Le Blog de alberto
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Résumé des aventures de mon père lors de sa participation en tant qu’appelé à la « WW II ».
Ces lignes sont extraites de ses mémoires qui fourmillent par ailleurs de mille anecdotes et détails annexes.


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Mémoires de guerre d'un appelé ordinaire

Lien permanentde alberto le 17 Nov 2013, 15:35

Résumé des aventures de mon père lors de sa participation en tant qu’appelé à la « WW II ».

Ces lignes sont extraites de ses mémoires qui fourmillent par ailleurs de mille anecdotes et détails annexes.

1ère incorporation. Le 2 septembre 1936, départ de la gare de l'Est à Paris pour une incorporation de 2 ans de service militaire en vertu de la loi du 16 mars 1935 présentée par Gaston Doumergue et que le Front Populaire, qui avait voté contre, n'abolira pas.
Description de Bitche-camp :
Bitche-camp installé par les allemands après 1871 pour y garder leurs déserteurs : des baraquements au milieu des bois et des champs. De l'espace pour faire des manœuvres.
Le Cdt de la place était le Cnl. Crésequin dont la sévérité l'avait fait surnommé Crése15 dont 8 !
3ème bataillon du 153ème Régiment d'Infanterie de Forteresse ;
Dans le bâtiment en face, le 37ème régiment de Chasseurs.
Secteur des forts du Gros-Réderching, du Schieseck et du Haut-Poirier.
La compagnie était destinée à la défense extérieure (CDE) : défense des intervalles entre les forts.
Le casernement était situé à Bitche-camp , mais les positions étaient situées à une dizaine de Km. en direction d'Oermingen
Les tenues sont toutes trop grandes : les enfant nés en 1915 sont plus petits que leurs aînés ! (ce qui se confirmera lors de la réception de « anciens »)
Le Capitine Billot me confie une tâche de cartographie...

Première permission Noël 1936, réveillon à Paris avec mes copains de la JOC :drama:
Rumeurs de guerre à Paris mais je les rassure : avec la Ligne Maginot, rien à craindre ! :)

Retour à Bitche :Quartiers libres dans la région : visite des étangs d'Hanau, lacs d'Hasselfurt, d'Aspelchiedt, ruines du château de Waldeck...
De nombreux collègues ont passé leurs conseils de révision à ...Fresnes ! Beaucoup de voyous donc et en deux ans le bataillon connut de nombreux vols, meurtres, « suicides », détournements de fonds, affaires d'espionnage et de mœurs.
Aussi de nombreux « contestataires » de l'ordre militaire, anarchisants, surnommés les « étudiants crasseux » !
Elève sous-officier au peloton des ESOR reçu ainsi que brevet de chef de section. Stage de cours « Z » sur l'utilisation et la protection des gaz.
Réalisation de croquis panoramiques des environs : emplacements de tirs, lieux d’observations...Cote 332...
En seprembre1937 arrivée des « bleus » : ils sont encore plus petits que nous ! A ce jour : 300 au jus ! :)
Tenues "bleu-horizon" échangées par tenues kaki de forteresse : bandes molletières et ceinture de flanelle...Insigne « Sarre » en laine rouge cousu sur la manche et l'écusson du régiment, un trèfle, ornait la fourragère . Tenues inconfortables, nous sommes « boudinés » !
Réception de nos anciens de retour des positions, pas cadencé, alignements impeccables : « Vrai qu'ils sont plus grands que nous ! »

Juin 1937 , permission et visite de l »Exposition Universelle aux Champs de Mars à Paris.
En mars 1938, suite à l'Anschluss, tout le monde aux positions, puis le calme revient.
Relève des avant postes : cote 332 entre les villages d'Achen et Lemberg. De là-haut on domine les environs et on aperçoit les flèches de l'église de Deux-Ponts, dans le Palatinat et avec des jumelles on pouvait voir circuler les voitures militaires allemandes le long de la rivière la Blies .
2 août 1938 : Fin de la 1ère période, retour à la vie civile ! Avant notre départ : discussion avec un adjudant-chef,(Lemonier) ancien de la Coloniale : « je ne vous dis pas au revoir, mais à bientôt ! » ::chapeau - salut::
La « crise des sudètes » fait monter la fièvre européenne...

2ème incorporation. 9 Septembre réception d'un ordre via la gendarmerie « rejoindre votre affectation au133/RIF de Bitche-camp ! »comme prédit par l'adjudant-chef Lemonier, qui nous reçu avec un grand sourire . :)
Tenue de campagne pour tous, armes, munitions pour regagner nos positions.
10 octobre, la fièvre étant tombée : nouvel ordre de démobilisation !
Nouvel oracle de l'adjudant-chef Lemonier : « ne vous croyez pas quittes à si bon compte, l'Histoire nous apprend que les conflits qui n'éclatent pas après les moissons, débutent aux semailles de printemps, alors de nouveau au revoir, et rendez-vous en mars prochain ! » ::chapeau - salut::

3ème incorporation. Mars 39 Crise de la Slovaquie et rappel sous les drapeaux !
Casernements en dur à Oermingen, mais nos blockhaus non encore terminés : ni portes, ni masques aux créneaux, pas de bas-flancs...
Arrivée de prisonniers espagnols (encadrés par des gardes mobiles) pour creuser les tranchées qui relient les blockhaus entre eux.
Au retour d'un raid réalisé avec Lemonier pour aller voler des couronnes de barbelés (nous en manquions malgré nos demandes...) à nos collègues du Génie je discutais avec lui : «  alors chef, comment vois-tu la suite ? » - C 'est bien simple, Hitler obtenant tout ce qu'il veut sans réaction des franco-britanniques, va attendre septembre pour déclencher une guerre fulgurante sans préavis : alors à nous de se préparer à le recevoir ».
Mai 1939 : 27 mois d'armée et six mois de vie civile. Dur bilan !
Ordre de creuser des « trous Gamelin »
Juin, visite du général en personne pour vérifier « ses » trous ! Il trépigne car certains sont mal orientés, il demande de les refaire, mais dans le sable de Bitche, ça ne marche pas bien, alors il s'en va furax ! :mrgreen:

Août 1939, permission...de courte durée. ::pipo::

La drôle de Guerre . 1er Septembre : invasion de la Pologne, mobilisation générale, tous les militaires sont rappelés, permissions écourtées !
Retour à Achen où m'attend Lemonier : « La mobilisation n'est pas la guerre, mais rare que l'une ne précède pas l'autre de quelques jours... »
Deux jour plus tard, le 3 septembre à 11h. déclaration de guerre par la Grande Bretagne et à 17h. Par la France.
Sergent-chef, je suis désigné pour aller à Poitiers suivre le peloton des EOR.
Le temps passe et pas d'ordre de mission pour Poitiers...
Accueil des réservistes , le 156ème RIF est devenu le 133ème RIF …
Ordre d'évacuation aux populations frontalières. Les jeunes filles du village nous remettent les clefs de leurs maisons en nous demandant de bien les défendre... :oops:
10 septembre : ordre de faire mouvement vers la frontière.

La Sarre . Entrée tranquille en Sarre. Attention aux mines, il y en a partout : ne rien toucher sans précaution, s'en est truffé, maisons, jardins, granges, abreuvoirs, partout ! grossesurprise
Hécatombe de chauffeurs des chenillettes Renault : les mines à crémaillères disposées sous les routes sont traîtres, car elles n'explosent qu'après plusieurs passages. Par ailleurs les chenillettes sont bien blindées, sauf en-dessous...
Le temps est au beau fixe ainsi que le moral. Je remarque qu'en Sarre, les maisons sont plus grandes et plus cossues qu'en Lorraine et les intérieurs plus riches et plus modernes. :|
Une énorme brasserie aux environ faisait l'objet de raids pour ramener des fûts de bière : nos hommes se battirent à la grenades avec des allemands qui venaient dans le même but. A part ceux-là, nous ne fûmes jamais au contact...Peu d'avions dans le ciel...
21 septembre: ordre de replis : ? grossesurprise

L'Attente. 
Surprise : nombreux sont les volontaires pour former des corps-francs. Il investissent de nuit les villages frontaliers pour faire des coups de mains...Ils me rapportent leur surprise de trouver des banderoles en travers des rues avec écrit : « Bienvenue aux braves soldats du 133ème RIF ! ::dubitatif::
Un corps-francs ramène un jour une dizaine de prisonniers allemands qui se moquent de nos fusils désuets...
Octobre, novembre , décembre, j’attendais toujours un hypothétique ordre de mission pour Poitiers...
Quatrième hiver lorrain, celui-là est très rigoureux.
Inaction quasi complète sur la ligne de front. Quelques échanges sporadiques d'artillerie  : 4 batteries de 105 viennent de temps en temps prendre position près de « notre » cote 332...
Nuits boréale dans la blockhaus, dehors – 18 °C, -20°, -24°...
Discussion avec chef Lemonier : « et maintenant ? » Lui demandai-je. Lui : « ça m'étonnerait qu'ils nous attaquent de front. Je crains surtout leurs tanks et leurs avions. »

Avril 1940 quelques combats aériens au-dessus de nos positions. Survol fréquent d'un petit avion allemand, très lent, sans doute un avion d'observation.
La guerre . 5 Juin : alors que la bataille de France fait rage, on nous prévient que la ligne Maginot pourrait être prise à revers !
Le 8, une baraque de notre avant-poste à la cote 332 est en flammes. Le soir, deux hommes en redescendent et racontent l'attaque : l'approche des allemands en camion, au plus près, leurs petits canons tirant dans les créneaux, puis leurs groupes débordant les blocs malgré les tirs de nos postes extérieurs et de nos flancs-gardes. Puis la reddition des survivants, l'embarquement des prisonniers...
Maintenant, c'est nous qui sommes aux avant-postes. :shock:
En tant que chef de section, j'ai le commandement de trois groupes de combat de quinze hommes, chacun occupant un blockhaus. Nous les avions baptisé Odette, Mado et Betty. Mon poste au centre, un sergent d'active à ma droite, un sergent de réserve à ma gauche. L'armement de chaque bloc inclus une mitrailleuse Hotchkiss et deux fusils mitrailleurs. Par ailleurs, mon bloc est équipé d'un canon de 37mm coulissant sur un rail fixé au plafond. (ex armes de marine reconverties en canons anti-chars).
Quelques jours plus tard je suis abasourdi par l'arrivée d'un ordre incroyable d'évacuer nos positions ! Le passage d’une chenillette est prévu pour ramasser les munitions. Le bruit courre que nous serions remplacés par des polonais...
Le 13, la chenillette est passée mais les munitions du bloc N° 3 arrivées en retard son encore là !
A cet instant, un énorme bourdonnement faisait vibrer le ciel : une nuée d’avions arrivait droit sur nous !
Je n’eus que le temps de plonger dans mon bloc alors qu’ils piquaient sur nous avec un bruit affolant de sirènes aussitôt suivi du bruit des bombes.
Cela dura une heure.  Vague après vague, six avions piquaient sur nous, une autre vague suivait, c’était interminable, notre résistance était entamée. Sans armes de défenses anti-aériennes, une énorme impuissance nous clouait la face contre terre. Nous étions démoralisés, passifs sous les coups de fer à repasser qui nous écrasaient comme des bouts de sucre. Je remettais mon âme à Dieu ! ::chapeau - salut::

L'attaque : Quand, enfin, les avions s’éloignèrent, constatant qu’il n’y avait ni mort ni blessé dans ma section, (plus de peur que de mal!) une sentinelle donna l’alerte :  Les Allemands, droit devant !
Un coup d’œil au créneau nous laissait voir trois camions d’où les Allemands sautaient calmement à terre, à deux cent mètres environ.
Les six caisses de munitions abandonnées par D*, avaient échappées au bombardement et par miracle étaient intactes !
Ma décision fut instantanée : « Deux caisses à chaque bloc ! Feu à volonté. Mais laissez-les s’approcher le plus près possible. » : (Ainsi, contre toute morale, la négligence d’un soldat de métier nous sauvait la mise !)
Les armes en batterie, le cœur battant, nous laissâmes les groupes de dix à douze hommes se diriger vers nous
Quand ils furent à une trentaine de mètres, je donnais l’ordre d’ouvrir le feu. :tir:
Ce sembla être une surprise pour eux, mais ce fut une hécatombe  Le canon de 37 dont les munitions étaient restées pour les Polonais, (nous ne pouvions pas emporter le canon,) fit s’embraser un camion par un coup à bout portant. ::tank::
Les Allemands que nous avions si bien reçus (par hasard) ne s’étaient sans doute pas attendus à l’être de cette façon ! (Ils avaient sûrement dû avoir connaissance de l’évacuation de nos munitions) Maintenant, ils seront sur nos talons, car à la première approche, ils constateront notre abandon de la Ligne Maginot
Seule, la relève par les Polonais nous confortait. Hélas ! Nous ne les vîmes jamais… Si nous avions tenu l’auteur de cet affreux « bobard », il aurait passé un mauvais quart d’heure ! grossecolere

Le repli : faute de moyens de transport, nous portons tout à dos d'homme. Malgré mes galons, je me coltine une mitrailleuse (24 Kg !). Nous traversons des villages déserts. Ayant à peine quitté l'un d'eux après une pause qu'un violant tir d'artillerie le matraque ! Nous poursuivons notre « replis de combat » : un groupe mettait les armes en batteries et après une heure rejoignait les autres tandis qu'un nouveau groupe se mettait en batterie et ainsi de suite. C'était tuant ! Des hommes du Génie nous attendaient pour faire sauter les ponts derrière nous. Nous devions rejoindre les Vosges pour nous y retrancher et former un « hérisson » ! Nous avons traversé Baccarat la nuit. Tout brûlait suite à un bombardement.
Le troisième jour, nous étions à Dieuze où des marais artificiels avaient été créés pour empêcher les passages de chars. Ordre nous a été transmis de remonter vers le Nord. Nous étions le long du canal de la Marne au Rhin. Le canon tonnait de partout autour de nous, couvrant les bruits des chenilles de chars qui semblaient nous accompagner.

La capture : Après 3 jours de « replis de combat » et 80 Km . à pieds, nous étions fourbus, rincés ! Ordre nous fut donné d'interdire le franchissement du canal aux allemands. Une compagnie de tirailleurs algériens se trouvait à nos côtés. A peine en position au bord du canal, nous reçûmes un copieux arrosage d'artillerie, les schrapnels éclataient en touchant les branches des arbres bordant le chemin de halage, nous aspergeant d'une pluie d'éclats . Les tirs durèrent toute la nuit : FM, fusils, canons, de gauche, de droite, de tous côtés ! Je parti en reconnaissance. Je trouvais 3 jeunes servants de 2ème classe essayant de manipuler maladroitement un canon de 25. Leur chef avait été tué. Je pris les choses en main : «hausse zéro, approvisionner, charger ! » et nous fîmes mouche sur un petit tank qui tentait de traverser un pont. De retour à mon unité, je trouvais un homme de liaison nous donnant ordre de rassemblement sur une crête éloignée d'environ 2000 mètres. Rampant sur une faible pente, nous fûmes pris à parti par le tir rageur d'un 88 ! Ce à quoi répondirent des tirs de nos 75...mais peu courts, car ça nous tombait aussi dessus ! Deux tirs d’arrêt pour nous, nous n'en menions pas large durant le quart d'heure que cela dura. Étrangement, les tirs cessèrent simultanément. Un éclat atteignit mon casque qui partit en chandelle et retomba avec un bruit de gamelle, je n'avait plus que la coiffe de casque sur la tête. Quand je me relevais j’aperçus qu'un groupe d'allemands nous braquaient de leurs fusils automatiques, grenades à la botte. Je criais à mes gars : « détruisez vos armes » Tandis que le canon de mon pistolet disparaissait dans une taupinière, les hommes lançaient les culasses dans les fougères. Mais déjà un officier allemand était sur moi et m’ôtai les jumelles du cou , de son arme me fit signe de marcher devant lui : j'ai vraiment cru qu'il allait me tirer dans le dos ! :?:
C'est au terme d'une marche épuisante que je rejoignais le camp d'Hilsbach, stalag XII B, d'où je m’évaderai quelque temps après, mais c'est là une autre histoire... ::chapeau - salut::

Dernière édition par alberto le 01 Aoû 2016, 13:46, édité 3 fois.

"Mépriser l'art de la guerre c'est faire le premier pas vers la ruine." (Machiavel)




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Commentaires

Re: Mémoires de guerre d'un appelé ordinaire

Lien permanentde alberto le 13 Mar 2014, 20:22

Le prochain épisode racontera les tribulations d'un évadé à travers de la France occupée tentant de rejoindre les siens.
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Re: Mémoires de guerre d'un appelé ordinaire

Lien permanentde alberto le 01 Nov 2014, 13:19

Mais avant cela, un aperçu de la vie d'un prisonnier de guerre.
"Mépriser l'art de la guerre c'est faire le premier pas vers la ruine." (Machiavel)
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