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Récit de Bernard Dargols


Le 6 juin 1944, 6 divisions d'infanterie débarquent sur 5 plages précédées par 3 divisions aéroportées.
Dès le 7 juin, c'est la bataille de Normandie qui commence et qui ne s'achèvera que le 29 aout.
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Récit de Bernard Dargols

Nouveau message Post Numéro: 1  Nouveau message de mansteinpearl  Nouveau message 06 Mar 2008, 17:43

Bonjour à vous, voici enfin le témoignage de Mr Dargols, vétéran français dans l'US Army et membre de mon association, Mémoire et Passion

Voici pour vous !!

Bernard Dargols, Les Souvenirs D'un G.I. Franco-Américain

Sept jours en juin 44 avec la « Indian Head »


«Bernard Dargols, sergent-chef franco-américain de la Military Intelligence, débarque le 8 juin à Omaha Beach avec la deuxième Division d'Infanterie Américaine « Indian Head ». Il se souvient de ce qu'il appelle « la semaine la plus longue de ma vie »...

Avant de débarquer sur les côtes normandes avec la 2e Division d'Infanterie, Bernard Dargols, un jeune français, avait rejoint les États Unis en 1938 pour y poursuivre ses études. Il a 20 ans lorsque l'Allemagne envahit la moitié de la France.

« Je vis parmi la jeunesse américaine qui m'a adopter. J'y compte tellement d'amis sympathiques avec qui je partage mes goûts ( de l'époque ) : Hollywood, le sport, un certain sens de l'humour, Fred Astaire, etc... Trois possibilités se présentent du point de vue militaire : (...) la politique de Pétain, sa collaboration avec les Nazis, j'écarte immédiatement, elles m'écœurent. Il reste De Gaulle avec les US. Avec un copain nous créons la Jeunesse France Libre qui rassemblent les francophones anti-Pétain.

Pendant ce temps, des navires de guerre et des bateaux marchands accostent à New York : les marins en bordée s'invectivent et se bagarrent parfois divisés en Gaulliste et Pétainistes. Ces évènements, le fait aussi que Manziarly ( le représentant du Général De Gaulle ) qui recrute pour la France Libre ne m'ait pas convaincu, ont eu pour résultat que mon choix était fait : j'optais pour l'armée Américaine ».


Une cour de Justice de Caroline du Sud lui octroi la Nationalité Américaine. La cérémonie dure 5 minutes. En 1942, Bernard Dargols rejoint un camp militaire du Maryland où officiers et soldats parlent l'Anglais, mais aussi l'Allemand ou le Français. Il est affecté à la Military Intelligence, le service de renseignement de l'armée Américaine.
Puis avec sa section, il incorpore la 2e Division d'Infanterie surnommée « Indian Head », car son emblème est une tête d'indien. Il part pour l'Angleterre fin 1943.


"Le 3 juin 1944, je suis au bas d'un champ en pente du Pays de Galles. Devant moi, des centaines et des centaines de G.I.'s et d'officiers sont assis dans l'herbe. J'ai à leur faire un exposé".

Il consiste à les familiarisé avec la France. La 2e division d'infanterie est composé en grande partie d'hommes du Texas, un état bien plus étendu que la France. Sachant par exemple que Boulogne est disant de Paris d'environ 300 km, ces G.I.'s se figuraient déjà dans la capitale.
Je m'efforce donc de leur faire comprendre ce que sont les français de 1944, leurs multiples difficultés, les problèmes de nourriture, de vêtements, de transports, le S.T.O. J'insistais pour qu'ils considèrent la France, non pas comme ennemis, mais comme alliés, malgré ce que nous savions déjà des collaborateurs».


« ...l'impression que la guerre pourrait se terminer avant de toucher la plage... »


Le 4 juin, la nourriture s'améliore tant en qualité qu'en quantité, que Bernard Dargols y décerne le signe avant-coureur d'un départ imminent.

« Après plus de 6 mois passés en Grande-Bretagne, nous sommes impatients de bouger et d'en finir. Le 5 juin, nos paquetages sont prêts. Nous sommes en excellente condition physique et morale. Nos jeeps en parfaite état, les interstices des phares soigneusement bouchés au mastic. Nous avons quitté le camp la nuit pour une destination inconnue mais que nous pressentions pleine de difficultés ».

Le Sergent-chef Franco-Américain embarque à Cardiff sur un Liberty-ship qui reste de longues heures à quais sur une mauvaise mer. L'attente est interminable. Puis le 6 juin, le bateau prend le large.

« Nous étions toujours enfermés dans ce bateau qui continuait de tanguer et de rouler, avançant lentement. On put enfin apercevoir les côtes françaises. Nous sommes parmi quelques dizaines de bateaux de transports de troupes, encadrés par les navires de guerre américains.

La côte devient distincte. Le bruit des canonnades des bâtiments de guerre qui pilonnent le secteur devant nous s'amplifie et, mêlé aux tirs anti-aériens devient assourdissant. La traversée de la Manche avait été longue. Aucun doute, ce n'était pas le cap de Gris- nez qui était devant nous comme nous l'avions espéré. Plus tard, nous apprendrons que nous avions mis pied à Omaha Beach, nom de code de cette portion de plage. L'approche de la côte semble prendre un temps interminable.
La nuit est constamment éclairée par des explosions et des bombardements dont on ne peut même pas identifier la provenance.
A ces bruits s'ajoutent des sifflements d'obus et nous avions l'impression que la guerre, pour nous, pourrait se terminer ici dans l'eau, avant de toucher la plage, à moins d'un miracle ! »

Le miracle aura lieu. Bernard Dargols et son unité fouleront le sable d'Omaha Beach le 8 juin avec son objectif : s'emparer de la route Isigny-Bayeux.

« Vers minuit, nous descendons du pont de notre bateau, un lourd barda sur le dos, casqué avec la mitraillette en bandouillère, pour embarquer sur une barge où nous attend notre jeep. On arrive enfin sur la plage où règne un désordre inouï. En pénétrant des les terres d'une centaine de mètres, premiers contacts, premiers blessés et premiers morts. Comme beaucoup de mes amis G.I.'s, jamais avant ce jour, je n'avais vu un seul mort ».

Le 9 juin, Bernard Dargols et son unité quittent St-Laurent après y avoir fait leurs premiers prisonniers. Prochaine halte : le P.C. De Formigny.

« J'observe les hommes de nos unités, fatigués (...). Pour un pays où il n'y a pas de service militaire, j'estime qu'ils se débrouillent admirablement bien. Je les oppose à ces troupes nazies, endoctrinées, entraînées à être dociles, à défiler depuis leur jeunesse, un pelle sur l'épaule, à marcher au pas de l'oie ».


« Comment oublier ces deux civils de Littry... »


« Ici les prés sont délimités par des haies touffues, hautes d'environ deux mètres. Elles cachent l'ennemi et retardent notre avance. Les jeunes américains, on le sait, sont mordus de base-ball. Les G.I.'s étaient imbattables pour balancer une grenade. Nous faisons connaissance avec les snipers, ces tireurs isolés qui espère ainsi retarder notre avance. On apprend aussi à ce méfier des « boobytraps », sortes de petits pièges
explosifs placés pour se déclencher à des endroits inattendus, lors de l'ouverture d'une porte ou d'une fenêtre par exemple. La route nationale 13 est franchie. Nous arrivons les premiers à Trévières, démoli, presque désert (...).

Le village est silencieux, l'ennemi à quelques mètres, recule lentement, poursuivi. C'est là que je contacte les rares civils qui sont restés sur place.

J'obtiens des renseignements d'ordres tactiques, les endroits précis de depôt de munitions, la nature exacte des unités nous faisant face. On effectue avec de rares fermiers, le troc, pourtant interdit, de nos rations C et K contre tomates et oignons.
Avant le déclenchement de nos attaques, il faut aller à la pêche constante de renseignement, dans des villages déserts et silencieux, armés d'une mitraillette à portée limitée, d'un stylo et d'une carte locale.

Pour cette recherche de civils cachés où introuvables, il faut au préalable laisser au P.CC tous nos papiers, photos, lettres ou identification, au cas où
nous serions fait prisonniers. Comment oublier ces deux civils de Littry, membres d'un réseau dont le nom aujourd'hui m'échappe qui, en plus de leurs concours, n'ont pas hésité à traverser les lignes allemandes pour nous fournir des informations de grande valeur ».

Le 10 juin, Bernard Dargols parvient à Cerisy-la-forêt. Il y reviendra après avoir participé à la libération de Saint-Lô, Vire, St-Georges d'Elle, Tinchebray, pour fêter la fête nationale américaine le 4 juillet, puis le 14 juillet, dix jours plus tard, avec les habitants du village.

C'est à Cerisy-La-Forêt, qu'un photographe du « Signal Corps » organisera une des photos les plus célèbrent des premiers jours du débarquement. Elle représente Bernard Dargols et un autre G.I., William L. Stanley qui aident une jeune fermière en sabots, Marie-Jeanne Brossard, à remplir des seaux d'eaux.

« Cette photo passera à la une de tous les journaux américains datés du 1er juillet » souligne Bernard Dargols qui poursuit « la mémoire retient mieux l'aspect souriant que le côté triste (...). Je laisse aux jeunes le soin d'être vigilants pour essayer d'éviter d'autres conflits.

Je les invite à se rendre sur la plage Normande d'Omaha Beach, à St-Laurent-sur-Mer, là où nous avons débarqué. Il s'y trouve l'un de ses immenses cimetières militaires au gazon bien entretenu avec des rangées de tombes impeccablement alignées. Elles recouvrent toutes près de 10000 américains. Presque tous morts dans ce secteur, pendant la semaine la plus longue pour moi, mais la plus courte pour eux : celle du 6 juin 1944 ».


Témoignage envoyé par Mr Dargols, mis en forme par Mr Frédéric Myss

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Nouveau message Post Numéro: 2  Nouveau message de DENYS hubert  Nouveau message 06 Mar 2008, 17:57

Très beau document emplit de sincérité, d'émotions et de souvenirs; C'est un texte à garder précieusement et à montrer à ceux qui douteraient encore de l'engagement de jeunes Français mais aussi de la détermination de la jeunesse américaine
Merci Mansteinpearl


 

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Nouveau message Post Numéro: 3  Nouveau message de MLQ  Nouveau message 07 Mar 2008, 11:20

Bonjour
Avec les images en plus
selon le site de Gilles Badufle
http://6juin.omaha.free.fr/amer-normand ... argols.htm

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