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L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Dans cette rubrique vous trouverez tout ce qui concerne les grandes unités combattantes de la seconde guerre mondiale, tant du côté allié que de celui des forces de l'axe. Divisions d'infanterie, de paras, de blindés, de la légion, des waffen SS,etc..c'est ici qu'on en parle!
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 31  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 21 Jan 2016, 18:26

Tomcat a écrit:Les pertes reste un élément important si on veut comparer l'utilisation de troupes aéroportées à celle classique dans la mesure ou les objectifs sont atteignables par les 2.


Ok, je comprends ta démarche mais ne faut-il pas comparer en terme d'objectifs ? Les troupes classiques doivent percer le front ennemi pour atteindre leur objectif. Les aéroportés sont "déposés" sur leur objectif au-delà du front. C'est l'introduction de l'envelopement du champ de bataille par le haut. C'est la révolution introduite par les troupes aéroportées en 1940.

Tomcat a écrit:Plus généralement, l'arme aéroportée reste une arme chère:
.../...
tout ça pour dire que leur emploi doit-être justifié et très bien préparé...


Absolument ! C'est la raison pour laquelle je m'écarte de l'emploi des troupes aéroportées en infanterie par défaut, qui plus est dans des actions statiques durant lesquelles l'attrition érode inutilement ces troupes d'élite. Et pourtant, tel sera leur emploi durant la "Champagne Campaigne" dans la vallée du Rhône ou du côté de "Helle road" aux Pays-Bas.

Tomcat a écrit:Concernant la prise à revers des défenses sur les plages: ce n'est pas une obligation c'est juste que quitte à utiliser des paras pour ceinture et bretelle pourquoi pas les utiliser aussi pour cette action, une précaution de plus...
L'aspect surprise aurait pu compenser les défenses dont tu parles, ça me parait réalisable car cela me semble être du même niveau que la prise de la batterie de Merville par les paras...après c'est juste une question que je me suis toujours posée...


Merville (Jumbo me reprendra si je me goure) c'est quasiment une opération suicide où les effectifs sont gonflés tant le commandement craint le taux de pertes.
Qui plus est, comme pour Eben, les paras envoyés sont plutôt des pionniers lourdement équipés en conséquence. Les 82nd, 101st et 6th Airborne Divisions ont une toute autre mission de défense des flancs. Dès lors, les distraire dans des actions offensives à revers des plages (pas une sinécure) c'est courrir 2 lièvres à la fois et donc disperser dangereusement les forces.

Tomcat a écrit:Je ne connais pas bien l'action d'ensemble des Fallschirmjäger dans l'invasion des Pays-Bas en 1940, il faut que je me renseigne, peut-être pourrais tu en parler si tu as des infos ?


Ok, je ferai un petit topo là-dessus lorsque nous aurons fait le tour du sujet normand.

A suivre...
"Rends toi compte ! Ils m'ont donné 18 cartouches pour partir faire la guerre !"
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 32  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 21 Jan 2016, 19:00

Tomcat a écrit:Toute la première partie de l'opération a foirée (perte équipements lourds), 150 hommes seulement sur 600 prévus et bombardement aérien préalable complètement à côté de la cible...malgré tout cela les paras réussirent à s'emparer de la batterie...donc l'attaque des défenses des plages me semble réalisable mais c'est un autre choix qui a été fait qui a bien fonctionné sur les autres plages et qui a foiré à Omaha pour diverses erreurs.


Merville est le mauvais exemple parfait : une poisse inexplicable suivie de courageux paras qui vont forcer leur chance pour finalement découvrir que la batterie de Merville ne peut pas tirer sur la plage "Sword".

@Olivier, fais des recherches sur les combats pour prendre la position Hillman ou la station radar de Douvres-la-Délivrande, les troupes débarquées appuyées par les chars vont suer sang et eau pour s'en emparer. Vraiment pas un job pour les paras que de s'emparer de positions fortifiées (sauf dans les rares cas où cette prise est un préalable à l'attaque principale, comme à Eben Emael par exemple. Et dans ce cas on invente une arme qui épargnera le sang des précieux aéroportés).
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 33  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 21 Jan 2016, 22:37

dynamo a écrit:Une grande réussite aéroportée a été le largage de 10 000 hommes le 15 août 44 dans le ciel de Provence lors de l'opération Dragoon.
les forces "rugby" et "sytka" s’emparèrent des îles du Levant, de Port Cros et de Porquerolles et dans la région du Muy pour appuyer l'avance des troupes de débarquement.


Merci Patrick de rappeler cette opération aéroportée organisée un peu de bric et de broc à partir des éléments Airborne disponibles en Méditerranée (la First Airborne Task Force) :
- 517th Parachute Regimental Combat Team - Objectif : s'emparer de hauteurs et interdire des routes ; préparer la DZ destinée aux planeurs ;
- 596th Parachute Combat Engineer Company - Objectif : destruction de ponts ;
- 509th Combat Team - Objectif : occuper les hauteurs, tenir les routes et apuyer la prise du Muy centre névralgique des communications en avant des plages ;
- 2nd Independant Parachute Brigade - Objectif : occupation du terrain et prise du Muy (de mémoire, ils ne participeront finalement pas à l'attaque) ;
- 551st Parachute Infantry Battalion - Objectif : relève du 517th.

De cet ensemble, seul le 509th a déjà combattu en Afrique du Nord et Italie.

L'opération est planifiée par les officiers d'expérience du 509th et éclairée par les pathfinders du bataillon, les objectifs sont typique d'une opération aéroportée en avant-garde d'un débarquement naval : occuper le terrain, les ponts et les routes afin de retarder voire empêcher les actions des défenseurs et faciliter la progression des troupes débarquées.

Les larguages vont mal se passer, comme en Sicile ou en Normandie les paras vont être éparpillés plus ou moins loin de leurs objectifs.
Ce qui n'empêchera pas les paras de faire preuve d'initiative, d'adaptation et de persévérence pour accomplir leurs missions, certes face à des Allemands plus ou moins passifs.

Un très bon site (LE très bon site?) en français : http://1stabtf.com/index.htm

Une réflexion intéressante tirée de ce site et qui, à mes yeux, exprime toute la supériorité que l'on peut tirer d'une force aéroportée :

"Peu importe ou ils sont tombés, les parachutistes s'organisent en petit groupe et commencent à semer le désarroi à l'arrière des positions allemandes, avec comme résultat que l'ennemi croit que les troupes larguées sont beaucoup plus importantes. Les parachutistes ont un avantage psychologique sur l’ennemi : Ils savent où ils sont. Ils savent et vont faire ce qui doit être fait..."
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 34  Nouveau message de Tomcat  Nouveau message 22 Jan 2016, 11:29

Je viens de terminer de lire la partie consacrée à la Normandie du Connaissance de l'Histoire et j'ai un gros scoop :

Les premiers plans concernant les troupes aéroportées étaient l'attaque des points clés des défenses des plages !!!

En fait c'est le général George Marshall, chef d'état major de l'armée américaine, qui défendit l'idée d'un autre plan, celui d'un largage plus en profondeur pour l'établissement d'un périmètre de défense dans les terres autours des plages, il présenta ce plan à Eisenhower mais celui-ci ne prit pas parti tout de suite entre les 2 plans.
Les discussions durèrent très longtemps entre anglais et américain sur les cibles qui devaient être assignées aux troupes aéroportées, de même la composition de ces troupes fut longtemps discutée, au départ seule une division de paras devaient être larguées, puis au fil des discussions et en réglant le problème du nombre d'avions et de planeurs disponibles, cela monta progressivement aux 3 divisions que l'on connait...

Comme quoi finalement mon idée n'était pas si farfelue :-) et ça répond à ma question si ce scénario avait été sérieusement envisagée ou pas.

Sinon concernant les opérations:
Pas mal d'erreurs au niveau des largages et beaucoup de dispersion des paras, un certain nombre moururent noyés dans les marais, une grande partie du matériel lourd fut perdu dans le crash des planeurs.
Heureusement un des rare canon anti-char rescapé fut récupéré et permis de contrer une petite contre-attaque blindé allemande.
Encore une fois l'action courageuse et sens de l'initiative des paras leur permirent de compenser ce mauvais départ, et cette fois de remplir toutes les objectifs qui leurs avaient été assignées.
Les tués pour les 2 divisions américaines furent de 2499 sur 13000, un nombre important mais largement inférieur aux prévisions pessimistes.

Je rejoins globalement le dernier avis de Daniel sur le bilan de cette opération, à savoir une réussite dans le sens ou tous les objectifs ont été atteints, cela a certainement facilité la progression dans les terres des troupes débarquées et fait gagner du temps, l'opération était nécessaire en tant qu'assurance contre une éventuelle contre-attaque massive (ce qui n'a pas été le cas dans la réalité certainement grâce aux effets de Fortitude et à l'aviation et l'artillerie lourde alliée), après l'action des paras n'a pas été décisive sur le débarquement en lui-même et il aurait réussi avec ou sans mais cela apporta un vrai plus pour la progression qui suivit.

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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 35  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 22 Jan 2016, 13:23

Tomcat a écrit:Je viens de terminer de lire la partie consacrée à la Normandie du Connaissance de l'Histoire et j'ai un gros scoop :
Les premiers plans concernant les troupes aéroportées étaient l'attaque des points clés des défenses des plages !!!


C'est une info en effet :cheers:
Je demandais hier si cette hypothèse avait seulement été évaluée, voilà la réponse. Le Débarquement connut une longue période de gestation durant laquelle les remaniements n'ont pas manqué. Les événements auront confirmé que les aéroportés étaient effectivement plus utiles ailleurs.

Tomcat a écrit:Comme quoi finalement mon idée n'était pas si farfelue :-) et ça répond à ma question si ce scénario avait été sérieusement envisagée ou pas.


Mais non, ton idée n'était pas farfelue! Et la réponse démontre bien que toutes les hypothèses sont évaluées par les états-majors.

Tomcat a écrit:Je rejoins globalement le dernier avis de Daniel sur le bilan de cette opération, à savoir une réussite dans le sens ou tous les objectifs ont été atteints, cela a certainement facilité la progression dans les terres des troupes débarquées et fait gagner du temps, l'opération était nécessaire en tant qu'assurance contre une éventuelle contre-attaque massive (ce qui n'a pas été le cas dans la réalité certainement grâce aux effets de Fortitude et à l'aviation et l'artillerie lourde alliée), après l'action des paras n'a pas été décisive sur le débarquement en lui-même et il aurait réussi avec ou sans mais cela apporta un vrai plus pour la progression qui suivit.


Les aéroportés (car il s'agit bien des parachutistes ET des moyens déposés par planeurs qu'il ne faut pas oublier) ont tenu leur rôle, quelles qu'aient été les circonstances, comme en Provence 2 mois plus tard dans la très brève évocation faite hier soir. S'ils n'ont pas été LA clé du débarquement, ils ont été une des nombreuses clés de cette réussite.

Un peu de cynisme militaire à propos de la contre-attaque massive des Panzer qui n'eut pas lieu en Normandie. Son absence va faciliter les nombreuses missions des aéroportés (et notamment la neutralisation de forces allemandes au moment où les troupes débarquées étaient les plus fragiles), nombreuses missions que permettent leur grande polyvalence et souplesse d'emploi. Mais si la contre-attaque tant redoutée avait eu lieu et même s'ils n'avaient pu l'arrêter par manque de moyens appropriés, leur sacrifice aurait donné le temps aux troupes débarquées de prendre des dispositions. Il est heureux que les Airborne n'aient pas eu à devoir consentir cet ultime sacrifice. Là aussi réside leur rôle.
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 36  Nouveau message de Tomcat  Nouveau message 22 Jan 2016, 15:24

Pour faire plaisir à Gaston ;-)

Un article sur le cauchemar aéroporté de l’armée rouge en 1943:

Source : http://lechoduchampdebataille.blogspot. ... te-de.html

En lisant le dernier ouvrage de l’historien et spécialiste de la seconde guerre mondiale Jean Lopez[1], j’ai été surpris de découvrir un épisode peu connu du front de l’est du dernier conflit mondial, à savoir, l’échec d’une opération aéroportée soviétique de grande ampleur. En effet, si on relate souvent les parachutages allemands de Hollande et de Crête, ceux des Alliés en Italie, en Normandie ou pendant « Market Garden », on estime que l’armée rouge n’a jamais utilisé comme telles ses unités parachutistes.

Pourtant, la tentative de septembre 1943 d’envoyer des forces aéroportées en masse sur le Dniepr démontre la volonté de la Stavka[2] de retrouver sa liberté d’action grâce à ses formations légères aéroportées, à un moment critique de l’offensive de la 40ème armée en Ukraine.

L’échec terrible de cette opération mérite donc une analyse attentive des circonstances, de la planification, des modes d’action utilisés et des enseignements propres à cette bataille et ce, en s’appuyant largement sur les écrits de J.Lopez.

Quel est le potentiel des troupes aéroportées soviétiques avant 1943 ?
Comme on peut le lire dans l’ouvrage du général Guillaume « Pourquoi l’armée rouge a vaincu[3] » les Soviétiques sont les premiers à créer des unités parachutistes, près de 12 ans avant les anglo-saxons, en favorisant, notamment, l’entraînement des réservistes et les clubs amateurs de parachutisme (par exemple la société Osoaviakhim). En 1929, le maréchal Toukhatchevski, un des initiateurs de la pensée opérative en URSS, prend en compte la dimension verticale dans ses exercices. En 1940, l’URSS compte ainsi 6 brigades à 3000 hommes, 11 chars légers (T40 et T38), 4 canons de 76mm et 4 de 50mm ainsi que 17 mortiers. Pourtant, la structure et la subordination de ces unités va évoluer régulièrement dans les premières années de la guerre pour atteindre près de 200 000 hommes en 1943, appuyés par deux régiments aériens et deux régiments de planeurs. Dans les faits, ces forces ne seront pas utilisées comme unités aéroportées stricto sensu mais comme infanterie d’élite (Stalingrad), comme forces spéciales (saisie d’aérodromes, de nœuds ferroviaires, de ponts) avec des effectifs compris entre 20 et 500 hommes avec 2 à 20 appareils maximum.

La seule action aéroportée opérative envisagée, ne l’est qu’en 1942, autour la ville de Viazma, mais elle sera transformée en largages tactiques locaux sur plusieurs jours et différents sites pendant lesquels 7 000 parachutistes seront déployés en petites unités sur les arrières allemands, sans objectifs clairs et avec uniquement une mission de harcèlement en lien avec les partisans.

La situation sur le Dniepr en 1943 :

Du 22 au 23 septembre 1943, les Soviétiques, dans le cadre des opérations lancées pour libérer l’Ukraine, tentent de franchir le Dniepr au niveau de la péninsule de Boukrine. Néanmoins, les Allemands se sont repliés en bon ordre et ont établi de solides points d’appui sur la rive occidentale du fleuve. Aussi, seules les 161ème, 309ème, et 254ème divisions d’infanterie soviétiques ont réussi à franchir avec difficulté au soir du 24 septembre. Les têtes de pont ne font que 5 à 7 km de profondeur et les Soviétiques ne peuvent compter que sur 5000 fantassins sans aucun chars ni canons de plus de 76mm. Pour débloquer la situation, avant une contre-attaque allemande blindée prévisible, l’état-major soviétique avait anticipé ce cas non conforme et avait mis en état d’alerte les 3 brigades aéroportées du major-général Kapitokhine. Son adjoint, le général Zatevahkine avait formé alors un groupe de planification avec le chef de l’aviation à long rayon d’action, le général Golanov et avait mis sur pied un plan pour le 16 septembre. Dans ce dernier, les 10 000 parachutistes prévus devaient s’emparer d’une tête de pont de 40km avant le….24 septembre ! Or à cette date, ils ne sont toujours pas déployés.

Retour sur l’échec de l’opération aéroportée sur Boukrine.

Le général Vatoutine, qui commande le front d’Ukraine concerné par le franchissement à Boukrine, initie l’opération aéroportée à J-2, le 22 septembre, au lieu des J-12 prévus par la planification. Or, dans ce laps de temps, l’armée de l’air est incapable de regrouper sur les terrains d’aviation, le carburant, les 50 PS84 (version soviétique du DC3), les 150 IL-4 et les 45 planeurs nécessaires. Le 23 septembre, seuls 8 avions sont disponibles. Les 10 000 parachutistes, leur logistique, leurs équipements lourds peinent à rejoindre les zones de regroupement (manque de trains, de camions,…). L’opération est donc reportée de 24 heures et le plan est modifié car seules 2 brigades sont opérationnelles. Les commandants de celle-ci reçoivent leurs nouveaux ordres 90 minutes avant le décollage, les chefs de compagnie 15 minutes avant, les chefs de section, quant à eux, brieferont les hommes pendant le vol. Les paras n’ont réalisé aucun « rehearsal », n’ont vu ni cartes, ni maquettes des objectifs, ils n’ont ni mines antichars, ni équipements de pluie, ni pelles, ni rations et peu de munitions. Les reconnaissances photographiques des zones de saut n’ont pas été conduites, rien n’a été anticipé, l’esprit d’initiative est inexistant (discipline rigide et contrôle politique de l’armée rouge), l’embarquement dans les avions est anarchique et les postes radios ne sont même pas « avionnés » avec les état-majors qui en ont besoin. Enfin, les 300 missions d’appui aérien préparées avant le largage sont annulées suite aux mauvaises conditions météorologiques.

Dès lors, les quelques avions qui décollent sont accueillis sur le Dniepr par la DCA[4] de 4 divisions allemandes dont une blindée. Les pilotes paniquent, sont abattus ou larguent à l’aveuglette, parfois à 2000m d’altitude. Au bilan les 4575 parachutistes se retrouvent éparpillés sur une zone tenue par l’ennemi de 30 par 90 km, au lieu de 10 par 14 km. En 24 heures, les Soviétiques perdent 692 tués et 200 prisonniers. Ils n’arrivent pas à récupérer le matériel essentiel comme les mortiers, les fusils antichars ou les moyens de communications (5 émetteurs récepteurs seulement sur les 26 prévus). Après de durs combats sans l’appui feux artillerie ou aérien (pas de moyens de transmissions), les 2 300 survivants se rassemblent lentement aux ordres du lieutenant-colonel Sidorchuk (5ème brigade) et se replient dans la forêt d’Irdyn au sud de Kanev avant de faire la jonction, le 15 novembre seulement, avec les troupes régulières qui finissent pas franchir le fleuve.

Cet échec sonnera l’abandon, par l’URSS, du « choc opératif » aéroporté dans la profondeur imaginé par Toukhatchevski. Il faudra attendre l’utilisation de l’hélicoptère par les Soviétiques pour voir renaître une doctrine d’action « verticale » dans l’armée rouge.

Enseignements et conclusions :

L’échec de cette opération aéroportée démontre la nécessité, pour ce type d’action, d’une planification d’une grande précision. Afin d’obtenir l’effet escompté, au niveau opératif et tactique, d’une action « verticale », il faut disposer d’un renseignement fiable, d’un temps d’entraînement et de préparation suffisant, de moyens de communication adaptés aux missions dans la profondeur. Les objectifs doivent être clairement définis (saisie de points clés, fixation d’unités, destruction, cloisonnement d’un espace de bataille), les moyens suffisants (avions, équipements lourds, logistique) et la concentration doit être recherchée (pour permettre des actions violentes sur l’ennemi). Enfin, la capacité à durer de ces unités parachutistes est intimement liée à l’appui possible des moyens artillerie ou air-sol mais aussi à l’arrivée de troupes venues à leur rencontre. Singulièrement, à Boukrine, aucun de ces principes n’a été respecté et a conduit inévitablement à une défaite, remettant en cause, in fine, certains modes d’action, manœuvres ou acquis doctrinaux.

[1] Le Chaudron de Tcherkassy-Korsun et la bataille pour le Dniepr, Jean Lopez, Editions Economica 2011.
[2] Etat-major général de l’armée rouge à Moscou.
[3] Editions Julliard - 1948.
[4] Défense contre avions.

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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 37  Nouveau message de alain adam  Nouveau message 22 Jan 2016, 21:22

Bonsoir ,
Je ne sais pas si cela va étayer les débats , mais j'ajoute quelques informations concernant l'emploi des parachutistes dans le cadre de l'opération Seelöwe ( qui ne fut jamais menée ) .
Plusieurs groupements devaient flanquer les plages de débarquement ( un peu façon dday ) , pendant qu'un autre groupement devait s'approprier les ponts du canal royal , pour faciliter le développement et l'extension des troupes fraîchement débarquées . Les zones fortifiées ( encore légères a cette époque la ) étaient laissées a des kampfgruppe débarquées mellant unités de pionniers de combat , infanterie et chars submersibles ou flottants , ainsi que quelques éléments d'artillerie . Les parachutistes devaient ensuite se reformer pour éventuellement opérer des opérations , plus tard, a partir de terrains d'aviation britannique .
Bref, l'emploi des parachutistes dans ce plan la , était de construire une défense sur les flanc de la zone de débarquement pour une part, et ouvrir la marche aux troupes débarquées pour une autre part . Cela conforte une vision qui est assez classique dans l'emploi .

Il y a un point que j'ai omis de signaler dans ma définition des conditions d'utilisation de l'arme aéroportée , mais qui était sous entendue : il faut être en situation d'offensive . Par exemple , les allemands ayant perdu la maîtrise du ciel en 43/44 , et restant sur une position défensive ou de recul maitrisé , ne peuvent pas envisager d'actions offensive d'envergure, ce qui mène les troupes parachutistes a être utilisées comme de l'infanterie . A contrario , les opérations commandos parachutées se mènent même si on est sur une position défensive .
Un dernier point que j'aimerai souligner . Pour moi l'assaut du fort d'Eben Emael relève plus de l'action commando ( ayant une réelle portée militaire et stratégique ceci-dit ) que de l'emploi classique des troupes aéroportées . En effet , le groupe d'assaut fut entraîné plusieurs semaines , spécifiquement pour mener cet assaut , et disposait de charges explosives qui ne sont pas en dotation normale , ou tout du moins pas dans cette proportion ( leur entrainement - ou leurs renseignements defectueux - ne les empécha pas de miner de fausses tourelles , au passage ) . Rien que le fait d'envisager d’atterrir sur le fort ( somme toute cela ressemble a une colline sur laquelle quelques elements bétonnés sont visibles ) , au milieu de postes défensifs possibles ( mais les Allemands savaient que les défenses AA n’étaient pas totalement opérationnelles ) , détermine une action de type commando ou chacun des membres est rigoureusement sélectionné du type , pour paraphraser un film , " les meilleurs des meilleurs des meilleurs " :)

Pour faire un parallèle , je dirais que l'opération menée sur Eben-Emael en 1940 , fut dans le même cadre que celle menée par les Rangers débarqués sur la pointe du hoc en 44 : il y avait une menace devant obstruer/gêner la percée/tête de pont , et on y a envoyé des troupes d’élite . Si , pour les Allemands en 40 , cela a facilité le passage dans le secteur de maas/liege , en 44 ce fut un semi-fiasco puisque l'artillerie si redoutée pour le débarquement avait été reculée quelques semaines auparavant , mais l'idée était la même - a mon sens .


Amicalement,
Alain
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 38  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 22 Jan 2016, 22:31

Merci pour ces précisions Alain.

Plus que la Pointe-du-Hoc, l'attaque de la batterie de Merville évoquée plus haut est tout à fait similaire à celle des Allemands sur Eben Emael.
Ces raids sont effectivement de type "commando", d'ailleurs les fonctions vont se superposer après-guerre pour donner des unités "para-commandos".

Pour rappel, en 1944, les 2 armes sont encore parallèles ; les commandos sont amenés par la mer et les parachutistes par les airs mais une fois sur l'objectif, les tactiques d'infanterie légère sont comparables.
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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 39  Nouveau message de Alain Verwicht  Nouveau message 23 Jan 2016, 10:32

Bonjour
Juste deux remarques dans votre discussion que je suis avec intérêt :
D'accord pour dire que l'attaque aéroportée sur Eben-Emael et les ponts sur la Meuse est plutôt une action '' commando ''. Mais n'a t-elle pas influée sur le moral des troupes néerlandaises et belges ? Lorsque des aéroportés sont signalés l'on ne sait jamais combien et où...
Quant à la Crète les Allemands n'avaient pas d'autre choix que de sacrifier leurs Falllschirmjäger et peu après leurs Gebirgsjäger transportés pour la plupart sur des bateaux civils réquisitionnés. Ils n'avaient à l'époque pas de moyens navals d'importance en Méditerranée.


 

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Re: L'arme aéroportée, clé de la victoire ?

Nouveau message Post Numéro: 40  Nouveau message de Dog Red  Nouveau message 23 Jan 2016, 21:46

Alain Verwicht a écrit:D'accord pour dire que l'attaque aéroportée sur Eben-Emael et les ponts sur la Meuse est plutôt une action '' commando ''. Mais n'a t-elle pas influée sur le moral des troupes néerlandaises et belges ? Lorsque des aéroportés sont signalés l'on ne sait jamais combien et où...


Bonsoir Alain,

Sur les superstructures d'Eben, la surprise est brutale ! Plus brutale encore, les effets dévastateurs des charges creuses sur les tourelles blindées et leurs équipages horriblement mutilés !
L'impression d'être pris au piège comme des rats ne tarde pas à gagner l'ensemble de la garnison.
Sur les ponts du canal Albert, les sentinelles ne s'attendent pas forcément à voir l'ennemi déboucher des Pays-Bas. La neutralité rend les règles d'engagement compliquées et les Fallschirmjäger, eux, ne perdent pas une minute.
Pour autant, je n'ai jamais rien lu sur l'impact de l'assaut aéroporté sur l'armée belge à ce moment. Dès le 11 mai 1940, ce sont les 2 divisions Panzer déboulant de Hollande qui mettent à mal le moral de l'armée belge, obligée de se replier de la ligne de défense principale (la Meuse) vers la ligne KW...

Côté hollandais, les ponts sur la Meuse ne sont pas la cibles des paras. A Maastricht, les ponts sont en ville empêchant un assaut aéroporté. De mémoire, ce sont les Brandenbourgeois qui doivent s'emparer des ponts mais vont échouer. Et le franchissement de la Meuse ne se fera que dans l'après-midi, après que le génie ait pu garantir le passage.
Quid du moral hollandais après les parachutages notamment dans la région de Rotterdam ? Leur réduit national était violé! Mais avec quel impact ?
Pour les Hollandais, la crise morale est surtout due à la destruction de Rotterdam par la Luftwaffe le 14 mai.
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