Fatalitas ! Leit motif utilisé par Chéribibi héros d'une fameuse bande dessinée.
Joseph Soisnard n'évoque pas comme une fatalité l'exode auquel il avait été contraint avec sa famille au sein du Bocage normand . Lieu où s'est déroulé la terrible bataille des Haies où chaque mètre carré de terrain, à gagner ou à conserver coûtait fort cher en vies humaines.
Bien au contraire Joseph a su faire face aux difficultés qui contrariaient sa sécurité et celle de sa famille.
A travers son récit il décrit, en fait, l'enfer vécu par toute une population Bas normande.
Journal de Joseph soinard Cultivateur à Saint Denis de Méré près de Condé sur Noireau.
Nous sommes le soir du 6 juin 1944. Je suis allé aider ma femme Louise à traire dans le pré de la Mare. Tandis que nous sommes accroupis sous nos vaches une sorte de bourdonnement nous arrive aux oreilles. Il grandit et devient un roulement formidable. Des vaguent d'avions se succèdent. Je dis à Louise « Regarde comme c'est beau, ça brille dans le soleil couchant »
J'ai à peine fini ma phrase qu'une partie des avions se mettent à descendre, à lâcher leurs bombes sur le tunnel de Clécy et Condé sur Noireau.
C'est depuis cette date là que nous avons pris l'habitude de dormir dans la tranchée. Mais celle que nous avons creusée dans le jardin, les Allemands nous l'on prise. Nous en avons donc fait une deuxième dans le parc, à l'abri des grands arbres. Mais au bout de quelques jour comme ça semblait un peu plus calme, on a pensé qu'on pouvait coucher dans la grange. Deux religieuses du bourg sont venues nous retrouver. L'une d'elles sœur Bernadette ronfle aussi fort que moi.
Mais dans la nuit du 14 juillet, une bombe soufflante tombe dans le champ voisin et la toiture de la grange s'effondre sur nous( Les gens du bourg vont croire qu'on est écrasés dessous) En vitesse tout le monde file de nouveau vers la tranchée. Pas de chance cette seconde tranchée nous sera également prise par les Allemands. Nous en creusons une troisième dans un plant de pommiers.
Nous voilà fin juillet, il fait beau et je décide de faucher l'herbe. Ce n'est pas sans risques. Quand les convois allemands se font mitrailler, ceux qui se trouvent auprès, ramassent des éclaboussures. Mais les Allemands donnent l'ordre d'évacuer la maison. On attelle des chevaux, la Grand'voiture et la carriole. Mais où aller ? On a un pré à deux kilomètres du bourg, entouré de bois, on pense qu'on y sera tranquilles.
Là, au bord du ruisseau on aura notre quatrième tranchée . Elle ne nous servira guère. Dans l'après midi on nous oblige à évacuer de nouveau.
Ils font la foire à nuit entière.
On se retrouve à Berjou. Ce n'est pas de tout repos, là non plus. Il y a beaucoup d'Allemands, beaucoup trop à notre goût. Ils font la foire à nuit entière. J'aimerais mieux ne pas être aussi près d'eux. Alors on décide de faire une tranchée. C'est la cinquième.
Quelques jours plus tard nouvel ordre d'évacuation. On décide d'aller chez des cousins à 35 kms de l'autre coté de Putanges. Il était temps d'arriver chez eux. Là, il y a beaucoup de monde, peut être 50 à la ferme et une centaine au moulin à coté. Les cousins insistent pour nous donner un lit mais personne ne veut y coucher car les mitraillages ne sont pas rassurants. On préfère de nouveau la tranchée, la sixième. Le cousin voulait, lui, coucher dans son lit, mais plusieurs obus qui tombent sur la maison le font changer d'avis.
Au mois d’août, le 17 , les canadiens et les Anglais délivrent les Soisnard. C'est le retour vers le village avec inquiétude de ce qu'on va retrouver.
« Mon garçon ne veut plus coucher dans un lit »
Avant d'arriver on nous dit que tout le bas du bourg a brûlé et que les ruines de notre maison fument encore. En entendant cela c'est comme ci j'avais reçu un coup de masse. Nous montons pourtant jusqu'à la maison ou plutôt à ce qu'il en reste. Il n'y a plus que quelques pans de murs et des tas de ruines. Par chance, on avait enterré dans la tranchée au fond du jardin, un peu de linge et vaisselle. On avait mis une tôle dessus puis un mètre de terre et on y avait planté des poireaux qui étaient bien repris.
Jean, le plus jeune des enfants, qui a à peine 9 ans a toujours couché depuis le 6 juin dans une tranchée et il ne veut plus dormir dans une maison. Il faut que le grand frère Henri le résonne et s'allonge à coté de lui pour qu'il arrive à accepter d'être sous un toit
Source Ouest France – 2014 ( 70 ans après )

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