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Aldebert
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Opérations de ratissage dans las Aurès - (Suite) Chapitre 7

Lien permanentde Aldebert le 15 Mar 2014, 22:34

Bombardement de merkhez dans les Benis Melloul

Ce jour là, en fin d’après midi, des bidons de 200 litres remplis de sable sur lequel a été déversé du kérosène ou de l’essence sont disposés formant une grande croix sur le point haut du camp.La nuit tombe. A la suite d’un signal radio venant de la base arrière de Khenchela, les bidons sont enflammés. Quelques instants plus tard un vrombissement sourd et continu est entendu venant du ciel. Il me rappelle ceux, entendus pendant la seconde guerre mondiale.
Une escadrille de B26 passe à basse altitude au dessus de nos têtes, elle se dirige droit devant, vers la forêt des Beni Melloul.
Quelques instants plus tard des lueurs jaunes éclairent le dessus de la forêt, elles sont aperçues bien nettes depuis notre point d’observation. En même temps, un grondement sourd, roulant les accompagne. Même vu de loin, le bombardement intensif sur des positions rebelles, est impressionnant.
Une opération est rapidement déclenchée pour aller aux résultats. La récolte est bonne, des GMC qui reviennent du lieu de bombardement sont remplis d’armes et de matériel. Ils sont conduits par des Légionnaires et passent en convoi pour acheminer le butin à Khenchela. J’ai pu reconnaître plusieurs mitrailleuses à refroidissement à eau entassées pêle-mêle avec d’autres armes.

Opération Dordogne

Début févier 1961 une grande opération se prépare à l’échelon division (Opération Dordogne) pour tenter de déloger des Beni Melloul, lieux réputés inexpugnables, une katiba retranchée dans un merkhez fortifié.
Bouhamama est devenu la croisée de plusieurs unités qui, compte tenu de leur grand nombre, campent « hors les murs du camp ». La légion est représentée par la 13ème DBLE et des éléments du 3ème REI. Notons la présence d’un RPIma, de l’ALAT et toute une logistique qui les accompagne. Le 1er RA participe aussi à cette opération ainsi que d’autres unités qui ne seront pas nommées ici.
Bouhamama qui parfois languit sous le soleil, grouille aujourd’hui d’hommes et de matériel. Il grouille d’hommes il est vrai, mais en y regardant de plus près on peut découvrir des femmes. Elles accompagnent la légion dans ses grands déplacements. Elles sont installées dans un home d’accueil, dont le nom rappelle celui Au Dauphin Couronné pour hommes de troupe en campagne. L’entrée est permise à tous, sous réserve de s’y bien tenir. Force est de constater, qu'il s'agit là d'un lieu d’abattage.
De bons résultats suite à cette opération seront obtenus, suite à l’engagement mené par la 13ème DBLE avec l’aide d’éléments du 3ème REI. L’EM a su faire manœuvrer ses hommes et prendre l’ennemi en tenaille. Il y eu quelques corps à corps lors de l’ultime assaut
Bilan : 47 HLL tués – 2 prisonniers – 29 armes récupérées, d’après un texte rédigé par un officier de la 13ème DBLE. Curieusement, avec le temps, la source fellahga avance le chiffre de 88 hommes tués dans leurs rangs.
Lors des ces engagement Ali Souahi, le responsable de la Willaya 1 a été tué.


D’autres HLL le furent aussi : 2 Lieutenants, 1 S/lieutenant, 3 Aspirants ainsi que le chef de la katiba. L’engagement s’est déroulé dans les Benis Melloul – Djebel Boutchaout.



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Ce complexe a été construit ,par l'état algérien, sur les lieux mêmes où a été tué le chef de la wilaya 1, ALI SOUAI. C’est le Colonel Al Hadj Lakhdar qui lui succède avant d’être appelé à Tunis et Tahar Zbiri seulement blessé qui, réussissant à s’enfuir, devient après le départ de Lakhdar, colonel commandant la willaya 1 jusqu’en 1962. Le père de Kammel mon contact, qui était très jeune, était messager chez les HLL, il à été blessé mais n’a pas été fait prisonnier durant les combats.


Embuscade

Un informateur fournit à Floko (adjudant Flokorvski) du grain à moudre. Tel jour à telle heure un civil du douar XXX doit prendre contact avec un membre de sa famille passé à la rébellion. L’endroit est parfaitement connu de M’Barek le chibani.
Il faut les surprendre et ainsi préparer une embuscade. Le Maghzen ira seul, le 94ème RI prêtera toutefois deux ou trois de ses hommes avec un C10 pour assurer la liaison radio avec la base arrière. En effet le bataillon du 1erRA a déménagé il a rejoint ElMadher. Les relations avec le nouveau régiment sont différentes. Je suis bien entendu volontaire pour accompagner le groupe, d’autant plus que Floko m’a fait cadeau d’un pistolet mitrailleur allemand, prise de guerre, un MP40. Mon collègue de la SAS Claude Faney n’est pas un adepte du crapahut, il assurera une présence au Bordj.
Nous partons de bon matin, de nuit, nous entamons hardiment les pentes du Chélia. Il est indispensable d’arriver avant le lever du soleil.
Installés sur les lieux, il faut se camoufler, allongés derrière des rochers. Nous sommes situés en altitude par rapport à Bouhamama qui forme cuvette. Le jour se lève. On peut apercevoir au loin, les fumées qui s’élèvent au dessus des foyers des habitations des douars. Les bruits du poste montent vers nous et nous parviennent amplifiés. Un véhicule qui démarre, des chocs sont entendus étrangement nets. Un jeune berger mène son troupeau de moutons dans les pâtures. Il s’approche sans se rendre compte qu’il se dirige droit sur notre position. Les moutons passent à proximité, paisibles nous ignorent. Le jeune berger suit, surpris de nous voir là sans qu’il ait pu s’en rendre compte plus tôt. Un Moghazni s’en saisit. Pour éviter qu’il ne donne l’alerte Il restera en notre compagnie, couché, jusqu’à la fin de l’opération. L’attente est longue, Il faut être patient. Enfin ça bouge, en contrebas deux chèches blancs apparaissent à travers une plantation d’arbres à distance d’une centaine de mètres. Deux hommes discutent bien tranquillement et ne semblent pas vouloir se rapprocher de nous. Les poursuivre pour les rattraper ? Il ne faut pas y penser.
Floko donne alors l’ordre au tireur FM d’ouvrir le feu. Aucun des premiers tirs n’atteignent leur but, remplacement rapide du tireur incompétent, même résultat. Je me demande alors si nous avons à faire à de mauvais tireurs ou à des tireurs désireux de ne toucher aucune de leurs cibles. Après s’être d’abord caché derrière un rocher, le fell s’enfuit perdant son chèche dans sa course ou l’abandonnant sachant qu’il s’offre comme une bonne cible. Son contact est resté sur place. Je profite de l’occasion pour faire fonctionner ma « machine pistol ». Je vide un chargeur pour la forme car je suis trop éloigné des bonshommes. Le cadeau que m’a fait Floko ne comporte qu’un seul chargeur. J’en emprunte donc un à un s/off du 94 RI. Eh oui ! Pour fabriquer la MAT, nos ingénieurs français armuriers se sont inspirés du MP40 allemand. Le résultat n’est pas une merveille de technique. Il reste néanmoins un avantage, le calibre de la munition et le chargeur sont du copier coller.
Halte au feu ! Floko crie à l’homme qui avait levé les bras de s’approcher. Il est pris en charge, amené à la SAS pour interrogatoire puis rapidement relâché. Nous sommes à une époque où déjà nous savons que plus rien n’est gagné et qu’il faudra bientôt rejoindre nos pénates en Métropole. Néanmoins nous faisons comme ci de rien n’était. Nous avions amené avec nous une caissette métallique plombée contenant des munitions 7,62 pour fusil US17. Chaque cartouche contient un détonateur qui fait exploser le fusil en cas d’utilisation. Nous avons oublié cette caissette sur le terrain. Advienne que pourra.
Pour avoir épargné le fell, on peut penser que cet acte a été retenu. Ainsi aura t’il pu faire pencher la balance du bon coté en faveur de Moghaznis, le jour des sanglants règlements de compte.
En vérité, est-ce une coïncidence, toujours est-il que les nommés Saouli Belkacem, Saouli Bachir, Saouli Abdellah étaient encore de ce monde en l’an 2000. Deux d’entre eux étaient les mauvais tireurs au FM. Aujourd’hui je m’en réjouis.

Pour d’autres, comme Bel Hadj, le Mokadem, (sergent), il a été pendu à un cèdre. A quelle sauce, la mort des autres, aura t’elle été assaisonnée. Les ralliés à notre cause, qui avaient déserté les rangs de la rébellion, les deux khémini, des hommes très doux, plutôt paisibles, n’ont eu, à mon sens aucune chance de sortir indemne de l’épuration. Peu avant notre départ définitif, Saouli Belkacem, fils de caïd comme il se plaisait à le souligner, m’avait dit que les Moghaznis n’avaient rien à craindre, parce qu’ils avaient déjà passé un accord avec les fells locaux. Oui mais, l’ALN venant de Tunisie, avait-elle décidé de respecter ces accords ?
En 2009, peu d’entre eux étaient de ce monde.

La veille du bien triste jour de notre départ en avril 1962, je désire faire une dernière visite à mes chères fouilles romaines situées en bout de Tarzout (Google Earth 35°18’35.09 ‘’ N 6°44’44.40’’ E )
Les Moghaznis ont tous été désarmés, moi également, toutefois je possède mon MP40 personnel. Je demande à Saouli Belkacem de m’accompagner, je lui confie mon arme, je prends deux grenades. Nous avons en effet conservé quelques provisions en cas de besoin, on ne sait jamais. J’emprunte la jeep, la belle Willis toute neuve, nous nous rendons sur les lieux. Je descends dans une excavation pour effectuer mes ultimes recherches et pose mes grenades près de moi. Saouli Belkacem demeure en chouf en surélévation, il me dit alors «Tu vois je pourrais te tuer et rejoindre les fells). Je n’ai pas cru un instant à ce qu’il me criait du haut de son perchoir, je savoure serein ces derniers instants avec une pointe de tristesse et un regret certain de devoir quitter cette magnifique région.
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Mes Fouilles Lt Gibier en béret clair, moi en casquette. Des civils sont venus de Khnechela les visiter.
Mon patron était mordu tout comme moi de ces fouilles. Je me souviens qu'un jour, alors que je transmettais mes messages radio, il estimait que je prenais trop de temps et qu'il fallait vite aller s'occuper des ouvriers qui m'attendaient pour creuser. Mon patron était super!
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A proximité des rochers qui surplombent les fouilles se trouve une nécropole. Des sépultures (vides) sont creusées à même le rocher.

La tragédie de l’incendie sur le Chélia.

Le 1er août 1959 une partie du versant sud du Chélia est en feu, il fait très chaud, le siroco attise les flammes. La fumée dégagée par l’incendie s’aperçoit de très loin, elle est très visible du camp de BHamama. Au cours d’une opération de sous groupement à laquelle participaient, le commando de chasse du 1er RA de B/hamama, des éléments du 17ème RCP, du 7ème RTA, du 94ème RI ceux du 18ème RCC sont encerclés par les flammes et 48 militaires ainsi que 6 prisonniers périssent brûlés. Jean Pierre Legendre qui a appartenu à ce régiment a écrit un livre dans lequel il évoque ce tragique événement. Jusqu’à présent on ignore la cause de l’incendie. Toutes les raisons qui ont pu être émises par ceux qui croyaient savoir, demeurent infondées parce que sans preuve. Jean Pierre Legendre le signale dans son livre :

« Bien des raisons furent avancées pour expliquer ce drame, l’aviation aurait mis le feu en tirant des roquettes ou en larguant des bidons dits spéciaux, un Colonel d’un autre régiment présent à cette opération aurait donné l’ordre d’allumer les touffes d’alfa comme cela se faisait en fin d’opérations, pour nettoyer le terrain, on ne sut jamais de façon certaine comment expliquer cette catastrophe. »

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Dernière édition par Aldebert le 28 Mar 2014, 22:14, édité 12 fois.





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