriter de l’aviation omniprésente (certainement la forêt de Laigue). Peine perdue, le bois est quasiment encerclé et les Stukas mitraillent sec : « C’était terrible, les balles tombaient comme de la grêle. Les branches étaient hachées menu. On essayait toujours de se planquer derrière un arbre lorsqu’on entendait les Stukas piquaient. Une fois c’est pas passé loin, une balle s’est fichée dans le tronc à 20cm de ma tête. Mon copain à côté de moi a eu la poitrine légèrement brûlée par une balle qui a traversé sa capote avant d’exploser dans son portefeuille. »

Malgré tout, l’unité d’Henri parvient à se faufiler entre les lignes allemandes. Ils continuent de refluer vers la Loire marchant jours et nuits tel des « robots », l’ennemi les talonnant toujours de prés.
Un des souvenirs les plus durs pour Henri, concerne le sort des réfugiés. Les convois de soldats étaient prioritaires, tous les véhiculent civils étaient basculés dans les fossés lorsqu’ils gênaient le passage. La plupart n’avaient pas de vivres : « Je me souviens d’une jeune mère qui pleurait avec son bébé dans les bras. Elle nous demandait du lait car elle n’avait pas pu lui en donner depuis trois jours et il était mourant. Mais on n’en avait pas. ».

Henri arrive prés d’Orléans et passe la Loire à Gien, les Allemands sont à portée de fusil. Il peut observer une colonne de landser qui s’étire sans fin : « Là j’ai su que c’était fini ! ». Les gars du 41e RAD sont les derniers à franchir le pont car les sapeurs le font sauter juste après.
Cette journée, Henri et ses camarades peuvent voir des avions qui ne sont pas allemands dans le ciel : « On a vu un drapeau tricolore sur leur queue alors on s’est pas inquiété. Et puis on les a vus viré, prendre de la hauteur et commencer à piquer sur nous. C’est quand ils sont passés en nous mitraillant qu’on s’est rendu compte que c’était le drapeau italien qui était peint sur la carlingue ! »

Le 41e RAD termine sa fuite à Chalus dans le Limousin. En effet, l’Armistice intervient et voici ce qu’on remet à Henri (déclaration imprimée du général Juin que j’ai sous les yeux) : « Officiers, sous-officiers, soldats. La guerre se termine sans que la VIIe armée ait été battue.
Attaqués sur la Somme et sur l’Ailette par un ennemi disposant d’une supériorité écrasante en Aviation et en engins blindés, vous n’avez pas cédé.
Ces durs combats ont été suivis de la douloureuse épreuve de la retraite. L’avance de l’ennemi sur nos deux flancs nous menaçant d’encerclement, il a fallu pour échapper à son étreinte, opérer un repli de 400km. Je connais les efforts surhumains que vous avez dû fournir. Si je vous les ai demandés, c’est pour éviter la honte et les misères d’une capitulation en pleine en rase campagne (la honte pour Henri c’est d’avoir vu la plupart des officiers foutre le camp).
Vous connaissez les causes de nos échecs. Le Maréchal Pétain, le glorieux vainqueur de 1918, vous les a indiquées.
Soldats de la VIIe Armée, vous représentez une force contre laquelle l’ennemi s’est brisé et qu’il n’a pu dissocier. Il faut que les vôtres le sachent, quand vous rentrerez dans vos foyers.
Je décide donc que tout combattant, ayant pris part aux opérations du 5 au 24 juin et resté en armes dans son unité, recevra la Croix de guerre (vous comprenez maintenant pourquoi Henri l’a refusé).
Maintenant, refaites vos forces et demeurez, comme dans la bataille et dans le retraite, groupés autour de vos chefs. C’est aujourd’hui, plus nécessaire que jamais.
Soldats de la VIIe Armée, conservez le cœur fier et la tête haute : vous n’avez pas connu la défaite.
Le général Frère. »

Henri sera démobilisé le 13 août 1940 et retournera en Charente-Maritime pour reprendre son exploitation agricole et connaîtra, comme la plupart de ses compatriotes, les vexations de l’occupation.

Si par cas, vous constatez des erreurs entre le positionnement des unités, les dates, les lieux...N'hésitez pas à me les faire connaître car Henri a 92 ans et la mémoire commence à défaillir un peu.
Dernière édition par panzer5 le 12 Oct 2006, 11:06, édité 1 fois.


 

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de beauvillain  Nouveau message 09 Oct 2006, 23:03

bonsoir
Juste une précision le général Juin n'a jamais était commanndant de la VII armée puisque c'est le Général Giraud qui la commande. Giraud qui au demeurant à été afit prisonnier au Catelet commune a 15 kilomètre nord est de Saint-Quentin.
concernant le général Juin il commande la 15ème division d'infanterie motorisée.
durant la période concernée il couvre le repli allié à proximité de Lille afin d'assurer le réembarquement des forces Franco-Britanniques de Dunkerque
++
PH


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Murdock  Nouveau message 09 Oct 2006, 23:15

J'ajouterais également pour la bataille de Lille qu'une fois les forces encerclées par les allemands, le Général Juin et sa 15ième division d'infanterie motorisée a été la première unité à organiser la défense des lieux.

En faisant cela, il attira naturellement sous ses ordres d'autres unités comme le général Jenoudet et ses hommes qui se placeront sous son commandement.


 

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Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 10 Oct 2006, 09:23

Pourtant l'imprimé remis à Henri en 08/1940 lors de sa démobilisation porte la signature de Juin au titre de commandant de la VIIe armée: comment l'expliquez-vous?


 

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Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 10 Oct 2006, 09:31

Ah oui vous avez raison, il y a un souci à ce niveau là. Je reconsulte cet imprimé ce soir pour vérifier si j'ai bien déchiffré la signature. :D


 

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Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 11 Oct 2006, 09:17

Aprés consultation, il s'agit en fait du général Frère qui prit le commandement de la VIIe Armée à partir du 18 mai 1940. ;)


 

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Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Fort  Nouveau message 08 Nov 2006, 22:52

Il est impossible que des avions italiens aient attaqué sur la Loire pour des raisons de rayon d'action et surtout d'identification, puisque ils n'avaient pas de cocarde tricolore à cette époque, plutôt les symboles de l'Italie fasciste. Cette histoire est intéressante parce que mon grand père m'a raconté des faits similaires (il était dans la même zone au même moment) et que cela a fait, depuis, l'objet de plusieurs articles s'interrogeant sur l'origine de ces témoignages semblent-ils nombreux. Ils concluent ou bien sur le fait qu'il s'agissait de tirs amis (de l'aviation française) ou bien sur des rumeurs qui se colportaient entre soldats.

JM


 

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Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de pthellier  Nouveau message 09 Nov 2006, 11:25

"Ah oui vous avez raison, il y a un souci à ce niveau là. Je reconsulte cet imprimé ce soir pour vérifier si j'ai bien déchiffré la signature."

C'est un beau hazard, j'ai le même imprimé chez moi, c'est la citation de mon grand père, qui était également à la VIIème armée, 103e RALA.

J'avais fait des recherches pour reconstituer l'itinéraire de mon grand-père qui a du être similaire à celui de ton grand oncle. Le plus intéressant , que j'ai pu trouvé, est contenu dans le livre "le général Frêre" par le général Weygand.

Il faut noter la spectaculaire retraite de 400 kms de l'Oise aux bords de la Loire, qui a permis de sauver une partie de la VIIème armée, et qui a évité à quelque uns le camp de prisonnier en Allemagne.

Le général Frêre a été discrédité par la suite, car c'est lui qui présidait le tribunal qui a condamné à mort De Gaulle. C'est sans doute pour cette raison, qu'il est tombé dans l'oubli.

A+


 

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Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de panzer5  Nouveau message 10 Nov 2006, 15:21

Les détails que vous me donnez sont forts intéressants. La prochaine fois que je vois Henri, je lui en parlerai pour avoir son avis!
Merci à vous. ;)


 

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Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de warbird  Nouveau message 10 Nov 2006, 16:42

Le général Frêre a été discrédité par la suite, car c'est lui qui présidait le tribunal qui a condamné à mort De Gaulle. C'est sans doute pour cette raison, qu'il est tombé dans l'oubli.
certe il fut le président du tribunal mais il fut aussi le fondateur de l'organisation de la resistance armée en décembre 1942 dont il prit le commandement jusqu'a son arrestation par la gestapo en juin 43, il sera ensuite deporté au struthof ou il mourra le 13 juin 44


 

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