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Aldebert
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Tragique embuscade à Aïn Guiguel - Chapitre 59

Lien permanentde Aldebert le 17 Jan 2015, 20:02

Préambule au récit de Jean Claude Bouin.

Poste D’Aïn Guiguel novembre 1958.

Le 1er Régiment d’Artillerie (Royal Artillerie) qui arrive du Maroc, est stationné dans les Aurès en Algérie depuis peu, le mois de mai de cette même année. Les victimes de cette tragédie, peu aguerries, ont insuffisamment mesuré le risque d’un possible piège que pouvaient leur tendre les rebelles.
Ce jour là, novembre 1958, le poste est vidé de la majorité de ses hommes qui est allée en « ouverture de route » et protection de convoi, sur la piste qui relie Edgar Quinet (Kaïs) à Bouhamama (Tarzout). Un très faible effectif constitué de militaires affectés aux services généraux, demeure sur place.

A 500 mètres du poste, un cheval en divagation est signalé , il est présenté comme une carotte. Les rebelles sont informés des effectifs restant au poste ce jour là. La tentation est trop forte pour les militaires et le danger minimisé. On y va ! Mais ils sont attendus et c’est un carnage.
On remarque que sans la courageuse intervention de trois des quatre militaires qui n’avaient pas été sérieusement touchés par la mitraille et surtout celle du tireur FM, aucun n’en seraient revenus. De surcroît, la récupération des nombreuses armes et munitions par les rebelles aurait générée de graves conséquences.

Par la suite ce drame a souvent été évoqué avec beaucoup d’émotion à Bouhamama, Je me souviens du chef Fertig, de la Harka qui ne laissait pas de citer le grand courage de celui qui a saisi le FM. Il faut savoir que tirer au FM à la hanche n’est pas une simple affaire et qu’on peut être facilement déstabilisé. Il a fallu qu’il fasse montre d’une folle rage pour vouloir venger ses camarades, lui n’ayant plus rien à perdre. La démonstration de cette puissance de feu qui demeurait, malgré leur vive attaque, a sans doute découragé les rebelles qui ont décroché.



Jean Claude BOUIN de la 2éme batterie, évoque dans son livre "De la Loire à L'Aurès" pages 224 à 227, ce moment dramatique. Rien n’a été modifié lors de la retranscription du texte original.

Nous devons la copie de ces quatre pages à notre camarade et ami Daniel Chaillou dit le "Le Chaouïa".


Une embuscade a eu lieu près d’Aïn Guiguel , il y a des morts . Ceci s’est passé à environ un kilomètre d’où nous étions et sensiblement lors de notre décrochage. Nous aurons plus de détails dans les minutes qui suivent. Rentrez dans vos chambres et tenez-vous prêts à repartir d’un instant à l’autre !
Puis s’adressant aux chefs de sections il leur demande de l’accompagner à son bureau.
La 1ere batterie n’était pas rentrée avec nous. L’attentat avait du se produire avant qu’ils ne décrochent et ils avaient été retenus sur place. Chacun se pose des questions : comment est ce arrivé ? Qui est tombé en embuscade ? Les réponses nous arrivent une heure plus tard quand les hommes de la 1ère rentrent au camp. Une coïncidence malheureuse ou un piège doublé d’une imprudence nous inflige la perte de huit camarades.
Tout a commencé lorsque les hommes du scout car, fermant la marche, signalent à la sentinelle la présence à moins d’un kilomètre d’un cheval sur la piste. L’ensemble de la 4ème est en ouverture de route comme nous. Au poste il ne reste que les hommes occupés dans les services. Un adjudant chef a la responsabilité du peu de personnel restant.
Les gars transmettent l’information à l’adjudant chef.
-Pourquoi ne pas prendre un camion et aller récupérer le « canasson » ?
Le sous-officier se laisse convaincre.
Par précaution, nous allons y aller en force. Que chacun prenne son arme et aussitôt arrivé près du cheval, il faudra descendre et rester en protection le temps de la récupérer, dit-il.
Les précautions sont prises pas de problèmes à appréhender. L’adjudant-chef monte dans le dodge près du chauffeur et les dix hommes, y compris un cuistot volontaire pour revenir à cheval s’engouffrent sous la bâche. Le mitrailleur du scout car n’a pas menti, un cheval broute le long de la piste à guère plus de 500 mètres du poste. Le camion s’arrête, les hommes descendent en regardant autour d’eux, arrêtés sur cette piste tortueuse et encaissée. Le dodge va faire demi-tour un peu plus loin, tandis que le cuisinier installe un licol improvisé autour des naseaux de l’animal docile. Aussitôt qu’il juge sont cordage efficace, le cavalier saute sur sa monture qui part au pas. Voyant que l’animal ne fait pas de difficultés, le cuisinier le talonne et il se met au trot. Le 6X6 suit à une cinquantaine de mètres pour ne pas effrayer la bête, perdant de vue le cavalier dans les nombreux virages. L’adjudant a le temps de voir le cuistot allongé sur la route, à quelques mètres du cheval quand les premières rafales atteignent le camion. Le pare-brise et l’avant du camion sont criblés. Le Sous-officier sent une douleur à la jambe en s’arrachant précipitamment pour s’abriter et riposter.
Le camion s’est échoué contre la roche. Le chauffeur, visé le premier est mort. Une arme automatique crible le dodge sur le travers. Assis à l’arrière, un brigadier a pris le FM et bondit sur la piste, il a vidé le chargeur dans la direction approximative d’où viennent les tirs. Deux autres gars se sont extirpés du véhicule et vident au hasard leur pistolet mitrailleur. La fusillade est de courte durée. La réaction de ces trois hommes évite le pire, malgré l’importance des dégâts en obligeant les rebelles à décrocher très vite.
Dans ce genre de coup de main, l’habitude est d’achever les blessés, de tuer les autres et de récupérer les armes. Leur chemin de repli est prévu et l’endroit assez escarpé pour que la réaction des hommes assaillis ne soit pas rapide. Le brigadier encore sous le choc regarde le djebel et sent qu’un filet sang coule sur son visage. Les deux hommes et l’adjudant-chef qui se tint la jambe constatent la catastrophe. En plus du chauffeur affalé sur son volant, sept hommes gisent sur la plancher du 6X6. Les derniers agonisent. Le dodge porte les traces d’une centaine d’impacts. L’homme blessé à la tète regarde son casque léger fendu sur le haut, il se souvient avoir pris le FM de son voisin et sans réfléchir de s’être éjecté du camion en entendant les premières rafales. En hurlant il avait « arrosé » le maquis devant lui sans voir personne. La balle l’a blessé au cuir chevelu, il ne sent pas de douleur malgré une entaille sur plusieurs centimètres. Il regarde hébété ses copains ensanglantés pêle-mêle dans le camion. L’adjudant-chef demande aux deux hommes valides de courir jusqu'au poste en ajoutant « il n’y a pas plus de 300 mètres ».
Quand la 1ère batterie arrive à Bouhamama, elle amène avec elle un GMC tristement chargé, contenant les corps des huit soldats. Du sang coule sous la fermeture du haillon arrière. La plupart de ces soldats n’allaient jamais en opération. Granon se renseignent sur l’identité des malheureux mais aucun noms des tués ne lui est familier. Tous les deux nous pensons à Cumont un copain de Mulhouse et du Maroc. Heureusement pour lui, il se trouve en ouverture de route. Le commandant sermonne l’adjudant-chef E., responsable de l’expédition qui est allé s’exposer avec 11 hommes, pour récupérer un cheval dont nul n’avait besoin, sauf peut-être pour la viande. Il menace sévèrement le sous-officier près de la retraite et blessé au genou. Mais se ravise, sa mauvaise humeur passée. L’hélicoptère transporte l’adjudant-chef à l’antenne chirurgicale de Khenchela, sa convalescence sera assez longue pour qu’on ne le revoie plus.

Ain Guiguel.jpg
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Dernière édition par Aldebert le 18 Jan 2015, 19:21, édité 1 fois.





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