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Prisonnier de guerre en Autriche

Retrouvez ici toutes les histoires vécues et les récits de guerre. Déposez ici les témoignages en votre possession sur la vie pendant le conflit. C'est un pan important du devoir de mémoire cher à notre forum.
MODÉRATEUR: Prosper

Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 28 Sep 2012, 19:42

Un prisonnier de guerre français en Autriche. 1940–1945

Deux millions de soldats français sont pris au piège durant l’été 1940. Quelques-uns en réchappent, passent entre les mailles de cet immense filet tendu par l’ennemi qui d’ailleurs très surpris, ne s’était pas préparé à cette situation . Ils se payent leur liberté comptant, n’accordant aucun crédit aux promesses bouteillons qui annoncent bien haut une prochaine libération avec retour dans les foyers après la démobilisation.
Voir : viewtopic.php?f=122&t=31042&start=0

Ceux qui, et c’est l’immense majorité, se sont laissés prendre parce qu’ils ont cru aux promesses, parce que l’opportunité de fuir ne s’est pas présentée à eux, ou qui ont fui et ont été repris, tous ces hommes ont eu des fortunes différentes au cours de leur très longue captivité, loin de leur famille et de leur Patrie.

Arrivés au terme de leur voyage de prisonniers, certains sont demeurés dans des camps d’internement et y vécurent comme dans une prison, entourés de barbelés, noyés dans une implacable monotonie. Chaque jour qui passe ressemble au jour précédant. Les événements de la vie de tous les jours se limitent essentiellement, au jeu de cartes, à l’attente de la soupe, à l’exécution des corvées. Tel était le quotidien des officiers pour qui la convention de Genève interdisait le travail forcé.

Pour d’autres, les sous officiers et hommes du rang, s’ils sont aussi parqués dans un camp, ils peuvent travailler à l’extérieur, en Arbeitskommando, regagnant chaque soir leur stalag.

Pour ces derniers, là encore, les fortunes se distinguent entre elles.

Les prisonniers pouvaient être utilisés à l’extérieur, sur des chantiers de terrassement, pour l’entretien des voies ferrées , l’entretien des routes, pour déblayer les décombres des villes détruites par les bombardements alliés, dans les usines d’armement. Pour eux, les conditions de vie pouvaient être améliorées par une nourriture qui leur était consentie, relativement plus abondante et de meilleure qualité par rapport à la soupe du camp. Le travail restant toutefois pénible. Un salaire était versé en Reichmarks ou en marks de stalag . Cet apport supplémentaire d’argent aidait encore plus pour l’amélioration de l’ordinaire.

Le moindre mal s ‘adressait à ceux qui se rendaient au travail à la campagne, dans les fermes, les Bauernkommando. Cette affectation est la plus enviée de toutes.

Tous les prisonniers ont, en général, souffert de la faim et de la très grande médiocrité des repas servis, C’est ce qui ressort de l’avis de la majorité des prisonniers français interrogés à l’époque et c’est aussi ce qui est souligné dans les rapports écrits.

Les prisonniers affectés à la préparation des repas dans les camps et ceux travaillant dans les fermes, font exception, leur condition de vie sur le plan de la nourriture est notablement meilleure.
Ainsi, de l’avis des Bauernkommando, « les repas servis le dimanche au Stalag, jour de repos, ne valaient pas ceux servis à la ferme les jours de la semaine ».


Certains prisonniers, pouvaient aussi demeurer sur le lieu de leur activité de travail dans la ferme , surtout à l’époque où le Grand Reich ( die Grosse Deutsche Reich) vint à manquer de geôliers, tous requis pour le front. Les vieux non mobilisables étaient devenus, par voie de conséquence, des gardiens. La rigueur d’antan s’était transformée le plus souvent par compréhension et bienveillance.

Les prisonniers pouvaient même devenir «des travailleurs libres» ils changeaient alors de statut. Cette possibilité avait été instaurée dès 1943.
C’est ainsi que 221000 de ceux-ci devenant travailleurs libres a eu pour conséquence de libérer 30000 soldats allemands de leur rôle de gardien et permettre alors qu’ils rejoignent le front.
(source Sarah Fishman – Wives of french prisonners on war)

Mais gare à ceux qui avaient des relations « et plus si affinité » avec une de ces dames ou demoiselles de la « grande Allemagne ». Si la gestapo en avait été informée, la peine de mort était prévue pour les contrevenants.

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Pierre DUVAL est né le 15 Janvier 1914 à Carpiquet. (Calvados)

Il s’engage dans l’armée en 1934, il est libéré en 1938. Juste le temps de souffler un peu et c’est la mobilisation en 1939. Il part à la guerre, il est fait prisonnier en1940 à l’âge de 26 ans

Après un long et pénible voyage en train, il est interné avec d’autres prisonniers dans un stalag situé en Autriche , près de Linz, stalag XVII B. Pierre ne précise pas expressément l’identification du camp mais les informations qu’il donne laissent à penser qu’il s’agit de Krems.

Pierre se présente auprès des autorités du camp comme cultivateur, pour pouvoir travailler dans une ferme. Il pense que c’est le bon choix. Peut-être le lui a t-on soufflé dès son arrivée au stalag.

Les Allemands apprécient beaucoup les Français pour leur savoir-faire concernant le travail de la terre. Ils savent que la France est un pays en grande partie agricole, Au delà des frontières le Français a donc honnête réputation pour l’accomplissement de cette tâche.

Pierre est aussitôt affecté dans une ferme. Pendant les années 1940 et 1941, il travaillera dans celle de la famille Metermer, dans le village de Pasching situé à 9 kms de Linz (OberÖsterreich) (Haute Autriche). Chaque soir après le travail il rejoint le camp du Bauernkommado.

Le stalag est en effet éclaté en plusieurs petits camps commandos satellites, pour répondre à l’éloignement, compte tenu de la dispersion géographique des fermes, là où les prisonniers sont appelés à intervenir.

A partir de 1942 il reçoit une nouvelle affectation, autre ferme, celle de la famille Freudhofmaier à Ober-Kreuzstetten. (NiederÖsterreich) (Basse Autriche) au nord de Wien (Vienne). La ferme des Freudhofmaier est voisine de celle de la famille Ullmann Après chaque fin du travail journalier, c’est au camp Kommano qu’il faudra dormir, après l’appel.

Les deux familles autrichiennes vivent encore actuellement à Oberkreuzstetten et leurs propriétés produisent du vin. OberKreuzstetten devrait si situer en limite de la région du Weinviertel.

En effet, tout comme le Périgord en France, l’Autriche est partagée en quatre régions économiques.
Le Weinviertel : région à forte culture de la vigne.
Le Waldviertel : région de forêts.
Le Mostviertel : région de différentes cultures
Industrieviertel : Région de concentration industrielle

En septembre 1944, Pierre devient travailleur libre à la ferme Freudhofmaier . Il ne retourne plus au camp Kommando, Il est logé sur place à la ferme. Le motif de ce changement est celui évoqué plus haut dans le texte, la pénurie de gardiens, tous dirigés vers le front..

On ne reste pas impunément trois années dans une famille sympathique sans que l’indifférence du début se transforme petit à petit en amitié et l’amitié en affection, même s’agissant d’ennemis.

Pierre avait noué une belle amitié avec une des filles de la maison prénommée Frida. Cette amitié s’est ensuite transformée en un sentiment plus fort, qui était partagé. Même s’il ne s’agissait pas d’une ferme intention, Pierre se serait bien vu marié à cette jeune personne et rester vivre en Autriche. En effet, rien de particulier, d’urgent ou d’important ne l’appelait en France.

Les hasards de la guerre en auront jugé autrement.

En 1945 dans leur rapide avancée, les Russes arrivent les premiers à Ober-Kreuzstetten. Si Pierre était resté près de Linz, il aurait été libéré par les américains, ainsi cette éventualité lui aurait-elle permis d’éviter un long et pénible voyage qu’il fut obligé d’entreprendre à travers l’Europe de l’Est.

J’ai appris depuis, d’après ce qui m’a été rapporté par des amis Autrichiens vivant à Hollabrunn, que l’armée Russe a été particulièrement impitoyable à l’encontre des populations civiles de l’Autriche. Jugeaient-ils qu’il y avait là juste retour des choses !!!

Une fois cette partie de l’Autriche occupée, les Russes libèrent les prisonniers de guerre. Ils sont rassemblés suivant leur nationalité et sont embarqués, pour les Français, dans un train en partance pour Odessa en Ukraine. Avec ses camarades , Pierre traverse la Hongrie, la Roumanie, les Carpates. Le voyage dure 11 jours avec interdiction de descendre du train. Enfin arrivé à Odessa, il faudra sept semaines d’attente, dans un ancien sanatorium Russe, pour embarquer sur un bateau Britannique l’Ascanius.

L’Ascanius se dirige vers Port Saïd, y fait escale puis fait ensuite route vers la France. C’est enfin l’arrivée à Marseille, le 7 juillet 1945, après trois semaines de navigation.
Sans doute à court de pellicule, Pierre n’a plus fourni de photographies depuis celles de l’Egypte.
Heureux d’être chez nous s’exclame Pierre !
Le soir même, à 23h30, gare St Charles, il prend le train qui l’emmène à Paris.

Texte relevé dans « Repères méditerrannéens »

Un premier bateau britannique est arrivé à Marseille le 23 mars avec 2 000 libérés venant de Prusse orientale, dont 1 976 Français. Près de 3 000 - prisonniers et déportés - ont suivi le 26 mars et 800 encore le 1er avril. Une noria de navires, battant des pavillons divers (britanniques surtout, mais aussi hollandais), unit désormais Marseille à Odessa où les Soviétiques concentrent les Occidentaux en vue de leur rapatriement. Les bateaux accostent au Cap Janet, où il y a souvent foule pour accueillir les arrivants. Composée de badauds, mais aussi de tous ceux qui attendent un proche, elle se livre fréquemment à de grandes manifestations de joie. Assez régulièrement, ces premières arrivées donnent lieu à des manifestations officielles en présence des autorités civiles et militaires. C'est ici le cas pour l'arrivée de ce paquebot britannique, dont les passagers sont accueillis par un détachement qui leur rend les honneurs et par la musique militaire. Il débarque 1 665 Français, 24 Belges et un Luxembourgeois. Parmi les Français, se trouvent 1 575 soldats et sous-officiers, 27 officiers, et 63 déportés (dont 26 femmes). Ces libérés viennent de Pologne, d'Ukraine, de Prusse orientale. En juin, certains d'entre eux seront dirigés vers l'Italie et embarqueront pour Marseille à partir de Naples. Le gros des retours, via la cité phocéenne, s'effectuera en juin, mais ils se prolongeront jusqu'à la fin de l'été 1945.
http://www.ina.fr/fresques/reperes-medi ... eille.html

1 - Eté 1936 en permission à Glos.jpg
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2 - Pierre Duval Caserne des tourelles 1937.jpg
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'Infanterie Coloniale En manoeuvre dito.jpg
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4 -Caserne des Tourelles Début 1937 Paris, Porte des Lilas 2.jpg
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'Ile Adam.jpg
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7 -  Pasching.jpg
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Re: Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 28 Sep 2012, 23:15

Suite de la série photos

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20 - 1943  Famille ULLMANN R.jpg
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La famille Ullmann est voisine des Freudhofmaier. Pierre, devant couché,une bouteille à la main ne semble pas trop souffrir, tandis que ces dames présentent de bien appétissants gateaux


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Un vrai touriste avec veston portant pochette.

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23 - 1945 juin 1945 sanatorium à Odessa.jpg (105.16 Kio) Vu 1560 fois

'Ascanius, bateau anglais qui nous ramene.jpg
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27 - 1945 Port Saïd.jpg
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Re: Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de alsa.se  Nouveau message 29 Sep 2012, 00:29

Bravo Albert.
Très beau témoignage. Emouvant, car il rappelle strictement le même le parcours effectué par le grand-père de mon épouse.
Après la déroute de l'armée française en 1940, la captivité en Autriche, près de Vienne, dans une ferme, durant de longues années...

::victoire:: Eric
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Re: Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de Prosper Vandenbroucke  Nouveau message 29 Sep 2012, 10:22

Merci pour ce témoignage Albert.
Je n'ai pas osé intervenir avant, de peur de couper la fluidité de ton récit.
Amicalement et bon week end
Prosper ;)
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Re: Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 29 Sep 2012, 22:54

32 - Daniel Duval R.jpg
32 - Daniel Duval R.jpg (9.84 Kio) Vu 1500 fois

Daniel, le fils de Pierre en 2005 à l'âge de 55ans

35.jpg
35.jpg (14.84 Kio) Vu 1500 fois


Pierre n'a pas encore 30 ans. Notez la grande ressemblance entre le père et le fils.

Daniel n'a pas hésité à fournir les informations concernant son père, s'agissant du prisonnier de guerre qu'il fut, ainsi que les photos de cette période. Il a permis aussi que ces infos et photos paraissent sur ce Forum, sans anonymat parce qu'il est persuadé comme beaucoup d'entre nous, (pardon tous) qu'il faut assurer le devoir de mémoire. Je l'en remercie......et je le lui dis ci-dessous devant tous :mrgreen:

34 - Issigeac en 2005 R.JPG
34 - Issigeac en 2005 R.JPG (32.22 Kio) Vu 1500 fois
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Re: Prisonnier de guerre en Autriche

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 30 Sep 2012, 19:13

Un témoignage que j'ai recueilli sur le net, qui évoque une rencontre avec des prisonniers de guerre français, travailleurs libres.
Souvenirs de guerre d'un jeune Français.
http://www.duhamel.bz/souvenir/1945.htm


Le 8, alors que les chars étalés sur le terrain s'approchent de la ville, la colonne des véhicules qui suivent à environ 2 kms derrière et dans laquelle je me trouve avec mes deux camions et le half-track du groupe de dépannage, est sérieusement prise à partie par l'artillerie allemande. Chaque équipage cherche, comme il le peut, à se mettre à l'abri avec son véhicule et à utiliser au mieux les fossés bordant la route! . Autour de moi il y a cinq blessés parmi l'équipage du half-track et mon camion, criblé d'éclats, est inutilisable. Personne, parmi mes équipages, n'a été touché. La “baraka” continue à être avec nous. Ayant reçu l'ordre de rester sur place en attendant que l'on vienne me récupérer nous entrons dans une ferme toute proche, absolument intacte et assez opulente, où nous trouvons deux “prisonniers” français l'un René, originaire de Bordeaux, l'autre, Léon de Limoges, tous deux dans la force de l'âge (un peu plus de 30 ans.) Ils vivent là depuis près de 5 ans, envoyés par le camp de prisonniers ( le stalag ) auquel ils appartiennent pour aider aux travaux des champs. Seul Léon travaille dans cette ferme, René, lui, appartient à une ferme voisine. Tous deux sont en pleine forme! Et nous avons tôt fait de lier connaissance.
Dans la ferme où travaille Léon il y a trois femmes : la mère, une femme très accorte qui doit avoir à peine 40 ans, et ses deux filles qui ne doivent pas encore avoir 20 ans. Elles n'ont pas l'air trop craintives et parlent quelques mots de français, Léon leur ayant sans doute servi de professeur. Ce dernier est le seul homme de la ferme, le mari de la fermière a été tué en Russie en 1942 et le fils, qui combattait aussi sur le front de l'est, est depuis quelques mois, porté disparu.
A son comportement, je ne suis pas long à comprendre que, depuis longtemps sans doute, Léon ne couche plus dans le petit local prévu dans chaque ferme employant des prisonniers, où il devrait normalement passer ses nuits enfermé à double tour. Il est, en fait, devenu à présent, et dans tous les sens du terme, le “patron” de la ferme et ne semble pas du tout décidé à rentrer en France, au contraire. Je me souviendrai toujours de l'avoir entendu dire : “Je n'ai aucune attache en France où, avant la guerre j'ai toujours travaillé comme valet de ferme. Qu’est-ce que j'irais bien f .. e à Limoges. Je suis très bien ici!.” Tous ces gens ne semblaient pas avoir beaucoup souffert physiquement de la guerre et je me souviens que les femmes nous ont fait manger de délicieuses tartes recouvertes d'une épaisse couche de crème de lait qui n'avait rien d'un “ersatz” car nous avons pu voir plusieurs vaches dans l'étable.
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