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D-Day : A. Beevor interviewé par l’Express

Nouveau messagePosté: 11 Avr 2010, 18:52
de Albatros
Antony Beevor est l’auteur de nombreux ouvrages sur la seconde GM. Son dernier livre, D-Day et la bataille de Normandie (Calman-Lévy) dévoile la face cachée de cette grande bataille.

Quelques jours avant le 65ème anniversaire du débarquement, Antony Beevor accorde une interview à L'Express (N° 3021, semaine du 28 mai au 3 juin 2009). Je me permets de retranscrire certains passages.



A. Beevor : A mes yeux, il est essentiel de démontrer les effets directs des décisions de Roosevelt, de Churchill, de Hitler ou de leurs généraux sur les militaires du rang et sur les populations. J’essaie d’intégrer l’histoire « d’en haut » à celle « d’en bas ».

Quelle réalité apparaît ainsi ?
> J’ai surtout été frappé par la férocité des combats, les exécutions de prisonniers, les souffrances des civils et le taux de perte parmi les troupes en présence. Les Allemands ont subi, proportionnellement, des pertes plus de deux fois supérieures à celles qu’ils avaient connu en Russie.

Vous démontrez également que la réaction de la population française face aux troupes alliées fut contrastée.
> Quand les parachutistes américains ont été largués sur la presqu’île du Cotentin, l’accueil réservé par la population fut très varié. Par endroit, des femmes et des fermiers sont sortis immédiatement de chez eux les bras chargés de victuailles et de bouteilles de cidre pour saluer les libérateurs. Ailleurs, les gens ont pris peur et sont restés terrés, craignant que l’opération alliée ne soit un échec et n’entraîne des représailles allemandes. Il y a eu notamment des différences de comportement énormes entre les zones fortement touchées par les bombardements alliés et les secteurs épargnés. A Saint-Lô, qui a été épouvantablement détruite, on a constaté une animosité des habitants vis-à-vis des troupes alliées, qui a laissé des traces.

Quel était le statut réel des Noirs au sein de l’armée américaine ?
> Leur intégration dans les troupes combattantes laissait fortement à désirer. Il y a eu toute une division noire en Italie, en 1943. Mais pas en Normandie. Avant 1941 et l’entrée en guerre des Etats-Unis, les Noirs n’étaient pas autorisés à porter des armes ni à combattre.

Derrière l’élan magnifique de l’opération Overlord, les réalités humaines produisent des dilemmes déchirants…
[…] Dans le livre, je raconte le cas de ce soldat allemand qui se trouve face à son propre fils enrôlé sous l’uniforme américain, celui-ci ayant quitté sa famille pour émigrer aux Etats-Unis durant les années 1930. Ce n’était probablement pas un exemple unique.

L’état-major allié était-il si insensible à la souffrance individuelle ?
> La condition des recrues était souvent terrible, surtout parmi les troupes de relève, qui arrive directement au feu, dans un état d’impréparation incroyable. […] De nombreux rapports font état d’un épuisement psychologique sans équivalent. Juste après la guerre, des psychiatres britanniques et américains rédigent ensemble un rapport qui démontre que les Allemands, bien qu’écrasés par des bombardements épouvantables, avaient moins souffert d’épuisement que les soldats alliés. La propagande nazie avait galvanisé les troupes. Les armées des démocraties peuvent difficilement rivaliser avec celles d’un Etat totalitaire, c’est un fait.


A. Beevor : Les soignants se sont rendu compte, par exemple, que les combattants les plus atteints préféraient souvent recevoir une cigarette plutôt que de l'eau. [...] alors que le cinéma montre des torrents de sang à l'écran, la réalité prouve que la plupart des blessés graves ne saignaient pas : les éclats d'obus qui pénétraient les corps à des températures très élevées cautérisaient les plaies en même temps qu'ils déchiraient les chairs.

A posteriori, le génie du haut commandement doit-il être revu à la baisse ?
> Non, mais des erreurs ont été incontestablement commises, dont la plus grave est un excès de confiance vis-à-vis des généraux qui commandaient l'aviation. Ces derniers prétendaient être capables de larguer une bombe dans un baril de cornichons. […] A Omaha Beach, en refusant de suivre la ligne de la côte, l'aviation a pris une décision lourde de conséquences. En venant directement de la mer, puis en attendant quelques secondes pour épargner leur propre camp, les avions alliées ont largué des masses de bombes à l'intérieur du pays, sur les villages et les fermes. Churchill était très préoccupé par ces dommages. Apparemment, 15.000 civils ont été tués pendant la seule phase du débarquement, au cours des opérations qui consistaient à détruire, en arrière du front, les ponts et les voies de communication sur la Seine et la Loire. Il faut y ajouter 20.000 morts durant la bataille de Normandie proprement dite: ce qui fait 35.000 victimes au total. C'est énorme et très choquant. Pour le D-Day, le 6 juin même, le nombre de morts civils égale celui des militaires. La tactique visant à écraser des villes situées à des noeuds routiers a fait des ravages. C'est ainsi que Saint-Lô a été pratiquement rasée sans souci des civils. L'idée du haut commandement allié était d'infliger le maximum de pertes à l'ennemi pour réduire ses propres pertes. Les civils en ont payé le prix. D'une certaine manière, la tactique américaine en Irak, en 2003, s'est encore inspirée de cette logique effroyable.

Qu'est-ce que le Débarquement a légué au monde contemporain ?
> Pendant toute la guerre froide, chaque académie militaire de l'Otan se rendait en Normandie pour étudier non pas le dispositif allié mais la tactique allemande, qui fut très habile. Infliger des pertes énormes à l'adversaire dans une posture de défense était exactement la stratégie que nous étions prêts à employer face à l'Armée rouge.

Re: D-Day : A. Beevor interviewé par l’Express

Nouveau messagePosté: 12 Avr 2010, 09:07
de Chef Chaudart
Je suis en train de lire cet ouvrage (en VO): à recommander pour ceux qui veulent une vue globale de l'opération, sans trop entrer dans les détails, qui inclut effectivement les témoignages des protagonistes "de base", dont la population Française.

Seul regret: le moindre nombre de témoignages Allemands, comme si l'auteur répugnait à faire parler ceux qui ont tiré sur les Alliés et leur ont occasionné de telles souffrances. Peut-être est-ce plutôt leur rareté?

Re: D-Day : A. Beevor interviewé par l’Express

Nouveau messagePosté: 12 Avr 2010, 09:51
de H Rogister
Chef Chaudart a écrit:Seul regret: le moindre nombre de témoignages Allemands, comme si l'auteur répugnait à faire parler ceux qui ont tiré sur les Alliés et leur ont occasionné de telles souffrances. Peut-être est-ce plutôt leur rareté?


Bon livre mais qui contient quelques erreurs. Probablement l'auteur était-il trop pressé de publier son livre. Il y a parfois un manque de comparaison des témoignages d'oû ces erreurs.
Pour répondre à Chef Chaudart, c'est plutôt vers la rareté des témoignages allemands que la balance doit pencher.
De plus ce n'est vraiment pas évident de comparer les témoignages allemands et alliés. Il n'y a que très rarement concordance dans les témoignages.

A+

Re: D-Day : A. Beevor interviewé par l’Express

Nouveau messagePosté: 14 Avr 2010, 14:26
de Vini53
Bonjour,

Bien que A.Beevor soit un excellent auteur, il y a en effet quelques erreurs. Par exemple dans son ouvrage D-Day et bataille de Normandie, il raconte que le pont de Mayenne à été sauvant par un jeune résistant, or c'est faux car il s'agit du 357th IR de la 90th ID qui réussit à maintenir le pont entier notamment grace à l'action du 315th Engineer Bn qui perdit 2 soldats dans cette action, et depuis le pont porte le nom de l'un d'eux, le T./sgt Mac Racken.

Cordialement,

Vini