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Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Retrouvez ici toutes les histoires vécues et les récits de guerre. Déposez ici les témoignages en votre possession sur la vie pendant le conflit. C'est un pan important du devoir de mémoire cher à notre forum.
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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 21  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 17 Aoû 2012, 02:48

carcajou a écrit:Le temps d'une enquete afin de démembrer les gangs de motards du Québec ( Hells Angels, Rock Machine), qui étaient en guerre fin 90 début 2000, pour le controle du territoire et de la drogue. Il y a eu pas loin de 200 morts... L'unité Carcajou regroupait la Police de Montréal, la Sureté du Québec et la Gendarmerie Royale du Canada.


Merci pour ces précisions carcajou! :)

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 22  Nouveau message de carcajou  Nouveau message 17 Aoû 2012, 02:54

Au plaisir de lire la suite !


``Aucun ``fils de p...``n'a jamais gagné une guerre en mourrant pour son pays. On gagne une guerre en faisant ce qu'il faut pour que ``le fils de p...`` d'en face meure pour son pays``. ( No son of a bitch ever won a war by dying for his contry, you win a war by making what it needs so that the son of a bitch in front of you die for his country).- G.Patton.

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 23  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 17 Aoû 2012, 07:32

Pendant que vous dormez encore en France et en Belgique, je continue avec mes "Mémoires..." ;)


Récupération et Parasites

- C'est à cette époque que commença la "récupération" des métaux non ferreux. Les jours de "récupé" tout le monde était contraint de déposer devant sa porte tous les objets de cuivre, bronze, aluminium, etc... Nous avions chez nous une belle batterie de casseroles en cuivre et d'autres récipients et objets de ce précieux métal. Evidemment pour mon père il n'était pas question de donner cela aux Fritzs. Alors il creusa un trou dans la terre bien sèche d'une de nos serres et après avoir enveloppé le tout dans une bâche, cela fut gentiment enterré. Après le départ de l'occupant (3 ans plus tard) nous les avons extraits de leur tombe! -

- Mais une corvée pour les écoliers qui s'effectuait de temps en temps le jeudi, c'était la "cueillette" des doryphores! Ah la-la, ces maudites bestioles! Nous étions chacun muni d'un bocal avec un trou dans le couvercle et peu d'eau à l'intérieur et nous partions à la chasse de ces coléoptères dans les champs de pommes de terre. Parfois des soldats allemands se joignaient à nous, ce qui nous faisait faire des plaisanteries plutôt lourdes sur les "doryphores" en guerre contre les doryphores! De toutes façons pour eux c'était sûrement plus aggréable et surtout moins dangereux que le front! -

- Les Samedis après-midi, sauf exception, nous nous rendions aux douches municipales. Là une représentante de la Croix Rouge nous donnait à chacun une savonnette et une serviette "nid d'abeille".
La savonnette était de couleur noire, sentait mauvais et brûlait la peau! Selon la dame de la CR la-dite savonnette avait des propriétés antiseptiques et pendant que nous nous douchions elle marchait dans l'allée nous exhortant de la voix: "Allez... allez, frottez... frottez, tuez-moi tous ces parasites!"
Il était encore heureux que nous n'employions ce savon qu'une fois par semaine, car quotidiennement, c'est nous qui aurions été tués! " -

Erromardie

- Nous passions la majeure partie de notre temps à la plage, c'était le meilleur endroit pour fuir la chaleur et les... mouches! Zone interdite ou non, nous nous y rendions le plus souvent possible sous la surveillance de Trini. Nous étions virtuellement les seuls à nous aventurer parmi les soldats allemands toujours nombreux dans ce petit coin de paradis et ces derniers semblaient s'accomoder de notre présence, comme nous (par la force des choses) de la leur. La plage était à moins d'un km de notre maison et pendant le trajet nous essayions de deviner à quel niveau la marée serait et nous chantions en choeur:
"Marée haute, tête haute! Marée basse, tête basse!" -

- Un jour notre visite à la plage faillit tourner à la tragédie. Il faisait très beau, mais l'océan était houleux. Nous nous ébations au bord de l'eau, courant avec excitation devant les vagues qui nous poursuivaient. Soudainement une lame de fond errupta devant nous et nous engloutit, nous entraînant avec elle en se retirant. Les oreilles bourdonnantes, j'eus le sentiment d'être avalé par l'océan. Puis sans savoir comment je pus reprendre pied et me retrouvais sur le sable auprès de Rufino. Je vis Trini saisir Gilbert par une cheville et le retenir avant d'être emporté par le reflux, mais Claude et Mercedes avaient disparu. Claude, déjà bon nageur refit surface à une trentaine de mètres de nous et put rejoindre la rive, mais aucune trace de Mercedes qui avait coulé comme une brique. Ce fut la panique! Trini se mit à hurler, impuissante et ne sachant que faire. A ce moment-là, deux soldats qui se prélassaient au soleil et avaient assisté au drame se précipitèrent dans l'eau à la rescousse de Mercedes. Après un temps interminable et plusieurs plongeons infructueux, l'un d'eux fit surface avec Mercedes inerte dans ses bras. Nous pleurions tous, y compris moi qui pourtant ne portais pas l'Infante dans mon coeur. Mercedes était d'une pâleur cadavérique, l'un des soldats la saisit par les chevilles et la maintint à bout de bras, tête en bas, pendant que l'autre lui donnait des claques dans le dos. Le résultat fut immédiat, Mercedes fut prise de violents hoquets et restitua la "tasse" qu'elle avait ingurgitée et petit à petit reprit ses sens.
Trini, d'habitude très réservée, remercia les deux sauveteurs avec une chaleur toute espagnole. Les deux soldats étaient heureux et visiblement embarassés devant tant d'expressions de gratitude.
Nous oubliâmes vite l'incident, excepté Mercedes qui par la suite se tint toujours à une distance respectueuse des vagues."-

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 24  Nouveau message de euskal herria  Nouveau message 17 Aoû 2012, 13:34

trés interessant vivement la suite!!

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 25  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 19 Aoû 2012, 02:06

Bon sommeil les lointains!

Si l'Occupation était avant tout la présence de la Wehrmacht dans le paysage français, sur le littoral nous avions aussi la Kriegsmarine.
Je me souviens des "matafs" teutons avec leurs uniformes bleu sombre et leurs bâchis à rubans. Comme leurs compères biffins ils étaient chaussés de bottes cloutées avec la sempiternelle bayonnette (courte comme un poignard) au ceinturon.
Fréquemment des navires de guerre allemands (destroyers,dragueurs de mines et parfois sous-marins) jetaient l'ancre dans la baie de St Jean et déversaient alors leur "bordées" de permissionnaires.
Ces derniers envahissaient rapidement les troquets du port et se répandaient dans les rues comme des conquérants aux cris de guerre de: "Cognac! Mam'zelle!"
Si les gens s'accommodaient quelque peu des troupes d'occupation, avec la marine c'était une autre histoire. La dureté des conditions de vie pendant des semaines à bord des bâtiments faisaient que quand ils se trouvaient à terre, c'était l'explosion.
Les accrochages avec nos pêcheurs et aussi les soldats de la Wehrmacht n'étaient pas rares et c'était aux Feldgendarmes qu'il incombait de mettre de l'ordre et eux non plus n'étaient pas des tendres avec leurs matraques. J'ai eu 2 fois l'occasion de voir ce qu'il en coûtait à ceux qui enfreignaient les règles de la "korrection" et ce n'était pas de la tarte aux fraises!

Pour mémoire, nous vécûmes à St-Jean-de-Luz/Erromardie jusqu'à l'été 1943, en suite à Ciboure jusqu'à l'été 1945...
Puis enfin retour à Clo-Mi-Gi.

Luzien




Les Forces allemandes sur le littoral basque de 1940 à 1944.

L’armée allemande s’installe sur le littoral basque dans les derniers jours de juin 1940.Depuis Bordeaux, sa progression a été seulement entravée par des obstructions sur les routes,provoquées par des arbres et pylônes abattus. Les troupes s’installent en premier lieudans les casernes, mais les réquisitions vont rapidement permettre l’installation dans de nombreuxhôtels, châteaux et grandes villas du littoral. C’est ainsi que pendant plus d’un an la villa Campbell située sur l’Avenue de Biarritz, à Anglet, va héberger le général commandant la Division d’infanterie alors en place, la villa Sofia située à quelques dizaines de mèttes étant le siège de son poste de commandement. La ligne de démarcation coupe le Pays Basque endeux, elle suit la D 933 actuelle en passant par Arnéguy, Saint Jean Pied de Port, Saint Palais.
Arme par Arme, le déploiement de la Wehrmacht est le suivant:

1. LA MARINE (“KRIEGSMARINE”)

Elle n’a pas implanté de flotilles de bateaux de guerre sur la Côte Basque. Les ports de Bayonne, dans lequel se trouve un Commandant naval, et celui de Saint-Jean-de-Luz, dans lequel se trouve une Capitainerie de port, ne disposent en permanence que d’une flotille de protection portuaire, composée de petits bâtiments de servitude faiblement armés. Mais desbateaux plus importants, en provenance de ports plus septentrionaux, font souvent relâche dans la baie de Saint-Jean-de-Luz et aux appontements de l’Adour: patrouilleurs basés à Bordeaux, dragueurs de mines basés à Royan et à Pauillac, torpilleurs basés à Brest et à La Pallice, même contre-torpilleurs basés à Royan et dans la Manche. Tous viennent s’abriter et se ravitailler dans les ports basques, qui disposent de réserves de charbon, carburant marine, mines et munitions.
Il faut observer que les réquisitions allemandes vont frapper la flotte de pêche française, notamment la flotte basque.
C’est ainsi que, après militarisation de chalutiers et autres bateaux de pêche, deux flotilles de patrouilleurs seront constituées et basées aux Sables d’Olonne et à La Pallice.
Une tâche essentielle de la Kriegsmarine va être de mettre en place des batteries de canons côtiers, dès 1940, de façon à protéger l’acces des ports basques. Le port de Bayonne est important pour l’économie de guerre du 3ème Reich, étant le lieu du débarquement du minerai de fer en provenance de Bilbao: pour le seul mois de novembre 1941, une centaine de cargos entrent dans l’Adour et débarquent sur les quais 40.000 tonnes de minerai de fer.
A partir de 1942, avec le développement des fortifications littorales du Mur de l’Atlantique, les deux premières batteries de canons côtiers sises au Boucau et au fort de Socoa seront appuyées par trois autres bátteries de Marine: à La Barre (hippodrome), à Bordagain (Ciboure), à Socoa sur la route de corniche menant à Hendaye. En outre, une batterie-école de DCA sera créée à Biarritz-Beaurivage.
Enfin, la Kriegsmarine dispose sur l’Adour, au moulin de Bacheforès, de quelques hydravions monomoteurs Arado 196, qui assurent des patrouilles aériennes dans le voisinage de la frontière espagnole.

2. L’AVIATION (“LUFTWAFFE”)

En Côte Basque, les soldats de la Luftwaffe se trouvent essentiellement sur l’aérodrome de Parme ainsi que dans ses alentours, par exemple le château de Brindos. A Parme est basée la 2ème escadrille du Groupe de chasse “Ouest”, composée de douze monomoteurs Messerschmitt 109.
Outre l’opposition aux incursions des bombardiers et avions d’observation ennemis, le rôle de cette escadrille est de former de jeunes pilotes. Mais leur inexpérience et le fait que ce chasseur est délicat à piloter, particulierement lors du décollage et de l’atterrissage, ont entrainé de très nombreux accidents. C’est ainsi qu’au mois d’août 1943,sept pilotes ont trouvé la mort.
D’autres appareils fréquentent assez souvent l’aérodrome de Parme; notamment, des bimoteurs Junkers 88 et des trimoteurs Junkers 52 équipés d’un système de détection de mines marines.A Parme, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 607ème Groupe d’artillerie anti-aérienne a installé ses canons de DCA, pour protéger les agglomérations des bombardements aériens ennemis et surtout protéger les sites stratégiques représentés par l’aérodrome, les ports avec leurs installations, les ponts, les usines telle que l’usine Bréguet qui travaille en grande partie pour l’économie de guerre du 3ème Reich.
Aucune position littorale du Mur de l’Atlantique en Côte Basque n’est occupée par des soldats de la Luftwaffe; il faut noter cependant, à peu de distance, la présence de la puissante base-radar de Labenne-Océan.

3. L’ARMÉE DE TERRE (“HEER”)

De juillet 1940 à mars 1942, les quatre Divisions d’infanterie qui vont se succéder sur la Côte Basque sont toutes des unités combattantes de bonne valeur. Venues pour récupérer des campagnes de Pologne et de France, leur séjour en Côte Basque se passera en gardes, factions et manoeuvres telles celles liées aux plans d’invasion projetée en Grande-Bretagne, et aux plans de conquête de Gibraltar.
Par la suite, trois autres Divisions d’infanterie vont se succéder sur la Côte Basque, jusqu’à la fin du mois d’aout 1944. Ce sont des Divisions de second ordre, sous-motorisées, mal équipées, avec des effectifs très réduits.
A partir du printemps 1942, l’Armée de Terre est impliquée dans la construction du Mur de l’Atlantique, gigantesque ensemble de blockhaus en béton armé construits sur les côtes depuis le Cap Nord en Norvège, jusqu’à la Bidassoa. Toutes les batteries qui se trouvaient précédemment à l’air libre, donc très exposées aux bombardements aériens et navals, vont être dans la mesure du possible englobées dans des casemates de béton armé.
Aux batteries de la Kriegsmarine déjà évoquées, le Heer apporte le soutien de deux batteries lourdes sur voie ferrée, à Erromardie (Saint-Jean de Luz) et Dorrondéguy (Hendaye), et trois batteries sous casemates au golf de Chiberta, à la Pointe Sainte-Barbe, à la Pointe Sainte-Anne. Les deux batteries lourdes, installées depuis 1941, découlent des projets d’invasion de Gibraltar, elles ont été installées près de la frontière pour protéger les ponts d’Hendaye à Irun des bombardements navals ennemis.
Au plus fort de sa puissance, le Mur de l’Atlantique en Côte Basque compte donc un total de dix batteries ayant des canons d’un calibre d’au moins 75 millimètres, en incluant celle située sur la rive droite de l’Adour: densité énorme pour trente kilomètres de littoral, ne présentant pas un intérêt stratégique majeur. Ces batteries constituent autant de “Stutzpunkt” (points forts) englobés dans une trentaine d’autres positiors de moindre envergure, dénommées “Widerstandnest” (nids de résistance), qui ont pour but soit la simple observation soit la défense rapprochée du littoral par des tirs de canons légers et mitrailleuses dirigés parallélement au rivage. L’observation est un souci majeur pour les défenseurs du littoral, depuis, un sommet de falaise, un phare, un sémaphore, un château d’eau, en s’aidant si nécessaire de projecteurs, de radars “Wurzburg” et de divers instruments d’optique.


L’OPERATION “MYRMIDON”

Pour le mois de mars 1942, le Grand Quartier Général britannique avait programmé deux raids importants sur les côtes d’Aquitaine: l’un sur Saint-Nazaire, codé,”Chariot”, l’autre sur Bayonne/Saint-Jean-de-Luz, codé “Myrmidon”.
Le plan initial de “Myrmidon”, très ambitieux, prévoyait le débarquement de trois Commandos, deux bataillons de Royal Marines, deux escadrons de chars “Valentine”, deux sections d’obusiers de 94 millimètres, vingt-quatre camions: au total, trois mille hommes, qui devaient annihiler toute force ennemie présente entre Adour et Bidassoa. Après attaque et destruction des batteries côtières défendant Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, les soldats anglais devaient s’en prendre aux installations portuaires de l’Adour, à la poudrière de Blanpignon, aux usines Bréguet, à l’aérodrome de Parme, aux forces ennemies se trouvant à Biarritz et Hendaye. Au total, les opérations à terre devaient durer 17 heures. Ce plan fut revu netement à la baisse et, le 25 mars 1942, Winston Churchhill donna son accord au plan “Myrmidon 2”, ainsi défini: Débarquement de mille hommes.à l’embouchure de l’Adour,
envoi par le fond des bateaux se trouvant à l’amarrage sur les quais du fleuve, puis bombardement naval des bateaux allemands se trouvant dans la baie de Saint-Jean-de-Luz.
Les porte-barges de débarquement “Princess Beatrix” et “Queen Emma” quittèrent le port de Falmouth le 2 avril, escortés par les torpilleurs “Calpe” et “Badsworth”, trois autres torpilleurs se trouvant en arrière-garde. Parvenus au large du Boucau, les barges furent mises à l’eau le 5 avril, entre Oh17 et Oh45. Mais en s’approchant du rivage, il fut constaté que la mer était trop forte, le passage de la barre trop dangereux: vraisemblablement, au moins la moitié des barges auraient été perdues si l’opération avait été à son terme.
De ce fait, l’opération de débarquement fut annulée, les barges récupérées par le “Princess Beatrix” et le “Queen Emma”.
Les torpilleurs “Calpe” et “Badsworth” se dirigèrent sur Saint-Jean-de-Luz mais, n’ayant pas aperçu de bateau ennemi dans la baie, tirèrent à 3h40 quelques obus, apparemment assez au hasard. La riposte des batteries côtieres allemandes fut très longue à venir et imprécise, ni les tirs de la batterie de Socoa (route de corniche), ni ceux de la batterie du Boucau ne touchèrent leurs buts.
Les sept bâtiments anglais regagnèrent Falmouth le 7 avril 1942, n’ayant aucune perte humaine à déplorer.


Sallaberry, Francis
David Johnston, 129
33000 Bordeaux

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 26  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 21 Aoû 2012, 22:06

Bonjour!

Un petit extrait de mes "Mémoires..."


- La RAF déversait sans relâche des mines dans l'océan tout le long du littoral pour nuire au trafic maritime allemand, mais cela représentait un danger aussi grand pour les bateaux de pêche et il y eu quelques "accidents" avec ces citrouilles flottantes, ce qui fait que certains pêcheurs commencèrent à se demander "qui était le véritable ennemi?"
Il arrivait parfois qu'une de ces "citrouilles", poussée par la marée montante vienne s'échouer dans les rochers qui bordent la côte. S'ensuivait alors une terrible explosion qui, quand elle se produisait à proximité de chez nous faisait trembler nos vitres.

En plus des dragueurs de mines, il y avait aussi des junkers 52 munis d'un grand cercle sous le fuselage qui permettait de faire exploser les mines magnétiques. Nous les observons souvent voler par paire à basse altitude au-dessus des flots.
Leur ratissage terminé ils reprenaient la direction de Parme et quand ils passaient au-dessus de nos têtes ils semblaient si bas que nous leur lancions des pierres! -

Luzien


Quelques images trouvées sur le Net.


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En 1954, alors que je faisais mon service militaire à la BA 102 de Dijon, j'ai participé à des manoeuvres inter-alliés.
Durant ces manoeuvres j'ai été transporté par un JU-52. Toute une expérience!
8)

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 27  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 22 Aoû 2012, 21:36

Bonjour la compagnie! :)

Je retourne à mes moutons. ;)



- "L'hiver 1941-42 ne fut pas aussi froid que le précédent et la douloureuse expérience des engelures me fut cette fois épargnée.
Avec le printemps et les premières chaleurs les mouches arrivèrent. Notre contrée a toujours été propice aux mouches, mais durant ces années de guerre ce fut diablement pire, les conditions sanitaires s'étant déteriorés considérablement.
Les journées s'écoulaient plutôt de façon monotone et les soirées encore plus. Nous écoutions la radio qui égrainait les succès de l'époque et surtout la BBC et son fameux : "Ici Londres, les français parlent aux français", à travers un brouillage modulé de petite boîte musicale à manivelle.
Une autre distraction en soirée c'était d'écouter les chants qui nous parvenaient du camp allemand. Des chansons de marches ou patriotiques, mais aussi des chants populaires dont Lili Marleen. C'était toujours émouvant d'entendre ces voix.

J'aimais beaucoup la musique militaire allemande, pas aussi enflammante que la notre, mais j'ose le dire, plus virile. J'aimais le son des tambours plats, des bugles et des fifres. Au dernier rang des musiciens il y en avait toujours un, portant une sorte de hampe munie de croisillons sur lesquels il frappait avec une tige munie d'une boule, comme sur un xylophone.
J'ai eu plusieurs occasions de voir des défilés militaires et je puis assurer qu'ennemi ou pas, c'était diantrement excitant!" -

Luzien



Evidemment je ne connaissais pas les titres de ces chants (et encore moins les paroles) à part le fameux et qui ne s'en souvient pas- Heili,Heilo,Heila!
Il y a quelques temps, alors que je musardais sur youtube, je tombe sur un chant de marche allemand dont le titre était "Erika" (Bruyère). La surprise fut de taille pour moi, car ce chant je l'avais oublié et pourtant entendu tant de fois!
Je me souviens d'une journée d'été (ce devait être en 1942), comme nous nous trouvions mes frères et moi sur le chemin conduisant à la plage d'Erromardie, nous fumes dépassés par une compagnie de soldats, tous vêtus seulement d'un short noir, chaussés d'espadrilles et marchant au pas cadencé en chantant à pleine voix ce chant.


http://www.youtube.com/watch?v=fc-DgRO1 ... detailpage

Erika

Auf der Heide blüht ein kleines Blümelein
Und das heißt: Erika
Heiß von hunderttausend kleinen Bienelein
Wird umschwärmt Erika
Denn ihr Herz ist voller Süßigkeit,
Zarter Duft entströmt dem Blumenkleid
Denn ihr Herz ist voller Süßigkeit,
Zarter Duft entströmt dem Blumenkleid
Auf der Heide blüht ein kleines Blümelein
Und das heißt: Erika

In der Heimat wohnt ein kleines Mägdelein
Und das heißt: Erika
Dieses Mädel ist mein treues Schätzelein
Und mein Glück, Erika
Wenn das Heide***** rot-lila blüht,
Singe ich zum Gruß ihr dieses Lied.
Auf der Heide blüht ein kleines Blümelein
Und das heißt: Erika

In mein'm Kämmerlein blüht auch ein Blümelein
Und das heißt: Erika
Schon beim ersten Morgengrau'n sowie beim Dämmerschein
Schaut's mich an, Erika
Und dann ist es mir, als spräch' es laut:
Denkst du auch an deine kleine Braut?
In der Heimat weint um dich ein Mägdelein
Und das heißt: Erika

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 28  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 23 Aoû 2012, 17:39

Eté 1942


- "Un nouveau problème se présenta s'ajoutant à ceux déjà nombreux, mais cette fois il s'agissait d'Amelia. Deux gendarmes vinrent la voir à la maison et l'intérrogèrent longuement. Quelques jours plus tard elle fut convoquée au commissariat de police, aussi papa décida de l'accompagner. A leur retour nous vîmes bien à la mine sombre de notre père qu'il se faisait du souçi à son sujet, nous sentions bien que "quelque chose ne tournait pas rond".
Après s'être enfuie d'Espagne, Amélia avait été acceptée en France, bénéficiant d'un statut de réfugiée politique, mais avec le nouveau régime en place sa situation devenait soudainement précaire.

Le dimanche suivant il fut décidé que nous irions tous pour un pic-nic à la plage, mais au dernier moment papa décida de demeurer à la maison avec Amelia et demanda à Trini de veiller sur nous. Comme nous allions nous mettre en route Amelia nous serra chacun dans ses bras et nous embrassa avec une émotion qu'elle avait du mal à cacher et je vis des larmes dans ses yeux. Je ne comprenais pas pourquoi elle semblait si triste, nous étions tous d'humeur joyeuse et de toute façon nous serions de retour dans quelques heures!.
C'est à notre retour de la plage que nous découvrîmes la terrible vérité: Amelia était partie.
Ce fut un grand choc pour nous, nous ne pouvions le croire, c'était une blague et elle allait revenir! Mais non, ce n'était pas une blague. Papa nous expliqua qu'Amelia était en danger de se faire arrêter et d'être probablement renvoyer en Espagne où elle serait probablement jetée en prison... ou pire! L'ami de notre père, Gaston était venu la chercher pendant notre absence et l'avait conduite dans un lieu sûr, mais il ne nous dit jamais où. Trini était au courant et le pic-nic à la plage n'était qu'un pretexte pour nous éloigner. Je ne pouvais m'empêcher d'en vouloir à mon père, j'étais persuadé qu'elle aurait put demeurer avec nous, nous aurions pu la cacher dans les dépendances ou le grenier!
Quelques jours plus tard Gaston vint prendre Mercedes et Rufino qui partirent rejoindre leur mère. Trini demeura encore quelques jours avec nous, puis à son tour nous quitta. Brusquement il se fit un grand vide dans notre maison.
Notre père engagea une bonne pour s'occuper de nous, elle s'appelait Françoise, elle était jeune et assez jolie.


Nous ne revîmes plus Amelia. Durant l'été de 1945, alors que nous étions de retour à "Clo-Mi-Gi" après notre séjour à Ciboure, nous eûmes la visite de Trini qui était alors mariée et vivait à Bordeaux. Mercedes et Rufino vivaient aussi avec elle. Et Amelia?
Nous savions alors que ce triste jour de 1942, Gaston était venu chercher Amelia pour la conduire au Sanatorium de Cambo où elle fut employée sous un faux nom comme femme de chambre.
C'était ça le "lieu sûr". Quand à ses enfants, ils avaient été plaçés dans une ferme des environs de St.Palais.
Maintenant nous apprenions de la bouche de Trini qu'Amelia était morte. Elle mourut en 1944, peu de temps avant le Débarquement et n'aura pas eu la joie de voir la fin de l'Occupation par ces "hijo de puta de fascistas" comme elle se plaisait à dire.
Selon Trini elle n'était pas malade, elle était surtout minée par le dur labeur et les misères qu'elle avait endurées toute sa vie. La séparation de ses enfants et de nous autres avait été très dure pour elle et selon Trini, elle était morte de chagrin.
Apprendre sa mort nous plongea dans une grande tristesse. Amélia ne vécu que 3 années avec nous, mais ce petit bout de femme nous laissa un souvenir impérissable.Nous ne l'oublierons jamais." -

Luzien

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 29  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 23 Aoû 2012, 19:05

Juin 1942

- "Nous étions à la mi-juin, dans un mois ce serait les grandes vacances et alors à nous la plage!
En attendant nous allions toujours à l'école. Nous partions le matin à pied en compagnie des filles de la ferme Emilenia, elles étaient environ de notre âge et se prénommaient Anna, Bernadette et Martha. Leur école était située juste à côté de la notre, nous nous retrouvions à la sortie et faisions le chemin inverse. Martha qui était seulement une année plus vieille que moi était blonde et rieuse. Je marchais toujours à ses côtés et j'avais le béguin. Hé, j'avais presque 9½ ans!

L'école laïque que nous fréquentions avant l'Occupation ayant été fermée nous avions été casés dans cette école libre où nous passions la majorité de notre temps à prier et chanter des cantiques.
Je n'aimais pas cette école et m'y rendre était toujours une corvée dont je me serais volontiers passé si je n'avais eu le plaisir de faire le chemin en compagnie de Martha.

Mais quelque chose d'inattendu allait se produire.

Une matinée, nous étions à peine de retour en classe après la récréation, quand soudain nous entendîmes des hurlements et le bruit des bottes de soldats envahissant la cour au pas de gymnastique! Les soldats étaient vêtus de leurs treillis blancs de camp et ils s'alignèrent devant le préau l'arme au pied. La porte vitrée de notre classe qui était située la première à droite de l'entée principale s'ouvrit violemment, un officier entra et s'adressant à notre maîtresse, dans un français assez correct mais d'un ton péremptoire, lui demanda à voir le directeur. Complétement affolée notre maîtresse quitta la classe et courru vers le bureau du Principal à l'autre extrémité de la cour. Nous demeurions rivés à nos bancs, tendus et silencieux, pendant que l'officier visiblement impatient marchait de long en large en tapotant sa botte avec une baguette d'osier.
Le Principal, un abbé, apparut suivi de notre maîtresse et l'officier quitta la classe pour se porter à leur rencontre. Aussitôt nous quittâmes nos bancs en nous agglutinant aux fenêtres pour voir ce qui se passait. Une discussion s'engagea entre le Principal et l'officier, l'abbé faisait des gestes de refus tandis que l'officier parlait en agitant sa baguette. Finalement tout fut vite terminé, de retour dans notre classe notre maîtresse nous informa que l'école était réquisitionnée et que nous devions quitter les lieux. Nous prenons alors nos affaires personnelles pour nous assembler ensuite dans la cour avec les autres enfants qui eux aussi étaient chassés de leurs classes. Le Principal nous exprima ses regrets d'une voix qui tremblait. Et puis ce fut fini.

La dernière chose que je vis en franchissant le porche c'est le Principal assit sur une marche d'une classe et il me sembla qu'il pleurait. J'aurais dû me réjouir moi qui détestais tant aller à l'école, mais au contraire j'épprouvais un grand malaise.

Pendant tout le reste de l'été un homme appartenant au personnel de l'école vint une fois par semaine nous apporter à domicile des "devoirs de vacances". Il faisait sa "tournée" à vélo, il avait aussi les élèves d'Ametzague, d'Urtaburru et d'Acotz à visiter, ce qui représentait un joli circuit. Il ramassait les vieilles copies à corriger et les remplaçait par de nouveaux devoirs. Nous baclions nos devoirs en vitesse à fin de retourner à d'autres occupations que nous jugions plus importantes, comme le ramassage du bois (cela faisait belle lurette que nous avions vu un boulet de charbon), l'herbe pour les lapins ou nous promener dans la nature.

Quand à notre école, les salles de classe servirent d'entrepôt pour du matériel destiné à la Wehrmacht.
Pendant un temps le préau eut même des chevaux comme pensionnaires!" -

Luzien

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Re: Souvenirs d'un enfant pendant l'Occupation

Nouveau message Post Numéro: 30  Nouveau message de Luzien  Nouveau message 23 Aoû 2012, 22:32

Eté 1942 (Suite)

- "La vie suivait son cours, le ravitaillement étant la source des préoccupations quotidiennes. Les rations que nous recevions avec nos tickets étaient nettement insuffisantes. Tout se vendait au compte-goutte. Pourtant nous voyons des gens qui eux ne semblaient pas souffrir des restrictions, bien au contraire. On parlait de marché noir", de trafic, de collaboration et de collaborateurs. Le sens du mot collaborateur m'échappait un peu, mais je comprenais que cela s'appliquait à ceux qui travaillaient avec ou pour l'occupant. La ration de pain que nous percevions tous les 2 ou 3 jours fut réduite et le partage se faisait aussitôt, plus question de poser le pain sur la table pendant le repas et laisser chacun se servir à sa guise.
Le partage du pain prenait un caractère quasiment religieux et notre père procédait comme on officie et tranchait le pain en utilisant des marques sur la table de bois comme repères. Ensuite c'était selon chacun, mon frère Claude le consommait le matin avec son "cafaulait", moi je le réservais pour les repas, Gilbert lui le dévorait tout de suite sans penser à plus tard.
Cependant notre "brave pain" n'avait plus son apparence de jadis, au cours des mois il avait subi les outrages de l'occupation et des pénuries qui s'en suivirent. Ce n'était plus le pain des beaux jours d'Avant Guerre, sentant bon le fournil, avec une mie blanche et douce, une croûte dorée et croustillante, mais un simulacre de pain, une imitation, un ersatz, avec une mie de plus en plus brunâtre et sèche, une croûte rugueuse et sans attrait. De plus, à cause de cela ou non, les boulangers semblaient avoir perdu la "touche" ou le derniers des respects pour ce qui fut notre "symbole national", il y avait maintenant du laisser-aller dans le pétrin!
Nous y trouvions de tout dans ce pain: des fibres de bois, des bouts de ficelle, des fils, des cheveux, des crottes de souris, des bouts brûlés d'allumettes, des déchets de bougies, des mégots et même un jour une punaise que Claude sortit de sa bouche en jurant.
De nos jours nous protesterions avec véhémence devant le Ministère de la Santé, ce serait l'hallali sur les coupables qui en perdraient la moitiè de leur clientèle.
Mais à l'époque, nous haussions simplement les épaules, débarrassions le pain de toutes ces incongruités et demeurions satisfaits. L'important était que le pain fut là devant nous, le reste n'était que les "inconvénients du temps".
Le "...donnez-nous notre pain quotidien", que nous récitions à l'école avait toujours toute sa signification, il n'y avait donc pas matière à se plaindre.
En guise de pommes de terre nous avions des topinambours qui avaient un goût doucâtre que nous détestions. Le café était un luxe du passé que nous remplaçions par de l'orge grillée à laquelle nous ajoutions ensuite de la chicorée. Plus de sucre non plus et étions heureux quand notre père pouvait se procurer de la saccharine, mais elle était dure à trouver et coûtait horriblement cher. L'huile, le beurre, la margarine étaient aussi choses du passé, en fait de matière grasse la seule chose encore trouvable était le saindoux et une sorte de graisse végétale qui à la rigueur aurait pu servir à cirer nos chaussures si nous en avions eu! En fait, nous étions toujours nu-pieds ou utilisions des "ezpartinas".
Nous produisions quelques légumes mais la sécheresse et l'absence de notre père n'aidaient pas à la récolte, de plus le travail de la terre n'était pas encore de notre ressort.

C'est alors que nos relations avec la ferme "Emilenia" se déteriorèrent quand ils refusèrent de nous vendre du lait. Nous étions pourtant leurs clients et amis depuis notre installation à "Clo-Mi-Gi" en 1938, nous jouions avec leurs enfants, allions à l'école avec eux. De plus notre père leur rendit maints services et maintenant ils nous refusaient notre misérable litre de lait quotidien! Notre père l'accepta avec philosophie, mais nous nous étions fous de rage, surtout que nous voyions des camions allemands y faire leur "plein" de légumes, lait, oeufs, etc... Nous savions qu'ils avaient des "quotas" et étaient obligés de fournir l'Intendance allemande, mais de cela ils profitaient aussi et quand nous vîmes la fille aînée se promener au bras d'un officier allemand, nous n'eûmes plus de doute: c'étaient des collabos. La guerre et l'occupation commençaient à creuser des fossés entre les gens.
Un dimanche matin je vis les filles d'Emilenia passer devant chez nous en se rendant à la l'église, elles ne nous regardèrent pas, même pas Martha! Cela me fit mal au coeur et plus que jamais je fus convaincu qu'ils étaient tous et toutes des collabos!
Heureusement il y avait la ferme Ametzague dont les 2 garçons de notre âge fréquentaient la même école que nous avant l'expulsion et ils acceptèrent de nous vendre du lait et à l'occasion des oeufs.


Vivre à l'écart de la ville avait ses avantages, plus d'espace, plus de liberté et surtout la proximité de la plage où nous passions la plus grande partie de nos temps libre, il y avait bien la présence des soldats allemands mais nous nous en accomodions. Notre gros problème était celui de l'isolement, nous étions éloignés de tout et sans moyens de transport.
Notre père se déplaçait à vélo, il partait le matin vers 7:00, après la levée du couvre-feu et ne rentrait jamais avant 8:00 ou 9:00, avant le couvre-feu. Parfois il ne rentrait pas du tout et cela nous inquietait, mais il nous rassurait ensuite en nous disant qu'il devait travailler tard et préférait alors passer la nuit dans son magasin.
Mais à cette époque les absences de notre père se firent de plus en plus nombreuses et duraient deux, parfois trois jours. A son retour il apportait avec lui quelques provisions, des conserves en général, mais selon les étiquettes il était visible qu'elles ne venaient pas de France mais d'Espagne! Ces provisions nous enchantaient mais étaient aussi une source d'inquiétude car nous n'étions pas sans ignorer les risques que cela représentait." -


La Propagande

La propagande était partout, à la radio, dans les journaux, sur les affiches. Elle nous mettait en garde contre les anglo-américains ou les anglo-saxons, les mauvais français, les terroristes, les communistes, les bolcheviques, les provocateurs et bien sûr les juifs. Nous écoutions Radio-Paris où il y avait entr'autre un nommé Philippe Henriot qui avait une émission quotidienne qui commençait sur le thème musical de "La Cucaracha". Il se lançait toujours dans un tas de diatribes auxquelles nous ne comprenions rien et les juifs étaient le plus souvent ses cibles préférées. Par la suite nous apprîmes une courte chanson sur l'air de La Cucaracha et qui était:
Radio-Paris ment, Radio-Paris ment,
Radio-Paris est allemand.


Ecouter la BBC était "Verboten" et les pires sanctions attendaient les contrevenants. De toute façon avec le brouillage, l'écoute du "Bulletin d'Informations" n'était pas facile, quand aux "messages" codés ils n'avaient d'intérêts que pour ceux à qui ils étaient destinés.
Les Anglais répondaient à la propagande allemande avec la leur, le plus souvent en lançant des tracts. Généralement la nuit un avion survolait la région et déversait sa cargaison de feuillets qui s'éparpillaient au-dessus des villes et campagnes. La lecture de ces tracts étaient bien sûr interdite."

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