François Delpla a écrit:D'un autre côté :
- une ou des explications militaires, qui ont en commun d'avoir été avancées sur le moment par Hitler ;
- beaucoup de considérations personnelles, sur le manque d'attirance ou de compétence en matière d'histoire militaire de tous ceux qui se risquent à une explication d'un autre ordre ;
- une impuissance, pour l'instant, à documenter quelque explication militaire que ce soit par des réclamations ou des discussions, au sein du commandement allemand, dans les heures précédant le Haltbefehl.
Sur le second point est ce que les détracteurs ont tort ? Je ne crois pas.
Sur le troisième point , avec du recul , le seul qui a les cartes en main pour trancher dans un sens ( Rundstedt ) ou l'autre ( Brauchitsch ) est malheureusement particulièrement connu pour garder ses réflexions secrètes. Car celui qui décide au final c'est bel et bien Hitler lui même ...
NOTA : parfois se tenir à coté de la mêlée permet de réfléchir sereinement.
Hitler met sur le compte de l'armée la défaite de 1918 ( le coup de poignard dans le dos .. ). Par conséquent afin de se prémunir d’éventuels désistements ou complot de l'armée , il se met à étudier en détail la chose militaire. Gros lecteur et autodidacte , il ne peut passer à coté des ouvrages de bases tels que ceux écrits par Moltke et Clausewitz. Concernant le second c'est même une certitude lorsque l'on observe son comportement guerrier : toujours assujettir le militaire au but politique , toujours chercher à frapper vite et fort pour se prémunir d'un conflit sur deux fronts.
Partant de ce principe ( frapper vite et fort ) il s’intéresse rapidement à l'utilisation de l'arme blindée , dont un des pères fondateurs reste Guderian. Hitler comprend que c'est cette arme qui sera la mieux adaptée à sa vision de la guerre. C'est aussi dans ce but qu'il laisse carte blanche à Guderian pour son offensive à travers les Ardennes et le laisser caracoler en tête sans attendre l'infanterie apres le 10 Mai.
Arrive le 24 Mai : jour ou Rundstedt se fait retirer ses Panzers par un officier d'Etat Major. Avec ce même recul , et les remarques de Mr Delpla , deux options s'offrent à lui. La première agir en bon soldat et obéir strictement aux ordres. La seconde passer un coup de fil à Hitler pour se plaindre de ce qui lui arrive , claquant un ordre de recollement ( justifié à mon goût ) histoire de gagner du temps. Temps suffisant pour qu'Hitler arrive à Charleville et tranche dans le sens de l'officier de cavalerie. Mais entre le 23/05 à 22h30 et le 24/05 à 12h00 , on a un laps de temps qu'Hitler a utilisé pour mûrir sa réflexion autant sur le plan diplomatique que tactique. Et le la boucle clausewitzienne est bouclée : le tactique/stratégique est subordonné au politique. Chaque guerre doit être limitée.
Il est aussi à noter que la configuration des PzDiv entre Fall Gelb et Rot ont été transformées. Des ID ont été rajoutées aux Pz pour la conquête de la France. Alors que pour la première phase , la rapidité et le choc ont été privilégiés. Du coup à un moment il faut bien procéder à ce que l'on appelle des " ajustements " ( vocabulaire militaire ) dans le plan. Et de fait devoir changer un peu son dispositif pour liquider de grosses poches.
Je tiens aussi à faire amende honorable sur un point : Hitler savait qu'il allait atteindre la mer en moins de quinze jours. J'ai écrit sur ce forum que cela était impensable , que la rapidité allemande était dûe à l'incurie française. Sauf qu'Hitler avait en tête deux choses :
1. la durée de mobilisation operationelle de l'ATF
2. Arras. Car une fois Arras atteinte , il ne reste qu'un coup de rein pour atteindre la mer et couper les alliés.