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"39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Retrouvez ici toutes les histoires vécues et les récits de guerre. Déposez ici les témoignages en votre possession sur la vie pendant le conflit. C'est un pan important du devoir de mémoire cher à notre forum.
MODÉRATEUR: Prosper

"39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de Jacques A.COLIN  Nouveau message 04 Jan 2012, 19:39

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,

Notre nouveau membre Jacques COLIN, qui était dans les maquis, a un peu de mal a s'y retrouver dans le maquis de ce forum.
C'est donc dans son fil de présentation qu'il a commence a mettre quelques-un de ses souvenirs.
Afin de l'aider un peu, j'ouvre ce fil spécial et l'encourage a y poster ses témoignages.


Bon ! c'est d'accord, puisque vous me faites l'honneur d'ouvrir ce fil à mon intention, c'est ici que je vous raconterai, en toute modestie, "Ma guerre 39-45"...bien que je n'aie pas encore assimilé toutes les subtilités de cette interface...! On verra bien ..je commence:

Petite Préface à ma contribution

Angers, La Picotière, 4 janvier 2012


La Providence m’ayant accordé le privilège d’atteindre un âge avancé en relative bonne santé et jouissant de la possession de mes moyens intellectuels, j’entreprends aujourd’hui ce récit dans lequel je réunirai, dans un ordre chronologique approximatif, les souvenirs et le récit des épisodes heureux ou malheureux, parfois tragiques, de l’existence d’un enfant du peuple pendant la seconde guerre mondiale
Je suis né en 1925 à la lueur d’une unique lampe à pétrole dans une chambre de bonne, et me voilà rendu au siècle de la télévision numérique, du micro processeur et de l’exploration du Cosmos…
J’ai vécu sous trois Républiques, et un régime honni…et vu disparaître une dizaine de « Présidents » vite oubliés…(Sauf un!...)
J’ai abordé le monde avec la fierté infantile du canon de 75 vainqueur de la « Grosse Bertha » pour être ensuite épouvanté par Guernica, Oradour, Auschwitz, Hiroshima, le napalm du Vietnam, les missiles à visée-radar sur Bagdad, et l’anéantissement des tours de New York….
Je suis passé, non sans mal, de la civilisation lente où les fils tenaient de leurs pères et de maîtres respectés, les règles de la vie en société…à celle de la jouissance effrénée et de l’adoration du « veau d’or » au sein de laquelle je me sent de plus en plus étranger…

Technicien de formation, peu doué pour l’écriture, c’est grâce au formidable développement de la micro-informatique que j’ai commencé en 1984 à tapoter de petits textes-mémoires sur un des premiers « Personnal Computer » apparu sur le marché. (DD 64kb)…Depuis 26 ans, j’ai poursuivi cette quête des souvenirs, méditations et chroniques et c’est l’apparition récente de lecteurs de livres électroniques (E.Book) m’a incité à réunir cette compilation …
Je dédie cette collection à mes vingt arrière-petits-enfants en espérant qu’ils puissent un jour lointain après mon inévitable disparition, y puiser les raisons de la joie de vivre et de maîtriser leur propre destin…quelle que soit l’évolution du monde, dans lequel ils vivront…
En espérant que son contenu sera profitable au lecteur indulgent qui acceptera que je me sois affranchi de bien des règles typographiques ou littéraires…

© Jacques Auguste COLIN
Auteur, chroniqueur, essayiste
Vétéran- Croix du Combattant 39/45
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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de Jacques A.COLIN  Nouveau message 05 Jan 2012, 01:34

39-45 - NOTES & MEMOIRES d'un CH'TI

Ce sera, si vous le voulez bien le titre de ma contribution, qui commence avec cet:


AVANT-PROPOS NECESSAIRE



Après l’avènement du Front Populaire, la vie sembla s’améliorer sensiblement pour la classe ouvrière, mais je n’avais pas encore suffisamment mûri pour m’inquiéter des signes avant coureurs des terribles maux qui allaient survenir… : Hitler au pouvoir en 1933, La guerre d’Espagne et ses milliers de réfugiés accueillis dans le Nord, Mussolini en Ethiopie … et la droite française préparant déjà sa revanche sur le socialisme en s’alliant discrètement au Capitalisme anglo-saxon….insatiable.
Je poursuivais sans trop d’application mes études primaires, très soutenu par mes maîtres d’école qui me gratifiaient volontiers d’un QI élevé, bien qu’associé à un esprit indiscipliné et contestataire. En 1937, j’obtins mon certificat d’études primaires avec mention « bien » et poussé par eux, je concourai pour une bourse d’études 1ère série puis en 1938 pour la deuxième série… Mais c’était encore l’époque des quotas restreints, plus ou moins entaché par le « piston » et l’arbitraire, et je n’eus que la modeste satisfaction de recevoir la mention : « admissible, non admis.. ! », ce qui aujourd’hui encore, me plonge dans une sourde colère…
Adieu donc mes rêves d’architecture ou de médecine… j’irai donc moi aussi « à l’usine » comme le disait ma mère, qui réservait l’expression « tu iras à la filature.. » à ceux des enfants qui travaillaient mal à l’école…Cela traduisait le sens qu’elle avait de la hiérarchie ouvrière . Les conditions de travail dans les filatures et tissages qui entouraient notre petite maison étaient encore celles de l’esclavage industriel de la fin du XIX° siècle évoqué .par Hugo et Zola…que je lisais avec avidité…dans la bibliothèque de mon oncle Armand durant mes séjours à Saint-Omer…
En 1938, mon père, ancien mécanicien moteur avion, fut contacté par un recruteur de la société Gnome et Rhône à Paris qui lui faisait une offre de salaire alléchante, moyennant son déménagement sur la Capitale. Très réticent à cette perspective, il se résolut à demander une augmentation au directeur de la Compagnie.Lilloise des Moteurs en comparant son salaire du moment avec l’offre qui lui était faite ; je sais qu’il obtint une très modeste majoration de salaire mais il revint à la maison ravi car le directeur lui avait promis de me prendre en charge, comme futur dessinateur au bureau d’étude de l’usine dès que j’aurais atteint l’âge de quatorze ans…
Dès lors mon sort était celé : je serai moi aussi un métallo, comme ces milliers de travailleurs en bleus qui entraient ou s’échappaient des usines environnantes au son des sirènes…
Le 14 février 1939, j’entrais au travail dans mes bleus bien propres, confectionnés par ma mère…Contrairement à la promesse faite à mon père, je fus affecté comme simple coursier à l’atelier des pompes à injection ; l’usine ne disposait pas de structure d’apprentissage et je n’avais pas la chemise blanche sous une blouse grise qui m’eut fait admettre dans la classe supérieure des « employés »… ! j’appris vite que je devrai conquérir seul mon avenir professionnel… Malgré cela ce fut avec une fierté non dissimulée qu’au début de mars je remis à ma mère la première paye de ma vie qui s’élevait à 76francs 52 que me valait mon salaire horaire (0,83 franc).
En octobre 1938, bien décidé à acquérir le statut d’ "ouvrier qualifié ", je m’étais inscrit aux cours du soir de l’Ecole Nationale des ARTS et Métiers de Lille, pour préparer les C.A.P. de tourneur et de dessinateur industriel. Jusqu’à mon entrée au travail, les horaires d’études furent relativement faciles à supporter, Je parcourais à vélo, plutôt allègrement, la quinzaine de kilomètres aller retour qui séparait notre domicile hellemmois du boulevard Louis XIV où se trouvait le grand amphi de l’ENAM… Mais à partir de mon embauche, ce fut chaque jour un parcours de combattant, qui en une année et demie devait ruiner ma santé . L’apprentissage se faisait alors en dehors des horaires de travail ( le mercredi de 18 à 21 h., samedi a.m. de 14 à 18h et le dimanche matin de 9h à 11h.) Si bien que lorsque la guerre arriva, je me retrouvai atteint d’une primo-infection qui me laissait anéanti et tremblant de fièvre chaque soir de rentrée à la maison…
Aujourd'hui je pense souvent à cette époque quand je vois mes petits-enfants encore écoliers à l'âge adulte et toujours dépendants de leurs parents...
Mais pour rien au monde je n’aurais manqué un de ces cours des Arts et Métiers qui nous étaient donnés par de jeunes ingénieurs de dernière année, très motivés. Grâce sans doute à d’excellentes dispositions, j’acquis rapidement un très bon niveau de connaissances en physique et mathématique, surtout en géométrie plane et dans l’espace… ce qui devait m’être bien utile par la suite de mon existence… !


Prochainement: Chapitre 1: Le TEMPS de l' HORREUR...
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Re:"39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de Jacques A.COLIN  Nouveau message 05 Jan 2012, 19:28

Le TEMPS de l’HORREUR




1:14 ans et la guerre…

En septembre 1939, je vis pour la première fois mon père vénéré pleurer à chaudes larmes. Pour avoir vécu dramatiquement la précédente, il savait combien l’avenir serait dur pour sa famille avec cette nouvelle guerre qui s’ouvrait. Il ne se trompait pas hélas.. !

L’hiver 39-40 fut très froids et neigeux et le retour du travail, le soir, sur mon lourd vélo, était devenu un supplice dont je garde
aujourd’hui encore le souvenir… La montée de la petite rue Jean Jaurès, que je faisais en haletant , le front mouillé de fièvre, avec cette douleur au côté qui ne me lâchait pas, et qui me faisait m’effondrer sur mon lit glacial,…je ne puis l’oublier…

La « drôle de guerre » battait son plein, sans trop nous alarmer puisque « …nous étions les plus forts.. ! », que « la route du fer était coupée… ! » à Narvick et que la Belgique étant neutre… : « ils ne passeront pas… ! » Derrière la ligne Maginot réputée infranchissable mais qui s’arrêtait à la lisière des Ardennes, des milliers de fantassins s’entassaient dans la neige et la boue… Il était conseillé de leur envoyer des passe-montagnes et la distribution de vin chaud faisait la « une de tous les journaux… ! et dans la population on distribuait des masque à gaz, tandis que Maurice Chevalier nous chantait : "on ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried...."

Le point de pleurite et primo-infection que je traînais ne m’empêchait pas de me passionner pour cette confrontation qui pour l’instant avait plutôt le caractère d’un jeu de propagande. Je connaissais le nom de tous les avions des armées en présence, celui des navires de guerre, des lignes Siegfried et Maginot réputées infranchissables…Je n’avais que 15 ans, mais ayant grandi près d’un père, ancien mécano avion de l’escadrille du général Vuillemain, qui vénérait les Fonck, Guynemer et autres héros de 14-18, j’avais décidé d’être moi aussi , un jour, pilote de chasse…..
….......................
Au printemps de 1940, il semblait que la guerre ne dusse jamais nous atteindre et ce fut une grande surprise quand vers le 15 mai se mit à déferler sur la « grande route » venant de Mons, une multitude de citoyens belges fuyant l’envahisseur…Et déjà se joignait à cet exode, bon nombre de familles françaises frontalières entraînées dans la panique…
En nous rendant encore à notre travail nous traversions cette marée humaine sur la rue Pierre LeGrand au niveau de ‘l’ancien octroi de Lille… C’était un spectacle à la fois folklorique, pathétique et navrant… Le flot s’écoulait dans un brouhaha d’exclamations, de cris d’enfants, de grincements de landaus épuisés, de charrettes à bras brinquebalantes…
Ces jours là, je fus inopinément témoin de la première scène de bombardement de ma vie : deux avions venus de l’est à moyenne altitude entamèrent un piqué soudain dans un bruit de sirène effrayant en lâchant au début de la ressource deux grosses bombes qui semblaient reliées entre elles ; ces bombes s’abattirent au loin sur la route et la barrière de Lezennes…sans que j’aie jamais su les dégâts subits. Je venais de découvrir le « stuka » qui devait nous poursuivre au cours de notre bref exode qui suivit…

2: L’Exode et l’occupation
:
C’est le 10 mai 1940 , que les allemands envahissent la Belgique . –
Le 17 mai : Sur la grand route venant de Tournai, qui traverse ma petite ville de la banlieue de Lille, le flot des Belges fuyant les combats ne cesse de grossir, dans un brouhaha indescriptible de cris, de pleurs d’enfants, d’interpellations et d’appels au secours…-

18 mai ; pour la première fois, je vois au loin deux stukas piquer, sirène hurlante, et lâcher leurs bombes du côté de la barrière de Lezennes. La guerre nous rattrape !. ..
Avant de s’enfuir, la direction de l’usine (Peugeot) nous verse un acompte symbolique sur notre « quinzaine » et nous dit de rallier par nos propres moyens la maison mère Peugeot à Sochaux !! pour recevoir le reste et avoir du travail… ! (sic) …

19 mai au matin nous fermons la maison , donnons la liberté aux lapins et poulets , et nous agglutinons au sombre cortège. Nous sortons de Lille, par Haubourdin et le Faubourg de Béthunes. Le cortège s’est amenuisé car beaucoup de belges, épuisés, se sont arrêtés à Lille où beaucoup perdront bientôt la vie... ; il est cependant suffisamment dense pour nous empêcher de monter sur nos vélos lourdement chargés ; et nous suivons le flot en les poussant, à pieds…mon père et moi ayant sur notre porte bagage Robert 8 ans et Thérèse 6 ans ; Mon frère cadet Pierrot et ma mère poussent également leur vélos chargés de bagages…

20 mai – après avoir dormi à même le sol, nous rejoignons le flot humain qui contourne Béthune par des chemins inconnus. Dans ce flot des groupes de soldats perdus, traînent misérablement leur attirail tandis que d’autres s’assoient sur le bas côté pour attendre d’éventuels groupes de leur unité. Dans un virage une camionnette abandonnée pleine de ravitaillement est en cours de pillage par des réfugiés affamés. Mon père les harangue, faisant appel à leur dignité et finalement se saisit d’un kilo de sucre en morceaux qu’il distribue alentour aux enfants épuisés… Oh ! mon cher papa, quel souvenir… !
PAPA1923.JPG
Mon père vénéré en 1923 à Manheim
PAPA1923.JPG (69.34 Kio) Vu 3492 fois

Le temps est au beau fixe et nous voulons atteindre Amiens au plus vite. Nous dormons le soir dans l’étable d’une ferme abandonnée, à quelques lieues de Saint-Paul-sur-Ternoise.-

21mai – Dans la foule le bruit court : des chars allemands on été vus à Hesdin ; Nous traversons un petit village dont quelques maisons sont en flammes tandis qu’un Dornier 17 nous survole à très basse altitude brièvement mitraillé par une arme française... sans effet apparent….
C’est fini pour nous, la route d’Amiens est coupée…nous n’irons jamais à Sochaux ..! Peut-être par l’Angleterre ?? par Calais ou Dunkerque ?

22 mai - : Enfourchant nos lourds vélos, nous avons quitté le convoi désorienté et par une petite route gagné à l’ouest, dans la journée, la route de Saint-Omer où demeurent mes grands parents.
C’est dans les caves de leur grande maison 150 rue de Dunkerque que ce terminera notre bref mais effroyable exode. Dans ces caves sombres et humides, nous sommes huit adultes et quatre enfants sur des paillasses…Nous percevons par le sol le grondement lointain de l’agonie de Dunkerque, puis le 26 l’énorme explosion qui détruit, bien inutilement, le pont de la gare sur le canal Neufossé… !
Les troupes allemandes investissent la ville le 27 mai et commence alors l’incessant défilé des fantassins teutons, dont les bottes ferrées martèlent les pavés au rythme de leur chanson de marche jamais interrompue : Ayi, ayo aya,…(bis)… ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, a aaaaah…
Jusqu’aux premiers jours de juin, nous restons reclus, passant les nuits dans la caves, car nous n’imaginons pas que les armées Française et Anglaise restent sans réagir à cette nouvelle invasion qui rappelle à mes parents celle de 14-18…si meurtrière pour notre famille…
Les vivres et l’argent liquide manquent et mon petit frère et moi nous profitons de notre petite taille pour aller piller le magasin des subsistances militaires que des réfugiés ont éventré avant l’entrée des allemands. Nous en rapportons quelques centaines de boites de sardines et de corned-beaf , du café et de la farine, qui pour un temps nourrirons toute la famille…Un marinier dont la péniche est bloquée près de l’écluse a défoncé quelques tonneaux et vend du vin d’Algérie pour quelques sous, à qui ose s’approcher du canal ;. Pierrot et moi y acquérons quelques brocs de cinq litres…
Le temps de ce mois de juin est magnifique.. les quelques soldats allemands en quartier libre que nous rencontrons au cours de nos escapades nous paraissent plutôt gentils… : « ach, klein fransouze…pass mal off… ! » (pardon pour mon écriture phonétique !)…Mangeurs de pain-caca, ils se sont précipités dans toutes les boulangeries–pâtisseries, les pillant à l’occasion, pour se goinfrer de notre bon pain blanc et autres gâteaux réputés.. !

Mais l’organisation de l’invasion était parfaite et très vite ils font tourner les rotatives … C’est par un journal contraint et soumis et largement distribué que nous apprenons la terrible déroute de nos armées…
Dès lors, pour nos parents durement éprouvés en 14-18, un seul homme peut arrêter le carnage : celui qui en 1916 a vaincu les Allemands à Verdun, Pétain , qui jouit, dans notre région ravagée vingt ans avant, du prestige de « Sauveur de la Patrie »…
Faute de radio, nous ne savons pas qu’à Londres un inconnu du nom de De Gaulle a repris l’épée de la France à genoux…Mais ça viendra… !
……………………………………..
Pour l’heure, l’administration teutonne, par voix d’affiches au ton triomphant ou menaçant, incite tous les réfugiés qui campent dans la ville et les faubourgs alentour à retourner dans leurs lieux de vie habituels. Les chemins de fer sont réquisitionnés et assureront leur transport…sous la protection de la l’armée allemande…
Des lors, pour les pauvres gens, surtout des Belges, qui ont péniblement emporté leurs biens précieux ou indispensables, plus ou moins volumineux, la recherche d’un moyen de transport les précipite dans le magasin de mon grand-père dont la vitrine a conservé son exposition de landaus et voitures d’enfant d’avant la débâcle…
En quelques jours le modeste stock de ce qui roule sur deux ou quatre roues est liquidé à vil prix, tout en procurant à nos quatre familles un ballon d’oxygène sous forme d’argent liquide de toutes nationalités… Pour faire face à cette demande pressante, mon grand père Auguste propose alors de fabriquer des petites remorques légères avec le stock de petites roues de landaus ou petit vélo d’enfant, en pièces détachées…
Dès lors toute la famille s’y mets, Toutes les ferrailles qui traînent dans les recoins de l’atelier sont limées, pliées forgées et ajustées pour devenir longerons, essieux, guidons de chariots rustiques que les femmes peignent avec les vernis colorés pour vélos…Même le grand lit en fer forgé du second étage est ainsi dépecé, déroulé, et soudé et de même pour un vieux lit-cage qui rouillait dans une réserve de l’atelier…
Pour le garçon malingre que je suis alors, le temps merveilleux de ce mois de juin 1940 semble avoir eu un effet bénéfique… Les efforts surhumains de l’exode, suivis de longues périodes de repos forcé et d’exercices périlleux, le soleil, l’air des collines artésiennes ont eu raison de ma primo-infection et quand à la mi-juillet arrive l’obligation de rejoindre Lille, je suis en pleine forme et prêt à affronter mon destin..
Fin juillet, sonne l’heure du retour à la maison… ! Nous montons sur un wagon plateforme découverte d’un long convoi qui nous ramène à vitesse réduite jusqu’à Lille…
Entre Bailleul et Armentières, la voie longe de près la route nationale, et nous pouvons alors prendre conscience du désastre inouï qu’a été cette débâcle des armées française et anglaise se repliant sur Dunkerque…Sur les bas cotés, un incroyable amoncellement de matériel militaire et civil s’entasse en files ininterrompues, détruit, incendié, voire simplement abandonné….

C’est l’âme toute chamboulée que nous arrivons le soir dans notre petite maison, qui n’a pas souffert de l’épisode…..Nous retrouvons « titi » notre poulet fétiche qui picore avec deux congénères dans les tiges de pommes de terre…mais les lapins ont disparu…
Le quartier n’a pas souffert, certains de nos voisins sont restés, comme mes cousins Dupond dont le père, mon parrain Adrien, était mobilisé comme aiguilleur en gare de Lille… Ils nous racontent l’investissement de la ville par les Boches, les combats de Lambersart, et de la Citadelle où s’étaient enfermés plusieurs régiments d’infanterie…dont les débris du 27° R.I. de Dijon.. Dans ce régiment prisonnier, un certain adjudant-chef .Bachelard, qui, six ans plus tard deviendra mon Beau-père…(mais nous n’en sommes pas là…voir fin de récit)
Notre surprise est grande de constater la présence de deux sentinelles en tenue de combat, veillant à l’entrée des Ateliers du Chemin de fer d’Hellemmes…à quelques pas de notre habitation…
C’est alors que nous prenons conscience qu’il se passera beaucoup de temps avant le retour de la Liberté….
exode 20 mai 40.jpg
Traduction picturale d'une image obsédente
exode 20 mai 40.jpg (117.98 Kio) Vu 3492 fois



prochain sous chapitre: Vie sous l'occupation...et les bombardements alliés

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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 4  Nouveau message de JASS  Nouveau message 05 Jan 2012, 20:37

Merci de partager! J'attend patiement la suite!

Petite question d'un ignare sur ce sujet, où l'exode a mené tous ces belges?

Jass
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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 5  Nouveau message de omega.067  Nouveau message 05 Jan 2012, 20:56

JASS a écrit:Merci de partager! J'attend patiement la suite!

Petite question d'un ignare sur ce sujet, où l'exode a mené tous ces belges?

Jass

en ce qui concerne la famille de ma mère, partis de la région de Charleroi, ils ont parcourus à pieds, 80 Km en quelques jours vers l'ouest de la France, puis dépassés par les Allemands, ils se sont résignés à faire demi tour et sont rentrés chez eux


 

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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 6  Nouveau message de Aldebert  Nouveau message 05 Jan 2012, 21:47

Pour ce qui concerne notre entière famille qui arrivait de Wasquehal, nous étions déjà arrivés en Bretagne, douce terre d'accueil.
Merci Jacques, tes récits sont vraiment intéressants et forts bien construits.
Cordialement
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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 7  Nouveau message de Alfred  Nouveau message 06 Jan 2012, 00:08

En ce qui concerne" Alfred" son père suivait les cours d'instruction des officiers de réserve.....Toute leur attention avait été attirée sur la guerre des gaz et ce futur combattant était très sensibilisé car l'un de ses frères avait été touché en 1918. Lors de son instruction militaire dans des tranchées , des résidus permanents avaient provoqués chez lui des hémorragies et causé sa mort....Il n'y avait pas de masques appropriés ou disponibles pour le bébé que j'étais,en conséquence dans les 24 heures suivant la déclaration de guerre,il nous évacua,ma mère et moi chez une tante en Bretagne près de Dinard, rejoignant son unité de mobilisation dans les heures qui suivirent.......

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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 8  Nouveau message de Jacques A.COLIN  Nouveau message 06 Jan 2012, 00:59

JASS a écrit:Merci de partager! J'attend patiement la suite!

Petite question d'un ignare sur ce sujet, où l'exode a mené tous ces belges?

Jass

Dès l'attaque de la Belgique les population frontalières prirent le chemin de l'exode vers le sud ouest et la France...s'étalait sur des centaines de kilomètres poursuivis par les stukas qui nous épouvantaient..
Ceux qui eurent la chance, si j'ose dire, de ne pas être prix par la foncée des chars de Gudérian vers la Somme et la Mer, trouvèrent souvent des trains d'évacuation, et beaucoup se retrouvèrent dans les départements du centre; Creuse, Corrèze, et bien sûr dans le Sud de la France.0... Certains, de mon âge ou un peu plus âgés ont même participé aux combats de la Libération et se sont engagé dans la nouvelle armée renaissante, comme mon ami G.CCh de Liège, que je salue et qui se reconnaîtra...

Je pense que d'autres sources que je ne connais doivent se trouver sur la NET ?
Cordialement
J.A.C
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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 9  Nouveau message de Jacques A.COLIN  Nouveau message 17 Jan 2012, 18:16

39-45 Notes et mémoires d'un CH'TI


Le TEMPS de l’ HORREUR


1 : Fin du commencement et commencement de la faim :

Le retour à Hellemmes courant juillet et la reprise de possession de notre petite maison se passe relativement bien …Le quartier n’a pas souffert, on retrouve les voisins, les jardins sont prêts pour une récolte… et quelques provisions sont encore disponibles dans les petits magasins…Pour l’instant la vie semble reprendre son cours paisible… !
Un corps de garde allemand monte la garde autour des ateliers du chemin de fer, mais les soldats sont courtois avec la population, sur consigne de leur commandement…Nous ne savons pas que la très riche région NORD et Pas de Calais est rattachée administrativement au Quartier Général de la Wermacht à Breuxelles et deviendra vite la « zone rouge »

Pour la majorité de la population ouvrière de la commune de 16000 habitants, le vénéré Pétain (nous ne sommes qu’à 22 ans de la boucherie de 14/18…!) a sauvé, dans la Forêt de Compiègne, ce qui pouvait l’être … pour l’instant, l’appel du Général De Gaulle est peu connu…mais n’anticipons pas… !

A ce moment de l’histoire, il faut bien savoir que la préoccupation principale d’un ménage ouvrier, à l’époque, pauvre par définition, est de trouver du travail pour subsister.. : pas de travail, pas d’argent.. pas de vie possible.. !

Or les usines sont arrêtées (les patrons et cadres ont « évacué » avant la débâcle.. !) et seules de petites unités civiles allemandes (réparations et récupération) se sont installées, proposant un salaire minimum en monnaie d’occupation… : c’est ainsi que fin août 1940, mon père et moi sommes embauchés, lui comme mécanicien moteurs, moi comme son apprenti, dans un garage allemand réquisitionné de la rue d’Arras,….Horreur suprême : nous travaillons pour les Boches !!!...mais il faut bien vivre.. !

C’est cependant sur les piliers de ce grand garage que je découvrirai les premiers appels à la résistance, sous la forme de petits papillons ornés du V à la croix de Lorraine …avant d’être débauché en décembre pour insubordination….( je dormais sous une bâche à l’arrière d’un camion)
………………………………….
A la fin du mois de juillet, commença pour nous un spectacle journalier à la fois fascinant et inquiétant qui devait durer trois bons mois : Celui des escadrilles de Heinkel 111 qui prenait leur vol pour ce qu’on a appelé plus tard, « la Bataille d’Angleterre ».. !

Les « fritz » avaient installé au sud de Lesquin un aérodrome où étaient basées plusieurs escadres de bombardiers et chasseurs d’accompagnement ME109… Les bombardiers décollaient toujours par groupe de trois, parfois quatre, et lourdement chargés de bombes ne prenaient que lentement de l’altitude…par un long vol en ligne droite vers le Nord…
Par un hasard malencontreux, cette ligne droite les faisait passer juste à la verticale de notre maison, parfois au ras des grandes cheminées d’usines qui l’environnaient…
Passé notre quartier, les avions amorçaient une courbe vers la droite pour prendre de l’altitude en de vaste cercles au dessus des plaines du Mélantois, et attendre les vols suivants qui se succédaient par deux ou trois minutes…Quand la meute était réunie à l’altitude prévue, le groupe prenait la route de l’Angleterre, cap N.W….

J’avoue que nous avons souvent tremblé au passage de ces avions à quelque 300 ou 400 mètres, qui faisaient vibrer les vitres de nos fenêtres…et plus encore le soir quand ils revenaient,un à un, au ras des habitations, parfois avec un moteur bafouillant, ou des ailerons et carlingue endommagés…
C’était l’année de mes quinze ans et j’étais passionné par ce spectacle qui durait, durait…je connaissais par cœur la silhouette du Heinkel 111, le son de ses moteurs, la forme arrondie de ses ailerons, sans me rendre compte, hélas, des souffrances infligées à nos amis de Londres…et Coventry…
Bundesarchiv_Bild_146-1978-066-11A,_Flugzeuge_Heinkel_He_111.jpg
Je les revois encore...
Bundesarchiv_Bild_146-1978-066-11A,_Flugzeuge_Heinkel_He_111.jpg (24.8 Kio) Vu 3654 fois

Ce n’était hélas que la fin du commencement…

à suivre : le commencement de la faim
Papy Colin
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Re: "39-46 - NOTES & MEMOIRES d'un Ch'ti, Maquisard et Combattant Volontaire"

Nouveau message Post Numéro: 10  Nouveau message de JASS  Nouveau message 17 Jan 2012, 20:30

Toujours aussi intéressant!
Ça devait être effectivement très impressionnant de voir les Heinkel et Me109 aller et venir!!!
Nous sommes encerclés, l'ennemi est en avant, en arrière et sur nos flancs, l'endroit le plus sûr, c'est l'objectif

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