Le Blog de alberto
Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un tête pour comprendre
Résumé des aventures de mon père lors de sa participation en tant qu’appelé à la « WW II ».
Ces lignes sont extraites de ses mémoires qui fourmillent par ailleurs de mille anecdotes et détails annexes.


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alberto
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Fin de guerre jusqu'à la libératon

Lien permanentde alberto le 22 Nov 2015, 18:16

Rappel du dernier évènement très embarrassant vécu par mon père (cf chapitre précédent)
"Le 19 mai, un vendredi, je reçu l’ordre de me présenter au bureau de recrutement du STO , agence « Rivoli » (ancien magasin de chaussures du « juif » André) muni de ma carte d’identité et d’alimentation : la brutalité des termes employé n’augurait rien de bon ! A l’agence, ne se trouvaient que des employées allemandes (des « souris grises ») et l’une d‘elles s’empara avec brutalité de mes papiers et me donna à remplir une « feuille de route » dont la destination était déjà pré remplie : Brandebourg ! Je lui demandais : où est cette ville ? – A cent Km. A l’est de Berlin – Et qu’y ferais-je ? --- Travail en usine ! Refusant d’examiner mon certificat médical : « Le train part lundi matin à 9 heures Gare de l’Est, vous y ferez tamponner votre feuille de route ». Là-dessus elle apposa avec force sur ma carte d’identité, un tampon à l’encre rouge : « Parti en Allemagne ». Et à la plume elle ajouta la date : « le 22 mai 1944 ». Ma carte d’alimentation, tous mes tickets, ma carte de tabac me furent confisqués et passèrent à la corbeille : « vous n’en aurez pas besoin là où on vous envoie » !


Reprise des mémoires :
« Mon premier souci fut de faire disparaître cet énorme cachet qui barrait en rouge ma carte d’identité. Ce ne fut pas facile, et rentré de suite au magasin rue du Temple, profitant que l’encre était encore fraiche, toutes les ressources du secrétariat furent mises en œuvre : plusieurs sortes de gommes à crayons et à encres, corrector, mie de pain, cendre de cigarette… Tout fut employé jusqu’à obtenir une carte d’identité acceptable.
Ensuite, j’informais mon jeune patron que je devais disparaître pour une période indéterminée.

Puis, je me précipitais chez moi et mis ma femme au courant de cette nouvelle tuile. Femme de décision, elle sollicita nos voisins d’étage qui avaient, chose plutôt rare à l’époque, le téléphone afin d’appeler un de ses cousins dans la Seine et Marne. Ce cousin artisan, propriétaire à Chalmaison d’une petite entreprise de cimenterie, mis au courant de la situation, offrit spontanément de nous héberger : « Venez, nous nous arrangerons ! » fût sa réponse.
Restait le problème du transport : je fis un saut à la gare de l’Est et interrogeais un cheminot :
« sur quel quai part le train pour Longueville (la gare de Chalmaison) Belfort, Bâle ? »
« Et sur quel quai part celui pour Berlin, Brandebourg ? »
Réponse : « Sur le même quai, l’un à droite, l’autre à gauche, mais celui de Belfort démarre deux minutes avant celui de Berlin-Brandebourg »
J’allais ensuite acheter un aller pour Longueville pour ma femme. Cependant, l’employé me mis en garde : « Ce train rapide pour Bâle, ne s’arrête qu’une minute à Longueville pour prendre des voyageurs, mais pas pour en laisser descendre ! »
Je décidais de tenter à nouveau ma chance en passant outre…

Le lundi 22 mai, aux abords de la gare de l’Est, régnait une atmosphère de grands départs que j’avais déjà connue lors de mes précédentes mobilisations. Il y avait là en effet des barrières pour canaliser les voyageurs, beaucoup de gardes mobiles casqués, armés, des civils de type « Gestapo », peu d’allemands en uniformes.
J’installais ma femme et le bébé et nos quelques affaires dans un compartiment vide du train pour Belfort et revenu sur le quai, j’attendis l’avertissement des haut-parleurs : « Attention, attention au départ du train de voyageurs à destination de Troyes, Langres, Chaumont, Belfort, Bâle, fermez les portières, s’il vous plait »
Dès que le train s’ébranla, je sautais « au vol » sur le marchepied. Une fois de plus, l’aventure commençait et le sort en était jeté !
A bord, je cherchais un contrôleur pour lui acheter mon billet pour Longueville. Mais lui aussi me rappela que la minute d’arrêt n’avait pour but que d’embarquer des voyageurs et non pour les laisser descendre… Je lui montrais alors ma feuille de route pour Brandebourg et il ne fit plus d’objection pour me vendre mon billet et tout fut dit !
A peine une heure plus tard notre destination fut atteinte. Étant en queue de train, une centaine de mètres nous séparaient de la sortie. A notre vue, les employés de la SNCF s’éclipsèrent et ne restait, planté au beau milieu du quai, qu’un énorme Feldgendarm avec sa chaine à vache lui barrant la poitrine. Tout en avançant vers lui, je demandais à ma femme : « passe-moi le gosse et ensuite, passe-moi la valise et met la poussette sous mon bras gauche, accroche le sac à ma main droite ».
Quand ce fut fait, nous étions arrivés devant la « Bête » !
Tout en avançant, je dis à ma femme en parlant lentement en articulant bien distinctement, avec le sourire le plus naturel du monde : « et maintenant, montre tes papiers au Monsieur » Elle fouilla dans son sac et en sorti sa carte qu’elle tendit au policier. Celui-ci l’examina attentivement, la lui rendit, fit une petite caresse à la joue de l’enfant et nous fit signe de passer. Les employés, pas dupes, sans doute, ne nous demandèrent même pas nos billets à la sortie nous permettant ainsi de nous éloigner rapidement.
Ouf ! Ma bonne étoile avait fonctionné, une fois de plus…

La camionnette à « gazobois » du cousin nous attendait et je me retrouvais dans cette partie de la famille de ma femme que je ne connaissais pas.
Suite à l’exode des sinistrés des grandes villes, de nombreux logements vacants étaient réquisitionnés par les mairies de province pour les y loger. Ainsi nous avoir comme occupants pour leur petit logement libre était rassurant pour nos cousins.
C’est très exactement le lendemain de notre arrivée que le viaduc de Longueville (dit « les Arches ») fut bombardé détériorant la ligne Paris-Bâle que nous avions empruntés la veille : plus de trains ! Heureusement, le vélo de ma femme mis à la consigne était arrivé en même temps que nous.
Le pays avait l’air calme : quelle détente après les tensions de la vie urbaine !
La radio qui nous rapportait les horreurs de la guerre, nous appris le 06 06 1944, de bon matin, que le débarquement tant attendu avait eu lieu sur les plages normandes !
La radio de Londres était redevenue bien audible.
Nous suivions les terribles batailles qui s’enchaînaient au rythme de la résistance allemande. Certains lieux cités dans les communiqués étaient de tout petits pays que nous connaissions bien, non loin de Vire : Aunay-sur-Odon, Tilly-sur-Seulles, Evrecy, verrou de la percée vers Caen où les combats durèrent plus d’un mois sans oublier Condé-sur-Noireau, autant de villages martyrs !

Le 14 juin, tandis que j’aidais les cousins à ramasser les foins, un bourdonnement lointain nous fit tourner les yeux vers l’horizon. Du flanc de la colline où nous étions, on avait un très beau point de vue : du lointain, un nuage montait dans le ciel et d’une autre direction, un deuxième avançait à la rencontre du premier. Je ne reverrais sans doute jamais une chose pareille : c’était des centaines, voire des milliers d’avions volant à trois étages d’altitudes différentes avec des chasseurs qui tourbillonnaient autour des forteresses volantes et des Lancaster, cela ressemblait à une nuée de sauterelles ! Les deux « nuages » firent leur jonction et prirent la direction de Paris.
Le lendemain, nous apprenions que 1500 avions avaient survolé la capitale !

Le 22 juin nous eûmes la visite de belle-maman venue par le train passer deux jours pour embrasser la famille et son petit-fils. Elle nous raconta les difficultés accrues de la vie quotidienne en ville.
Le lendemain de son départ de Chalmaison pour retourner à Paris, le vendredi 23 juin, les Arches de Longueville étaient à nouveau bombardées et les voies ferrées qui avaient été réparées après l’attaque du 23 avril étaient mises hors service et cette fois pour une longue période.

De nombreux réfugiés avaient afflué dans le village où la communauté des villageois faisait de son mieux pour les loger et venir en aide à tous ces pauvres gens. Une communauté religieuse trouva asile au château où se trouvait déjà nombre de femmes avec de jeunes enfants.
Une autre communauté fut celle des Petits Rats de l’Opéra qui échoua…au presbytère !
Quand on descendait la colline, à travers champs vers le village, certains se posaient la question en apercevant cette grande bâtisse aux nombreuses fenêtres où séchaient des pièces de lingeries féminines : «  Quelle est cette maison » ? -- « Oh c’est celle de monsieur le curé » !

Ce curé n’était pas n’importe qui et entretenait un discret réseau de relations avec ses ouilles de Chalmaison pour l’aider à la protection des proscrits de toute nature.
Ce « personnage » se faisant appeler Ménard disant être le frère du comédien Dramen auquel il ressemblait comme deux gouttes d’eau. Le nom de scène Dramen étant tout simplement celui de Ménard inversé. (Il s’appelait en réalité Ménardais. (http://www.mairie-chalmaison.fr/photos/article/abbe-henri-menardais )
Cet épicurien n’était pas du tout en odeur de sainteté vis-à-vis de sa hiérarchie. Ainsi s’il avait ôté la porte séparant sa chambre de celle de sa servante, c’est parce que cette porte « grinçait » prétendait-il ! Et s’il était interdit de mariages et de communions, il ne l’était pas de baptêmes et ne se priva pas de baptiser nombre d’enfants de communistes et de juifs qu’il soustrayait ainsi aux recherches vichystes et gestapistes !
Il n’était pas rare de le rencontrer accompagné de ses « petits rats » qu’il prétendait aller « confesser » ! La présence de ces danseuses s’expliquait par les contacts avec les milieux artistiques qu’il avait maintenus, parait-il, grâce à son frère.
Cette forte personnalité, derrière cette apparence épicurienne et bon enfant était un authentique chef de réseau qui prenait de vrais risques en hébergeant très clandestinement des aviateurs anglais ayant sauté en parachute après que leurs appareils eurent été touchés par la DCA et en maintenant de nombreux liens avec les réseaux de résistance locaux. La complicité, active ou passive, du village aida à ce qu’il put maintenir son activité clandestine jusqu’à la fin de la guerre sans être inquiété.

Le 9 août nous apprîmes que les Alliés avaient atteint Le Mans !

Un jour que j’accompagnais le cousin René pour un rendez-vous de travail avec un patron de scierie, celui-ci nous reçut en nous offrant un apéritif hors de proportion avec les restrictions du temps : Pernod, Raphaël, Cinzano, Whisky…Au cours de la conversation, René lui demanda : « A l’arrivée des ricains ne craignez-vous pas d’avoir des ennuis pour avoir travaillé avec les schleus ? » L’autre s’esclaffa et répondit : « Dès que les allemands seront partis, les commandes en cours seront livrées aux américains, car pour les armées, les besoins sont les mêmes ! » René dit : « Et la Résistance ? » L’autre : « La Résistance ? Eh bien venez-voir ! » Il nous entraina dans un hangar où se trouvait une petite auto qui était recouverte d’une bâche. Il enleva celle-ci et nous découvrîmes une "Jeep", ces petites autos que nous découvrirons bientôt accompagnant l’armée américaine. Sur le capot, un cercle entourant une étoile était peint en blanc. Il riait de notre étonnement : « Ne vous faites pas de soucis à mon sujet ». Notre apéro prit tout à coup un goût amer…

Il m’arrivait, sans que je ne pose de questions, qui n’auraient probablement pas reçues de réponses, qu’il m’était confié, par René, du courrier à acheminer ici où là. Selon une technique que j’avais observé auprès de passeurs de Montceau-les-Mines, je roulais les lettres et les glissaient dans le tube-cadre du vélo, sous la selle. Il advint que je dû me planquer à plusieurs reprises, derrière des haies ou dans des petits chemins pour ne pas être aperçu des autos allemandes. Il m’arriva aussi d’avoir été mitraillé par un avion de la RAF, pour avoir un jour bravé l’interdit de circuler émis par Radio Londres.

Les alliés progressaient toujours et le 20 août on les annonçait à Melun et Fontainebleau, le 22 à Sens et Troyes.

Ce jour-là, une bande d’allemands en retraite fit halte dans le village. Leurs officiers avaient filé en autos, mais eux, à pieds, tentaient de s’emparer de tout ce qui pouvait aider au transport de leur harnachement : vélos, landaus, poussettes, etc…Prévenus de cela, nous avions démonté nos vélos et réparti les pièces dans des endroits dispersés. L’un d’eux, un pépère bavarois à ce qu’il disait, caressa les joues de Michel en gémissant qu’il avait hâte de retrouver sa famille : "Krieg, gross malheur" …

Le 23 il n’y eut plus d’électricité dans le village et partant, plus de nouvelles mais le bruit courait que les Allié avaient atteint Paris !

En nous aventurant prudemment à la sortie du village, nous vîmes un très petit avion virer autour d’un arbre et atterrir sur la route : nous n’en croyions pas nos yeux ! A ce moment nous entendîmes le bruit d’une auto qui s’approchait : allemands ou américains ? On vit alors arriver une petite auto telle que celle que nous avait montrée le patron de la scierie. Il y avait à bord quatre gaillards casqués, en bras de chemise, mâchant du chewing-gum : des Ricains !
Quelques heures plus tard, une patrouille d’éclaireurs les rejoignit marchant l’arme à la main, en file indienne de chaque côté de la route : grands, minces, le visage barbouillé de suie sous un casque garni d’un filet leur donnait un air patibulaire, mais il est vrai que pour ces reconnaissances en pointe on n’envoie pas les enfants de chœur ! Le soir après leur passage, d’autres suivirent. L’une de leur troupe fit halte dans le village. Un grand et superbe gars se disant de l’Arizona pris Michel dans les bras en lui chantant un air de son pays : au même endroit et à la même heure que le schleu de la veille ! Puis ils continuèrent leur route et ce fut à nouveau le vide dans Chalmaison. Des villageois avaient sorti leurs drapeaux tricolores et n’avaient pas fini de les installer aux fenêtres qu’un bruit courait : les Boches ! Effectivement, une troupe d’une dizaine d’hommes arrivait, éreintés par une longue marche et s’arrêtèrent dans la cour de René. Ils étaient dépenaillés, mal bâtis, trop jeunes ou trop vieux et mouraient de soif. L’un d’eux ayant aperçu la pompe se précipitait, mais je l’arrêtais d’un geste. Me souvenant de leur aversion pour cette maladie et la panique qu’elle leur provoquait, je leur dis que cette eau était bonne pour se laver, mais pas pour boire, à cause du Typhus ! Ils détalèrent en nous demandant alors où trouver de l’eau potable et nous les envoyâmes à la sortie du village près du cimetière où l’on nous avait signalé la présence de deux chars américains : après tout, on était encore en guerre...

Il y eut beaucoup de bruit cette nuit-là dans « Les Bas. » Ainsi nommait-on la petite vallée où la rivière la Voulzie traverse les prés et les taillis et s’étale en marécages dans la partie basse du village.
Le bruit de coups de masses sur des piquets de fer nous parvenait. J’avais déjà entendu ce bruit quand nos artilleurs « piquaient » leurs canons. Nous entendions dans la nuit des voix qui criaient : « siebente ! ou seventh ! ». On n'entendait pas très bien et ça pouvait aussi bien ce traduire en allemand qu’en anglais par « Septième » Mais sachant que la 7ème armée de Patton poursuivait la 7ème armée allemande, nous n’étions guère mieux renseignés…La présence proche d’une batterie d’artillerie ne nous rassurait pas. Il s’avéra qu’elle était américaine, ce qui nous épargna des bombardements « à l’aveugle » dans le cas où elle eut été une batterie allemande !

Puis se produisit une « chienlit » comme j’en avais rarement vu : Une troupe de « résistants » armés de fusils de chasse, ayant copieusement arrosé la (leur) victoire, ramenait une dizaine d’allemands qui refusaient de se rendre à d’autres qu’aux américains. Un brouhaha indescriptible s’ensuivit sur la place du village. Ce fut l’incontournable curé qui ramena le calme en enfermant les allemands dans la crypte de l’église, en leur laissant leurs fusils, en attendant l’arrivée d’américains.

Le 29 août des convois américains traversèrent Chalmaison se succédant toutes les deux heures. La durée de la traversée d’un convoi durait environ une demi-heure. En 1940, en Lorraine, lors de la défaite, j’avais été étonné devant le déploiement de matériel allemand comparé au notre, dispersé et souvent vétuste. Mais ce que je voyais à présent était à l’inverse dix fois plus imposant : Des camions transportant des hommes par compagnies entières, des barges empilées les unes dans les autres, du matériel, des filets, des canons, des chars, des plaque métalliques, des éléments de ponts… Et tous ces camions fonçaient à 70Km/h, distants l’un l’autre de 4 ou 5 mètres conduit majoritairement par des conducteurs Noirs qui devaient avoir reçu un fameux entrainement.
Le lendemain, les allemands définitivement partis, les drapeaux garnirent à nouveau les balcons et les fenêtres, tandis que de nombreux brassards « FFI » ornèrent les manches de nouveaux venus dont les récits de leurs exploits guerriers laissèrent la population dubitative…
Pourtant, entre Tachy et Longueville, des allemands cachés dans les moyettes tirèrent sur les conducteurs. Ce convoi s’arrêta, les conducteurs descendirent, rampèrent et « servirent » les tireurs à l’arme blanche !

Le Drame de Chalautre-la-Petite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Chalautre-la-Petite )
Une cousine téléphona qu’un ami de son mari avait été pris, ainsi qu'une trentaine d’hommes, jeunes ou vieux, du village de Chalautre-La-Petite, et tous fusillés par les allemands qui accusaient les habitants d'avoir aidé à la capture de deux des leurs par une patrouille américaine. Lors de cette fusillade, son ami s’était laissé tomber et avait fait le mort. L’officier allemand qui s’approcha pour lui donner le coup de grâce avec son pistolet, étant ivre, le manqua et la balle lui effleura seulement la gorge ! Le lendemain; les américains informés de ce crime de guerre recherchèrent et retrouvèrent ceux de la troupe qui s’en étaient rendus coupables. Ils les ramenèrent dans le même village de Chalautre-la-Petite et les fusillèrent devant le mur, là où la veille avaient été abattu les villageois.
L’ami rescapé, quant à lui, connu pour sa chevelure noire de jais, vit sa toison blanchir brusquement ce jour là !

Le calme revenu et la ligne de chemin de fer à nouveau en état, le 31 août, nous prîmes le chemin du retour vers Paris et le boulot. Et la vie, d’abord rendue difficile du fait de la pénurie générale et des restrictions, repris peu à peu un cours normal dans ce contexte, tandis que de nombreux "GI" présents sur les grands boulevards parisiens offraient oranges; cigarettes, chocolats aux passants reconnaissant...

Nous suivions avec soulagement la progression des forces alliées vers l'Allemagne avec quelques moments d’angoisse à l'annonce de la contre-offensive allemande dans les Ardennes !

Après la Libération, j’entretins pendant un temps des relations épistolaires avec mes anciens compagnons du camp d’Hilsbach.
Beaucoup, à plusieurs reprises m’incitèrent à demander la médaille des évadés.
Je leur répondis que je ne pensais pas la mériter : « Si je m’étais évadé de Prusse Orientale, ou de Haute Silésie, d’accord, mais Hilsbach… » « Demande-la pour ce que tu as fait au camp, pour ton aide aux évadés, donne nos noms et adresses, nous témoignerons... »
Je finis par me laisser convaincre, posais ma demande et l’oubliais complètement…
Un beau jour de fin janvier 1949, je reçu une lettre du Ministère des Anciens Combattants annonçant ma promotion par décret du 04-01-1949 paru au Journal Officiel N° 10 du 12-01-1949.
Au diable la modestie, elle est assez rare pour que j’en sois très fier ! »

Ainsi se terminent les Mémoires de guerre de mon père. Je répondrais aux lecteurs intéressés et essaierais d’apporter les précisions demandées.
Je pense qu’il est intéressant de comparer cette petite histoire d’un français anonyme, se débattant pour assurer sa survie, en la calquant sur la grande Histoire avec les évènements rapportés ainsi que les dates.

Quelques détails supplémentaires pour compléter cette biographie paternelle  :
Né le 13 juillet 1915 à Paris d'un père ancien combattant de la Grande Guerre (agent de liaison) et d'une mère d'origine normande née Juhel.
Études jusqu'au niveau bac qu'il ne passa pas, devant aller travailler suite au remariage de son père et de sa mésentente avec sa nouvelle belle-mère.
C'était un petit bonhomme (1,65 m) très actif et très sympathique ( mais quelquefois aussi colérique ! )qui sa vie durant exprima son aversion pour le communisme :"ce cancer de la société du 20ème siècle !"
C'est cette aversion qui sans doute le rapprocha intellectuellement de sa femme qui très jeune militait déjà chez les Croix de Feu du Cel de La Rocque : elle avait participé à l'âge de 17 ans à la fameuse manifestation du 6 février 1934 qui eut pour résultat de renverser le gouvernement Daladier mais dont le vrai but, d'après elle, était de renverser le régime des partis et installer un gouvernement "fort" de droite. (Elle reçut à cette occasion un coup de pèlerine de flic qui la laissa sur le carreau un bon quart d'heure...) Elle en a d’ailleurs toujours voulu au Colonel d’avoir foiré au dernier moment : « il n’avait qu’un geste à faire pour virer toute la clique des véreux ! » (elle a pourtant longtemps continué de fréquenter des vieux Croix de Feu qui se réunissaient quelquefois pour un repas organisé dans un hôtel-restaurant de Vic sur Cère tenu par un de nos cousins situé non loin du tombeau du Colonel…)
Elle, pétainiste de la première heure, s’en est éloignée suite aux premières rafles de juifs. Lui, anti pétainiste convaincu a toujours prétendu que le vieux maréchal s’était jeté comme un mort de faim sur les oripeaux de pouvoirs que les circonstances lui avaient offertes.
Il y avait dans la famille des « tendance cocos », des « rads-socs », des gaullistes et des MRP : les discussions de fin de repas étaient souvent très animées !!!
Mon père était très amer d’avoir dû sacrifier six de ses meilleures années de jeunesse au service de cette guerre voulue, selon son expression, par « un fou paranoïaque », mais reconnaissait que sans son évasion, c’eut pu être plus long encore…
J’ai toujours connu mes parents abonnés au Figaro, et plus tard à un magazine, bien à droite : "Spectacle du Monde".
Sur le plan professionnel, sa compétence en relations humaines, et le soin qu'il apportait à ses travaux lui permit d'accéder à la direction commerciale de sa boite de bijouterie fantaisie.
Une passion artistique affirmée et une grande habileté manuelle lui permit de réaliser des dessins et tableaux peints de bonne facture.
Je joindrais à ce blog quelques-uns des dessins qu'il réalisa pour rendre compte de sa période militaire.
S’étant initié à l’usage de l’informatique, je lui avais offert pour ses 80 ans une petite station de bureau, ordinateur, écran et imprimante, qu’il utilisa pour retranscrire ses mémoires manuscrites et dont j’ai récupéré les fichiers informatiques afin de les publier sur ce Blog où je pense qu’elles sont bien à leur place.
Très actif, ayant jusqu’à la fin gardé l’usage de sa tête et de ses jambes, il a rendu l’âme à l’âge de 94 ans des suites d’une tumeur au colon mal soignée qui avait dégénéré en cancer.
En espérant avoir intéressé les lecteurs de ce Forum : Michel Follerot. (alberto sur ce Forum)

Dernière édition par alberto le 17 Avr 2017, 14:45, édité 7 fois.

"Mépriser l'art de la guerre c'est faire le premier pas vers la ruine." (Machiavel)




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Commentaires

RE: Fin de guerre jusqu'à la libératon

Lien permanentde alberto le 17 Avr 2017, 14:42

alberto a écrit:Rappel du dernier évènement très embarrassant vécu par mon père (cf chapitre précédent)
"Le 19 mai, un vendredi, je reçu l’ordre de me présenter au bureau de recrutement du STO , agence « Rivoli » (ancien magasin de chaussures du « juif » André) muni de ma carte d’identité et d’alimentation : la brutalité des termes employé n’augurait rien de bon ! A l’agence, ne se trouvaient que des employées allemandes (des « souris grises ») et l’une d‘elles s’empara avec brutalité de mes papiers et me donna à remplir une « feuille de route » dont la destination était déjà pré remplie : Brandebourg ! Je lui demandais : où est cette ville ? – A cent Km. A l’est de Berlin – Et qu’y ferais-je ? --- Travail en usine ! Refusant d’examiner mon certificat médical : « Le train part lundi matin à 9 heures Gare de l’Est, vous y ferez tamponner votre feuille de route ». Là-dessus elle apposa avec force sur ma carte d’identité, un tampon à l’encre rouge : « Parti en Allemagne ». Et à la plume elle ajouta la date : « le 22 mai 1944 ». Ma carte d’alimentation, tous mes tickets, ma carte de tabac me furent confisqués et passèrent à la corbeille : « vous n’en aurez pas besoin là où on vous envoie » !


Reprise des mémoires :
« Mon premier souci fut de faire disparaître cet énorme cachet qui barrait en rouge ma carte d’identité. Ce ne fut pas facile, et rentré de suite au magasin rue du Temple, profitant que l’encre était encore fraiche, toutes les ressources du secrétariat furent mises en œuvre : plusieurs sortes de gommes à crayons et à encres, corrector, mie de pain, cendre de cigarette… Tout fut employé jusqu’à obtenir une carte d’identité acceptable.
Ensuite, j’informais mon jeune patron que je devais disparaître pour une période indéterminée.

Puis, je me précipitais chez moi et mis ma femme au courant de cette nouvelle tuile. Femme de décision, elle sollicita nos voisins d’étage qui avaient, chose plutôt rare à l’époque, le téléphone afin d’appeler un de ses cousins dans la Seine et Marne. Ce cousin artisan, propriétaire à Chalmaison d’une petite entreprise de cimenterie, mis au courant de la situation, offrit spontanément de nous héberger : « Venez, nous nous arrangerons ! » fût sa réponse.
Restait le problème du transport : je fis un saut à la gare de l’Est et interrogeais un cheminot :
« sur quel quai part le train pour Longueville (la gare de Chalmaison) Belfort, Bâle ? »
« Et sur quel quai part celui pour Berlin, Brandebourg ? »
Réponse : « Sur le même quai, l’un à droite, l’autre à gauche, mais celui de Belfort démarre deux minutes avant celui de Berlin-Brandebourg »
J’allais ensuite acheter un aller pour Longueville pour ma femme. Cependant, l’employé me mis en garde : « Ce train rapide pour Bâle, ne s’arrête qu’une minute à Longueville pour prendre des voyageurs, mais pas pour en laisser descendre ! »
Je décidais de tenter à nouveau ma chance en passant outre…

Le lundi 22 mai, aux abords de la gare de l’Est, régnait une atmosphère de grands départs que j’avais déjà connue lors de mes précédentes mobilisations. Il y avait là en effet des barrières pour canaliser les voyageurs, beaucoup de gardes mobiles casqués, armés, des civils de type « Gestapo », peu d’allemands en uniformes.
J’installais ma femme et le bébé et nos quelques affaires dans un compartiment vide du train pour Belfort et revenu sur le quai, j’attendis l’avertissement des haut-parleurs : « Attention, attention au départ du train de voyageurs à destination de Troyes, Langres, Chaumont, Belfort, Bâle, fermez les portières, s’il vous plait »
Dès que le train s’ébranla, je sautais « au vol » sur le marchepied. Une fois de plus, l’aventure commençait et le sort en était jeté !
A bord, je cherchais un contrôleur pour lui acheter mon billet pour Longueville. Mais lui aussi me rappela que la minute d’arrêt n’avait pour but que d’embarquer des voyageurs et non pour les laisser descendre… Je lui montrais alors ma feuille de route pour Brandebourg et il ne fit plus d’objection pour me vendre mon billet et tout fut dit !
A peine une heure plus tard notre destination fut atteinte. Étant en queue de train, une centaine de mètres nous séparaient de la sortie. A notre vue, les employés de la SNCF s’éclipsèrent et ne restait, planté au beau milieu du quai, qu’un énorme Feldgendarm avec sa chaine à vache lui barrant la poitrine. Tout en avançant vers lui, je demandais à ma femme : « passe-moi le gosse et ensuite, passe-moi la valise et met la poussette sous mon bras gauche, accroche le sac à ma main droite ».
Quand ce fut fait, nous étions arrivés devant la « Bête » !
Tout en avançant, je dis à ma femme en parlant lentement en articulant bien distinctement, avec le sourire le plus naturel du monde : « et maintenant, montre tes papiers au Monsieur » Elle fouilla dans son sac et en sorti sa carte qu’elle tendit au policier. Celui-ci l’examina attentivement, la lui rendit, fit une petite caresse à la joue de l’enfant et nous fit signe de passer. Les employés, pas dupes, sans doute, ne nous demandèrent même pas nos billets à la sortie nous permettant ainsi de nous éloigner rapidement.
Ouf ! Ma bonne étoile avait fonctionné, une fois de plus…

La camionnette à « gazobois » du cousin nous attendait et je me retrouvais dans cette partie de la famille de ma femme que je ne connaissais pas.
Suite à l’exode des sinistrés des grandes villes, de nombreux logements vacants étaient réquisitionnés par les mairies de province pour les y loger. Ainsi nous avoir comme occupants pour leur petit logement libre était rassurant pour nos cousins.
C’est très exactement le lendemain de notre arrivée que le viaduc de Longueville (dit « les Arches ») fut bombardé détériorant la ligne Paris-Bâle que nous avions empruntés la veille : plus de trains ! Heureusement, le vélo de ma femme mis à la consigne était arrivé en même temps que nous.
Le pays avait l’air calme : quelle détente après les tensions de la vie urbaine !
La radio qui nous rapportait les horreurs de la guerre, nous appris le 06 06 1944, de bon matin, que le débarquement tant attendu avait eu lieu sur les plages normandes !
La radio de Londres était redevenue bien audible.
Nous suivions les terribles batailles qui s’enchaînaient au rythme de la résistance allemande. Certains lieux cités dans les communiqués étaient de tout petits pays que nous connaissions bien, non loin de Vire : Aunay-sur-Odon, Tilly-sur-Seulles, Evrecy, verrou de la percée vers Caen où les combats durèrent plus d’un mois sans oublier Condé-sur-Noireau, autant de villages martyrs !

Le 14 juin, tandis que j’aidais les cousins à ramasser les foins, un bourdonnement lointain nous fit tourner les yeux vers l’horizon. Du flanc de la colline où nous étions, on avait un très beau point de vue : du lointain, un nuage montait dans le ciel et d’une autre direction, un deuxième avançait à la rencontre du premier. Je ne reverrais sans doute jamais une chose pareille : c’était des centaines, voire des milliers d’avions volant à trois étages d’altitudes différentes avec des chasseurs qui tourbillonnaient autour des forteresses volantes et des Lancaster, cela ressemblait à une nuée de sauterelles ! Les deux « nuages » firent leur jonction et prirent la direction de Paris.
Le lendemain, nous apprenions que 1500 avions avaient survolé la capitale !

Le 22 juin nous eûmes la visite de belle-maman venue par le train passer deux jours pour embrasser la famille et son petit-fils. Elle nous raconta les difficultés accrues de la vie quotidienne en ville.
Le lendemain de son départ de Chalmaison pour retourner à Paris, le vendredi 23 juin, les Arches de Longueville étaient à nouveau bombardées et les voies ferrées qui avaient été réparées après l’attaque du 23 avril étaient mises hors service et cette fois pour une longue période.

De nombreux réfugiés avaient afflué dans le village où la communauté des villageois faisait de son mieux pour les loger et venir en aide à tous ces pauvres gens. Une communauté religieuse trouva asile au château où se trouvait déjà nombre de femmes avec de jeunes enfants.
Une autre communauté fut celle des Petits Rats de l’Opéra qui échoua…au presbytère !
Quand on descendait la colline, à travers champs vers le village, certains se posaient la question en apercevant cette grande bâtisse aux nombreuses fenêtres où séchaient des pièces de lingeries féminines : «  Quelle est cette maison » ? -- « Oh c’est celle de monsieur le curé » !

Ce curé n’était pas n’importe qui et entretenait un discret réseau de relations avec ses ouilles de Chalmaison pour l’aider à la protection des proscrits de toute nature.
Ce « personnage » se faisant appeler Ménard disant être le frère du comédien Dramen auquel il ressemblait comme deux gouttes d’eau. Le nom de scène Dramen étant tout simplement celui de Ménard inversé. (Il s’appelait en réalité Ménardais. (http://www.mairie-chalmaison.fr/photos/article/abbe-henri-menardais )
Cet épicurien n’était pas du tout en odeur de sainteté vis-à-vis de sa hiérarchie. Ainsi s’il avait ôté la porte séparant sa chambre de celle de sa servante, c’est parce que cette porte « grinçait » prétendait-il ! Et s’il était interdit de mariages et de communions, il ne l’était pas de baptêmes et ne se priva pas de baptiser nombre d’enfants de communistes et de juifs qu’il soustrayait ainsi aux recherches vichystes et gestapistes !
Il n’était pas rare de le rencontrer accompagné de ses « petits rats » qu’il prétendait aller « confesser » ! La présence de ces danseuses s’expliquait par les contacts avec les milieux artistiques qu’il avait maintenus, parait-il, grâce à son frère.
Cette forte personnalité, derrière cette apparence épicurienne et bon enfant était un authentique chef de réseau qui prenait de vrais risques en hébergeant très clandestinement des aviateurs anglais ayant sauté en parachute après que leurs appareils eurent été touchés par la DCA et en maintenant de nombreux liens avec les réseaux de résistance locaux. La complicité, active ou passive, du village aida à ce qu’il put maintenir son activité clandestine jusqu’à la fin de la guerre sans être inquiété.

Le 9 août nous apprîmes que les Alliés avaient atteint Le Mans !

Un jour que j’accompagnais le cousin René pour un rendez-vous de travail avec un patron de scierie, celui-ci nous reçut en nous offrant un apéritif hors de proportion avec les restrictions du temps : Pernod, Raphaël, Cinzano, Whisky…Au cours de la conversation, René lui demanda : « A l’arrivée des ricains ne craignez-vous pas d’avoir des ennuis pour avoir travaillé avec les schleus ? » L’autre s’esclaffa et répondit : « Dès que les allemands seront partis, les commandes en cours seront livrées aux américains, car pour les armées, les besoins sont les mêmes ! » René dit : « Et la Résistance ? » L’autre : « La Résistance ? Eh bien venez-voir ! » Il nous entraina dans un hangar où se trouvait une petite auto qui était recouverte d’une bâche. Il enleva celle-ci et nous découvrîmes une "Jeep", ces petites autos que nous découvrirons bientôt accompagnant l’armée américaine. Sur le capot, un cercle entourant une étoile était peint en blanc. Il riait de notre étonnement : « Ne vous faites pas de soucis à mon sujet ». Notre apéro prit tout à coup un goût amer…

Il m’arrivait, sans que je ne pose de questions, qui n’auraient probablement pas reçues de réponses, qu’il m’était confié, par René, du courrier à acheminer ici où là. Selon une technique que j’avais observé auprès de passeurs de Montceau-les-Mines, je roulais les lettres et les glissaient dans le tube-cadre du vélo, sous la selle. Il advint que je dû me planquer à plusieurs reprises, derrière des haies ou dans des petits chemins pour ne pas être aperçu des autos allemandes. Il m’arriva aussi d’avoir été mitraillé par un avion de la RAF, pour avoir un jour bravé l’interdit de circuler émis par Radio Londres.

Les alliés progressaient toujours et le 20 août on les annonçait à Melun et Fontainebleau, le 22 à Sens et Troyes.

Ce jour-là, une bande d’allemands en retraite fit halte dans le village. Leurs officiers avaient filé en autos, mais eux, à pieds, tentaient de s’emparer de tout ce qui pouvait aider au transport de leur harnachement : vélos, landaus, poussettes, etc…Prévenus de cela, nous avions démonté nos vélos et réparti les pièces dans des endroits dispersés. L’un d’eux, un pépère bavarois à ce qu’il disait, caressa les joues de Michel en gémissant qu’il avait hâte de retrouver sa famille : "Krieg, gross malheur" …

Le 23 il n’y eut plus d’électricité dans le village et partant, plus de nouvelles mais le bruit courait que les Allié avaient atteint Paris !

En nous aventurant prudemment à la sortie du village, nous vîmes un très petit avion virer autour d’un arbre et atterrir sur la route : nous n’en croyions pas nos yeux ! A ce moment nous entendîmes le bruit d’une auto qui s’approchait : allemands ou américains ? On vit alors arriver une petite auto telle que celle que nous avait montrée le patron de la scierie. Il y avait à bord quatre gaillards casqués, en bras de chemise, mâchant du chewing-gum : des Ricains !
Quelques heures plus tard, une patrouille d’éclaireurs les rejoignit marchant l’arme à la main, en file indienne de chaque côté de la route : grands, minces, le visage barbouillé de suie sous un casque garni d’un filet leur donnait un air patibulaire, mais il est vrai que pour ces reconnaissances en pointe on n’envoie pas les enfants de chœur ! Le soir après leur passage, d’autres suivirent. L’une de leur troupe fit halte dans le village. Un grand et superbe gars se disant de l’Arizona pris Michel dans les bras en lui chantant un air de son pays : au même endroit et à la même heure que le schleu de la veille ! Puis ils continuèrent leur route et ce fut à nouveau le vide dans Chalmaison. Des villageois avaient sorti leurs drapeaux tricolores et n’avaient pas fini de les installer aux fenêtres qu’un bruit courait : les Boches ! Effectivement, une troupe d’une dizaine d’hommes arrivait, éreintés par une longue marche et s’arrêtèrent dans la cour de René. Ils étaient dépenaillés, mal bâtis, trop jeunes ou trop vieux et mouraient de soif. L’un d’eux ayant aperçu la pompe se précipitait, mais je l’arrêtais d’un geste. Me souvenant de leur aversion pour cette maladie et la panique qu’elle leur provoquait, je leur dis que cette eau était bonne pour se laver, mais pas pour boire, à cause du Typhus ! Ils détalèrent en nous demandant alors où trouver de l’eau potable et nous les envoyâmes à la sortie du village près du cimetière où l’on nous avait signalé la présence de deux chars américains : après tout, on était encore en guerre...

Il y eut beaucoup de bruit cette nuit-là dans « Les Bas. » Ainsi nommait-on la petite vallée où la rivière la Voulzie traverse les prés et les taillis et s’étale en marécages dans la partie basse du village.
Le bruit de coups de masses sur des piquets de fer nous parvenait. J’avais déjà entendu ce bruit quand nos artilleurs « piquaient » leurs canons. Nous entendions dans la nuit des voix qui criaient : « siebente ! ou seventh ! ». On n'entendait pas très bien et ça pouvait aussi bien ce traduire en allemand qu’en anglais par « Septième » Mais sachant que la 7ème armée de Patton poursuivait la 7ème armée allemande, nous n’étions guère mieux renseignés…La présence proche d’une batterie d’artillerie ne nous rassurait pas. Il s’avéra qu’elle était américaine, ce qui nous épargna des bombardements « à l’aveugle » dans le cas où elle eut été une batterie allemande !

Puis se produisit une « chienlit » comme j’en avais rarement vu : Une troupe de « résistants » armés de fusils de chasse, ayant copieusement arrosé la (leur) victoire, ramenait une dizaine d’allemands qui refusaient de se rendre à d’autres qu’aux américains. Un brouhaha indescriptible s’ensuivit sur la place du village. Ce fut l’incontournable curé qui ramena le calme en enfermant les allemands dans la crypte de l’église, en leur laissant leurs fusils, en attendant l’arrivée d’américains.

Le 29 août des convois américains traversèrent Chalmaison se succédant toutes les deux heures. La durée de la traversée d’un convoi durait environ une demi-heure. En 1940, en Lorraine, lors de la défaite, j’avais été étonné devant le déploiement de matériel allemand comparé au notre, dispersé et souvent vétuste. Mais ce que je voyais à présent était à l’inverse dix fois plus imposant : Des camions transportant des hommes par compagnies entières, des barges empilées les unes dans les autres, du matériel, des filets, des canons, des chars, des plaque métalliques, des éléments de ponts… Et tous ces camions fonçaient à 70Km/h, distants l’un l’autre de 4 ou 5 mètres conduit majoritairement par des conducteurs Noirs qui devaient avoir reçu un fameux entrainement.
Le lendemain, les allemands définitivement partis, les drapeaux garnirent à nouveau les balcons et les fenêtres, tandis que de nombreux brassards « FFI » ornèrent les manches de nouveaux venus dont les récits de leurs exploits guerriers laissèrent la population dubitative…
Pourtant, entre Tachy et Longueville, des allemands cachés dans les moyettes tirèrent sur les conducteurs. Ce convoi s’arrêta, les conducteurs descendirent, rampèrent et « servirent » les tireurs à l’arme blanche !

Le Drame de Chalautre-la-Petite (https://fr.wikipedia.org/wiki/Chalautre-la-Petite )
Une cousine téléphona qu’un ami de son mari avait été pris, ainsi qu'une trentaine d’hommes, jeunes ou vieux, du village de Chalautre-La-Petite, et tous fusillés par les allemands qui accusaient les habitants d'avoir aidé à la capture de deux des leurs par une patrouille américaine. Lors de cette fusillade, son ami s’était laissé tomber et avait fait le mort. L’officier allemand qui s’approcha pour lui donner le coup de grâce avec son pistolet, étant ivre, le manqua et la balle lui effleura seulement la gorge ! Le lendemain; les américains informés de ce crime de guerre recherchèrent et retrouvèrent ceux de la troupe qui s’en étaient rendus coupables. Ils les ramenèrent dans le même village de Chalautre-la-Petite et les fusillèrent devant le mur, là où la veille avaient été abattu les villageois.
L’ami rescapé, quant à lui, connu pour sa chevelure noire de jais, vit sa toison blanchir brusquement ce jour là !

Le calme revenu et la ligne de chemin de fer à nouveau en état, le 31 août, nous prîmes le chemin du retour vers Paris et le boulot. Et la vie, d’abord rendue difficile du fait de la pénurie générale et des restrictions, repris peu à peu un cours normal dans ce contexte, tandis que de nombreux "GI" présents sur les grands boulevards parisiens offraient oranges; cigarettes, chocolats aux passants reconnaissant...

Nous suivions avec soulagement la progression des forces alliées vers l'Allemagne avec quelques moments d’angoisse à l'annonce de la contre-offensive allemande dans les Ardennes !

Après la Libération, j’entretins pendant un temps des relations épistolaires avec mes anciens compagnons du camp d’Hilsbach.
Beaucoup, à plusieurs reprises m’incitèrent à demander la médaille des évadés.
Je leur répondis que je ne pensais pas la mériter : « Si je m’étais évadé de Prusse Orientale, ou de Haute Silésie, d’accord, mais Hilsbach… » « Demande-la pour ce que tu as fait au camp, pour ton aide aux évadés, donne nos noms et adresses, nous témoignerons... »
Je finis par me laisser convaincre, posais ma demande et l’oubliais complètement…
Un beau jour de fin janvier 1949, je reçu une lettre du Ministère des Anciens Combattants annonçant ma promotion par décret du 04-01-1949 paru au Journal Officiel N° 10 du 12-01-1949.
Au diable la modestie, elle est assez rare pour que j’en sois très fier ! »

Ainsi se terminent les Mémoires de guerre de mon père. Je répondrais aux lecteurs intéressés et essaierais d’apporter les précisions demandées.
Je pense qu’il est intéressant de comparer cette petite histoire d’un français anonyme, se débattant pour assurer sa survie, en la calquant sur la grande Histoire avec les évènements rapportés ainsi que les dates.

Quelques détails supplémentaires pour compléter cette biographie paternelle  :
Né le 13 juillet 1915 à Paris d'un père ancien combattant de la Grande Guerre (agent de liaison) et d'une mère d'origine normande née Juhel.
Études jusqu'au niveau bac qu'il ne passa pas, devant aller travailler suite au remariage de son père et de sa mésentente avec sa nouvelle belle-mère.
C'était un petit bonhomme (1,65 m) très actif et très sympathique ( mais quelquefois bien colérique ! ) qui sa vie durant exprima son aversion pour le communisme :"ce cancer de la société du 20ème siècle !"
C'est cette aversion qui sans doute le rapprocha intellectuellement de sa femme qui très jeune militait déjà chez les Croix de Feu du Cel de La Rocque : elle avait participé à l'âge de 17 ans à la fameuse manifestation du 6 février 1934 qui eut pour résultat de renverser le gouvernement Daladier mais dont le vrai but, d'après elle, était de renverser le régime des partis et installer un gouvernement "fort" de droite. (Elle reçut à cette occasion un coup de pèlerine de flic qui la laissa sur le carreau un bon quart d'heure...) Elle en a d’ailleurs toujours voulu au Colonel d’avoir foiré au dernier moment : « il n’avait qu’un geste à faire pour virer toute la clique des véreux ! » (elle a pourtant longtemps continué de fréquenter des vieux Croix de Feu qui se réunissaient quelquefois pour un repas organisé dans un hôtel-restaurant de Vic sur Cère tenu par un de nos cousins situé non loin du tombeau du Colonel…)
Elle, pétainiste de la première heure, s’en est éloignée suite aux premières rafles de juifs. Lui, anti pétainiste convaincu a toujours prétendu que le vieux maréchal s’était jeté comme un mort de faim sur les oripeaux de pouvoirs que les circonstances lui avaient offertes.
Il y avait dans la famille des « tendance cocos », des « rads-socs », des gaullistes et des MRP : les discussions de fin de repas étaient souvent très animées !!!
Mon père était très amer d’avoir dû sacrifier six de ses meilleures années de jeunesse au service de cette guerre voulue, selon son expression, par « un fou paranoïaque », mais reconnaissait que sans son évasion, c’eut pu être plus long encore…
J’ai toujours connu mes parents abonnés au Figaro, et plus tard à un magazine, bien à droite : "Spectacle du Monde".
Sur le plan professionnel, sa compétence en relations humaines, et le soin qu'il apportait à ses travaux lui permit d'accéder à la direction commerciale de sa boite de bijouterie fantaisie.
Une passion artistique affirmée et une grande habileté manuelle lui permit de réaliser des dessins et tableaux peints de bonne facture.
Je joindrais à ce blog quelques-uns des dessins qu'il réalisa pour rendre compte de sa période militaire.
S’étant initié à l’usage de l’informatique, je lui avais offert pour ses 80 ans une petite station de bureau, ordinateur, écran et imprimante, qu’il utilisa pour retranscrire ses mémoires manuscrites et dont j’ai récupéré les fichiers informatiques afin de les publier sur ce Blog où je pense qu’elles sont bien à leur place.
Très actif, ayant jusqu’à la fin gardé l’usage de sa tête et de ses jambes, il a rendu l’âme à l’âge de 94 ans des suites d’une tumeur au colon mal soignée qui avait dégénéré en cancer.
En espérant avoir intéressé les lecteurs de ce Forum : Michel Follerot. (alberto sur ce Forum)
"Mépriser l'art de la guerre c'est faire le premier pas vers la ruine." (Machiavel)
alberto
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