Post Numéro: 26
de pierma
29 Sep 2018, 09:38
thucydide a écrit:Sur ce point de vue M. Ferro historien et témoin de l'époque traduit, cela par l'expression "vichy avant vichy"
je suis en train de relire "l'étrange défaite" de Marc Bloch et il fait le même constat.
Concernant Pétain, il a aussi publié clandestinement un texte rappelant l'ouvrage du général Chauvineau "Une invasion est-elle encore possible ?" lourd pensum niant l'utilité des chars - entre autres exploits - et préfacé avec force compliments par Pétain.
(On a peine à le croire, mais cet ouvrage ridicule était encore facile à trouver en librairie en 42, en zone libre.)
J'ai déjà eu l'occasion de feuilleter ce chef d'oeuvre chez un bouquiniste, c'est un festival !
Marc Bloch souligne un aspect passé inaperçu : Chauvineau affirme que la puissance de feu des "fronts continus" rend inviolable le territoire de toute nation industrielle. De là il glisse vers l'idée qu'il est illusoire de soutenir des alliés lointains (Pologne, Tchécoslovaquie...) et que l'alliance avec les USA serait une protection illusoire. (il anticipait le Mur de l'Atlantique, dans l'idée)
Tous ces beaux raisonnements aboutissent doucement à l'idée que la puissance allemande est intangible (le sous-entendu est évident : pourquoi donc se battre ?) discours dans lequel on glisse au passage un mot sur "le risque intérieur" (le communisme, on l'aura compris, qui apparaît ainsi comme la seule menace réelle.)
Et donc Marc Bloch note que Pétain, dans sa préface, non seulement loue la capacité visionnaire de Chauvineau sur le plan militaire mais également
sur le plan politique. (C'était pour Pétain, de façon très voilée, laisser transparaître l'idée de s'entendre avec l'Allemagne. Entre soldats et dans l'honneur, bien entendu...)